LIVRE XI- î4ï
saison., encore plus d^agrément que n'avait eu Ist ville. Une société choisie , composée au gré de ma femme , y venait successivement varier nos loisirs, et jouir avec nous de cette opulence cham" pètre qne nous offiraient , dans nos jardins , l'es-*
Salier, le verger, la treille, les légumes, les fruits e toutes les saisons : présens dont la nature couvrait sans frais une table frugale, et qui changeaient un dîner modique en un délicieux festin. Là régnaient une innocente joie , ime confiance , une sécurité , une liberté de penser dont on connaissait les limites , et dont on n'abusait jamais.
Vous nommerat-je tous les convives que Tamitié y rassemblait ? Raynal , le plus affectueux , le
{dus animé des vieillards ; Silésia, ce Génois philosophe qui ressemblait à Yauvenargues ; Barthélemi , qui , dans nos promenades , faisait penser à celles de Platon aîvec ses disciples \ Bréquigny, qui avait aussi de cette aménité et de cette sagesse antique ; Carbury , Thomme de tous les temps et de tous les pays par la riche variété de son esprit et de ses connaissances ; Boismont , tout français dans ses moeurs , mais singulier par le contraste de ses agrémens dans le monde , et de ses talens dans la chaire ^ Maury , plus fier de nous divertir par un conte plaisant , que de nous étonner par un trait d'éloquence , et qui , dans la société , nous faisait oublier Thomme supérieur pour ne montrer que l'homme aimable ^ Godard , qui avait aussi la verve d'une gaieté pleine d'esprit ^ de Sèze , qui bientôt vint donner à nos entretiens encore plus d'essor et de charmes.
« Nous sommes trop heureux ^ me disait ma
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iensuBie , ilnoiiiA arm«raqudque msdhfiur.» Elle avait bien raûim l Appcenex , mes «nfaiis , combien , d»m toutes les skuftlÎQiifi de la vie, ia dou^ leur est près de la joie.
Celle boisiBe et sensiUe mèee avait Dourri le UroisiéiBe de sea culaoa. Il était beau , plein de saa^é^ iM^ufir eroyieoa B^ayoÂr plus qu'a k voir ^j^UsQ et s'embellir encore 9 «piand tout à coup il est frawé dW^^upewr mavlelle, Bouvanao ceiuRt \ îî emploie^ il épuise tons ka aeeousa de l'art s«»isi pouvoir le tifer de ce funeste assou-* piss^aneikt. IJenbn^ avait les yem ouverts ç mais Bouvart s'aperçut que la prunelle était dilatéie ^ il iit pi^sser une {«oimièrev les* yem et la
{laupière restèrent ifltmotâles. % Ah ! me dit^îl f "ovgaae de k vue est paralysé ; lediépàl est for-* vm- dans k cetveau ; il n'y a plias de remiède ; » et ,. aib dpkSMi^ ces mù^ y k boit vîettlar d iJ^ucaift ^ ilres^KMitait le coupfn'U portait à rame oTuxl père» Dans ce mMnen&er«feL,. l'aurais viouluékigner k mère^ ^ mais , à genQiusc aur bord dna Ut de son ^ant, les yeux remptlis/ de Wmea y les braa été»* dva y'Wa kckl , et su&craée de sanglots : «Lais'* 8«ier-fQoi j di s a i t elk y ak ; laÛ8ses<»ttoi du mmns vecevoiff son dermief soupir. )» Et condsîeHo ses aamgkls , ses larmes , ses cuis redodMirent krs^ quelk le vit «aspirer I Je? ne voua park point de nia: douleur.;, je ae puis penser qui'» k sîeMiir. Clk fur si pràbnde que de pbisiema nmées elle n?a pi^etrlafooce^d'enealiBndre aoninerr<d)jei. Sîr ele en pailaift tlk«*nè«s , ce n'était <faten tervunccenius : Dnpuis manmaikeury dÎ8ail*eUev samipouvoBr se Béenïadre àdkre : Ihpui là moit de mon enfant.
