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▼ues pour la réforme de nos lois ; on le savait occupé des moyens de simplifier la procédure , et d'en diminuer les longueurs et les frais ; c'était , aux yeux de son ancien corps y une espèce d'hostilité qui Ty faisait craindre et haïr. Brienne, instruit de cette aversion du parlement pour le garde des sceaux , imagina de lui en promettre le renvoi , s'il voulait se rendre traitable. a Ma lettre de créance est partie , dit-il à Lamoignon , après avoir écrit.— Quelle lettre? démanda Lamoignon. — • Celle, lui répondit Brienne,oà j'ai promis votre disgrâce , si l'on se met à la raison ^ mais n'en soyez pas moins tranquille. » La lettre arrive à Troyes ; elle est communiquée, et ime révolution soudaine s'opère dan» tous les esprits. On se persuade que l'exil , le» coups d'autorité , le despotisme du ministre vient nent de celui qui inédite dès long-temps la ruine de la magistrature ^ « Brienne^ Uv^ré à lui-même , » aurait été plus faible et plus timide ; ce carac- » tèra de i^igueur quon lui i^oyait prendre et )) quitter à tous momens , n'était pas le sien ; il » rempruntait de Lamoignon ; c'était lui quil » jalloà détruire i rien ne devait coûter pour » perdre F ennemi commun* » Ce fut à cette condition que passa l'édit des vingtièmes ; car , pour ceux de l'impôt territorial et du timbre , il avait fallu que Brienne consentît à les retirer. Mai» il comptait sur un emprunt considérable-, et c'était pour lui un triomphe que d'avoir abusé et ramené le parlement. Je ne dois pas omettre que , pour se donner plus de poids et de dignité dans sa négociation , il avait voulu engager le roi à le nommer premier ministre , et que Tissue de cette tentative y d'abord assex
mal accueillie y fut d'être déclaré ministre prin* cipal.
Le parlement se rendit à Versailles; tout pa-* rut réconcilié ; et Brienne y le même jour y dit au garde des sceaux : « J'ai bien £iit , comme vous voyez ; et , si je n'avais pas promis à ces gens-là votive disgrâce, nous courions riscpe, vous et moi 9 de n'être pas long- temps ici. » Mais yen croyant s'être j oué du parlement , Brienne s'abusait lui-même.
Aux termes de l'édit qu'on devait lui passer , il comptait que les deux vingtièmes seraient perçus exactement sur tous les biens^cmds , san» exception aucune , et dans la proportion de leurs revenus effectifs . Le parlement prétendit, au con^ traire , que cet édit ne devait rien changer à l'ancienne perception; qu'il n'autorisait ni recherche y ni vérification nouvelle ; et tous les parlemens se liguèrent ensemble pour déclarer que , si on exerçait sur les biens une inquisition fiscale^ ils s y opposeraient hautement. Ds étaient ap-^ puyés dans cette opposition par un parti considérable ; le clergé , la noblesse , tous les gens en crédit faisaient cause commune avec la haute magistrature. Misérable avarice qui les a tous per«dus ! Ce fut là ce qui , tout à coup , lia ce parti redoutable des corps privilégiés contre le ministère ; et, pour l'intimider, leur cri de guerre fut : Jes états généraux.
Comme parmi les vices de l'esprit personnel se trouvent quelquefois les vertus de l'esprit pn« blic , il est possible que , dans le nombre des têtes exaltées dans le clergé et dans la noblesse, il y en eut quelques-unes à qui les vieux abus d'une autorité déréglée fissent vouloir de benne
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foi 9 comme un remède unique et nécessaire , la convocation des états généraux ; mais , à considérer la masse et Tensemble des hommes , cet ap- J>el â la nation ne pouvait être qu'une menace éinte , ou qu'une résolution aveuglément pas<sionnée. On devait bien savoir que , pour les corps priviligiés et les classes favorisées , le plus redoutable des tribunaux était celui du peuple ; que ^ surchargé d'impôts , ce ne serait pas' lui qui leur accorderait d'en être exempts plus que lui'c même ^ et , ces corps ayant tout à craindre de la discussion de leurs privilèges , il est peu vraisem* blable qu'ils eussent mieux aimé les livrer aux débats a'une assemblée populaire , que d'entrai* ter avec un ministre raisonnable et conciliant. Brienne , au lieu de faire sentir au parlement combien sa demande était hasardeuse , ne songea u'à lui échapper , et fit proposer aux provinces e s'abonner pour les vingtièmes. Plusieurs y consentirent ; d'autres, encouragées par la résistance des parlemens , ne voulurent entendre â aucune composition.
Le combat s'engageait : les forces de réserve des parlemens , les arrêts de défense allaient paraître et menaçaient de poursuivre comme exacteur et conune concussionnaire quiconque , dans l'imposition et la perception des vingtièmes , se conformerait aux édits -, tout allait être en feu d'une extrémité du royaume à l'autre , lorsque , tout à coup , affectant une autre espèce d'assurance , le ministre fit rendre un arrêt du conseil, par lequel le roi déclarait que le bon état de ses finances lui permettait de n'exiger, dans les vingtièmes , aucune nouvelle extension. En même temps , il fît ré^ger on édit de soixante million»
d'emprunt y à dix pour cent de rente viagère , et il fut décidé que le roi en personne irait au parlement faire enregistrer cet édit.
Deux jours avant la séance royale , le garde des sceaux, s'étant rendu à Paris, y reçut la visite d'un homme qu'un esprit turbulent et audacieux avait fait remarquer à la tète de la jettne magistrature , dontil s'était fait l'orateur. C'était Duval d'Epréménil , conseiller aux enquêtes. Il dit à Lamoignon qu'un emprunt de soixante millions ne remédierait à rien ; qu'il fallait en ouvrir un de cinq cent i^Ailions , distribué en cinq années , employer ce temps et ces fonds à rétablir Tordre dans les finances , et convoquer après les états généraux.
Brienne , en recevant la lettre où Lamoignon lui faisait part de cet avis , en tressaillit de joie ; et , ne doutant pas que le message ne lui vînt des enquêtes , il répondit « qu'il ne balançait point à profiter de cette ouverture. Par-là , je n'aurai
Î>lus d'ici à cinq ans, disait-il, aucun démêlé avec e parlement. » Incontinent il ordonna de dresser un^dit de quatre cent vingt millions d'emprunts, qui se succéderaient dans l'espace de cinq années, au bout desquelles il promettait la convocation des états généraux. En attendant , il annonçait pour cinquante millions d'économies , tant en réduction de dépensequ'en bénéfice de recette ^ ce qui ferait face à l'emprunt. Mais comme si , dans la séance qu'il allait faire tenir au roi , il eut voulu soulever les esprits au lieu de les calmer, il y fit prendre au roi et au garde des sceaux le ton le plus sévère ; il y fit rappeler au parlement ses anciennes maximes sur le pouvoir absolu des rois et sur leur pleine indépendance ^