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seuls , oa presque seuls , les l^islateurs de la France; d'aboi^d ses premiers magistrats, et bientôt ses vrais souverains.
Cette perspective était la même , non-seule-r ment pour le» gens.de loi, mais pow toutes les classes de citoyens instruits , où chacun présumait assez de ses taleiis pour avoir la même espérance ^ avecla même ambition.
Je ne dispnie point à cette ambition un prétexte honnête et louable. Dans les institutions humakies ^ il est impossible que tout soit bien ; il estmême infiniment rare que tout soit le mieux, ou lemoios mal possible. Un gouvernement n^est jamais, qu'une machine plus ou moins sujette à de fréquentes altérations. Il est donc nécessaire , au mains par intervalles , ou d'en régler les mou-» vemens, ou d'en remonter les ressorts; et quel que soit Tétat monarchique ou républicain dont on examine la forme , il n'en est aucun dont la condition ne paraisse éi&ayante , lorsque dans un même tableau Ton voit accumulés tous leei vices , tous les abus , tous les crimes des temps passés. C'était ainsi que l'on calomniait le règne de LooisX VI. Quelles que fussent les erreurs et les fautes qu'il n'avait pu éviter lui-même, il ne demandait qu'à n'en laisser aucune trace , et per» sonne ne souhaitait plus vivement que lui cette réforme salutaire ; mais c'était sous ce nom vague et captieux de réforme qu'on déguisait une ré-»volutioQ^ et cette erreur explique le succAs presque UBÎversel d'un plan qui , présentant sous divers aspects Thonnête , l'utile, et le îuste, s'ac» cemmodaità tous les caractères et conciliait tous les vçesxx.
Les ifieUleurs citoyens se croyaient d'accord de
volonté et d^inténtion avec les plus méi^aits ; les esprits animés , soit de Famour du bien pu-^ blic , soit d^un désir de gloire et de domination , soit d'une basse envie , ou d'une infâme ardeur de rapine et de brigandage^ suivaient tous la même impulsion , et de ces mouvemens divers le résultat était le même, la subversion de Tétat. C'est là ce qui me semble faire l'apologie d'ui^ grand nombre d'hommes que l'ou a crus pervers, ejt qui n'ont été qu'égarés*
Qu'en effet quelques hommes du naturel des tigres eussent prémédité la révolution comme elle s'est exécutée , cela est concevable ^ mais que la nation française, que le bas peuple même , avant que d'être dépravé , eut consenti à ce complot barbare, impie et sacrilège, c'est ce quepersonne, )e crois , n'oserait soutenir. U estoonc faux que les crimes de la révolution aient été les crimes de ia nation , et je suis loin de supposer qu'au-r cun de mes collègues à l'assemblée électorale ait pu seulement les prévoir.
Ce fut , je le crois , avec un aveu^e enthou* siasme du bien public que nous arriva cette troupe de gens de loi , soutenue d'un cortège d'ambitieux républicains qui , commceux , aspi? raient à se rendre célèbres dans les conseils d'un
1>euplé libre. Target, distingué au barreau, d'ailleurs bien famé parmi npus , y vint jouer le prer mier rêle.
Le giuvemement nous avait envoyé pour pré?
sident le lieuteijLatit civil. Ce fut une fausse dé-r marche, car elle éts^t insoutenable. Une assemblée essentiellement libre devait avoir un président pris dans son sein et de son choix. Ce magistrat soutint dignement sa mission : il nous fit admi?
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tet sa fermeté et sa sagesse , mais inutilement. La cause fut piaidée coutradictoirement avec lui
!)ar l'avocat Target ; et celui-Kîi , pour avoir déendu les droits de l'assemblée f en fut proclamé président.
Athlète exercé dès long-^temps dans le pugilat du barreau, armé d'assurance et d'audace, dévoré d'ambition, et environné d'une escorte d'applau* disseurs bruyans , il commença par s'insinuer dans les esprits en homme cimciliant et pacifique ^ mais, lorsqu'il se fut emparé de cette asseminlée de citoyens nouveaux encore dans les fonctions d^homjnes publics , il leva la tête, et se prononça hautement. Au lieu de s'en tenir , comme il était du devoir de sa place , à exposer fidèlement l'état des questions soumises à l'examen de l'assemblée, à recueillir^ à résumer, à énoncer l'opinion , il la dicta.
Nos fonctions ne se bornaient pas à élire des députés ; nous avions encore à former, dans leurs mandats , des réclamations, des plaintes, des demandes ^ et chacun de ces griefs donnait lieu à de nouvelles déclamations. Les mots indéfinis d'égalité, de liberté, de souveraineté du peuple , retentissaient à nos oreilles ; chacun les entendait, les appliquait à sa Êiçon. Dans les règlemens de police , dans les édits sur les finances , dans les autorités graduelles , sur lesquelles reposaient Tordre et la tranquillité publique, il n'y avait rien où l'on ne trouvât un caractère de tyrannie , et l'on attachait une ridicule importance aux détails les plus minutieux. Je n'en citerai qu'un exemple.
n s'agissait du mur d'enceinte et des barrières de Paris y qu'on dénonçait comme un ev^
clos de bétes iâmves ^ trop injurieux pour des hommes.
c( J'ai vu , noiK dît Tmii des orateurs , oui , citoyens, j'ai vu à la Barrière Saint-\ictbr, sur l'un des piliers , en sculpture , le croirez- vous ? j'ai vu l'énorme tête d'un lion, gueulé béante , et vomissant des chaînes dont il menace les passans.
