‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 6 sur 117 · LIVRE VIII. l · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. l

tluridate : Je suis venu ^ foi uu , et fai i^aincu. — • Il est vrai , dit l'abbé ; Ton a même trouvé ma phrase nn peu plu» laconique. » L'air d'empbase et de gravité dont il avait prononcé sa sottise était si plaisant , que Yaudesir et moi , pmir n'en pas éclater de rire , nous n'osions nous regarder 1 un l'autre ; encore eûmes*-nous de la peine à garder notre sérieux.

Ces voyages et ces absences déplaisaient à madante Geoffirin. De toute la belle saison je n'assistais à l'académie. On lui en faisait des plaintes \ elle s'imaginait que je me donnais un tort grave en cédant mes jetons aux académiciens xijssîdus ( ce qui , à l'égard des d*01ivet , était assurément une crainte bien mal fondée) , et j'essuyais souvent de vives réprimandes sUr ce qu'elle appelait l'inconséqueuce de ma conduite. « Quoi de plus ridicule , en efTet , disait-elle , que d*avôir désiré d*être de Facadémîe , et de ne pas y assister après y avoir été reçu ? )> J'avais pour excuse l'exemple du plus grand nombre , encore moins assidu que moi -, mais jelle prétendait , avec raison , que j'étais de ceux dont les fonctions académiques exigeaient l'assidxàté. Elle avait bien aussi son petit intérêt

I)ersonnel dans ses remontrances 5 car elle passait es étés à Paris ; et , dans ce temps^-là , elle ne voulait point que sa société littéraire fut dispersée. Técoutais ses avis avec une modestie res^ pectueuse », et , le lendemain , je m'échappais commis si elle ne m'avait rien dit. Il était assez naturel que ses bonites pour moi en fussent refroidies \ mais un dîner , où j'étais aimable , me réconciliait avec elle ^ et , dans les occasions mineuses , elle se reprenait 4Vflfection pour moh

l6 MÉMOÏBES. -

Je réprouvai dans deux maladies dont je fus attaqué chez elle. L'une avait été cette même fièvre qui m'a repris cinq fois jen ma vie , et qui finira par m'enlever : elle me vint dans le temps qu'on imprimait ma Poétique. J'y voulais encore ajouter quelques articles ^ et ce travail , dont f avais la tête remplie, rendail dans les redoublemens de ma fièvre le délire plus fatigant. Mes amis n'étaient pas tranquilles sur mon état, madame Geofirin en ét£ut inquiète. Le petit médecin die ses laquais, Geviglan, m'en tira très-bien.

Mon autre maladie fut un rhume d'une qualité singulière : c'était une humeur visqueuse qui obstruait l'organe de la respiration , et qu'avec tout l'effort d'ime toux violente , je ne pouvais expectorer. Vous concevez qu'après avoir vu périr toute ma famille du mal oe poitrine , j'avais

Îuelque raison de croire que c était mon tour, e le crus en effet *, et, privé du sommjeil , mai-r grissant à vue d'œil ., exifin , me se^ta^t dépérir, et ne doutant pas que le dernier périodje de la. maladie ne s'annonçât biemtôt par )e symptôme accoutumé , je pris ma résolution , et ne songeai plus qu^à trouver quelque sujet d'ouvrage qui préoccupât ma pensée , et qui , après avoir rempli mes dernier^ mom^ns» pùt laisser de moi traces d'homme.

On m^avait fait présent d'une estampée de Bér lisaire, d^'après le tableau de Van Dyck; elle attirait souvent mes regards , et je m'étonnais que les poëtes n*eussent rien tiré d*un sujet si moral , si intéressant. Il me prit envie de le traiter moi-^ même en prose ^ et, dès que cette idée se fut emj>arée de ma tête , ino^ mal fut suspendu comme

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