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une foi vive et une onction touchante. Il y aurait -eu de la cruauté à lui marquer des doutes sur ce qui faisait la consolation de sa vieillesse et de sa solitude. L'àme du bon vieillard était sans cesse dans le ciel ^ et il nous était aussi doux de nous y élever avec lui qu^il aurait été inhumain de vouloir l'en faire descendre. H nous releva de rabattement où nous avait mis la mort du roi ; et, en rappelant les mots du confesseur, Fils de saint Louis , montez au cie/: «Oui, disait-il avec » confiance, il est à présent devant Dieu, et je » suis bien sûr qu'il implore le pardon de ses » ennemis. » H pensait de même des vertueux martyrs du a septembre.
L'adoucissement qu'un pieux solitaire pouvait trouver à sa situation , en communiquant avec nous , importuna le maire d'Aubevoie. Au bout de dix-huit jours il vint .me faire entendre qu'il serait temps de nous retirer. Heureusement l'air de notre maison était purifié ; et , après avoir convenablement témoigné notre reconnaissance à celui qui nous avait si bien reçus , nous retour-nâmes dans nos foyers.
Elle était à moi , cette humble et modique demeure; j'enavais fait l'acquisition : maisquelle décadence elle annonçait dans notre fortune passée! Je venais de quitter, près de Paris, une maison de campagne qui faisait mes délices, un jardin où tout abondait ] et comme d'un coup de baguette, ce riant séjour se changeait en une espèce de chaumière bien étroite et bien délabrée! C'était là qu'il fallait tâcher de nous accommoder à no^ tre situation , et , s'il était possible , vivre aussi honorablement dans la détresse que nous avions vécu dans l'abondance. L'épreuve était pénible :
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mes places liltëraires étaient supprimëiés : IV-cadémie française cdlaitêtre détruite (i) ] la pension d'homme de lettres^ qui était le fruit de mes travaux , n'était plus d'aucune valeur. Le seul bien solide qui me restât était cette modique ferme de Paraj, que la sage prévoyance de ma femme m'avait fait acquérir. H avait fallu mettre bas ma voiture , et renvoyer jusqu'au domestique dontma vieÛesse aurait eu besoin. Mais, dans cette masure , ou nous avions à peine l'indispensable nécessaire , ma femiiie avait le bon «sprit et l'art de restreindre notre dépeiise , en simplifiant nos besoins , et je puis dire que ce malaise de notre état nous touchait faiblement to comparaison de la calamité publique. Le soiû ({ue je donnais à l'instruction dé mes enfans, la tendre part que prenait leur mère à leur éducation morale , et , s'il m'est permis de le dire, là bonté de leur naturel , étaient pour nous , dans notre solitude , une ressom*ce inexprimable. Us nous consolaient d'un malheur qui n'était pas le malheur de leur âge. Au moins évitions-nous de les en affliger. L'orage passe sur leur tète, disions-nous , en leur souriant^ et nous avons pour eux l'espérance d'un temps plus calnie et plus serein.
Mais l'orage allaiten croissant : nous le voyions è'étendre sur la nation entière \ ce n'était point une guerre civile , car l'un des deux partis était Soumis et désarmé; mais , d'un côté , c'était une haine omhragetiy^^ de l'antre, une sombre terreur.
Des millions d'hommes à soudoyer dans les
(i) Elle le fot le lo soût 179S.
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armées ^ beaucoup d'autres dépenses eseessîvei absorbaient infiniment plus de richesses que n''en pouvaient fournir les contributions de fêtât , ni la vente des biens du clergé et des émigrés. Le papier-monnaie, multiplié par milliards , se détruisait lui-même ; sa chute accélérée entraînait celle du crédit. Le commerce était ruiné. La guerre ne donnait pas assez de ressources dans les pays conquis. Il fut décrété ( le lo mars 1793) que les biens des condamnés seraient acquis à la république \ et ce fut. ce que l'on appela battre monnaie avec la guillotine sur cette place de la Révolution que l'on fit regorger de sang.
C'est pour cela que la richesse fut une cause de proscription , et que non-seulement des hommes recommandables par leur mérite , les Ms^r lesherbes, les Nicolaï, les Gilbert-de-Voîsin , inais des hommes notables pour leur fortune, un Magon , un Laborde , un Duruey , un Serilly, une foule de financiers furent envoyés à la mort» Aussi , lorsque le vieux Magon fut amené devailt le tribunal révolutionnaire , et qu'on lui demanda son nom : « Je suis riche , » répondit-il , et il ne daigna pas en dire davantage. . Pour donner plus de latitude aux tables de proscription, les dénoncés étaient désignés sous des qualifications vagues d'ennemis du peuple , d'ennemis de la liberté , d'ennemis de la révolution^ enfin sous le nom suspects; et l'on tenait pour suspects tous ceux qui , soit par leur conduite , soit par leurs relations , soit par leurs propos, se seraient montrés partisans de la tyrannie (c'est-à-dire, de la royauté), ou ennemis de Ja république , et en général ceux à qui Ton aurait
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refusé des certificats de civisme. Or, eu les refii* saut, ces certificats , on était dispensé d'expliquer te motif et la cause de ce refus (décret du 3o janvier 1 798) ', Taccusation et le jugement étaient aussi dispensés de la preuve. Dans un décret por«^ tant peine de mort contre les ennemis du peuple (du 23 prairial an II) ,^it était dit : Sont réputés te/^ ceux qui cherclient à anéantir la liberté par force ou par ruse^ à avilir la convention nationale et le gouvernement révolutionnaire dont elle est le centre \ à égarer Topinioti et empêcher HnstruGtion du peuple \ à dépraver les mœurs et corrompre la conscience publique ; enfin à altérer la pureté des principes révolutionnaires. La preuve nécessaire pour les condamner , ajoutait ce décret, sera toute espèce de document matériel ou moral qui peut naturellement obtenir Tassentiment d'un esprit juste et raisonnable, La rè* gledesjugemens est la conscience des jurés éclai* rés par ramour de la patrie. Leur but est le triomphe de la patrie , la ruine de ses ennemis. S'il existe des documens du genre ci*dessus » il ne sera point entendu de témoins.
C^est avec ce langage équivoque et perfide qu'une cbarlatanerie hypocrite institua la juris-
Erudence et la procédure arbitraire dis nos triunaux CFimineis. Point de preuves ^ point de témoins ^ la conscience des jurés \ et de quels jurés \ des organes et des supp6ts de RcSbespierre ^ de Lebon, de Carrier, de Francasiet, et de tsnt- d'autres tigres insatiables de sang hu-^
main.
L^un des bourreaux ambulans de la faction avai^ fait graver sur son cachet , pour emblème , une guillotme. Un autre , à son dîner, en avait