‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 5 sur 117 · LIVRE VIII. I I · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. I I

dame Odde y était citée pour k modèle des femmes^ le nom de IVI.Odde était comme un syuonyme de justix^e et de vérité. La commision ae la cour des aides étaUie à Saumur , et la compagnie des fermiers généraux avaient-elles ensemble quelque contestation , Odde était leur arbitre et leur conciliateur. J^étais témoin de cette con«fiance acauise à un autre moi-même. J^étais témoin de l'amour du peuple pour un liomme exerçant un emploi de rigueur , sans que jamais une seule plainte se fît entendre contre lui ; tant son humanité savait tout adoucir ! Moi-même je participais au respect qu'on avait pour eux« Ou ne savait quelle fête me faire ^ et tous les jours ne nous passions ensemble étaient des jours e réjouissance. Vous ne seriez pas nés , me»

enfans , si ma bonne sœur eût vécu : c'eut été auprès d'elle que je ferais allé vieillir \ mfiifi elle portait dans son 6ein le germe de la maladive funeste à toute ma famille ; et bientôt cet espoir dont je m'étais flatté vf^e fut cruellement ravi.

Dans l'un de ces beureuiL voyages que je faisais à Saumur , je profitai du voisinage de la terrjs des Ormes , pour y allei: voir le comte d' Argentson , l'ancien ministre de la guerre , que le roi y avait exilé. Je n'avais pas oublié les bontés qu'il m'avait témoignées dans le t^mips de sa gloire. Jeune encore lorsque j'avais fait un petit poëme sur l'établissement de l'école militaire , août il avait le principal honneur , il s'était plu à faire valoir ce témoignage de mon zèle. Chez lui , à table , il m'avait présenté à la noblesse militaire comme un jeune homme qui avait des droits h sa reconnaissance et à sa protection. Il me reçut dans son exil avec uqc extrême sensibilité. O

mes enfans ! quelle maladie încura(ble que celle de Tambition ! quelle tristesse que celle de la vie d'un ministre disgracié ! Déjà usé pat' le travail j le chagrin achevait de ruiner sa santé. Son corps était rongé de goutte , son âme Tétait bien plus cruellement de souvenirs et de regrets ; et à travers Faimable accueil qu'il voulut bien me faire, je ne laissai pas de voir en lui une victime de tous les genres de douleur.

En me promenant avec lui dans ses jardins , j'aperçus de loin une statue de marbre ^ je lui demandai ce que c'était. « C'est , me dit-*il , ce que je n'ai plus le courage de regarder ^ » et €fn nous détournant : <c Ah ^ Marmoniel ! si vous saviez avec quel zèle je l'ai servi ! si vous saviez combien de fois il m'avait assuré que nous passerions notre vie ensemble , et que je n'avais pas au monde un meilleur ami que lui ! Voilà les promesses des rois ! voilà leur amitié ! » et , en disant ces mots, ses yeux se remplirent de larmes.

Lç soir , pendant que l'on soupait , fious restions seuls dans le salon. Ce salon était tapissé de tableaux qui représentaient les batailles où le roi s'était trouvé en personne avec lui. Il me montrait l'endroit où ils étaient placés durant l'action ^ il me répétait ce que le roi lui avait dit ; il n'en avait pas oublié une parole. <( Ici, me dit-il en parlant de l'une de ces batailles , je fus deux heures à croire que mon fils était mort. Le roi eut la bonté de paraître sensible à ma douleur. Combien il est changé ! Rien de moi ne le touche plus. » Ces idées le poursuivaient ; et , pour peu qu'il fût livré à lui-même , il tombait comme abîmé dans sa douleur. Alors sa belle-fiUe , madame de Voyer, allait bien vite s'asseoir auprès de

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lui , le pressait dans ses bras , le caressait ^ et lui y comme un eniapt , laissant tomber sa tète sur le sein on sur les genoux de sa consolatrice , les baignait de ^es lariaes , . et iie s'en cachait point.

Le. malheureux , qui ne vivais que de ppissoiî à Veau , à cause de sa goutte , était encore privé par là du seul plaisir des sens auquel il eût été sensible ; car il était gourni;md. Mais le régime le plus austère ne procurait pas même du sou-^ lagement à ses maus^. En le quittant , je ne pus m^empêcher de lui paraître vivement touché die ses peii^es. .{< Vous y ajoutez , me ditril , le regret de ne vous avoir ^ait aucun biep , lorsque cela m^.eut ^té si facile. )> Peu de temps après il ob-r tint la permission d'être transporté à Paris. Je Ty vis arriver mourant , et j'y reçus ses derniers adieuXf

Je vous dirai quelque jour , mes enfans , des "détails as^ez coirieux sur la cause de sa disgrâce ^t de celle de spn antagoniste , M. 4e Machault , çuTivée le même jour. Un motif de délicatesse pi^empêche d^nsérer ces particularités dans des MémQires qu'un accident peut faire échapper de yos maii^. Mais , à la place de ceUe anecdote sérieuse , en voici une assez comique ^ car il fauf bien paifois égayer un peu ines récits.

Mon ami Yaudesir avait, près d'Angers une terre dpnt son malheureux Ëls Saint t James a porté le nom. Comme il savait que tous les ans j'allais VQir ma sœur à 3aumur (route 4'Angers). , il m'offrit ui^efoîs de m'y mener , 4^as sa chaise de po^te, à condition que , sur le temp de mon voyage il y aurait trois jours poiurSamt- James pu il se reiadaill. Je pris volontiers cet engager

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ment , et je vis à Saint- James la fleur des beaux esprits de l'académie angevine ; entre autres un abbé qui ressemblait beaucoup à l'abbé Beau- Génie du Mercure Galant, 11 venai t de se signaler par un trait de sottise si singulier, si rare, que je ne pouvalis pas le croire. <c Le c^oirez-vous , me dit Vaudesir , s'il vous le répète lui-même ? Aidez -moi seulement à Ty engager : vous allez voir. » Vers la fin du dîner , je mis l'abbé en scène , en lui parlant de son académie 5 et Vaudesir , prenant la parole , en fit un éloge pompeux, « C'est, me dît-il, après l'académie française, le corps littéraire le plus illustre et le mieux composé. Tout récemment M. de Contades le fils vient d'y être reçu. C'est M. l'abbé qui a parlé ffu nom de l'académie , et avec le plus grand succès.-— A l'éloge du fils , repris-je , M. l'abbé n'a pas manqué d'ajouter l'éloge du père ? — Non , assurément ,. dit l'abbé , je n'ai eu garde d'y manquer , et j'ai payé à M. le maréchal un juste tribut de louanges. — Le champ., lui disje , était riche et vaste. Cependant il y avait un pas difficile à passer. — Oui , me dit-il en souriant , l'affaire de Minden 5 vraiment , c'était l'endroit critique \ mais je m'en suis tiré assez heureusement. D'abord , j'ai parlé des actions qui avaient mérité à M. le maréchal de Contades le commandement des armées ; j'ai rappelé tout ce qu'il avait fait de plus glorieux jusque-là ^ et , lorsque je suis arrivé à la bataille de Minden , je n'ai dit que deux mots ; Contades paraît ^ Contades est t^aincu ; et puis j'ai parlé d'autre chose. » Comme le rire m'étôuffait , j'y voulus faire diversion « Ces mots ,.lui dîs-je , rappellent ceu:^ de Cés^r 9 après la défaite «lu fiis de MK

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