‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 9 sur 117 · LITRE ▼III · texte numérisé non relu

LITRE ▼III

f avais des heures solitaires ^ je les employais au travail ^ je faisais les Incas,

Dans ce temps-là , deux de nos évéques fran« çais vinrent aux eaux , et se trouvèrent loges dans notre voisinage. L'un Broglie , évèque de Noyon , était malade ; Tautre raccompagnait ^ c'était Marbœuf ^ évéque d'Autun , qui depuis a été ministre delà feuille. L'auteur du livre que la Sorbonne censurait dans ce moment-là fiit pour eux un objet de curiosité. Ils vinrent me voir , et m'invitèrent à faire ensemble des promenades. Je compris bien que ces prélats voulaient peloter avec moi ; et , comme le jeu me plaisait assez , je fis volontiers leur partie.

Us commencèrent , comme vous pensez bien, par me parler de Bélisaire. Ils s'attendaient à me trouver fort effrayé du décret que la Sorbonne allait fulminer contre moi , et ils furent assez surpris de me voir si tranquille sous l'anathème» « Bélisaire , leur dis -je , est un vieux militaire, honnête homme et chrétien dans l'âme , aimant sa religion de bon cœur et de bonne foi ;,il en croit tout ce qui lui en est enseigné dans l'Evangile , et ne rejette que ce qui n'en est pas. C'est aux noirs fantômes de la superstition , c'est aux monstrueuses horreurs du fanatisme que Bélisaire refuse sa croyance. J^ai proposé à la Sorbonne de rendre cette distinction évidente dans des notes explicatives que j'ajouterais à mon livr^ Elle a reluise ce moyen de conciliation ; elle a voulu que le quinzième chapitre fut retranché d'un livre dont, quarante mille exemplaires éont déjà répandus : demande puérile \ car l'édition tronquée et mise au rebut n'aurait fait que meruiner. Enfin , elle s'est obstinée à vouloir que je recon**

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tinsse le dogdote de riatbléraoce civilef , le demi du glaive , le droit des proscriptions , des exils 9 des cachots , d^ poignards , des tortunes et des bûchers , ppar forcejr à croire à, la relî|;i0n d» Ta^acao : et, dam Fagneau de FÉvangife^ je n'ai as voulu recoQuaitre le tigre de Tinquîstlioa* e m'en suis tenu à la doctrine de Laetance , de Tertullieu» dis ^aiaft Paul et à Tesprit de l'Evani' gile. Voilà poiiii^[uoî la Sorhonneesi actuelLmient pccupée à fàbrufju^ wae censure , oà elle tanr droiera Bélisaire , Laciance , Tertullien , saine Paul et quiconque pense ccamne eux. Prenez ^rde à vous 9 caeasetgneuvs , car vous jpourrie:& bien être du nombre.

» -^^ Mais de quoi se mêlent les philosophes , me dit Tévéque d'Autun , de parler de théologie? 1-^ De quoi se mêlent les théologiens , lui répUrquai-îe 9 de tyranniser les esprits , et d'exciter lea princes à employer la £brce pour violenter la croyance? Les princes sont^ls jnges sur l'article de ia. doctrine et sur les ol^ts de la ibi ?-«--^N<m^ certes , me dit-il , les princes n'en sobC pas. les Juges. -^ Et vous en faites les bourreaux ! i-^ Je ne sais pas 9 reprit-il 9 pourquoi on accose au- )ourd'hui les théologiens d'un genre de perse*cution qui ne s'exerce plus. Jamais l'église nia mis tant de modération dans l'usage de sa puis^ «ance. «-<- H est vrai , monseigneur , lui dis-fe, qu'ell^en use plus sobrement \ et , pour la con-> aerver , die l'a tempérée. --* Pourquoi donc

F rendre , insista^^t-il , ce tenips4à même pour attaquer ? — Parce qu'on n'écrit pas seulement, répondisse, pour le moment où Ton écrit ; qu'il est à craindre que l'avenir ne ressemble au passé , et qu'on prend le moment ott

