PREMIÈRE PARTIE
A quoi se réduit, mes Frères, ce qui nous paraît ici-bas digne d'envie ; et dans cet amas d'enchantements qui nous font perdre de vue les biens éternels, quels sont les principaux objets qui séduisent l'esprit, et usurpent seuls tous les hommages du cœur humain? C'est l'éclat de la naissance, c'est la distinction qui nous vient des sciences et de l'esprit, c'est la mollesse qui suit les plaisirs et la félicité des sens; et enfin c'est le faste qui accompagne la grandeur et les dignités. Ce sont là les secrets ressorts qui agitent les enfants d'Adam ; c'est là-dessus que roulent nos projets, nos mouvements, nos désirs, nos espérances ; c'est là comme le trésor autour duquel notre cœur veille sans cesse, et le plus bel endroit de cette figure du monde qui nous saisit et nous enchante.
La noblesse du sang et la vanité des généalogies est de toutes les erreurs la plus universellement établie parmi les hommes. On ne pense pas, quand on s'applaudit de l'éclat des ancêtres et de l'antiquité du nom, que plus haut il nous fait remonter, et plus il nous approche de notre boue ; que ce qui distingue les vases d'ignominie des vases d'honneur, n'est pas la masse dont ils sont tirés, mais le bon plaisir de l'ouvrier qui les discerne; que la noblesse du chrétien n'est pas dans le sang qu'il tire de ses ancêtres, mais dans la grâce qu'il hérite de Jésus-Christ ; que la chair qui nous fait naître ne sert à rien, mais que l'esprit selon lequel nous renaissons est utile a
tout; et qu'enfin l'origine, comme la conver-
PANÉGYRIQUES
safion du chrétien, étant dans le ciel, celle qu'il prend sur la terre est une bassesse dont il doit gémir, et non pas un litre dont il puisse se glorifier.
Ce lut pour rendre ces vérités du salut plus sensibles aux honimes , que la Providence ménagea à François de Paule une naissance vile et obscure selon le siècle. Il naquit dans le sein de la piété, mais non pas dans celui de la gloire. Il ne recueillit de ses pères qu'une succession d'innocence et de candeur; il n'hérita, comme les patriarches, que de la foi des promesses , et ne posséda rien dans une terre où il devait être toujours étranger. Ce fut un autre Saûl destiné par sa naissance à des emplois obscurs et le dernier de la tribu la plus méprisée, mais qui devait être à la tête des princes d'Israël, et devenir le chef et le législateur d'un grand peu[)le.
Peut-être, hélas 1 qu'une origine plus éclatante l'eût rendu inutile, ô mon Dieu , à l'accomplissement de vos desseins et à l'agrandissement de votre héritage. Car qu'est-elle, mes Frères, cette naissance illustre? C'est une destination aux erreurs du siècle et à ses usages; c'est un engagement anticipé de crime et d'inipénilence; c'est un titre pour se calmer sur les transgressions de la loi ; c'est un nouveau péché d'origine, si j'ose le dire , ajouté à celui que nous apportons tous en naissant, et qui nous rend le salut encore plus dillicile; en un mot, c'est souvent un préjugé de réprobation et la suite des jugements impénétrables de Dieu sur une âme.
