ACTE I, SCÈNE I
SILTIA.
Vous êtes donc bien maladroit.
TRIVELIN
Je suis votre serviteur.
SJLVIA.
Eh bien ! mon serviteur , qui me vantez tant les honneurs que j'ai ici, qu'ai -je affaire de ces quatre ou cinq fainéantes qui m'espionnent toujours ? On m'ôte mon amant, et on me rend des femmes à la jdace; ne voilà -t-' il pas un beau dédommagement? Et on veut que je sois heureuse avec cela ! Que m'im^ porte toute cette musique , ces concerts et cette danse dont on croit me régaler ? Arlequin chantait mieux que tout cela , et j'aime mieux danser moi-même que de voir danser les autres -, entendez-vous ? Une bourgeoise contente dans un petit village, vaut mieux qu'une princesse qui pleure dans un bel appartement>v^ Si le prince est si tendre , ce n'est pas ma faute ^ je nai pas été le chercher; pourquoi m*a-t-il vue ?S'il est jeune et aimable, tant mieux pour lui; j'en suis . bien aise. Qu'il garde tout cela pour ses pareils , et qu'il me laisse mon pauvre Arlequin , qui n'est pas plus gros monsieur que je suis grosse dame , pas plus riche que moi , pas plus glorieux que moi , pas mieux logé; qui m'aime sans façon, que j'aime de même, et que je mourrai de chagrin de ne pas voir. Hélas ! le pauvre enfant , qu'en aura - 1 - on fait ? Qu'est - il devenu ? Il se désespère quelque part , j'en suis sûre ; car il a le cœur si bon ! Peut-être aussi qu'on le mal-
traite.... Je suis outrée ». Tenez, voulez -vous me faire un plaisir ? Otez - vous de là , je ne puis vous souffrir; laissez -moi m*affliger en repos.
TRIVELIN
Le compliment est court , mais il est net. Tranquillisez-vous pourtant, madame.
SILVIA
Sortez sans répondre -, cela vaudra mieux.
TRIVELIIf.
Encore une fois, calmez -vous. Vous voulez Arlequin, il viendra incessamment; on est allé le cher* cher,
SILVIA, avec uo uupir.
Je le verrai donc ?
TRIVELIN
Et vous lui parlerez aussi.
SILVIA
Je vais l'attendre ; mais si vous me trompez , je ne veux plus ni voir ni entendre personne. ( PemiaDt qaviu
lort , le prince et Flaminia entrenl d*an aolre oàii , el la regardent sortir. }
■ Je âuiê outrée. Ce tableau d'une tendresse si vive et si bien partagée , servira à faire ressortir le dënooement, où eUe sera trahie de part et d'autre avec une bonne foi charmante.