VINGT-TROISIÈME FEUILLE
QrisT» j'ai commencé les aventures de l'inconnu , dont j'ai déjà donné deux Feuilles , j'ai dit que je les inlerromprais de temps en temps par d'autres choses. C'est un privilège que je me suis réservé, et j'ai cru (jne l'usage que j'en ferais irait au profit des iecleurs. Parmi ces lecteurs, cependant, il y en a qui diront peut-être, en sujiposant que les aventures de l'inconnu leur aient plu : Pourtiuoi suspendre la suite d'une histoire, et laisser refroidir l'intérêt que nous commencions à y prendre? Que cela ne vous embarrasse pas, me disait l'autre jour un de mes amis. Pourvu que l'histoire que vous interrompez soîl bonne, intéressante , ceux qui n'auront pas voulu ta lire par feuilles , à cause de cette interruption , la retrouveront tout entière dans le volume, et la liront là tout à leur aise; mais satisfaites une partie de vos lecteurs, qu'une longue histoire donnée de suite ennuierait, et qui ne seront pastichés de vous voir quelquefois changer de sujet.
Changeons donc, lui dis-je. Aussi bien je sens que
tira am^re dei ambitieni itia* l> boaehe d'an homma déubn*^ de tout par le malheur, et canunt aTec ud enfant , qui ns comprend encore rien ani beioins factices et acii linguli^rei illutioni de la vis tocialf. Ceit le même artiiice, en grande partie, qui répand tant de charme >ur le long et naïf entretien àa vieiUard et de Patd, daui la dâicUnas paitonle de Paul et f^irgini:
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cela me divertira moi - même ^ car enfin , il faut que le jeu me plaise, il faut que je m'amuse; je n'écris que pour cela , et non pas précisément pour faire un livre. Il me vient dans l'esprit des idées qui me font plaisir-, je prends une plume, et les couche sur le papier pour les considérer plus à mon aise , et voir un peu quel effet elles produiront; après cela, quand je les trouve passables, je les donne aux autres qui s'en amusent eux-mêmes ou qui les critiquent. Lequel que ce soit des deux, j'y gagne toujours ) car si la critique est bonne, elle m'instruit, elle m'apprend à mieux faire; si, au contraire, elle est mauvaise, ou si je la crois telle , franchement, je lève un peu les épaules sur ceux qui la font, je me moque un peu d'eux entre cuir et chair;, et en pareil cas, rire de son prochain, c'est toujours quelque chose*
Mais comme c'est une impertinence de rire ainsi , qu'il n'y a pas un seul homme digne de se moquer des erreurs d'un autre, et qu'il lui est permis seulement de les remarquer , ce sentiment moqueur ne me dure pas long- temps , il ne fait que passer ; c'est un droit que je paie vite à l'infirmité humaine, et je deviens philosophe , quand l'homme en moi a eu son compte; c'est-à-dire que je me repens , lorsque j'ai eu le plaisir de faillir. Voilà bien ce que c'est que
notre sagesse.
Cela me fait songer à un enfant à qui l'on emporte sa poupée. Il crie d'abord. Une gouvernante vient qui le console : Allons, mon fils, doucemeat! fi! qu'il est vilain de crier comme vous- faites I ah ! que vous
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(■les laid, quand vous pleurez! Et l'cniuiit s'apaise. L'Iiomme est de même. Dtirobez-lui le raoindrepetit |ilaisir de vanité qu'il altendatt , c'est sa poupée, c'est son joujou qu'on lui emporte, el rfiifant de cinquante 6u do soixante ans crie. La réflexion, qui est alors sa (gouvernante, survient, et luidit; Eli! pauvre innocent, vous n'y pensez pas; qu'est-ce que cest que TOtro esprit? qu'est-ce que c'est que l'estime qu'on lui doiti' quels sont ceux à qui vous la demandez? Créature faillie et ridicule, vous êtes vain, vous croyez être digne de louanges , et vous vous moquez de cenx qui ne vous louent pas ; il vous appartient bien de railler les antres ! J'abréf^e ici le sermon de ia gouvernante ; tout le monde peut l'achever. Je reviem à }a critique. Lors donc qu'elle n'est pas bonne , et que je me suis reproché dç m'en être inbîrieurement moqué , je m'y prends d'une autre façon pour m'en divertir loyalement j je l'écoute en spectateur, et de cette manière,, j'ai mes coudées franches, j'en ris de tout mou cœur et sans scrupule. Ce n'est plus directement de celui qui critique que je ris alors; c'est de notre esprit , de nos fantaisies, de nos extravagances, de nos délicatesses poëriles , des petits profits que nous croyons Jaire en montrant des dégoûts; enfin c'est des hommes en général que je ris ; c'est de moi-même , que je reconnais dans les autres.
