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)»— - Oui , mon cher monsieur Mannontel, m6 dit Varclievèque , sur bien des points j'ai été content de votre bonne foi et de votre docilité ^ mais il y a un article sur lequel j'exige de vous une rétractation authentique et formelle ^ c^est celui de la tolérance. — Si monseigneur veut bien , lui dis-je ^ jeter les yeux sur quelques lignes que j ai écrites ce matin , il y verra nettement expliqué quelle est , à ce sujet , mon opinion personnelle , et quels en sont les motifs. » Je lui pré« sentaî cette note , que vous trouverez imprimée à la suite de Bélisaire. U la lut en silence , et la fit passer aux docteurs. « Bon ! dirent-ils , des lieux conununs , rebattus mille fois , mille fois réfutés , qui sont le rebut des écoles. — - Vous traitez , leur dis-je , avec bien du mépris Tautorite des pères de Véglise et celle de saint Paul y dont mes motifs sont appuyés. » Ils me répondirent fi que les écrits des pères de l'église étaient un arsoialoù tous les partis trouvaient des armes, et que le passage de saint Paul que j'alléguais ne prouvait rien.
ft-Klrbi,en! leur demandai-je, puisque votre autorité seule doit faire loi , que me demandezvous ? -^ Le droit dn glaive , me dirent- ils , pour exterminer rhérésie , l'îiTéligîon, l'impiété , et tout soumettre au joug de la foi. »
C'était là que je les attendais , pour me retirer en bon ordre et me tenir retranché dans un poste où l'on ne pourrait m'attaquer. Prœmunitum , atque ex omni parte causœseptum (de Or. 1. 3). Je leur répondis donc que le glaive était Tune de ces armes chamelles que saint Paul avait réprouvées lorsqu'il avait àiV.Armamïlitiœnostrm noncarnaliasunt; n ety à ces mots^ j'allais sortir.
Mém. lu 2
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Le prélftt me retint , et , laé serrant ]es msiins entre les siennes , me eonqura y a'rec un pathë-^' nque vraiment risible , de souscrire à ce dogme atroce^ a Non , monseigneur , lui dis-je ; si je l'avais éigné , je croirais avoir trempé ma plume dans le sang ] je croirais avoir approuvé toutes* les cruautés comit^i^es au nom delà religion. -— "Vous attachez donc , me dit Le Fèvre avec son .insolence doctorale , une grande importance et une grande autorité a votre opinion?-^ Je sais, lui dis^jé , monsieur Tabbé , que mon autorité n^eat rien; maïs ma conscience est quelque chose; et c'est eue qni, au nom de Phumanité, au nom de la reKgion même, me défend d'approuver les persécutions. Defendenda reïigio est , non occi-* dendo^ sedmorêcndo; nonsassntid^ sedpatientzd. ■. ^ si sangaine , si ùyrmentis , si mah reKgionem deyfandere i^élis ,• jam non defendetur^ sedpoïïuetur atque ptolabitur. C'est le sentiment de Lactance, c'est aussi celui de TertuQien et celui de saint Paul , et vous me permettrez de croire qt« ces jgensr-là vous valaient bien.
» r— Allons , ditril à ses confrères , il n'en faut plus parler. ^Monsîeur veut être censuré 5 il le sera. » Ainsi finirent nos conférences. Ce qui m'en était précieux , c'était le résuhat que j'en avais jtiré. Ce n'était plus icî de petites chicanes tbéologiques où j'aurnîs été exposé aux arguties de l'école , c'était un point de controverse réduit aux termes les plus simples , les plus frappans , les plus tranchans. « Us ont voulu , pouvais- je dire , me faire reconnaître le droit «e forcer la croyance, d'y emplover le gbîve , les tormrjss, les échafauds et les lyûchers; ils ont voulu me faire approuver qu'on prédUât révangile le poî»
puRvA à la mam ; et j^ai refasé de signer cette doctrine abominable. VoHà pourquoi Tabbé Le Fèvre m'a déclaré que je serais censuré sans pitié. » Ce résumé , que je fis répandre à la ville , i la cour , au parlement , dans les cofuseils , rendit la Sorbonne odieuse ; en même teiiips mes amis travaillèrent à la rendre ridicule, et je m'en reposai sur eux.
