LIVRE XV
fondé à vouloir que ce fût .ensemble et eu com-^ mun que s'en fit l'examen : ne fallait- il pas se connaître ? A quoi s'engageait-on en se communiquant les titras de sa légation ? Chacun y après cet examen , n'eût-il pas été libre Picore ? Les
fi^remiers ordres s'y refusèrent. Aulieu d'attendre e moment et l'occasion de prendre un poste ferme , ils crurent pouvoir, pied à pied , disputer le terrain ; et une mauvaise difficulté en tié r^ bptant fut pour eux ime fausse position où il» ne purent se, soutenir.
. Le moùf de cette conduite était la connaissance que les deux premiers ordres avaient de leur députation.
Parmi les nobles , un assez grand nombre de tètes exaltées , les uns par un esprit de liberté ^ d'indépendance , les autres par des vues et de» calculs d'ambition , penchaient vers le parti du peuple , où ils espéraient être honorés , distingués, élevés aux premiers emplois. Dans le clergé, un plus grand nombre encore , et, comme je l'ai dit, toute la foule des curés tenait au parti des. communes par toutes sortes de liens. Le plus
Eopulaire des hommes , c'est un curé , su esc omme de bien. Mais un sentiment moins louable , quoiqu'aussi naturel , était leur aversi<m d!abord pour les évèques dont la séVérité leur était souvent importune , et puis pour cette classe mitoyenne d'abbés qui étaient l'objet de leur envie : classe inutile , disaient -ils , et la seule favorisée ; oisive , et fière encore de son oisiveté ; dédaigneuse du ministère , et.ins^tant avec l'orgueil d'une fastueuse opulence à l'humble médiocrité , quelquefois même à la détresse du pénible état de pasteur. C'était là. surtout ce qui
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aliénait le bas clergé , et le reBoussait vers un ordre où Tavait placé la nature, lêqpel d'ailleurs ne négligeait pas de lui. promettre un sort plus doux.
Or,- tant que çbacun dans soacorp^ serait contenu par rexemple et retenu par la pudeur, on avait ueu de croire ou'ilj resterait attacha \ mais si , une fois en délibération et en communauté av^ le tiers état, ils se voyaient envcJoppés'da parti populaire ^ il était k eraindre qulils n'y restassent; et c'était ce premier abord mi'çn voulait éviter. Mais le seul inoyen dVmp^cber k désertion aurait été de* la rendre «honteuçe et déshonorante dans l'opinion publique , en se. donnant un caractère de franchise et de loyauté qui ne laissât aucun prétexte à la bassesse des trans^ fuges. Des comHussaires conciliateurs furent nommés par les trois ordres, et délcfurs conférences il ne résulta rien.
Un monarque , plus oecupç de lui-même que de l'état , et qui , jaloiix de sa puissances) aurait ▼B qu'^m. venait au moins la restreindre et la sub}uguer, aurait laissé les ordres se fatigttef de leurs débats , et la discorde rebuter et djdsoudrb cette dangereuse assemblée ; mais le roi, qui voulait sincèrement le bien publie , espérant engager les ordres à l'opérer de concert avec lui , ne craignait rie» tant que de les voir se. séparer; et avec la même bonne foi qu'il, les avait appelés à son aide , il cherchait les moyens de; les concilier, les pressant, de tout son amour j d*y donner, leur consentemjVit.
Le clergé accepta la médiation du roi. La'noblesse, se défiant des conseils du. ministre , ne donua son consentement qu'avec des restrictions
^ui valaient un refiis. Le tiers se dispensa de répondre à VéSre du roi v attendu ^ disait-il , que la noblesse modifiait par des réserves lacqnies'^ cernent qu^eUe y semblait dotonier ^ ce neppiivait plttss'app^r un moyen ooBieilJatoire.^ Le clergé sentait'sa faiblesse; la noblesse prit son courage pour delaTovce; le tier» sentit la sienne, il en usa s ^t: il en abusa*
LVrrèté qu^il pcît<le;io juin k la presqu^una'» nÎB^ié) fut' de terminer deé délait nintiW^ et de'passer de l'attente à Tàotionv toutefois aprèà avoir: fait <un& dernière èentati ve et? de nouvellea inataiiQ€&-aueleifé«et:à la nobbssae^ d'assister et de* coneourirvà latvérî&cation'desrpottvoirs, eot les avei!tissimt.qu'on y procéderait. tant enFab»senee qu'yen pnâence de^ classes pdvîlégâéesv On ajouta! q^ie les ccoousiunea. exposenneiit au roi lett motâs de^ câte grande délihénatii»*
