‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 57 sur 117 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

blée des notables *, mais il devait savoir que , dans celle asscmbye , un ennemi bien plus réel travaillait à le ruiner.

Le roi avait de la répugnance à se détacber de Galonné : il goûtait son travail, il était persuadé de la bonté de ses pro^ts ; mais , prévoyant qu'ils seraient rebutés par le parlem.ent comme ils Vé'^ taient par les notables , il se £t violence , et il le renvoya. Il savait que Miroménil , le garde des sceaux , était Tennemi de Galonné^ et qu il avait, de tout son pouvoir, contrarié ses opérations *, il le congédia en même temps que lui , comme en le lui sacrifiant (Galonné le 8 avril , Miroménil le <j). Fourqueux fut appelé au ministère des finances ; les sceaux furent donnés au président de Lamoignon.

Il n'était pas possible que Fourqueux tintlong*temps en place ; mais on Tavait indiqué au roi en attendant qu'on eût achevé de détruire ses

Préventions contre un homme qu'on voulait lui onner pour ministre de confiance , et dont on attendait le salut de Tétat.

La situation de Tesprit du roi, en ce moment , est exprimée au naturel dans les détails que )e vais transcrire.

« Lorsque le roi me chargea de sa lettre pour M. de Fourqueux (dit le comte de Montmorîn dans les notes qu'il m'a remises), je crus devoir lui représenter que je trouvais le fardeau des finances trop au-dessus des forces de ce bon magistrat. Le roi parut sentir que mes inquiétudes étaient fondées. — Mais qui donc prendre ? m^ dit-il.-— Je luirépondis qu'il m'était impossible de ne pas être étCHiné de cette question , tandis qu'il existait un hcmist^ qui réupissail $w

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lui les vœux de tout le public ; que , dans tous les temps , il était nécessaire de ne pas cotitrarier l'opinion publique en choisissant un administrateur des finances ; mais que , . dans les circonstances critiques où il se trouvait , il ne suffisait pas de ne pas la contrarier, et qu'il était indispensable de la suivre. J'ajoutai que ^ tant que M. Necker existerait , il était impossible qu'il eût un autre ministre des finances , parce que le public verrait toujours avec humeur et avec chagrin cette place occupée par un autre que lui» Le roi convint des talens de M. Necker \ mais il m'objecta les défauts de son caractère ; et je reconnus facilement les impressions qu'avait données contre lui M. de Maurepas dans l'origine , et que MM. de Vergennes , de Galonné , de Mîroménil et de Breteuil avaient gravées plus profondément. Je ne connaissais pas personnelle-» ment M. Necker; je n'avais que des doutes à opposer à ce que le roi me disait de son caractère, de sa hauteur et de son esprit de domination. Il y a apparence que , si je l'eusse connu alors, j'eusse décidé son rappel. J'aurais peut-être dû insister davantage , même en ne le connaissant pas ; mais j'arrivais à peine dans le ministère , il n'y avait pas six semaines que j'y étais entré ; et d'ailleurs un peu de timidité , pas assez d'énergie , m'empêcha d'être aussi pressant que j'aurais pu l'être. Que de maux j'aurais évités à ^la France ! que de chagrins j'aurais épargnés au roi ( Qu'aurait-il dit s'il avait prévu que , pour avoir manqué ce moment de changer le cours de nos funestes destinées , il serait massacré luimême par un peuple rendu féroce , et que , trois mois après sa n^ort , le roi périrait sur un écha-

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