La première opération de la faculté de théologie avait été d'extraire de mon livre les proposi tî(ms condamnables . C'était à qui aurait la gloire d y en découvrir un plus grand nombre. Us les triaient curieusement comme des perles, que chacun à Fenvi apportait dans le magasin. Après en avoir recueilli trente-sept, trouvant ce nombre suffisant , ils en firent imprimer la liste sous le titre d*Indiculu5. Voltaire y ajouta l'épithète de Ridieidus, Jamais l'adjectif et le substantif ne s'accordèrent mieux ensemble ; Indiculus Ridi^ cuba semblaient faits l'un pour l'autre ; ils restèrent inséparables. I!VI. Turgot se joua d'une autre manière de la sottise des docteurs. Comme il était bon théologien lui-même, et encore meil" leur logicien , il établit d'abord cejprincipe évident et universellement reconnu , que de deux Kopositiuns contradictoires , si Tune est fausse, mre est nécessairement vraie. Il mit ensuite en opposition , sur deux colonnes parallèles , les trente-sept propositions réprouvées par la Sorbonne , et les trente-sept contradictoires , bien exactement énoncées. Foint de milieu \ en condamnant les unes , il fallait que la faculté adoptât , professât les autres. Or , parmi celles-ci , il n^y en avait pas une seule qui ne fût révoltante ^d'horreur ou ridicule d'absurdité. <>e coup de
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lumière, jeté sur la doctrine de la Sorbonne, fut foudroyant pour elle. Inutilement voulut r-e}le ^^etirer son Indiculus ; il n'était plus temps ^ le coup était porté.
^/oltaire se chargea de traîner dans la boue le syndic Riballieret son scribe Cogé, professeur à pe même collège l\Ia;&arin , dont Riballier était principal , et qui , sous sa dictée , avait écrit contre Bélisaire et contre moi un libelle calomnieux. Eu mênaue temps , avec cette arme 4u ridicule qu'il maniait si bien , Voltaire tomba à bras raccpurpi sur la Sorbonne entière \ et ses petites feuilles , qui arrivaient de Genève et qui yoltigeaient dans Paris , amusaient le public aux dépens de la faculté. Quelques autres de mes ^mis, bons raisonneurs et bons railleurs , eurent aussi la chariti^ de prendre ma défense ; si biei| que le décret du tribunal théologique était déjà nonni et bafoué avant d'avoir paru.
Tandis que la Sorbonne, plus furieuse encore (de se voir harcelée, travaillait de toutes $es forces à rendre J&^&afre hérétique, déiste, impie, eny nend du trône et de Vautel ( car c^étaient là ses deux grands chevaux de bataille) , les lettres des souverains de FEurope et celles des hommes les plus éclairés et les plus sages m'arpivaient de tous les .côtés , pleines d'éloge^ pour mpn livre , quMls disaient être Je bréviaire des rois. L'impératrice de Russie Payait traduit en langue russe, et en avait décrié Ija traduction à un archevêque de son pays. L'impératrice , reine de Hongrie , en dépit de rarchevêque dje Yiei^e , en avait ordonné Timpression d^ns ses états , elle qui était si sévère à Tég^rd de^ écrits qui attaquaient la religion. Je ne négligeai pas , comme you#
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pensez bien , de donner connaissance i la cour et au parlement de ce succès unitersel ; et ni Tune ni l'autre n'eurent envie de partager le ridicule de la Sorbonne.
Les choses ëtant ainsi disposées , et ma pré-* sence n'étant plus nécessaire à Paris , j'employai le temps que mirent les docteurs à fabriquer leur censure ^ je l'employai , dis-*je, à remplii^ les saints devoirs de l'amitié.
Madame Filleul se mourait d'une fièvre lente qui avait pour cause une humeur acre dans le sang ) et pour laquelle le plus habile de nos médecins , Bouvart , lui avait ordonné les eaux et les bains d'Aix-la-Chapelle. La jeune comtesse de Séran l'y accompagnait ; mais , dans l'état où était la malade , l'assistance d'un homme leur était nécessaire. Leur ami Bom*et me pria de les accompagner. Je m'en fis un devoir ^ et , dès qu'elles apprirent ma réponse, madame de Séran m'écrivit ce billet.
« Est-il bien vrai que vous venez avec nous » aux eaux? Non^ je ne puis le croire. C'était » l'objet de tous mes désirs ; mais je n'osais en » faire l'objet de mes espérances. Vos occupa- )) tions , vos affaires , vos plaisirs , tout comîbat » 'ma confiance. Assurez-m'en vous-même, si » vous voulez que je me le persuade •, et , si » vous m'en assurez ,^ croyez que je mettrai » cette marque d'amitié au-dessus de toutes )>. celles qui ont été données dans la vie. Madame I) Filleul n'ose pas plus se flatter que moi ] mais » vous seriez peut-être décidé par le désir qu'elle » en montre , et la reconnaissance qu'elle en » témoigne. »
Je partis avec elles. Madame Filleul était si
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mal , et madame de Sérae croyait si lùieii voir mourir son amie en chemin , qu'elle m'aT^rtit de me pourvoir d'un habit de deuil. ,
Arrivés à Aix-la-Chapelle avec cette femme courageuse cpii , n'ayant plus quW souffle de Yie , ne laissait pas de sourire ^aM^ore à la gaieté que nous affections , le médecin des eaux fut appelé -, il la trouva trop affaiblie powr soutenir le bain., et commença par lui faire essayer tout doucement les eaux. L'effet de leur vertu fut tel, que Téruption de Thumeur ayant rendu la vie à la malade, dans peu de }i0urs elle reprit des forces et fut en état de soutenir le bain. Alors s'opéra, comme par miracle^ un changement prodigieux. L'éruption fut complète sur tout le corps , et la malade,* se sentant raniraiée , allail «eule , se prcNnenait , et nous faisait adaziirer leà progrès de sa guérison , de son appétit , de ses Ibrces. Hélas ! malgré nos cemontrances et nos prières , elle abusa de cette prompte oénTalesr* eence , en ne voulant plus c^serYCr le doux régime qui lui était prescrit ; encore , malgré son intempérance , eût-elle été sauvée , sans la {atale imprudence qu'elle commit , à notre iosu , a« ^rme de sa guérison.