L'éducation de notre Saint répondit à sa naissance. Il ne fut pas, comme Moïse, instruit dans les sciences et la sagesse des Egyptiens; mais il reçut comme lui de Dieu même le livre de la loi , et en exposa les préceptes et les ordonnances au peuple. On ne le vil pas, comme Paul aux pieds de Gamaliel, s'instruire à fond de la variété des opinions et des doctrines ; mais , comme cet apôtre, sa foi l'éleva jusqu'au plus haut des cieux, et là il apprit des secrets que 1 homme profane n'est pas digne d'entendre. Ce fut l'onction de la grâce qui l'instruisit, et non pas le travail de la nature. Persuadé que les langues devaient cesser, que les prophéties devaient finir, que la science serait détruite, et que l'amour seul ne périrait pas , il laissa cis vents de doctrine qui enflent, pour s'en tenir à la charité qui édifie. Ce fut un scribe instruit dans le royaume
des cieux , mais qui tira du seul trésor de la grâce ces lumières anciennes et nouvelles que nous n'avons, nous, jamais qu'à demi, et à force de veilles et de recherches. On ne le vit pas, dans les plus fameuses universités, jiasser les vieillards en intelligence, faire admirer une jeunesse toute brillante d'espérances, et ouvrir par l'éclat d'une première réputation mille vues d'ambition à une famille. L'Esprit de Dieu le conduisit dans le désert avant jiresque qu'il eût conversé avec les hommes. Une résolution de retraite perpétuelle , qui n'est en nous que le fruit tardif des réflexions et de l'âge, fut en lui un essai de l'enfance; et sur les traces du précurseur, il alla puiser dans la pénitence et dans la solitude celte haute réputation de sainteté, qui seule peut autoriser à reprocher hardiment aux peuples et aux princes même leurs excès. Il apprit dans le silence à devenir la voix de celui qui crie dans le désert; et à force de se croire le moindre de tous, et indigne de toucher aux pieds de ceux qui évangélisent la paix, il devint [)lus que prophète, et le plus grand des enfants des hommes.
C'est donc ainsi , Seigneur, que des pierres mêmes, vous suscitez des enfants d'Abraham ; c'est ainsi que d'une matière vile et abjecte vous en formez un serpent d'airain élevé dans le désert pour le salut de votre peuple; c'est ainsi que d'un vase de terre cassé, d'un anachorète faible et infirme, vous en faites sortir une lumière qui met en fuite les ennemis d'Israël, et rend la paix et la tranciuillité à l'Eglise; c'est ainsi (jue la boue devient entre vos mains un remède pour guérir les aveugles; c'est ainsi, en un mot, que dans un poisson pris, ce semble, au hasard au milieu d'une mer orageuse, je veux dire dans un homme ignorant et muet , choisi parmi la foule , vous mettez un trésor capable de satisfaire les Césars , et rendre la liberté à vos disciples.
Elevons-nous après cela, faibles que nous sommes, de quehjues légères connaissances qui nous démêlent un peu de la multitude; réjouissons-nous à l'aspect de ces petites lueurs qui nous frappent pour un moment , et ne nous font , ce semble , entrevoir les secrets de la grâce et ceux de la nature, que pour nous faire voir à plein les bornes et la petitesse de l'esprit humain *; creusons avec obstination
' Voilà vraimeiil l'orateur chrétien opposant victorieusetnenl aux misères de la nature les richesses de la grâce.
SERMON POUR LE JOUR DE SAINT FRANÇOIS DE PAULE
m dans ces profondeurs sacrées , et cherchons-y des vérités qui, semblables à ce feu sacré que les Juifs avaient enseveli dans les entrailles de la terre , ne peuvent être retrouvées qu'au sortir de la cajdivité. Affliction d'esprit et aveu de notre ignorance! un seul moment de grâce développe souvent plus de vérités que de longues années de travail; quelquefois une âme sainte qui ignore jusqu'aux noms des doctrines et des opinions, voit plus clair dans les voies de Dieu que les docteurs les plus consommés; et dans tous les siècles il se trouve des disciples grossiers qui comprennent la parole de la croix et la naissance éternelle du Verbe, tandis que des maîtres en Israël ignorent les mystères familiers de la renaissance de l'homme*.
Mais que prétends-je ici, mes Frères? briser l'orgueil de l'esprit, et non pas autoriser une coupable ignorance. Je sais que les lèvres du prêtre sont les dépositaires de la science; que nous avons l'honneur d'être des nuées saintes placées sur la tête des fidèles, pour faire passer jusqu'à eux les influences du ciel; que l'Ecriture nous compare à des aigles qui devons aller envisager fixement le soleil de justice, et de là nous rabattre sur la terre ; je sais que ces deux grandes lumières que Dieu place d'abord dans le firmament sont le symbole des pasteurs de l'Eglise, et que l'esprit de notre ministère ne saurait descendre sur nous qu'en forme de langue mystérieuse. Mais je voudrais que la prière et l'innocence fussent les sources sacrées de nos lumières ; que le cœur d'un prêtre fût le dépositaire de la piété; que ces nuées ne fussent jamais des nuées sans eau; que ces aigles sussent s'assembler quelquefois autour du corps pour y prendre de nouvelles forces; que ces grandes lumières ne présidassent jamais à la nuit, et que ces langues célestes fussent toujours des langues de feu.
