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VOUS le devez pour elle , vous le devez pour moi , et je veux bien vous dire que vous ne Toflen- $eFez jamais sans me Uesser au coeur. »
n est vrai que , dans Tintimité de ces deux temasea , tout le soin de madame de Séran s'employait à inspirer à son amie de la douceur, de la comi^aisance y et , s'il ëtait possible ^ de Tamour pour un homme qui avait , lui disait- elle , des qualités aimables , et dont il ne fallait que tempérer la violence et adoucir Thumeur pour en faire «in ués-'bon mari.
Un peu de force et de fierté ne laissait pas detre ^ nécessaire avec un homme qui , ayant lui-même de la irancfaise et du cour9ge, estimait dans ^in caractère ce qui était analogue au sien, flous. primes donc avec lui le ton aune raison douce , mais ferme, et je remplis si bien entre ewL Toffice de conciliateur , ,au*en les quittant je les laissai d'im bon accord ensemble. Mais j'en avais assez va , et surtout assers appris dans les fienfidencestque me faisait la jeune femme , pcMir juger que* ees deux époux , en s'estimant run l'autre, ne s^aimeraient jamais.
Au i printemps suivant , je fus encore de letœ vûyp^jge euTouraine. Dans celui^i, j'eus leplai-* sir de voir M. dé Marjgny pleinement récoucîlié pivec madame de Séran,; hormis quelques mo*^ mens d'humeur jalouse sur Tintimité des deux femmes , il fut assez aimable entre elles. A mon égard , il était si contentde m'avoir pour .mé^ diateur,>qu-il m'offrit , -en pur don , pour ma vie , auprès de Ménars , une jolie maison de campagne. Un petit bosquet j un jardin , un ruisseau de l'eau la plus pure , une retraite dé-> licieuse située au bord de laXioife , rieo de plu^
séduisant ^ maïs ce don était une cbaine , et je n'en Toulaîs point porter.
A mon retour , ce fut à Maisons que je me rendis. Cette retraite avait pour moi des charmes ; j^aimais tout ce qui 1 habitait , et je me flattais d'y être aimé. Je n^aurais pas été plus libre et plus à mon aise chez moi. Lorsque quelqu'un de mes amis voulait me voir , il venait à Maisons ^ et il y était Bien reçu. Le comte de Creutz était celui qui s'y plaisait le plus et qu'on y goûtait davantage, parcequ'ayec les qualités les plus rares du côté de i esprit, il était simple et bon.
Un bosquet, près d'Alfort, était le lieu de repos de nos promenades. Là , son âme se dilatait et se déployait avec moi. Les sentimens dont il était rempli , les tableaux que l'observatibn et l'étude de la nature avaient tracés dans sa mémoire , et dont son imagination était comme uue riche et vaste galerie y les hautes pensées que la méditation lui avait fait concevoir, et
Îue son esprit répandait dans le mien avec abonance , soit qu'if parlât de politique ou de mo* raie , des hommes pu des choses , des sciences ou des arts , me tenaient des heures entières attentif et comme enchanté. Sa patrie et son roi i la Suède et Gustave , objets de «on idolâtrie , étaieqt les deux sujets dont il m'entretenait le
£lus éloquemment et avec le plus de délices, ■^enthousiasme avec lequel il m'en faisait l'éloge s'emparait si bien de mes esprits et de mes sens , que volontiers je l'aurais suivi au-delà de la mier Baltique.
L'un de ses goûts les plus passionnés était l'a^ mour de la musique , et la bienfaisance étai| l'âme de toutes ses autres vertus»
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Un jour il vint me conjurer, au nom de notre amitié , de tendre la main à un jeune bomme ui était , disait-il , au désespoir et sur le point e se noyer , si ]e ne le sauvais. « C'était un musicien , ajouta-t-il , plein de talent , et qui né demande qu'un joli opéra ^ Comique pbùr faire fortune à Paris. Il vient de l'Italie ^ il a fait à Genève quel(jues essais. Il arrivait avec un opéra fiiit sur Pua de vos coatés ( les Mariages sam-nites) ; les directeurs de l'Opéra l'ont entendu , et ils l'ont refusé. Ce malheureux jeune bomme est sans ressource ; je lui ai avancé quelques louis i je ne puis faire plus , et , pour dermèré jgràce , il m'a prié de le recommander à vous, -ii Jusque '^ là je n'avais rien fait qui approchât de l'idée que je croyais avoir conçue d'un poëme français analogue à la musique italienne *, je ne croyais pas même en avoir le talent ^ mais , pour
tilaire au comte de Creu^ , j'aurais entrepris .'impossible.