M. de Marigny , dont la sœur était morte , et qui , voulant se marier à son gré et pour son Bonheur , avait épousé % fille ainée de madame JFilleuI, notre idole à tous, la belle, la spirituelle la charmante Julie , cédant au désir qu'avait sa femme de venir voir sa mère , nous Tamma, et , tout d'un temps , fit avec le célèbre dessinateui? Cochin un vayage en HoHande et dans le Bra-^ bant , pour y voir les tableitux des deux écoles^ hollaiidaise et flamande^
Je vousaipeiatlecaiactèse 4e cet tiomme émir maUe, iutéressaiit etwalbeureiftx. Toul ce qi^W peut déûrer de charmes àgma wie jeiine persoiicke, soit du côté de la figMre , «CAt du c6té de Vespdt et du caractère 9 douceur > U^é^uîté, boMé^, gaieté iugéiûeuse , raison Vfiim^ j et raîsou tiîè«r* ^ue , tout cela, c^Uvé aree le plu» grand sow i se trouvait réuui dans sa jenue kxfu^. MaM^ tounoeoté connue il Tétait par uu woour^opre ombrageux , à peine Feut-^u épemsée ^ waCH $ V visa d^être jaloux de la tepdresse qu^elle aivait pour sa mère , et de TamUié dont eue ëtaû liée 4ès Tenfluice avec madame de Sârau. Il fut té^ main de leur seusilnlite mutudyie ea se revojraual; jaais il dissimulale dépit cpi'il em xesseatait^ et le peu de teiiq>s qu'il passa avec om» ne ft»t cdwcurci par aucun noage. H témoigna même à madame Fâleul des sentimens aâseii afièctueFus. ^ Je vous laisse ^ lui 4ît-il , notre dièse JuHe., U est bien juste, qu'elle dmofi des soins k ht santé de sa mère. Dans quelq^ temp >e viendrai la reprendre , et j'espère trouver alors parfaitement rétablie cette santé qui nous est si pré* cieuse à tous» » Il dit aussi des choses aimables a la comtesse de Séran , t^ il nous laissa tous persuadés c{u'il s'en aUait tranquille \ mais en lui le plus petit grain d'humeur était comme ^m levain qui iermeii^it bien vite , et dbnt l'ai^ greur se ccHmnumquait à toute k masse de ses pensées. Dès qu^il mt seul et livré à lui-même ^ U se représenta sa femme l'oubliant auppès de sa mère , et , plus &à liberté , se réjouissant avec nous de son éloignement. « EÛe ne Taimak point , eUe ne %4ifait point pour hii , et il s'em, faHaà kism ipt^^Ufàit ce çu'^efle avait de plus cher
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au monde. » Telles étaient les réflexions qu'il roulait dans sa malheureuse tète. Il m'en avait fait plus d'une fois la triste confidence. Ses lettres cependant furent assez aimables durant tout son Yoyage , et jusqu'à son retour, nous n'aperçûmes rien de ce qui se passait en lui. Laissons-le voyager , et parlons un peu de la vie qu'on menait à Aix-la-Chapelle.
Quoique madame Filleul, naturellement vive^ volontaire et gourmande , fit , malgré nous , tout ce qu'il fallait pour retarder sa guérison , la vertu des eaux et des bains ne laissait pas de chasser encore les nouveaux principes d'acrimoniéqu'elle faisait passer tous les jours dans son sang , avee des jus très*épicés et des ragoûts dont l'assaisonnement était un vrai poison poiu* elle. Comme die se vantait d'être guérie , sans en être aussi persuadés qu'elle , nous le-croyions assez pour nous en réjouir. Ainsi nos dames se donnaient tous les amusemens des eaux. Je les partageais avec elles. L'après- dînée c'étaient des promenades , le soir c'était la danse à l'assemblée du Ridotto , où l'on jouait gros jeu^ mais aucun de nous ne jouait. Les danses étaient toutes anglaises ,^ ex très-jolies et très-bien dansées. C'était pour moi un curieux spectacle que ces chaînes d'hommes et de femmes de toutes les nations du Nord, Russes, Polonais, Allemands, Anglais surtout , réunis et mêlés par l'attrait commua du plaisir. Je n'ai pas--besoin de vous dire que deux Françaises , d'une rare beauté , dont la plus vieille avait vingt ans , n'eurent qu'à se montrer potu* s'attirer des soins et des hommages. Lors donc que le matin , à la promenade des eaux , ou quelquefois chez elles , on leur fj3iisait la cour,