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les eaux sont basses pour traTaiBer aoK digues, r^ Ak ! les digttes ! ce sost , dit*U^ les prétendus [^losophes ^ les renversent \ et ik se tendent pas à moins qa'à détruire la reli^n. — ^ Qu'on lui laisse son caractère , à cette reli^on ckacitablê , inenfaisante^t paisible , )'ose assurer, \sai répliqnai-}e , que Tinerédule même n'osera TaUaquer, eCqueTimpiese taira devant elle. O ne sont m ses dogmes purs , ni, sa morale , ni mième ses inystères , qui lui suscitent des ennemis. Ce sont les (puions violentes et fanatiques dont une théologie atrabilaire a mêlé sa doctrine^ c'est là ce qui soulève une foule de bons esprits. Qo^oa la dégage de ce mâange , qu'on la ra- ^ mène à sa sainteté primitive ^ alors ceux qui l'attaqueront seFO|(t les ennemis publics des malbeureux qu'^l« console , des opprimés qu'elle rdève , et des fiiibles qu^eBe soutient.

» -*- Vous avea beau dire, reprît Tévêque, sa doctrine est coustante , Tédifice en est cimenté, et nous ne soufirirons jamais qu'une seule * pierre en aoit détachée. » Je lui fis observer que Tare des mines était porté fort loin ; qu'avec un peu de poudre oa renversait de fond en combie des tours bien hautes , bien solides , et que l'on brisait même les rochers les plus durs. «Me préserve le ciel , a|outai--je , de souhaiter que ce présii^ge a^accomjdisse ! j'aime sincèrement , je révère du fond du cœur cette religion consolante ; mais , si jamais elle meurt parmi nous ^ le fanatisme théologique en sera seul la cause*, ce sem lui qui , de sa tnain , lui aura porté le coup mortel. »

Alors s'éloignant un peu de moi , et parlant h YKÀX basse à l'évèque de Noyon , je crus eutcndre

qu^il lui disait : Cela durera plus que nous. Il se trompaité Ensuite , revenant vers moi : « Si vous aimez la religion , insista-t-il , pourquoi vous joignez-vous à ceux c[ui méditent de la détruire ?

— Je ne me joins , lui répondis-je , qu^à ceux qui Faiment comme moi , et qui désirent qu'elle se montre telle qu'elle est venue du ciel , pure ^ sans mélange et sans tache ^sicut aurora consurgens 9 pulchra ut luna , electa ut soL — -* Il ajouta en souriant , ierribiUs ut castrorum acies ordinata. ' — Oui , répliquai-je , terrible aux méchans , aux fanatiques , aux impies ] mais terrible dans Tave* nir avec les aimes qui lui sont propres , et qui ne sont ni le fer , ni le feu. )> Tel fut à peu près notre première conversation.

Une autre fois , comme il revenait sans cesse à dire que les philosophes se donnaient trop de libertés : « D est vrai ^ monseigneur , lui dis-je »

Sue par fois ils s'avisent d'être vos suppléans ans des fonctions assez belles ^ mais ce n'est qu'autant que vous-mêmes vous ne daignez pas les remplir. — Quelles fonctions, demanda-t-il?

— Celles de prêcher sur les toits des vérités qu'on dit trop rarement aux souverains , à leurs ministres , aux flatteurs qui les environnent. Depuis l'exil deFénélon, ou, si vous voulez, depuis ce petit cours de morale touchante que Massillon fit faire à Louis XV enfant ; leçons prématurées , et par^là inutiles , les vices , les crimes publics ont-ils trouvé dans le sacerdoce un seul agresseur courageux ? En chaire , on ose bien tancer de petites faiblesses et des fragilités communes ; mais les passions désastreuses , les fléaux politiques , en im mot , les sources morales des malheurs de Thumanité , qui ose les atta*

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