DojRa k triste sitwMion où étaient mon esprit
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et mon àme , de quoi poiiTais*je m'oecuper qui iM fût analogme à l'anowr macentel et k la ten^dresse oofifagak ? Lcccrar pleia de ces seniimens dmst i 'axais de viudt moilepla» toachanlinodèle , ye conçus lo dosoein de Fepëta die Pén&hpe. Ce 6a}etvD& saisit f pins je fe aiédiftais , phis je le trouva» attseeptible des^graiMiis effet» oe b musîqpe etdel^ûvlàrte thiéàttaL
Je récrivis de ver^e , et dans toate rillosieft que peut causer un su^c poâiftkpie il cel# qui en peint le tabbau. Mais oe fut cette iUusioiicnii mq tRMi^. S'abofd je me persuadai que la £aé- Uté de Tamour conjugal snif ait sur la scèâe fyri<* que lé mèSK intévès que fi vvesse et le d^sespoir^ de Tamour de Didon ^ fe me persuaK^i encore que, dans uàsvjet tous en situatieos, en tableaux, eii effietti de théâtre, tout s'euéeuterait ^cfooty^ dans nui pensée, et que le» coi»venan«es , les ▼pa ioeniMu nocs ^ ladàgnité de faction jseraieQt observées comme dans ks^ ppsgvasmes- q«e f en awais tracés à de mouvais décovateuns et à ê^ aei«Brs maladroil». Leowilxaiyeamv^; et , dan» les masoensks nfajs intéressati» , toute illiimon fut détruite, ilmsi la bcAe muiâquie de Pûoclnt manqua pinescpie tous ses efietsw Saànt^Hu&erti la imevait, aussi aduîniUe dans-le riied)» Jnme^ lope qu'elle Favait été dausoehu de Didon ; mais quoiqu^dk'y filil applaudie toutes les fois qw'elte oeèupaitkseène , elle li»t si mai secondfée , que , m «à la cour , ni iPuris , cet opéra n'eut le succès dont je m'étais flatté ; et c'est à met qu'en fet la fSmte. Je dfevois savoii^ de qndie» gens- mepfes je finirais dé^euAre 1» succès d'un pareil owrrage ^ et ne pas 7 compter aprèa ce que j'ai cSt de Zè^
l44 MEMOIRES.
Je n'avais pas été plus heureux dans le choix d'un sujet d'opéra-cômique ({ue j'avais fait avec Piccinipourle théâtre italien^ et, quand j'y pense, j'ai peine à concevoir comment je fiis séduit par ce«ujetdu Dormeur éueiUé , qui , dans les Mille et une Nuits pouvait être amusant, mais qui n'avait rien de comique. Car le véritable comique consiste à se jouer d'im personnage ridicule ] et celui d'Assan ne l'est pas.
]^ général^ après des succès , on doit s'attendre à trouver le public plus difficile et plus sévère. C'est une réflexion que je ne faisais pas assez ^ je devenais plus confiant quand j'aurais dû être plus timide ^ et au théâtre ma vanité en fut punie par des disgrâces.
On m'accordait plus d'indulgence aux assemblées publiques de Tacadémie française ; là je ne briguais point des applaudissemens ; je n'y parlais que pour remplir les simples fonctions de ma place , ou pour suppléer les absens. Si cpel-
Îueiois j'y payais a mon tour le tribut de l'homme e lettres, c'était sans ostentation. Les morceaux de littérature que j'y lisais n'avaient rien de brillant, mais n'avaient rien d'ambitieux. C'était lé fruit de mes études et de mes réflexions sur le goût, sur la langue , sur les caprices de l'usage , sur le style , sur l'éloquence , tous sujets convenables à l'esprit d'un auditoire académique et habitué parmi nous. Aussi cet auditoire était-il bénévole 5 et je croyais m'y voir au milieu d'un cercle d'amis.
