‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 102 sur 117 · LIVRE XX. 36g · texte numérisé non relu

LIVRE XX. 36g

la disposition du trésor de l'état ; l'intérêt qu'où aurait dans les armées , dans les finances , dans tous les emplois mercenaires de gagner la faveur de ces pentarques tout-puissans ^ le dévouement des chefs pour les auteurs dé leur fortune , l'exemple qu'ils en donneraient aux soldats et aux subalternes^ parmi les magistrats du peuple, la crainte d'être déposés , le désir d'être maintenus ; dans rassemblée nationale ; l'ambition d'avoir pour amis les promoteurs aux grandes

Î)laces, et ceux qui tenaient dans leurs mains es récompenses et les peines , selon qu'on les aurait bien ou mal servis : tout cela, dis-je , fit pour le directoire Une puissance devant laquelle; les conseils furent anéantis.

Mais il fallait d'abord que la constitution fût reçue , et les peuples pouvaient «"apercevoir qu'on ne leur proposait qu'une tyrannie habilement masquée et savamment organisée ; il fallait de plus prendre gsjrde que l'esprit n'en fût changé dans l'assemblée qu'allaient former les prochaines élections ; et ce fut à quoi Ton pourvut de la maniée la plus hardie.

IIVRE VINGTIÈME.

JLiîs événemens dont je viens de rappeler lé souvenir ont tellement occupé ma pensée , qu'à travers tant de calamités publiques je me suis presque oublié moi-même. L'impression que fi\isait sur moi cette foule de malheureux était si

vive et si profende , qu'il est bien. naturel que ce qui ne touchait que moi me soit très-souvent écliappé. Ce n'est pas cependant que , par des diversions de travail et d'ëtudes , je n'eusse tâclxé de me défendre de ces réflexions fatigantes dont la continuité pouvait se terminer par une noire mélancolie ou par une flxité d'idées, plu6 dangereuse encore pour le faible et fragile organe du bon sens.

Tant que mon imagination put me distraire par d'amusantes rêveries , )e fis de nouveaux Contes, moins enjoués que ceux que j'avais faits dans les plus beaux jours de ma vie et les rians loisirs de la prospérité , mais un peu plus philosophiques et d'un ton qui convenait mieux aux bienséances de mon âge et aux circonstances du temps.

Lorsque ces songes me manquèrent , je fis usage de ma raison ^ et j'essayais de mieux employer le temps de ma retraite et de ma solitude, en composant, pourTinstruction de mes enfans , nn Cours élémentaire en petits Traités de Grammaire , de Logique , de Métaphysique et de Morale y où fe recueUlIs avec soin ce que j'avais appris dans mes lectures en divers genres , pour leur en transmettre les fruits.

Quelquefois , pour les égayer ou pour les instruire d'exemples , j'employais'nos soirées d'hiver à leur raconter, au coin du feu , de petites aventures de ma jeunesse , et ma femme , s'apercevant que ces récits les intéressaient , me pressa d'écrire pour eux les événemens de ma vie.

Ce fut ainsi que je fus engagé à écrire ces volumes de mes Mémoires. J'avouerai bien,

comme miadame de Staalr q^^ 9 M m^y suis peint qu'en buste 5 mais j'écrivaî» pour mes en^ fans*

Ces souvenirs étaient pour moi UQ soulagement véritable , en ce qu'ils eflaçaient au moins , pour des mmnens » les tristes images du présent par Içs doux songes du passé*

Cependant je touche à Tépoque où Tintérét de la chose publique vint ma saisir plus fortenient , plus étroitement que jamais. Par mon devoir de citoyen , je fus appelé à cette assemblée primaire du canton de Gaillon 9 où allait âtre proposée la nouvelle constitution* C'était le moment d'obseiTer où en était Tesprit national , et ce moment était intéressant ; car le problème allait être mis en délibéi'at¥>n et réscln simultacément par la pluralité des voix dans la tc^lité 4e9 assiemblées jurimaires.

Ban3 celle où j 'assistai y il ma fut évideyot ^pie deux partis se balançai^it»

Ici s'arrête le manuscrit des Mémoires de 'J^vm^onlû, Ainsi quonT a i/u dans les j8*. et 19*. ÀV/iej de cet ombrage, aux anproclies du 10 (wût 179ÎI , il s'était retiré d'abord dans le uoi'sinage cCÈs^reux , département de TEure , et ensuite à Abloville , petit han^au voisin de Gaillon , oii il as^ait acquis une petite maison de paysan et environ deux arpens de jardin*

Là il ne s'est plus occupé que de Téduçaùon de ses enfans , de quelques travaux littéraires pour leur instruction^ et de quelques parties d^histoire.

573 MÉMOÎAEi/

// est defneuré Iwré à ces douces occupations jusqu'au mois d'ami 1 797 (germinal de I an /^, époque à laquelle se tinrent les assemblées électorales qui dei^aient renoui^eler par tiers Vas" semblée nationale en v^ertu de Tétahli^sement de la troisième constitution. lise rendit àÉs^reux et léunit les suffrages de son département, par lequel il fut expressément chargé de défendre , dans T assemblée nationale , la cause de la reUgion catholique , engagement qu il prit ^ et qu'il voulait remplir en prononçant au coips législa^ tifle discours quon troui^era ci-après.

Nommé membre du conseil des anciens et rendu à Paris , il y vécut b'i^ré à ses fonctions et lié ai>ec ce quUy auait de plus distingué dans les deux sections du corps législatif jusqu au 18 fructidor an f^^ oà , le département de F Eure étant au nombre de ceux dont les élections fu'-' rent déclarées nulles , il se réfugia de nou" i^eau dans sa retraite champêtre^ échappant à la déportation qui frappait la plupart de ses amis.

C'est là qu'il a mis la dernière main à quel-' ques ouvrages qui ont paru sucessivement.

u4ux derniers jours de Vannée 1799 , il fut frappé d'apoplexie , comme il se disposait à aller passer quelques semaines à Rouen. Malgré les soins de son épouse et les secours de Fart, il ne put recouvrer le parole , et parut avoir aussi perdu la cormaissance. Il est mort fe 3 1 décembre. Il était né le 11 juillet 1723^ à Bort , petite ville du Limousin.

Il a été enterré dans son jardin par des mi^ nistres du- culte catholique.

Il a laissé une veuve et trois enfans mâles ^

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