LIVRE yuu 3g
lîniîeiis et d'opinions , il y avait dissimalation et complaisance de part ou d'antre , souvent même des deu:K côtés.
L'une des trois , madame die Siéran , m'avait mis dam sa confidence , et cette confidence était de nature à donner Keu à d'intéressans tète-àtète. Il s'agissait pour eBe de succéder , si elle rayait votdu , à madame de Potnpadour. Elle «tait en t^lation continuelle avec te roi ; il lui écrivait par tous les courriers ; et ces lettres et les réponses me passaient toutes sous les jeux. Voici comment s^était noué le fil de ce petit roman. *
Madame de Séran était fifle d'an M. de Bulietid , boQ gentilhomme, satis forttme, ci-devant gouvemem* des pages du duc d'Orléans. Par une fatalité des plus étranges , et que \e ne puis expliquer , cette jeune personne, dès l'âge de quinze sms , avait été Fobjet de ITiumeur violente et sombre de son père , et de l'aversîdn de sa mère. Belle comme l'Amour, et encore plus intéressame par le charme de sa bonté et de sa û »ïve irnio-» cence que par l'éclat de sa beauté , elle pleurait . et gémissait dans cette situation si triste et si cruelle , lorsque sou père prit tout-à-coup la ré» jsolution de la miarier, en lui donnant pour dot sa place de gouverneur des pages qu'il cédait à son gendre. Cet époux qu'il lui présenta était .aussi un gentilhomme d'ancienne race , mais n'ajant pour tout bien qu'une petite terre en lïormaiiate. C'était peu d^être pauvre, M., de Se' ran était laid , et d'une laideur rebutante : roux, mal fait , borgne , et un dragon dans l'œil ^ d'ailleurs, le plus honnête et le meiHeur des hommes, jt^pmuufut préseuté à notie ))eBe Adélaïde^ elle
4o MÉMOIRES.
en pâlit d'effroi, et le cœur lui bondit de dégoût et de répugnance» Ija présence de ses parens lui fit dissimuler , tant qu'il lui fut possible, cette première impression *, mais M. de Séran s'en aperçut^ Il demanda qu'il lui fut permis d'être quelques momens tète à tète avec elle ; et , lorsqu'ils furent seuls : aMademoîseUejluidit-iljYOUs me trouvez bien laid , et ma laideur vous épouvante ^ je le vois ; vous pouvez l'avouer sans détour« Si vous croyez que cette répugnance soit invincible, parlez-moi comme à votre ami : le secret vous sera gardé ; je prendrai sur moi la rupture , vos père et mère ne sauront riea de l'aveu, que vous m'aurez fait. Cependant , s'il était possible de vous rendre supportables dans un mari ces disgrâces de la nature , et s'il ne ËJlait pour cela que les soins et les complaisances (Tune bonne et tendre amitié , vous pourriez les at*gendre du cœur d'un honnête homme qui vou3 saurait gré toute la vie de ne l'avoir point re<buté» Consultez^vous, et réponde^s-moi \ vous êtes parfaitement libre. »
Adélaïde était simalheureuse , elle voyait dans cet honnête hpmme un désir si sincère de lui
Srocurer up sort plus doux , qu'elle espéra se on^er le courage de l'accepter. « Monsieur , )ui dit-elle , ce que je viens d'entendre , le ca«xactère de bouté , de probité que ce langage annonce , me prévient en votre faveur de l'estime la plus sincère. Donnez^moi vingtr<piati*e heures pour faire ines réfle^ops , et venez me revoir demain. »
Il i^e fallut pas moins que les conseils les plus pressans. de la raison et du malheur pour la détermiQer; mais epfin ^ Vestipie que Ait de