‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 48 sur 117 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

quel en sera le tenne , ou quel en eut été le préservatif, il faut remonter à leur source ; et c'est ainsi que des lumières du passé Ton peut éclairer Favenir-

Quoique depuis long • temps la situation des affaires publiques et la fermentation des esprits dans tous les ordres de Tétat parussent le me* nacer d'une crise prochaine , il est vrai cepéhdant qu'elle n'est arrivée que par l'imprudence de ceux qui se sont obstinés à la croire impossible.

La nation , constamment fidèle à ses lois , à ses rois , à son ancienne constitution , ccmtente , par instinct , de la portion de liberté , de propriété , de provspérité , de gloire et de puissance dont elle jouissait , ne se lassait point d'espérer , dans les vices et les erreurs de l'/incienne administration , quelque amendement salutaire.

Cette espéxance avait surtout repris courage à l'avénemcnt de Louis XVI à la couronne 5 et en effet , dès lors , si la volonté d'un jeune roi plein de droiture et de candeur eût été secondée comme elle devait l'être , tout était réparé sans aucune convulsion.

Louis XVI , élevé au trône à l'âge de vingt ans , y apportait un sentiment bien précieux lors* qu'il est modéré , bien dangereux quand il est excessif , la défiance de soi-même. Le vice de son ëdui atioD avait été tout le contraire de celui qu'on reproche à l'éducation des princes : on 1 avait trop intimidé^ et , tant qu'avait vécu son aîné , le duc de Bourgogne , on lui avait trop fait sentir , du côté de l'intelligence , la supériorité qu'avait sur lui ce prince réellement prématuré. La situation du dauphin était donc l'inquié*

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tude et la perplexité d'une àme qui pressent sa destinée et ses devoirs , et qui n ose espérer de pouvoir les remplir , lorsqu il se vit tout à coup chargé du gouvernement d'un empire. Son premier sentiment fut la frayeur de se trouver roi à vingt ans \ son premier mouvement fut de chercher un homme assez sage et assez habile pour l'éclairer et le conduire. De tels hommes sont toujours rares -, et pour un choix peut-être alors

{)lus difficile que jamais , ce fut de sa famille que e jeune roi prit conseil. Rien de plus important, et pour l'état et pour lui-même , que l'avis qui résulterait de cette délibération. D s'agissait de commencer son éducation politique , de diriger ses vues , de former son esprit \ et en lui la nature avait tout disposé pour recevoir les impressions du bien. Un sens droit , une raison saine , une âme neuve , ingénue et sensible , aucun vice , aucune passion , le ^mépris du luxe et du faste ^ la haine du mensonge et de la flatterie , la soif de la justice et de la vérité , et avec un peu de rudesse et de brusquerie dans le caractère , ce fonds de rectitude et de bonté morale , qui est la base de la vertu -, en un mot , un roi de vingt ans , détaché de lui-même , disposé à vouloir tout ^ ce qui serait bon et juste ', et autour de lui un royaume à régénérer dans toutes ses parties, les plus grands biens à faire , les plus grands maux à réparer *, c'est là ce qui attendait l'homme de confiance que I^ouis XVl aurait choisi pour guide. Il prit le comte de Maurepas (mai 1774* )

Après trente ans de ministère , un long exil , et im plus long temps de disgrâce sous le feu vo\ pour une faute assez légère , et dont la famille royale ne lui avait jamais su mauvais gré, Mau-

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repas avait acquis dans sa retraite la considéra* ûon que donnent la vieillesse et un malheur peu mérité^ soutenu avec bienséance. Son ancien ministère n'avait été marqué que par le dépérissement de la marine militaire ; mais , comme la timide politiquedu cardinal deFleury avaitfrappé de paralysie cette partie de nos forces ^ la négli-» gence de Maurepas avait pu être commandée ; et , dans une place £kïti ve , dispensé d'être homme d'état y il n'avait eu à déployer <fae ses qualités naturelles , les agrémens d'un homme du monde et les talens d'un homme de cour«

Superficiel et incapable d'une application sé« rieuse et profonde ^ mais doué d'une facilité de perception et d'intelligence qui démêlait dans un instant le nœud le plus compliqué d'nne affait^ ^ il suppléait dans les conseils , par l'habitude et la dextérité^ à ce qui lui manquait d'étude et de méditation. Aussi accueillant , aussi doux que soift père était dur et brusque ; un esprit souple , insinuant , flexible , fertile en ruses pour l'attaque , en adresses pour la défense , en faux - fuyans pour ândar , en détours pour donner le change , en bons mots pour déconcerter le sérieux par la

Slaisanterie , en expédiens pour se tirer d'un pas ifficile et glissant *, un œil de lynx pour saisir le faible ou le ridicule des hommes ] un art imperceptible pour les attirer dans le pi^e, ou les ame* ner à son but ^ uu art plus redoutable encore de se ^ouer de tout , et du mérite même , quand il voulait le dépriser ; enfin Fart d'égayer , de sim«* ^fier le travail du cabinet , faisait de Maurepas te plus séduisant des ministres; et, s'il n'avait fallu qu'instruire un feune roi à manier légère* ment et adrdtexaent les £^EaireS| à sb jouer dei

ifém. ii« B

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