Peut-on imbginer un emblème plus efirayant du despotisme et de la servitude ? » L'orateur luimême imitait le rugissement du lion. Tout l'auditoire était ému *, et moi qtii passais si souvent à la barrièi'e Saint-Victor , je mVtonnaisquecetteimageborriUe ne m'eût point frappé. J'y fis donc ce jour-là une attention particulière;^ et sur le pilastre je vis pour ornement un bouclier pendu à une cliaine mince que le sculpteur avait attachée i un^ petit mume de lion , comme on en voit à des marteaux de porte , ou à des robinets de fontaine.
L'intrigue avait aussi ses ccMnités secrets , ou l'on dépouillait tout respect pour nos maximes les plus saintes , pour nos objets les plus sacrés» Ni fesznœurs , ni le culte , n'y étaient épai^és. On y montrait , selon la doctrine de Mirabeau , eoimne inconciliables et comme incompatibles la politique av«c la morale , Tesprit religieux avec l'esprit patriotique, et les vieux préjugés avec les nouvelles vertus. On y llsiisait régarder comme inséparables , sous le gouvernement d^un seul , la royauté et la tyrannie , l'obéissance et la servitude , la puissance et l'oppression.
Au contraire, dès que le peuple ra^trerait dans ses droits d'égalité , d'indépendance , on exagérait follement les espérances et les promesses. Il semMait que c'était par des hommes de l'âge d'or
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quW allait être gouvenië. Ce peuple libre, juste et sage , toujours d'accord avec lui-même , tou^* jours éclairé dans le choix, de ses confits, de ses ministres , modéré dans Tusage de sa force et de sa puissance, âe serait jamais égaré , jamais trompé, jamais dominé, asseryi parleis autorités qu'il aurait confiées, Se&voloatés feraient ses lois^ «t ses lois feraient son bonheur.
Quoique je fusse presque isolé , et que , de jour en jour , mon parti s'affaiblit dans Tassem'blée électorale , je ne cessais de dire à qui rou* lait mVntendre , combien cet art d'en imposer ^ par d'impudentes déclamations , me semblait gros* sier et facile. Mes principes étaient connus , je n'en dissimulais aucui^ ^ et l'on prenait soin de divulguer à l'oreille que )'étais ami des ministre;} et comblé des bienfaits du roi. Les élections se firent , je ne fus point élu : on me préféra l'abbé ^iejes. Je remerciai le ciel de mon exclusion ; <sir Je croyais prévoir- ce qui allait se passer à l'assemblée nationale , et dans peu j'en fus mieux instruit«
Nous avions à l'académie française un <ies plus outrés partisans de la &ction républicaine ; c'é* tait Chamfort \ esprit fin , délié , plein d*un sdl très-piquant , lorsqu'il s'égayait sur les vices et «ur les ridicules de la société ^ mais d'une humeur acre et mordante contre les supériorités de rang et de fortune, qui blessaient son orgueil faloux. De tous les ^vkux répandus dans le monde , Chamfort était celui qui pardonnait le moins aux riches et aux grands l'opulence de leurs maisons et les délices de leurs tables, dont il était lui-même fort aise de jouir. Présens et en particulier , il les ménageait , les flattait , et
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s'ingéniait à leur plaire *, il semblait même qu'il en aimait, qu'il en estimait quelques-uns dont il faisait de pompeux éloges : bien entendu pourtant que , s'il avait la complaisance d'être leur commensal et de loger chez eux , il fallait que , par leur crédit , il obtint de la cour des récompenses littéraires , et il ne les en tenait pas quittes pour quelques mille écus dejpension. dont ifjouis* sait : c'était trop peu pour lui. a Ces gens-là^ disait-il à Florian , doivent me procurer vingt mille livres de rente ; je ne vaux pas moins que cela.» JK. ce prix , il avait des grands de prédilection qu'il exceptait de ses satires -, mais, pour la caste en général, il la déchirait sans pitié \ et, lorsqu'il crut voir ces fortunes e^ ces grandeurs au moment d'être renversées, aucun ne lui étant plus bon à rien , il fit divorce avec eux tous , et se rangea du côté du peuple^.
Dans nos sociétés , nous nous amusions quelquefois des saillies de son humeur; et, sans l'aimer , je le voyais avec précaution et avec bieaséance , comme ne voulant pas m'en £ïire un
Un jour donc que nous étions restés seuls au Louvre, après la séance académique : «Eh bien! ;me 4it->il , vous n'êtes donc pas député ? -r^on^ xépondis-je , et je m'en console, comme le re-^ mard, des raisins auxquels il ne pouvait atteindre : jffe sont trop verts. — £n eflet , reprit-il , je ne les crois pas assez mûrs pour vous^ Votre àme est d'une trempe trop douce et trop flexible pour l'épreuve où elle serait mise. On tait bien de vous réserver à ime autre législature. £xcellen,t pour édifier , vous ne valez rien pour détruire. »
Comme j|e savais que Chamfort était amiei