Mais puisque je parle de critique , je ne saurais m'empécher de dire une chose que je trouve en mon chemin. Qu'an homme qui a du jugement, ou qui □'eu a pas , critique les ouvrages de nos meilleurs au-
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teurs TÎvans, ou d'auteurs médiocres ; qu'il les trouve absolument mauvais, cela lui est permis; il n'y a rien à lui dire, tant qu'il n'attaquera que les productions; ceux qui les ont faites n'ont qu'à ne plus écrire , si la critique d'un homme qui juge bien, ou qui ne dit qae des sottises, les scandalise. Maisque ce même homme, non content de critiquer bien ou mal un ouvrage , enveloppe insensiblement dans sa critique une satire contre l'auteur , et jette un ridicule sur son caractère, il me semble que c'est ce qu'on ne devrait jamais lui passer ' , et que Ton ne ménage pas assez l'honnêteté publique en donnant pa^se-port à de pareilles choses. Quand j'étais jeune, j'aurais vécu poliment avec mon critique : mais à l'égard d'un satirique , oh ! il m'aurait déplu, et j'avais un honneur bouiOant qui aurait eu besoin d'un tuteur pour être sage.
La réflexion que je fais à ce propos m'en fournit une autre. C'est un grand avantage que d'avoir beaucoup d'esprit ; mais il ne faut pas tant Fenvier à ceux qui l'ont ; ils n'en jouissent pas impunément , et ils le paient bien ce qu'il vaut. ..•
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* Il me semble que c'est ce qu'on ne devrait jamais lui passer. Voilà les lois que, de tout temps, les gens raisonnables se sont fait un dc- Toir de reconnaître. Ou lésa bien quelquefois yioldes, dans des mou- Temens de colère ou dMnconsëquence , mais sans oser nier le prin* cipe mâme de leur autorité. 11 importe aujourd'hui plus que jamais d'insister sur l'autorité légitime de ce principe j car on rencontre quelques esprits un peu trop indépendans , qui paraissent en douter; on le dirait du moins à les Toir tomber si facilement et si fréquemment de la critique daus la satire.
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J'entrai l'autre jonr dani on de ces endroits oà s'assemblent de fort honnêtes gens , la plupart amatean des belles -lettres , ou savans, le le* connais presque tous ; ils sont dans le particulier de la plus aimable société du monde, raisonnables autant que spiritnek; se trouvent -ils ensemble, tous ne les connaissez plus , ils. sont à l'instant saisis de la fureur d'avoir plus d'esprit les uns que les autres.
Il part une question; l'un la déàde hardiment , et sans appel; un autre condamne tout net ce que le premier a dit; un troisième s'élè^ qui les condamne tous deux. Pendant qu'ils se disputent ensemble , iin quatrième, par un ton qui se fait faire place, et qui vaut un coup de tonnerre, leur annonce sans cérémonie que tout ce qu'ils disent ne vaut rien. Un cinquième survient, qui voudrait les apaiser, en leur faisant convenir amiablement qu'il pense mieux qu'eux sur l'article. Un sixième crie , s'offre pour arbitre, et n'est plus entendu; mais, à force de clameurs , il prend toujours acte de ses diligences , et de raccommodement jr.dicieux qu'il propose. Unautre, pour se distinguer , ne dU mot ; il secoue seulement la tâte en homme qui renferme en lui , qui possède l'unique solution qu'on puisse donner à la cliose ; il confie la supériorité de ses lumières à son voisin paisible. Celui - ci écoute respectueusement le charivari spirituel dont ses oreilles sont étourdies , et en même temps il approuve l'idée de celui qui lui parle, sans savoir presque de quoi il s'agit. Quelques autres personnes , qui ne sont ordinairement là que comme les
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suivans des principaux acteurs, se répandent en petits pelotons dans la salle, agitent à Tëcart la question , et se régalent incognito du plaisir de la décider, loin du danger et de la réprimande ; car ils n'oseraient approcher de la bataille, on les écraserait comme des pygmées.
