LIVRE VIII. Ù
si profondément indigné contre Rousseau , que ma première idée fut que Rousseau ne lui avait point écrit. — N'avez-vous pas reçu de lui une lettre? lui demandai -je. — Oui , me dît -il, une lettre qui mériterait le plus sévère châtiment.
» Ah ! monsîeuï , lui dis-je , est-ce à vous de concevoir tant de colère d'un moment de folie dont il vous fait l'aveu , dont il vous demande pardon ? Si cette lettre vous offense , c'est moi qu'il en faut accuser ; car c'est moi qui lui ai conseillé de vous l'écrire. — Et savez-vous, me dit-il^ ce qu'elle contient cette lettre ? — Je sais qu'elle contient un aveu , des excuses , et un pardon
Îti'il votfs demande. *— Rien moins que tout cela, 'est un tissu de fourberie et d'insolence , c'est utt chef-d'œuvre d'artifice pour rejeter sur madame *** le tort dont il veut se laver — Vous m'étonnez , lui dîs-je , et ce n'était point là ce qu'il m'avait promis. » Alors , pour 1 apaiser, je lui racontai simplement la douleur et le repentir ou J'avais vu Rousseau d'avoir pu l'offenser, et la résolution où il avait été de lui en demander grâce^ par là , je l'amenai sans peine au point de le voir en pitié.
» C^est à cet éclaircissement que Rousseau a donné le nom de perfidie. Dès qu'il apprit que j'avais fait pour lui un aveu qu'il n'avait pas fait^ îl jeta feu et flamme, m'accusant de l'avoir trahi. Je rappris, j'allai le trouver.-— Que venez-vous faire ici ? me demanda- t-il. -—Je viens savoir, lui dis*-je , si vous êtes fou ou méchant. —Ni l'un ni Tautre , me dit-il -, maïs j'ai le cœur blessé , ulcéré contre vous. Je ne veux plus vous voir. — Qu'airjedonc fait ? lui demandai-je. — i- Vous avez
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fouillé 9 me dit^il , dans les replis de mon âme , vous en avez arracli|é mon secret , vous Fave^t trahi. Vous mWez livré au mépris , à la haine d'un l]x>mme qui ne me pardonnera jamais. — ^Je laissai son fexi .s'exhaler , et quand il se fut épuisé en reproches : Nous sommes seuls , lui dis- je , e% 5 entre nous , votre éloquence es% inutile. Nos juges jsont , ici , la raison ^ la vérité , votre conr science ejt la mienne. Voulez-vous les interroger ? Sans me répondr.e , il se jeta dans son fauteuil , les deux maips sur les yeux , et je -pris la parole. » Le )our , )ui disrje , où nous co^vinmes que yous gériez sincère dans votre lettre à *** , vous étiez, dbiezfvous , réconcilié ayec vous-même; qui vous 6^ donc cKanger de résolution ? Vous ne répondez point ] je vais me répondre pour yous. Quand il vous lallut prendre la plume, e^ faire rjiumbleayeud'une malheureuse iolie,avei^ qui cependant vous aurait honoré, votre diable d'orgueil se souleva ( oui , votre orgueil : vou§ m'avez accusé de perfidie , et je l'ai souffert 5 souffrez , à votre tQijr , que je vous accuse d'orr gueil ; car ^ sans cela , votre conduite ne serait
Î[ue de la bassesse )• L'orgueil donc vint vous aire entendre qu'il était indigne de vojtre caracr itère de vous humilier devant un homme , et de demander grâce à un rival heureux ; que ce n^ér tait pas vous qu'il fallait accuser, mais cellie don( la séduction , la coquetterie attrayante , \es fiatteuses douceurs vous avaient engagé. Et vous , ayec votre art, colorant cette belle excuse, vous ne vpus Êtes pas aperçu qu'en attribuant le manège d'une coquetjte à une.fenmie délicate et senr* sible , aux yeux d'un homnte qui l'estime et qui l'aime , vous blessiez deux coeurs à la fois, ^y^