Le fiOBK decoimaa/ie^rque le tiers'avait pris , ei^ le non -de^db5^esq[u'il dénnait flux deux» pte^ min» ordrea^^ annoiifait qu'il ne » voulait plut entre eux: et lui de distinction de grndes ^ ainsi, ptu lai noblesse^ et le^clergé^ plus. de milieu. a prendre, ni de délai à obtenir; Il fallait ou«e réu<* nir. att 'tiers ^^ cemme ils Font < fait dqmis , ou , epoèsr la' vérafioationvdes pouvoirs^ &ite ea cowe* mon , se retirer chacun desdeuxordresde son côté , se constitner ruh et raiitve pe^rties^ intégrante»: des* ^tats ^énérauec; ^^^ d'eus^mémes au bien ^pidiio^les plnsgénéreux^sainrilkoes ^ se dé<4arer.' soiUDMi. aux impositions . dans la plua exacte équité^jecomallDe l'obligation de garan« tir la4ette:nationale et de aubvenir aux besoins del'étatr^temr.pour. abolie la servitude person^ nelle < acoorderle jacbat de.tou&les droits oné«
reux au peuple , améliorer le sort du clergé inférieur, consacrer les principes d'égalité devant la loi , de propriété , de sûreté personnelle et pu- Uique , de tolérance à Tégard des cultes *, du reste professer un inviolable attachement aux principes fondamentaux de la monarchie française ^ porter au pied du trône et signifier au tiers état ses engagemens solennels , et demander sur tout le reste la délibération par chambres, en réservant au roi le droit inaliénable d^accorder ou de refuser sa sanction aux décrets des états ; en même temps protester contre tous les actes qui les supposeraient absens ^ déclarer nuls tous ceux qui les engageraient sans^ le concours de leurs suffrages , publier ces résolutions , et diaprés celles des communes , opérer avec elles ; ou , si le tiers s'y refusait, se retirer avec la dignité convenable à des hommes qui auraient rempli leur tâche et fait librement leur devoir. Leur conduite , manifestée dans les provinces , y aurait rendu odieuse l'ambition du tiers , d'autant que la chaire évangéUque n'était pas encore interdite à la vérité courageuse , et qu'elle y aurai pu retentir. Cet heureux moment fut perdu.
•La noblesse se constitua , mais se tint sur la défensive. Le clergé crut pouvoir garder une neur tralité simulée. Il attendu', ditTolendal , quily , eût un {vainqueur pour se faire un allié.
Depuis leur arrêté du lo , les communes s'étaient occupées à vérifier leurs pouvoirs. Cette opération finie , ayant jugé que l'oeuvre de la res« tauration nationale pouvait et devait être commencée sans retard par les députés présens , il fut décrété (le i5 juin) de la suivre sans interruption , sans obstacle \ et néanmoins que , si les
députes absens se prësentaient durant le cours • delà session qui allait s'ouvrir, rassemblée les recevrait avec joie, et s'empresserait , après la vërifîcation de leurs pouvoirs , de partager avei^ eux ses travaux. On eut soin d'ajouter oue la représentation nationale serait une et inoivisible, et qu'il n'appartiendrait qu'à des représentans , légalement vérifiés etlégitimement reconnus , de concourir à former le vœu national.
n ne s'agissait plus que de savoir quel noiû l'assemblée se donnerait. Celui d^assembléenatio* nale , le plus ambitieux de tous , fut celui qu'elle
5 référa (le 17 juin); et ceux qui n'étaieht pas 'avis que les communes usurpassent le titre de nation , furent inscrits sur une liste qu'on fit circuler dans Paris , forme de dénonciation qui , depuis , a été mortelle à la liberté des suffrages. Le second acte de la tdute-puissamce que les communes s'attribuèrent , fut de déclarer nuUeis toutes les contributions qui avaient existé jusqu'alors, et de poser en principe que , pour le passé même , il avait fallu , non pas l'assentiment tacite , mais le consentement formel de la na-^ tion , pour légitimer les impôts.
Dès ce moment, le ministre devait tenir le roi en garde contre cette usurpation de puissance , et l'engager à rompre une assemblée factieuse , comme excédant les bornes de ses fonctions y et comme s'arrogeant un pouvoir qu'elle n'avait pas.
Mais le conseil, bien loin d'être en état de prendre une résolution , n'avait pas même uh plan de conduite et de résistance. Je tiens de Ttui des hommes qui , dans cette assemblée , ont montré le plus de courage , de lumières et de talehs;
\e tiens de Malouet» qa'ayant lui*«miÂme un joup demandé k Nçcker^ en pi^^en^e de ctenx antres minislres , «i « contre Jiea attaques dont Je tràne éuit.mevf9^é , il ayait.nn pkoi de défense v^ecker lui répondit qu^il n'en a'vait mtonn. ^'il est , ainsi , répondit Malouet i tout est perdu.
I^ecker n^était déjà plus le: ininistre que demandaii^ntje* eirc^istances. Il avait engagé Tétat dans un détroit 9 et panni des écisails dont îl ne an t point le tirer.
