LIVRE XV
victimes; et le peuple qui remplissait Téglise sem^ bla vouloir, en les applaudissant , achever de lés étourdir sur le sort qui les attendait. Le corps des communes grossi de ce renfort redoubla d'asrsurance et de résolution pour la séance du lendemain.
Necker se dispensa d'y accompagner le roi. Je dois, sans l'approuver, expliquer le motif d'une conduite si étrange. Il avait soutenu ouvertemont , dans le conseil , que la réunion des trois chambres en une seule était inévitable , et qu'il y aurait à la différer le plus grand danger pour l'état ; qu'on devait voir que les communes étaient irrévocablement décidées à ne pas reconnaître la délibération par ordre , et que l'autorité du roi serait inutilement compromise a les y con- -traindre; que, si la résistance était la même du côté des deux premiers ordres j il en arriverait ou que les états seraient tenus sans leur concours , ou qu'ils seraient dissous ; que l'un entraînerait la ruine du clergé et de la noblesse , et l'autre celle du royaume-, que, dans l'épuisement de toutes les ressources, on touchait au moment fatal où les paiemens même les plus instamment exigibles , ceux du trésor royal , ceux de l'hôtel de ville , Iç prêt même des troupes , la Subsistance de Paris , tout allait manquer 5 que la famiine, la banqueroute, peut-être la guerre civile, menaçaient le royaume , si les états étaient rompus, ou n'étaient pas incessamment d'accord -, et après avoir frappé le roi et le conseil de ces xvérités alarmantes , il leur avait fait adopter une déclaration où il avait tâché déménager en même temps la dignité royale et la fierté républicaine.
Or , c'était là surtout ce qu'on avait changé
dans la dëclaratîon. On avait suppose eomtne principe incontestable -ce oui serait le plus vivement conteste \ on y avait fait Touloirau roi tout ce que voulait la noblesse \ on lui faisaitaniiuler ou défendre tout ce ou^ellene voulait pas. C'était lui supposer et la puissance actuelle «t la ferme résolution de rompre et de dissoudre sui>le-cbamp rassemblée en cas de résistance à aoa autiMrité. Or , l'une était aussi chancelante que Tautre. La hfmqueroute et la gu^ire civile éuient comn&e deux spectires qui épouvantaient le roi.
Necker, ayant donc appris que son ouvrage était cbangé , et qu^on mettait aux prises TaU'» torité royale avec lalibertépubliquC) crut devoir s^abstenir de pr.raitreà cette séance , où sa préaence eut laissé croire qu'il adbërait à ce qui a^était fait malgré lui. Sa conduite a &it dire aux nns quUl avait voulu attirer à lui seul la faveur du peuple ^ aux autres qu^il avait donné le signal de la rébellion) et aux plus modérés, qu'uniquement occupé de sa réputation , il avait tout sacrifié à son intérêt personnel.
La déclaration fut lue à TassemUée en présence du roi , et Ton n'eut pas de peine à y re-^ connaître deux caractères incdiérens. Elle était divisée en deux parties. Dans la première te déployait , comme je l'ai dit , le pouvoir le plus ab* 6olu. Dans l'autre , et a la suite de ees formules de despotisme déjà trop rigoureusemeiit «mplc^ées dans les lits de justice , venait on exposé toucbant des bonnes intentions du roi , et des mesures qu'il voulait prendre pour. produire et potir assurer la prospérité du royaume ;. et après av<Hr appelé les états généraux i s'occuper avec