Cependant la question qui a causé la dispute a disparu; il en a succédé vingt autres, qui ont pris furtivement sa place, qu'on n'a point reconnues pour étrangères, et qu'on agite toutes à la fois. Enfin, tant est procédé, qu'il ne reste plus rien sur le tapis qu'une masse d'idées subtiles et bizarres, qui se croisent, qui ne signifient rien , et que l'emportement et l'orgueil de primer ont forcément entassées les unes sur les autres. Alors, chacun des disputans ne sachant plus à quoi s'en prendre, entêté confusément d'un sentiment quelconque, qui n'est pas celui qu'il avait d'abord, car il a perdu celui - là dans le combat , mais de quelque autre sentiment qu'il a raccroché par mutinerie , en entendant crier les autres , se retire avec une poitrine épuisée , qu'il a sacrifiée à la gloire de ses idées. La pauvre poitrine! que sa condition est malheureuse! Bref, que reste- t-il delà dispute? rien, que des leçons de brusquerie, qui à la vérité ne sont pas perdues, et qu'un exemple bruyant de la misère de nos avantages.
Voilà l'histoire de ce que je vis dans l'endroit où j'étais entré. Un des principaux disputans laissa sortir tous les autres, puis vint se mettre auprès de moi. Là, il voulut me faire convenir que c'était lui qui
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avait dû l'emporter sur les autres. Il n'y a pas moyen, nie dit - il , de vider une question avec des gens qui s'égosillent jusqu'à perdre haleine -, et notez qu'en me disant cela , il avait lui-niëme un enrouement qui faisait foi que monsieur savait perdre haleine. Là-dessus, le voilà qui recommence à disserter avec moi, et qui me somme de lui rendre justice. Quand it eut bien argumenté : Que vous en semble? me dit -11. Que vous avez raison, lui répondis-je, à une clioiie près; c'est que j'ai vu naître le sujet de la dispute, et qu'il ne s'agissait point du tout de cela. Parbleu! je ne nie trompe point, s't^cria-t-il. Voulez-vons, répondisje , que je vous ramène à la (]ueslion ? Elle était fort simple , et je vois bien que vous ne la savez plus.
A ces mots, qœ je lÂcfaai sans songer à mal , je vis le visage de moa dissertateur s'allumer d'on feu qui me fit peur. Apparemment, il regarda comme une înBuke que j'eusse pensé qu'il avait perdu la question de vue. Peut-être crut-il encore que je l'accusais de n'avoir pas l'esprit exact, ou peut-être s'imaginat-il que je le regardais comme un brouillon, un esprit court; que sais-je, moi, ce qu'il crut? Un belesprit en pareil cas est si ombrageux, sa vanité lur donne des méfiances si subtiles, il est si sensible au moindre soupçon qu'il a qu'on ne l'estime point assez, et ce soupçon , il le prend sur si peu de chose , qu'il ne faut qu'un geste pour irriter sa superbe délicatesse.
Aussi, à la seule inspection des yeux de celui qui me parlait, n'osai-je presque me remuer-, j'étais fort embarrassé. De quoi me suis -je avisé, disais-je en
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moi-même, de proférer la parole imprudente qui lui déplaît? Me voilà perdu; cet homme-là ne me lâchera point qu'il n'ait cru m'avoir démontré que sa capacité est prodigieuse. Non, voilà qui est fini, je ne sortirai point d'ici qu'il ne soit mis en repos sur l'opinion J^t que j'aurai de ses lumières 5 il faudra qu'il pense que I je l'admire, il va travailler à m'y forcer, et nous ne nous séparerons que quand il présumera que je me dirai à moi-même : Cet homme-là est le meilleur esprit que je connaisse.
Tout ce que je dis me vint sur-le-champ dans la tête. Il était une heure sonnée, l'heure à peu près où l'on dine. J'étais à jeun, lui de même peut-être-, mais il ne sentait plus cela. U s'agissait de venger son esprit^ cet intérêt-là ^ait plus pressé que celui de son estomac, et je n'avais pas lieu d'espérer qu'il pût s'apercevoir qu'il avait appétit. D'un autre côté , je n'avais point de poitrine à commettre avec la sienne. Mais comment quitter cet homme? Quoi 1 lui dire que le cœur me manquait d'inanition, que le diner m'attendait! Et lui dire cela , dans quelle conjoncture? Au milieu d'un raisonnement qu'il allait faire, qu'il faisait déjà , et où il n'y allait pas moins pour lui que de se purger auprès de moi du reproche de n'être pas le plus judicieux de tous les hommes; d'un raisonnement en vertu duquel il attendait réparation ; d'un raisonnement dont la justesse et la force devaient faire taire tous mes besoins. Non, je ne voyais point de moyens honnêtes de m' esquiver. J'avais blessé mon homme dans son amour -propre; le laisser là sans
lui donner secours, c'était Futunner, lui dter son honoear; c'était être barbare. D'ailleurs, ane' autre réOexioQ m'embarrassùt eocore. S'il allait m'agacer, me (lisais-je en moi-aiéme ,. s'il allait m'mdnire aussi à prendre le parti de mon esprit-, car sait-on- ce qui peut arriver? Il y a quarante ans que je fais le métier ^ de philosophe, et que je persécute mes faiblesses; mais je n'en suis pas plus sûr de moi ; l'étal où je suis lesfiemble à une santé de eouTalesceat , it ne faut presque rien pour causer une rediute.
