‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 88 sur 117 · LIVRE XVI. 3o · texte numérisé non relu

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ri a voulu cesser d'être oppiimé que pour être oppresseur. Ce bon jeune homme ne tarda point à reconnaître que lui-même il était dans l'illusion 5 mais ce qu'il espérait de bonne foi , Necker , Montmorin , La Luzerne , Saint - Priest , l'espéraient comme lui. Ainsi, également fidèles à l'état et au roi , les moyens de conciliation leur semblaient les seuls praticables : car ceux de corruption n'étaient pas de leur goût , et le Toi les eût rebutés.

L'on conçoit quelle devait être la perplexité de ce prince -, mais tout l'avertissait qu'il était temps de prendre une conduite ferme , et cette conduite nouvelle demandait de nouveaux ministres.

Le renvoi de ceux-ci fut décidé le 1 1 juillet.

Le 1 2 on en sut , dès le matin , la nouvelle à Paris \ mais elle ne fut divulguée que le soir , à l'heure des spectacles. Une sombre indignation s'empara de tous les esprits. On ne douta plus qu'à la cour la résolution d'agir à force ouverte ne fût prise à l'însu du roi , et qu'on ne voulût malgré lui l'entraîner dans ce dessein funeste , en éloignant de ses conseils des hommes sages et modérés. Le renvoi de Neckçr surtout, dans la crise ou était le royaume , parut être la preuve qu'on voulait ruiner et affamer Paris. A l'instant les spectacles furent interrompus. On y vit arriver des hommes égarés qui criaient aux acteurs :

. Cessez^ retirezA^ous , fc royawne est en deuil ; Pans est menacé^ nos ennemis remportent.

Necker n est plus en place , on le rensfoie^ il est partie et ayeç lui sont renvoyés tous les mi^ nistres amis du peuple.

Une frayeur souaaine se répand dans les salles ,

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les acteurs disparaîssent, le public se retîre tremblant et consterné ; et déjà dans toute la ville la résolution est formée de demander que Necker et tous les bons ministres qui pensent comme lui soient rendus à Tetat.

Dans tous les lieux où le peuple a coutume de s'assembler les jours de fête , la fermentation fut extrême. Le Palais-Royal était rempli d'une foi;le agitée , comme les flots de la mer le sont dans la tourmente. D'abord im triste et long murmure , bientôt une rumeur plus redoutable s'y fit entendre. On y prit la cocarde verte ; les feuilles d'arbres en tinrent lieu; et pour signal du soulèvement , le peuple ayant imaginé de prendre dans la boutique d'un modeleur en cire le buste de Necker et celui du duc d'Orléans , il les promena dans Paris.

Une autre foule s'amassait dans la place de Louis XV, et le tumulte allait croissant. Pour le dissiper , on fit avancer quelques ti*oupes. Leur commandant , le baron de Bezenval, s'y était xendu avec une compagnie de grenadiers de gardes-suisses. Le prince de Lambesc vint l'y joindre à la tête de cinquante dragons de Royal- Allemand. La présence des troupes acheva d'irriter le peuple. Il se mit à les insulter. Ils négbgèrént ses clameurs \ mais , assaillis à coups de pierres , dont quelques-uns furent blessés , les drAgons perdaient patience, lorsque Bezenval donna 1 ordre au prince de Lambesc de faire un mouvement pour obliger le peuple à reculer dans les Tuileries. Ce mouvement se fit avec tant de mesure , que personne du peuple n'en fut renversé ni froissé. Ce ne fiit qu au monient de la retraite des dragons que fut blessé légèrement , et de la

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main du prince , un forcené qui s'obstinait à lui feraMT le Pont-Tournant.

Aussitôt dans Paris se répandit le bruit d'un massacre de citoyens dans le jardin des Tuileries , où couraient, disait-on, les dragons de Lambesc à cheval, le sabre à la main^ et le colonel à leur Hète, égorgeant les vieillards, écrasant les enfahs, renversant les femmes «ncei%tes ,, ou les faisant avorter de frayeur.

En même temps , sur le faux bruit que leur régiment était insulté, les grenadiers des gardesfrançaises forcèi^ent le duc du Ckâtelet, leur colonel , à les laisser sortir du jardin de Thôtel de Richelieu , où il les tenait enfermés. Dès4ors le régiment aux gardeâ fut tout entier livré au peuple \ et c'était là ce <{ue les factieux désiraient le plus ardemment.

Ainsi Paris , sans tribunaux , sans police^ sans garde , à la merci de cent miUe hommes errant au milieu de la nuit , et la plupart manquant de

Saiti , croyait èU'e au moment d'être assiégé auehors y d'être saccagé au dedans. Vingt-cinq mille honmies de troupes étaient postés autour de son «iceinta , à Saint-Denis , à Courbevoye, à GharentoUy à Sèvres, à la Muette, au Champde*Mars ; et , tandis qu'on le bloquerait et qu'on lui couperait les vivres , il allait être en proie à Un peuple affamé. Telle fut l'image terrible qui, dans la nuit du i a au 1 3 juillet , fut présente à tt>us les esprits»

Mais les brigands eux-mêmes , saisis de la terreur con^mune y ne comnûrent aucun. dégàl. Les boutiques des armuriers furent les seules qu'on fit ouvrir , et l'on n'y prit rien que des armes.

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Dès que le jour parut , la vill6 se trouva reia* plie d'une populace égarée, qui, frappant à toutes les portes , demandait à grands cris des armes et du pain , et qui , croyant qu'il y avait un dépôt de fusils et d'épées dans les souterrains de Thôtel de ville , s'y porta pour les faire ouvrir. Je m'arrête pour expliquer p^ qui , dans ce moment, l'hôtel de ville était occupé , et par quelle espèce de tribunal la police y élait exercée.

Le lo mai , les élections de la commune étant achevées, Target, président de l'assemblée des électeurs , leur persuada de se tenir en permanence durant la session des, états généraux. La délibération en fut prise du consentement et au gré de la faction populaire. Ainsi, lorsqu'à la fin de' juin, après la séance royale , les électeurs trouvèrent leur salle fermée à l'archevêché , il se firent ouvrit l'hôtel de ville , et s'y établirent les agens de l'assemblée nationale auprès du peuple de Paris.

Je dois leur rendre ce témoignage , que , dans des circonstances difficiles et périlleuses , chargés du soin de la chose publique , ils s'acquittèrent de leurs fonctions en bons et braves citoyens.

- Ce fut donc à cette assemblée que, le 1 3 juillet, lé peuple s'adressa pour demander des armes , dont il y avait, disait-il^ un amas dans les caveaux de l'hôtel de ville ; mais , comme ce dépôt n'existait point , le peuplé eut beau forcer les portes , les fusils de la garde furent les seuls qu'il y trouva , et ceux-là furent enlevés.

Cependant^ au bruit du tocsin qu'on fit sonner dans toutes les églises, les districts s'assemblèrent pour aviser aux moyens de pourvoir à la sûreté delà ville au dedans ainsi qu'au dehors j car il

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