L'ancienne solitude du Mont-Gassin , si fameuse par les saints qui l'avaient habitée; ce Carmel de l'Occident, cette demeure de prophètes consacrée par les austérités et les cantiques de tant d'illustres pénitents , fut le premier théâtre des macérations et des rigueurs de François de Paule. Ecoutez-le, mes Frères: et dans un siècle où la charité est refroidie, l'esprit de pénitence éteint, et oii un long usage de
*■ Et quid curœ nobis de generibus et speciebus ? Cui aeternum verbum loquitur a mullis opinionibus expeditur. Imit. Christi, lib. II, c. 3.
relâchement vous fait regarder les austérités de la loi comme des devoirs surannés, apprenez que l'Evangile est de tous les siècles ; et que si , comme vous le dites si souvent, la nature baisse et devient toujours plus infirme, la grâce ne baisse point, et fait même paraître plus glorieusement sa force dans nos infirmités.
Tant de saintes victimes qui avaient autrefois consommé leur sacrifice sur la montagne où François se retire, y avaient, ce semble, laissé des esprits de soufi'rance et de rigueur, qui dans un moment passent tous dans le cœur de notre Saint, et l'arment d'une innocente indignation contre soi-même. Des sauterelles et du miel sauvage , du pain et de l'eau , ce fut toujours là son mets le plus délicieux. Persuadé que l'usage des créatures est le prix du sang de Jésus-Christ , il ne s'accorda qu'avec mesure les plus insipides ; et semblable à David, même dans des besoins extrêmes, il n'osa jamais se rassasier d'une eau qui avait été le prix du sang et le péril des âmes. Marchant toujours pieds nuds, couchant sur la dure , mêlant sans cesse son pain avec ses larmes, passant comme son divin Maître les nuits en prières, ranimant dans ces heures destinées au repos, comme les Antoine et les Hilarion \ l'assoupissement et la pesanteur de ce corps terrestre par des cantiques sacrés , déchirant sa chair et se châtiant le matin comme le Prophète, chargé de cette armure de Dieu dont parle saint Paul , portant sur toutes les parties de son corps les instruments de justice, et dans un âge aussi tendre que celui de David , ayant déjà l'usage de ces armes pesantes destinées à combattre Goliath et à repousser les traits de l'ennemi.
H n'en fut pas de sa pénitence comme de celle de tant de chrétiens, qui dans un commencement de conversion se prêtent avec plaisir au joug de Jésus-Christ, ne sentent pas presque le poids de la croix, n'ont jamais assez à leur gré châtié leur corps, embrassent avec ardeur tout ce qui s'offre à eux de pénible , et ont besoin d'un frein pour retenir l'impétuosité de Fesprit qui les pousse; mais qui peu à peu sentent mollir leur zèle , ralentir leur vitesse ; reviennent de temps en temps à eux-mêmes ; se |)ermettent aujourd'hui un plaisir et demain une faute; et ne retenant de leurs anciennes pratiques que cer-
1 Les Antoine, les Uilarion, Reaouard.
tain régime de pénitence, ne donnent plus, pour ainsi dire, à l'amour de la croix que des empressements de bienséance.
L'amour que notre saint eut pour la croix fut violent, mais il fut durable. Les fatigues des voyages , les soins et les embarras de sa charge, les faiblesses même et la défaillance de l'âge , rien ne put jamais le faire relâcher de sa première ferveur. Oui, mes Frères, arrivé à une extrême vieilles-se , et dans un âge où la nature défaillante n'a presque besoin que de son propre poids pour succomber, chargé de mille fruits de pénitence, loin de recueillir les restes précieux de sa vie pour la consolation de ses chers enfants, il redouble ses austérités; et comme un autre Samson , c'est après mille souiîrances et dans une caducité où il ne paraît avoir plus rien de redoutable à l'ennemi , qu'il sent plus de force que jamais pour la destruction de cette maison terrestre qui tient son âme captive, et l'entière défaite des ennemis domestiques qu'il avait si souvent vaincus.