J'étais donc SOT les épines. Enfin je pris mon parti; je filai doux arec cet honnête homme;- je lui montrai un visage ami; je me conduisis avec lui comme avec ces gcos dogues, qui vous présentent d'abord les dents, mais que vous apprivoisez insensiblement en les caressant. Mon cher, lui dis-je donc d'un ton qui demandait grâce, quand j'ai dit que vous ne saviez plus quelle était la question dont il s'agissait dans la dispute, je n'ai jamais prétendu parler que d'un pur oubli de votre part. Ce n'est point que vous ne l'ayez pas bien comprise; au contraire, j'ai remarqué que c'est vous qui l'avez le plus maintenue dans ce qu'elle était, qui l'avez le mieux renfermée dans ses bornes, et je vous avouerai même que vous êtes le Seul de tous ces messieurs qui ayez parlé sensément.
A ce discours emmiellé, son âme se calma; ses yeux redevinrent sereins , et je n'y vis plus cette ardeur sauvage dont ils s'étaient allumés. Il y resta pourtant un peu de feu ; mais ce n'était plus qu'une vanité satisfaite qui brillait, et m'annonçait la paix.
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Monsieur, me répondit -il, vous êtes bien obligeant. Il est vrai que j'ai cru tantôt mon sentiment raisonnable ; cependant chacun a le sien. Ces messieurs ont plus d^ esprit que moi; mais ils crient trop, ils veulent trop avoir raison. D^ ailleurs, dans la dispute, il faut une certaine justesse, une finesse de vue qu'on trouve dans peu de {;ens \ il ne suffit pas d'avoir des idëes, de l'imagination; cela ne signifie rien, je n'en fais pas de cas. J'ai voulu ramener les esprits , comme vous avez vu; mais on ne me suivait pas, et je ne saurais faire tant de bruit \ Vous en avez pourtant fait, lui repartis-je, et je n'aime point qu'un homme aussi judicieux que vous se pique du fade honneur de briller dans des contestations , où le tintamarre étouffe tout ce que vous dites de bon^ cela n'est ni sage ni modeste. Voulez-vous que je vous dise? Je ne saurais ajuster tant de faiblesse avec tant d'esprit.
J'ai tort, me répondit- il d'un ton de bienveillance. Ce n'est pas que ce que je lui disais fût extrêmement flatteur, d'un certain côté; mais la pauvre dupe n'y voyait goutte, et de faux éloges l'étourdissaient sur de vraies injures. Bref, il se leva d'un air riant, et me demanda quelle heure il était. A propos
■ Mais on ne me suivait pas , et je ne saurais faire tant de bruit. Toute cette peinture de la dispute et de ses suites est d'une rërité parfaite. Marivaux était ici sur son terrain ^ il s'agissait de peindre un ridicule de salon , et de fouiller dans Vàme d*un disputeur, pour lui arracher le secret de ses sentimensles plus intimes, sa satisfaction de lui-même, son mécontentement de tout le monde, et sa fureur d'avoir raison.
de l'heure, repartis-je,il estlrès-tord; on ne s'ennuie point avec vous, et je devrais avoir dîné, Là-dessns nous sortîmes, par la grAce de Dieu, et il me quitta en me serrant la main avec une reconnaissance que je ne méritais guè^re.