J'avais sur ma table , dans ce moment , un conte de Voltaire ( T Ingénu ) \ je pensai qu'il pouvait me fournir le cAnevas d'un petit opéra comique, « Je vais , dis-je au comte de Creutz j voir si je puis le mettre en scène , et en tirer des sentitnèns et des peintures qui soient favo-» râbles au cbant» Revenez dans huit jours ^ et ^menez^moi ce jeune bomme.* »
La moitié de mon poëme était faite lorsqu'ils arrivèrent. Grétry en fat transporté de joie , et il alla commencer son ouvrage , tandis que j'a-^ cbevais le mien. Le Huron eut un plein succès*; et Grétry , plus modeste et plus reconnaissant qu'il ne Va été dans la suite , ne trouvant pas sa Réputation assez bien établie encore , me supplice
de ne pas Fabandoimer. Ce fut alors que je fis Lucile,
Par le succès encore plus grand qu'eut celle-ci ^ je m'aperçus que le public était disposé à goûter un spectacle d'un caractère analogue à celui de mes Contes; et , avec un musicien et des acteurs en état de répondre à mes intentions , voyant que je pouvais former des tableaux dont les cou* leurs et les nuances seraient fidèlement rendues, je pris moi -même un goût très- vif pour cqtle espèce de création ^ car je puis dire qu'en relevant le caractère de l'opéra - comique , j!en créais un genre nouveau. Après LucUe , je fis Sjhaia \ après Sylyfoin , TAini de la maison , ^l Zémire et Jlzor ^ et nos succès à l'un et à l'autre allèrent toujours çn croissant. Jamais travail ne m'a donné des jouissances plus pures. Mes acteurs de prédilection , Glairval , Caillot , madame La Ruette , étaient les maîtres de leur théâtre. Madame La Ruette nous donnait à dîner. Là je lisais mon poëme , et Grétry chantait sa musique. L'un et. l'autre étapt approuvés dans ce petit conseil , tout se préparait pour mettre Touvrage au théâtre ; «t , après deux ou trois répétitions , il était donné.
La sincérité de nos acteurs à notre égard était parfaite ; soit pour leurs rôles , soit pour leur chant , ils savaient cç qu'il leur fallait \ et ils avaient un pressentiment des effets plus in* faillible que nous-mêmes» Pour moi , je n'hé-^ sitais. jamais à déférer à leurs avis ; quelquefois même ils m'accusaient d'être trop docile à les suivre. Par exemple , dans l'iatervalle de Lucile à Sylvain , f avais fait un opéra-*comique en trois acies de celui de oies Contes qui a pour titre
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ie Connaisseur. Pen fis lecture au petit comité. Grétry en fut charmé , madame La Ruette et Clairral applaudirent ; mais Caillot fut froid et muet. Je le pns en partieplier. « Tous ii*étes pas content , lui dis-je ; parlez-mm librement , que pensez-vous de ce que tous yenec d*ent^idre P -— Je pen9e , me dit-il , que ce n'est au*im diminutif de la Métromame ; que le rioicule du bel-esprii n^est pas assez piquant pour un parterre comme le notre, et que cet ouvrage pourrait bien n^avoir aucun succès. » Alors revenant vers la cheminée où était notre monde : « Madame , et vous 9 messieurs , leur dis-}ë , nous sommes tous des bètes ; Caillot seul a raison , » et je }etai mon manuscrit au feu. Ils s'écrièrent que Caillot me faisait faire une folie. Grétry en pleura de dduleur j et , en s^en allant avec moi , il me parut si désolé , qu^en le quittant .f avais la tristesse dans Tâme.
L'impatience de le tirer de l'état où je l'avais vu m'ayant empêché de dormir , le plan et les premières scènes de Sylvain furent le fhiit de cette insomnie. Le matin je les écrivais , quand je vis arriver Grétry. a Je n 'ai pas fermé Tceil de la nuit, me dit-il. — Ni moi non plus, lui dis-je. Asseyez-vous et m'écoutez. >> Je li|l Itis mon plan et deux scènes. « Pour le coup , ajoutai-je , me voilà sûr de ma besogne , et je vous réponds du succès. » n se saisit des deux premiers s^lrs , et il s'en alla consolé.
Ainsi s'employaient mes loisirs , et le produit d'un travail léger augmentait tous les ans ma
Setite fortune \ mais eue n'était pas assez consiérable pour que madame Gaulard eût pu y voir lin établissement convenable à sa nièce ; elle lui
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donna donc un autre mari, comme je Tai dit 4 et bientôt cette société que j'avais cultivée avec tant de soin , fut rompue. Un autre incident me jeta dans des sociétés nouvelles.
n était naturel que Taventure de BélUaire eût un peu refroidi madame GeofTrin sur mon compte , et que , plus ostensiblement tournée à la dévotion , elle eût quelque peine à loger chez elle un auteur censuré. Dès que je pus m'en apercevoir , je prétextai l'envie d'être logé plus commodément. (( Je suis bien fâchée , me ditelle , de n'avoir rien de mieux à vous offrir; mais j'espère qu'en ne logeant plus chez moi , vous n'en serez pas moins du nombre de mes amis , et des dîners qui les rassemblent. » Après cette audience de congé , je fis mes diligences pour sortir de chez elle ; et un logement fait à souhait pour moi nie fut offert , par la comtesse dé Séran , dans un hôtel que le roi lui avait dcmné. Ceci me fait reprendre le fil de son roman.
A son retour d'Aix-la-Chapelle, le roi l'avait reçue mieux que jamais , sans oser davantage. Cependant le mystère de leurs rendez-vous et de leurs tète-à-tête n'avait pas échappé aux yeux vigilans de la cour \ et le duc de Choiseul , résolu d'éloigner du roi toute femme qui ne lui serait pas affidée , s'était permis contre celle-ci quelques propos légers et moqueurs. Dès qu'elle en fiit instruite , elle voulut lui imposer silence. Elle avait pour ami La Borde , banquier de là cour , dévoué au duc de Choiseul auquel il devait sa fortune. Ce fiit chez lui et aeyant lui qu'eUeeut une entrevue avec le ministre. « J'ai, pionsiéur le duc > lui dit-elle , une grâce à vous