‹ OEuvres complètes de MarmontelChapitre 98 sur 117 · LIVRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIÈME

JLiréyolutionfrançaiseaurait eu, dansVaiicienne Rome^uu exemplehoQorableàauivre, Louis XVI n'avait aucun des vices des Tarquins y et Ton n'avait à Faccuser, ni d'orgueil , ni de violence \ sans autre raison que d'être lassé de ses rois , la France pouvait les expatrier avec toute leur race.

Mais le 21 janvier 1793 commença et dut commencer le règne de la terreur.

On parut concevoir le vaste , l'infernal pro* jet de dépraver le peuple en masse , d'associer les vices et les crimes , de propager de mauvaises moeurs par de mauvaises lois , et de réaliser , dans^ la corruption générale , tout ce qu^on attribue aux ténébreux génies du genre humain.

Les opinicms religieuses , la croyance en vxk Dieu , la pensée d'un avenir , pouvaient retenir Fbomme sur la pente du crime ^ l'autorité des pères pouvait réprimer les cnfans ; la morale , par ses principes d'humanité , d'équité , de pudeur, pouvait régénérer des races corrompue».. Le projet de dépravation fiit formé sous tous €es rapports. Nous entendîmes proclamer Tinr^ erédulité, le blasphème; nous vîmes leKbertinage affecter le mépris d^un Dieu , le sacrilège insulter les autels y et le crime s'enorgneiUk de

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respérance du néant; nous vîmes rompre tous les nœuds de subordination formés par la nature ; les enfans , rendus par les lois indépetidans des pères , n eurent qu à souhaiter leur mort pour être sûrs , sans leur aveu et en dépit de leur volonté ,. de se partager leur dépouille. Le nœud <;onjugal était encore le moyen de perpétuer les vertus domestiques , et de tenir liés ensemble les époux Tun i 1 autre et avec leurs enfans : on rendit ce lien fragile à volonté *, le mariage ne fut plus qû^une prostitution légale , qu'une liaison passagère, que le libertinage, le caprice, Tinr constance pouvaient former et dissoudre à leur gré. Enfin, rhonnèteté , la foi publique , la décence, le respect de soi-même et de Topinion , la vénération qu'inspirait la sainte image de là vertu , offraient encore un point de ralliement aux âmes susceptibles des mouvemens dvL repen* tir, des impressions de Texemple. Tout cela fut détruit. On professa, on érigea en maximes de moeurs républicaines Timpudence du vice, Taudace de la honte , l'émulation de la licence , )us* qu'à la plus effrénée dissolution ; et le système dé Mirabeau et du duc d'Orléans , ce système dépravateur d'une génération entière, parut régner en France. Ainsi s'était formé ce despotisme ré^^ volutionnaire , ce colosse de fange pétri et ci- . mente de sang.

Tout confinés que nous étions dans notre chaumière d^Abloville , où nous avions passé en quittant Couvicourt , nous ne laissions pas de redouter un siècle si corrompu pour nos enfans ^ et nous employions tous nos soins à les prémunir d'une éducation salutaire et préservative , lorsque la m<Hrt presque soudaine de leur fidèle

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instituteur vint ajouter à noschagrainsuneafflic-' tion domestique qui acbeya de nous accabler.

Une fièvre pourprée, d^une extrême malignité « nous enleva cet excellent jeune homme. Nos enfans doivent se souvenir de la douleur que nous causa sa perte , et de la frayeur que nous eûmes de les voir exposés eux-mêmes à i air contagieux dVne maladie pestilentielle.

Nous ne savions que devenir leur mère et moi , et notre dernière ressource était d'aller cherclier .un refuge dans quelque hôtellerie de Vemon , lorsqu'on nous suggéra l'idée de demander Tasile à un vénérable vieillard qui , dans le village d'Aubevoie, peu éloigné du nôtre , habitait uae maison assez considérable pour nous y loger tous sans qu'il en fût incommodé. Cette circonstance de ma vie a quelque chose de romanesque.

Le vieillard qui , touché de notre situation , s'empressa de nous accueillir, était l'un des religieux qu'on avait expulsés de la chartreuse voisine. Son nom était dont Honorât, Il était plus âgé que moi. Ses moeurs rappelaient celles des solitaires de la Thébaïde. Cet homme de bien semblait être envoyé du ciel pour nous édifier et pour nous consoler. Il respirait la piété , mais une piété douce , indulgente , afiectueuse et charitable, une pitié évangélique. Il se permettait rarement de diner avec nous \ mais une heure , l'après-dinée , et un peu plus long- temps le soir, il venait nous entretenir des grands objets qu'il méditait sans cesse, de la Providence divine , de Timmortalité de l'âme y de la vie à venir , de la morale de l'Evangile \ et tout <îela coulait de source , simplement et du fond du cœur^ avec

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