T)e mon côte, je me rendis chex un de mes amis , qui m'avait invitiJ. Après le repas, il me plia de l'accompagner chez un marchand qu'il me nomma, cl chez qui seul se trouvait un drap d'une certaine couleur dont il voulait un habit. Venez m'aider à n'être point trompé, me dit-il; car ce marchand passe pour un homme unpeu trop ardent k l'intérêt, et je ne me connais à rien. Ma i'oi! lui dîs-je, si vous n'avez que moi pour guide dans cette aventure, vous serez mal mené; je vous avertis que je suis aveugle-né sur ces matières. Mais il me vient une idée; suppléons ;i notre ignorance par quelque tour ingénieux. Allons, venez; je médite un coup qui va rendre votre marchand le plus accommodant et le plus consciencieux de tons les Iiommes. Donnez-moi votre bourse , et suivez-moi; j'ai fait un cours de magie qui m'a appris bien des secrets,
Wous partîmes, et nous voilà arrivés chez le marchand. JVons demandons ce qu'il nous faut; deux on trois garçons nous étalent plusieurs pièces du drap en question ; à les en croire , il n'y avait de préférence à donner à aucune. Je m'étais attendu à ce verbiage : Messieurs, leur dis-je, où est le maître? je ne s.ais point choisir; il choisira pour moi. Là-dessus, on va l'avertir. 11 vient. Tenez, monsieur, lui dis-je en
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Tabordant d'un air franc et assure, voilà ma bourse que je vous mets dans les mains. J'ai besoin, pour un habit, du plus beau drap d'une telle couleur. Vous êtes meilleur connaisseur que moi; donnez -moi ce qu'il me faut, faites couper le drap, payez-vous vousmême; je reprends ensuite ma bourse, et, sans autre cérémonie, je fais emporter la marchandise, bien certain que vous en aurez agi avec moi en homme d'honneur. Asseyez - vous , monsieur, me dit le marchand d'un ton froid. Allons, vite, ajouta-t-il, apportezmoi le paquet que vous voyez là - haut. Il fut obéi. Moi, pendant ce temps-là, je regardais de côté et d'autre, et m'amusais à parler avec mon ami. On déplia le drap. Coupez ce qu'il en faut , dit-il à ses garçons. Cela fait, il prit une plume , calcula , ouvrit ma bourse, prit de l'argent ce qu'il en voulut , la referma , fit plier et emporter mon drap, et me rendit ma bourse aussi froidement qu'il Favait reçue.
Je ne lui demandai pas ce qu'il avait pris; on a tout vu quand on a de la confiance , et je jouais mou rôle d'après nature. Lui , de son côté , ne me rendit point de compte ; l'honneur est cavalier dans ses façons, et ne s'avise pas de formalités. Nous nous en allâmes-, il nous reconduisit jusqu'à la porte, me remercia laconiquement , et presque d'un air distrait ; je lui répondis dans le même goût , et nous courûmes au logis , pour vérifier avec le tailleur la probité du mar chand, qui se trouva , non-seulement sans reproche, mais même généreuse. Le tailleur en fut étonné.
Quand il fut parti , mon ami se mit à rire. Savez-vous.
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bien que vous m'avez fait peur chez ce marc dit-il. Lui metli-e une bourse entre les main de se payer lui-nmîme, prendre ce qu'il voi ne s'informer de rien, ne rcfjai'der à rien, i manière d'acheter est originale*, mais je ne pas en tirer copie ', Que pensiez-vous dor moment-là?
Ne m'avez-vous pas dit , reparlis-je , qu chaud vendait extri^memenl cher, et qui) i scrupuleux? Eh bien! que vouliez-vous fissions avec un homme de ce caractère? pas ce qu'il nous fallait. Voilà pourtant 1' qui nous avons eu alfaîrc, me dit mon ami s'il vous plaît, repondis-je , ce n't'tait plus même liommc; j'avais changi; tout cola. Li; qui nous a vendu n'est pas celui qui vend menl.Cedcrnierestunhommeavare,pcusi:
mais moi , d'un coup de baguette, j'ai on homme-là, ou plutôt ses vices-, je lui ai ; l'âme les ^-ertus conlraires, et j'en ai fait un homme.
Qu'appelez-vous un coup de baguellci mon ami en éclatant de rire. Oui, repris-je, plique. Je l'ai tout d'un coup tellement p
' Mail je ne vouJraii pat en tirer copie. E: prudemment, tiirlout n'il tÎTiiit de DO) jours. I ett originale, cerltioenitati mail l'orifiinal c^l iJire, ri commun , qu'il n'ji aunit pas là dï ijuu cllaadi de faire leur me lier.
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honneurs que lui prodiguait ma confiance, je Ta! rendu si vain du portrait flatteur qu'elle lui faisait de lui-même, que la tête lui en a tourné d'orgueil et de 'feconnaissance ^ et dans la chaleur de ces premiers mouvemens, ivre comme il Tétait du plaisir d'être pris pour un si galant homme, hélas! il s'est laissé mener comme j'ai voulu -, voilà tout ce qui en est. Mais comme le charme que j'avais jeté sur lui ne devait pas durer beaucoup, vous avez vu que j'ai été vite en besogne, de crainte que l'homme avare , assoupi par moi, ne . se réveillât, et ne criât au voleur. On fait de l'homme tout ce qu'on veut par le moyen de son orgueil 5 il n'y a que manière de s'en servir.