Mais oserai-je vous le demander ici, grand saint ? Ce corps que vous châtiez avec tant de rigueur a-t-il été autrefois un cor[is de péché? Faites-vous servir à la justice des membres qui ont servi à l'iniquité? Armez-vous votre bras contre une chair qui se soit révoltée contre l'esprit; et, comme un autre David , en immortalisant votre pénitence, immortaliserez-vous aussi vos faiblesses ?
Hélas I Messieurs, le Seigneur le prévint de ses bénédictions dès le sein de sa mère. Ce temple de l'Esprit-Saint ne fut jamais profané ; et il conserva jusqu'à la fm ce vêtement de justice et de sainteté qu'il avait reçu du ciel dans le sacrement qui nous régénère.
Et de quel œil , ô mon Dieu , voyez-vous donc tant de pécheurs se présenter aux mystères saints sans aucun sacrifice d'expiation, et sans pouvoir vous offrir que des abominations que le lendemain doit peut-être voir recommencer? De quel œil nous voyez-vous ménager à nos sens mille nouvelles félicités; forcer la nature pour l'obliger de fournir à notre volupté ; sup|)léer par la variété des plaisirs ce qui manque à leur solidité ; assaisonner le dégoût qui les suit, de mille caprices sensuels ; et nous rassurer après cela au lit de la mort sur le secours des sacrements, sur les trésors de votre miséricorde , et sur quelques sentiments de douleurs que le péril présent
excite plutôt que les désordres passés? Illusion, mes Frères! Mais il est écrit (|ue le monde sera dans l'erreur jusqu'à la tin , et il faut que les Ecritures s'accomplissent.
La pénitence de notre saint fut toujours suivie de cette humilité |)rofonde, qui donùne si fort dans son caractère , et qui toute seule vaut mieux que le sacrifice. Qu'il en est en effet de ces âmes pénitentes qui, en affaiblissant leur chair, fortifient leur orgueil ; qui font de cet appareil de pénitence qui les environne, une espèce de trophée secret à leur vanité; qui dans les traces sacrées que les rigueurs de la croix laissent empreintes sur leur corps, lisent tous les jours leur propre mérite ; et qui, après avoir essuyé comme Jonas tout le poids du jour et de la chaleur, s'endorment peu à peu sur mille criminelles complaisances, et laissent enfin piquer par un ver invisible la racine de cet arbre chargé de tant de fruits de pénitence, qui i-eche en un instant, et les laisse exposées à toute l'ardeur des passions !
Ici ne craignez rien de semblable. Le même que vous venez de voir monter jusqu'aux cieux, vous l'allez voir descendre jusqu'aux entrailles de la terre. Devenu un spectacle digne des anges et des hommes, il se regarde comme le rebut de tous et l'auathème du monde ; il n'est point d'office si vil où il ne s'abaisse; point d'action si humiliante qui lui échappe; point de nom si méprisable qu'il ne se donne. Les pontifes du Seigneur et les rois de la terre s'empressent à lui offrir des établissements dignes de lui ; les honneurs de la pourpre et de l'épiscopat lui sont présentés ; mais, comme le Prophète, il craint la hauteur du jour, et sa chère vertu ne lui paraît être en sûreté que sous les dehors obscurs d'une vie privée. Ordre pieux et austère dont il enrichit l'Eglise, nouveau bouclier dont il orna la tour de David, asile illustre qu'il ajouta aux villes de refuge déjà établies dans Israël , le nom seul que vous portez annonce d'abord l'humilité de votre saint patriarche. Il n'en trouvait pas à son gré , mes Frères , d'assez rampant à se donner ; et nous nous donnons si souvent de plein droit des titres que le public nous refuse et que nos ancêtres n'ont jamais eus ; et l'on voit parmi nous tant de gens parer une roture encore toute fraîche d'un nom illustre, et recueillir avec aiVeclation les débris de ces familles antiques et éteintes pour les enter sur un nom obscur, et à peine échappé de parmi
SERMON POUR LE JOUR DE SAINT FRANÇOIS DE PAULE
It; peuple! Quel siècle fut plus gâté là-dessns que le nôtre? Hélas ! nos pères ne voulaient être que ce qu'ils avaient été en naissant. Contents chacun de ce que la nature les avait faits, ils ne rougissaient pas de leurs ancêtres ; et en héritant de leurs biens, ils n'avaient garde de désavouer leur nom. On n'y voyait pas ceux qui naissent avec un rang, se parer éternellement de leur naissance; être sur les formalités d'une délicatesse de mauvais goût et selon l'Evangile et selon le siècle ; étudier '^avec soin ce qui leur est dû; faire des parallèles éternels; mesurer avec scrupule le plus ouïe moins qui se trouA'e dans les personnes qu'on aborde, pour concerter là dessus son maintien et ses pas ; et ne paraître nulle part sans se faire précéder de son nom et de sa qualité.