Cette faveur, dont je jouissais dans nos assemblées publiques , jointe à l'exacte d^cipline que je faisais observer , sans aucune partialité , dan&' nos séances particulières , m'y donnait qudqw
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poids et assez de crédit. Le clergé me savait bou gré des égards qu'on y avait pour lui 5 la haute noblesse n'était pas moins contente de ces respects d'usage qu on lui rendait à mon exemple ; et , à Tégârd des gens de lettres , ils me savaient assez jaloux de l'égalité académique pour me laisser le soin d'en rappeler les droits , si quelqu'un les eût oubliés. Plusieurs même, persuadés que , dans nos élections , je ne cbercnais que le mieux possible, me consistaient pour joindre leur suffrage à ma voix. Ainsi , sans brigue et sans intrigue, j'avais de l'influence, et j'en usai , comme il était juste , pour vaincre les obstacles que l'on s'efforçait d'opposer à l'élection de l'un de mes amis.
L'abbé M aury, dans sa jeunesse^ ayant prècbé au Louvre , avec un grand succès , le panégyrique de saint Louis devant l'académie française , et f depuis , celui de saint Augustin à l'assemblée du clergé de France , bientôt célèbre dans les /chaires de Paris, et appelé à prêcher à Versailles l'Avent et le Carême devant le roi , avait acquis des droits incontestables à l'académie française ; et il ne dissimula point que tel était l'objet de son ambition.
Ce fut alors que s'élevèrent contre lui les ruimeurs de la calomnie ; et , comme c'était aux oreilles de l'académie que ces bruits devaient parvenir , on avait soin de les adresser en droiture à son secrétaire. J'écoutai tout le mal qu'on voulut me dire de lui ; et , quand j'eus tout bien entendu , le prenant en particulier : « Vous êtes attaqué, lui dis-je, et c'est à moi de vous défen- <Ire ; mais c'est â vous de me donner des armes pour repousser vos ennemis. ï> Alors je lui expli-
Mém. n. 7
l46 MÉMOIRES.
quaî , article par article , tous les torts cp^on lui attribuait. Il m'écouta sans s'émouvoir ; et, avec une facilité qui m'étonna , il réfuta ces accusations , me démontrant la fausseté des unes , et , pour les autres , me mettant sur la voie de tout vérifier moi-même.
La seule qu'il ne put d^abord démentir que vaguement , parce qu'elle était vague , lui était intentée par un académicien qui Taccusait de perfidie et de noirceur. L'accusateur était La Harpe , avec lequel il avait été en grande liaison.
t( Puisqu'il m accuse de perfidie , j'aurais droit, me dit l'abbé Maury , de lui en demander la preuve. Je l'en dispense , et c'est moi qui me charge de prouver qu'il me calomnie , pourvu toutefois quil s'explique et qu'il articule des faits. Mettez-moi vis-à-vis de lui. »
Je proposai cette entrevue ; et l'accusateur l'accepta ; mais je ne voulus pas être seul témoin et arbitre ; et , en les invitant tous les deux à diner, je demandai qu^il me fût pertnis d'admettre à ce dîtier deux académiciens des plus intègres et desplu^ sages , M. Thomas et IVÎ. Gaillard,
Le diner se passa paisiblement et décemment ; mais , au sortir de table , nous étatit retirés tous les cinq dans un cabinet : « Messieurs , dis-je à nos deux arbitres , M. L. H. croit avoir à se plaindre de M. L. M. ; celui-ci prétend que la plainte n*est pas fondée ] nous allons les entendre. Parlez, M. de L. H. , vous serez écouté en silence -, et de même en silence M. L. M. sera entendu après vous. »
L\iccusation était grave. Il s'agissait d'une satire que L. M. aurait conseillé à un Russe , ami do L. H. , de faire contre lui, dan3 le temps qu'ils