^Cependant îl ne put dissimuler au roi que Tas- ^mUée: ^'arrogeait une puissance exorbitante ; €t CQ fut pour la contenir que , le 20 du moi§ , fut proclamée, pour le^aa , une séance royale. Jusque4à il fut ordonné que les salles seraient fermées , et que les états vaqueraient : fûble moy<en pour empêcher la réunion d'une partiedu eiergéavec.}es commîmes; car on en était menacé.
La cour et le ocmseil étaient remplis d'agitation. La nc^lesse et le baut dergé voyaient leur ruine procbainesi le rpi les abandoimait , et lui demandaient son appui. U fut donc résolu dans le conseil que Je roi irait en .personne marquer aux députés du pei^ple le^ IkliiAeSide l^irs. .pouvoirs; les engager à la ^oiM^orde , au.nom du salut de rétatvet^pouryeoncQurir^ manifester luinnème ses intentions bienfeisantes.
Cette décdarati^u à rédiger dmoundait beaucoup >depriideniQe.! U faUait:évikerf comme deux écueils , de céder aux conmiunes et.^de les aoulever. ]!)(ecker9 cbai^é 4e ee .travail^ s'apçli<|ua, selon: ses pi^incâpes» à tempérer sanaTaffaiblir le caractère de Tautorité \kne rien £ûre vouloir au roiqui^ne fût juste et désirable ^ ^et à concilier ee qui appartenait à la majesté du monarque ave#
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ce qui lui semblait dû à la dilsnite des représen* tans de la mûon.Soo-travailfotd^al^ord adopte; mais , en son abaence ^ etdans Un conseil qur se tint i Marly, 09 yfit:q«ie]qu68^ dkératioDs légères, à ce qu^on assufe ,-tt«ris> telles , •m^ap-'t-*il dit lui* même , que la déclaration ne pouvait pins avoir Pefiet iqu'on s'étai^^prepo&é.
Quel qu'eût été le cha^gement^^que )en^ai pu vérifier^ il- est certain quelediscônrs'mahquoît d'ensemble , etqu'il allait mâLà«on-bat.
Le ao, Tordre de la noblesse avait oblenu du roiuneaudience, dans laqtielle son-président, le du&de Luxembou^ , portant la parole : a Sire, lui avait-il4it, les députés de 1 ordre du tiers écat ont cru. pouvoir conciônirer en eux seuls rautorité des états^^ généraux. Sans attendre le -concours -des deux autres ordvès et la sanction de voire majesté 9 - ils ont Cru pouvoir convertir leurs décrets en lois. Us- en ont ordonné Tim-
SresMon et l'envoi dans les provinces* 'Ils ont éclaré nulles et illégales ies^ contributions actuellement existantes. Ils les ont consenties pro* visoîr^n^trpûuf la naticdd , mais en limitant leur durée ; .ils ditt pensé sans doute pouvoir s'attribiie#>les droits réunis du r(Â et oes trois ordres. C'est 'entre ks >mldns«de'irotfe majesté que nous déposons nes^pvotastsitÎMs à de pasvifies entreprises. »
La. «iobIesse< ajovAait les *assttvfln<M ^ les plus fortes de zèle y de^fidâité , de eoueage et de dévouement.
«. le connais , répondit le roi , les droits attachés il ma naissance ^ je «nurailcs défimdre \ je «aurai maintenir, pour Tintérét de tous* mes sujets, Tautorité ^ mW confiée, et je né per-
mettrai jamais qu^on l'akèFe. Je compte sur votre zèle pour la patrie , sur votre attachement à ma personne; et-fattends avec confiance de votre fidélité que vous adopterez les vues de conciliation dont je suis occupé pour le bonbeur de mes peuples. »
£t la harangue et la réponse supposaient des mesures et des moyens dont il eût tallu s'assurer. On oublia trop cette maxime , queTautoiîté qui s^expose à montrer sa faiblesse achève de s anéantir.
En attendant la séance royale , les communes n^ayant aucun endroit décent oùs^assembler prirent le premier qui s'ofl&ît. Ce fut un jeu de paume , • rendu célèbre par le serment qu'elles y prononcèrent de ne jamais être séparées ^ et de se rassembler partout où les circonstances Texigeraîent , jusqu'à ce que la constitution du royaume et la régénération de l'ordre fussent rétablies et affermies sur des bases solides. On étsât loin de s'être mis en garde contre ces actes de vigueur. , ,
La séance annoncée pour le lundi 22 ayant été remise au lendemain , l'assemblée se transféra du jeu de paume dans l'église de Saint- Louis , sans doute afin que la sainteté du lieu donnât un caractère plus imposant à ce qui allait s'y passer.
A peine fut-elle établie , que les portes du sanctuaire s'étant ouvertes , elle en vit sortir et s'avancer au milieu d'elle les archevêques de Bordeaux et de Vienne , l'évèque de Chartres et celui de Rodez à la tète de cent quarante - cinq députés du clergé. Les communes les reçurent avec une joie de sacrificateurs à qui on amenait des