‹ OEuvres completes de Marivaux (volume 5)Chapitre 98 sur 316 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

SILTIA.

Vous êtes donc bien maladroit.

TRIVELIN

Je suis votre serviteur.

SJLVIA.

Eh bien ! mon serviteur , qui me vantez tant les honneurs que j'ai ici, qu'ai -je affaire de ces quatre ou cinq fainéantes qui m'espionnent toujours ? On m'ôte mon amant, et on me rend des femmes à la jdace; ne voilà -t-' il pas un beau dédommagement? Et on veut que je sois heureuse avec cela ! Que m'im^ porte toute cette musique , ces concerts et cette danse dont on croit me régaler ? Arlequin chantait mieux que tout cela , et j'aime mieux danser moi-même que de voir danser les autres -, entendez-vous ? Une bourgeoise contente dans un petit village, vaut mieux qu'une princesse qui pleure dans un bel appartement>v^ Si le prince est si tendre , ce n'est pas ma faute ^ je nai pas été le chercher; pourquoi m*a-t-il vue ?S'il est jeune et aimable, tant mieux pour lui; j'en suis . bien aise. Qu'il garde tout cela pour ses pareils , et qu'il me laisse mon pauvre Arlequin , qui n'est pas plus gros monsieur que je suis grosse dame , pas plus riche que moi , pas plus glorieux que moi , pas mieux logé; qui m'aime sans façon, que j'aime de même, et que je mourrai de chagrin de ne pas voir. Hélas ! le pauvre enfant , qu'en aura - 1 - on fait ? Qu'est - il devenu ? Il se désespère quelque part , j'en suis sûre ; car il a le cœur si bon ! Peut-être aussi qu'on le mal-

traite.... Je suis outrée ». Tenez, voulez -vous me faire un plaisir ? Otez - vous de là , je ne puis vous souffrir; laissez -moi m*affliger en repos.

TRIVELIN

Le compliment est court , mais il est net. Tranquillisez-vous pourtant, madame.

SILVIA

Sortez sans répondre -, cela vaudra mieux.

TRIVELIIf.

Encore une fois, calmez -vous. Vous voulez Arlequin, il viendra incessamment; on est allé le cher* cher,

SILVIA, avec uo uupir.

Je le verrai donc ?

TRIVELIN

Et vous lui parlerez aussi.

SILVIA

Je vais l'attendre ; mais si vous me trompez , je ne veux plus ni voir ni entendre personne. ( PemiaDt qaviu

lort , le prince et Flaminia entrenl d*an aolre oàii , el la regardent sortir. }

■ Je âuiê outrée. Ce tableau d'une tendresse si vive et si bien partagée , servira à faire ressortir le dënooement, où eUe sera trahie de part et d'autre avec une bonne foi charmante.

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