Ajouterai-je ici que notre saint s'éloigna toujours du ministère des autels et du sacerdoce chrétien? Renouvelant dans ces derniers siècles ces grands exemples que les premiers âges de la foi ont laissés à la religion, il n'osa jamais entrer dans le sanctuaire ; et se contentant d'en être la victime, il se crut toujours indigne d'en être le prêtre. Quoil mes Frères, un cœur disposé par une longue pénitence, consacré partons les dons de l'Esprit-Saint, ne se crut pas assez pur pour être marqué du sceau du Seigneur ; une bouche si souvent purifiée par le feu du ciel, toujours occupée à publier les louanges du Père céleste, l'instrument sacré de la conversion de tant de pécheurs, et qui tant de fois avait fait descendre Jésus-Christ dans les âmes, craignit de proférer les paroles redoutables qui changent les offrandes saintes et le font descendre sur les autels; des mains pures, qui, levées vers le ciel, avaient pu arracher les morts de l'empire du tombeau, ne bénirent jamais le pain de vie; et des cœurs, mille fois profanés et encore flétris par les traces toutes vives du crime, osent se faire marquer du caractère saint; et des bouches , semblables à des sépulcres ouverts , s'offrent tous les jours pour être employées au ministère de vie ; et des mains criminelles, mille fois souillées par les abominations de Babylone, forcent tous les obstacles qui leur ferment l'entrée du sanctuaire, et ne frémissent pas de se voir consacrées par l'onction sainte, trempées dans lQ.sang de l'Agneau, et occupées à offrir des dons purs et des sacrifices sans tâche ? Sainte discipline des
premiers temps, pieux excès de nos pères sur le choix des ministres de l'autel , ancienne beauté du temple, que peut-on accorder que des larmes à vos tristes ruines* ?
Il est vrai , mes Frères , que depuis longtemps des Zorobabels ont travaillé à réparer les maux de la captivité ; il est vrai que le nouvel Esdras% que le ciel nous a suscité depuis peu, va rendre la gloire de cette dernière maison semblable à la première. Nous Talions voir lui-même, le livre de la loi à la main , rétablir les mœurs d'Israël , et exposer ses préceptes et ses ordonnances aux prêtres et aux peuples. Nous l'allons voir parcourir les cités de Juda , répandre sur les contrées de sa dépendance des esprits de foi et de religion , et comme l'arche d'Israël, remplir de mille bénédictions tous les lieux qui se trouveront sur sa course. Nous l'allons voir enfin comme un pontife innocent, séparé des pécheurs, appliqué à offrir des dons et des sacrifices, répandant son âme devant le Très-Haut , devenant la réconciliation des hommes dans les temps de colère, prenant sur lui les péchés de sen peuple et les expiant par ses austérités , descendant jusqu'aux fonctions les plus communes du ministère; et en un mot, tel qu'un pontife qui ne s'est pas clarifié lui-même % mais qui a su attendre que celui qui avait appelé Aaron , le fît asseoir dans le lieu d'honneur, et l'établît pontife des biens véritables et du tabernacle éternel. Que vous rendronsnous , Seigneur, pour ce don que vous nous avez fait; et que nousreste-t-il à vous demander pour votre Eglise , que des pontifes qui lui ressemblent ? Passons à notre dernière partie ; et après avoir montré qu'il ne fut jamais de saint plus faible selon la chair, montrons qu'il n'en fut jamais de plus puissant selon l'esprit.