QUATRE-VINGT-UNIÈME SERMON
SERMON POUR LE JOUR DE SAINT LOUIS. ROI DE FRANCE
NOTICE
Cet éloge fal prononcé à la chapelle du Louvre, dans les quatre ou cinq premières années du xviii* siècle, à TofOce que faisait célébrer l'Académie française pour la fête de saint Louis. Sous la Restauration, on a réuni en deux volumes un grand nombre de ces panégyriques annuels.
ANALYSE
Division. — On se figure presque la piété comme une faiblesse ou qui déshonore les grands, ou qui rend incapable des grandes places : première erreur. On croit que Vélévation permet un genre de vertu plus commode : seconde erreur. 1» Saint Louis, au contraire, trouva dans la piété In source de toutes ces qualités héroïques qui le rendirent le plus grand roi de son siècle; 2° Il trouva dans la qualité de roi de nouveaux engagements pour s'animer aux devoirs les plus austères de la piété.
Première partie. — La piété de Lmis, source de toutes ses grandes qualités. Le monde, toujours injuste, regarde la piété comme le partage des âmes faibles et bornées; cependaDt, la piété est l'eiïort le plus liéroïiiic du cœur, et l'usage le plus noble et le plus ^ensé de la raison. Une âme, exercée à la vie de la foi, ne counait plus d'entreprise au-desnis d'elb; ; et le juste a la réalité de toutes les grandes verlus dont le héros mondain n'a souvent que la répulalioii et l'image, t'est pour convaincre le monde d'une vérité si honorable à la foi que Louis fut autrefois donné à la Fiance. Un roi n'est établi de Dieu sur les peuples, que pour les défendre et les protéger dans la guerre, ou pour les rendie heureux durant la paix. Or, jamais Pamour de la gloire ne poussa si loin dans les autres priuces les verlus pacillques et miliiaiies, que la foi dans notre saint roi.
jo Les vertus pacifiques. Il se rendit cher à son peuple par sa bonlé, redoutable au vice par son équité, précieux à l'Eglise par sa religion. Premièrement, cher à son peuple par sa bonté. La bonté est la pre nière vertu des rois; elle est la force et le soutien du trône : les rois ne sont puissants que pour èire bienf-iisants ; ils ne régnent proprement qu'autant qu'ils sont aimés. Louis élevé dans ces maximes en lit sa principale occupation. Sous les règnes précédenis, et durant les Irouhles inséparables d'une longue minorité, la France presque épuisée avait é[irouvé ces temps difficiles où le salut des peuples rend la dureté des charges publiques nécessaire. Le saint roi leur rendit avec la tianc|uillité la joie et l'abondance ; les Français vivaient heureux ; et sous un si bon roi, tout ce qu'ils pouvaient souhaiter à leurs enfants, c'était un successeur qui lui fût semblable. Mais peu content d'être attentif aux besoins des particuliers, Louis redoubla son attention pour remédier aux misères publiques, et même pour les prévenir. Que de maisons saintes dotées! que de lieux de miséricorde élevés par ses libéralités! que d'établissements utiles entrepris pas ses soins! tn valu lui remontrait-on que ces dons excessifs épuisaient l'épargne, et pouvaient nuire à des besoins plus pressants. Il vaut mieux l'épuiser, répondait-il, pour soulager les pauvres dont je suis le père, que pour fournir à des profusions et à de vaii.es maguilicences. Il prenait même sur ses propres besoins les fonds destinés aux malheureux. Quel ex-mple p >ur confondre un jour les excuses barbares que le rang et la naissance opposent aux devoirs de la miséricorde! C'est lainsi que la piété et l'Iiuiuinité du saint roi faisait la félicité de son pt uple. Accessible à tous, il ne disputait pas même au dernier de ses sujets le paisir de voir son souverain ; bien ditférent de (eux qui laissent à l'autorité an front si sévère et un abord si diflicile que les aflligés comptent pour le plus grand malheur la nécessité d'aborder celui duquel ils en attendent la délivrance. Mais la bonté tout» seule serait dangereuse dans les soins publics, si elle n'était tempérée par une juste sévérité : c'est ce que le saint roi n'ignora pas. Les dissensions civiles, la faitilesse des régnes piecédents, ri;:norance même et la corrupiion de ces temps malheureux avaient confondu dans le royaume la majesté des lois avec la hcence des usages. L'autorité publique était entre les mams d'hommes corrompus qui abusaient des lois. Toutes nos villes étaient pleines d'une foule d'lli^lrions qui, mêlant même les mystères saiuts de la religion dans leurs fades et indécents sieclacles, débitaient avec impudence des obscénités que ce mélange impie et ridicule rendait encore plus sacrilèges, et corrompaient ainsi les peuples. De là naissait un débordement de vices effroyables. A de si grands maux le saint roi crut qu'il fallait appliquer de grands remèdes. Les spec-
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tacles furent interdits comme des crimes par les lois mêmes de l'Etat, et les comédiens déclarés infâmes et bannis du royaume, comme des corrupteurs publics des mœurs et de la piété. Après avoir établi ces règlements utiles qui font tant d'honneur encore aujourd'hui à la jurisprudence du royaume , il s'associa à des personnages intègres et éclairés , pour présider à ses côlésà la justice et aux jugements; et rétablit par ce moyen la majesté des lois et la bienséance des mœurs publiques.
Mais si le saint roi purgea l'État par la sévérité de ses lois , quels furent ses soins pour rétablir la majesté du culte et la sainteté des autels? Les Français, en conquérant les Gaules, y avaient apporté avec eux une espèce de barbarie et de férocité, inséparables d'une nation guerrière ; et si la religion qui monta sur le trône avec le grand Clovis, y fit monter avec elle plus de clémence et d'humanité, elle n'adoucit pourl^int pas entièrement l'esprit bouillaut et sanguinaire de la nation. Aussi, quoique l'Eglise de Fiance ail toujours été célèbre par ses lumières et par sa piété, cependant on voyait souvent les pasteurs plus occupés à faire la guerre à leurs voisins qu'à instruire et édifier leurs peuples. De là l'ignorance, le relâi bernent, l'oubli des règles, le mépris de la discipline ; et malgré les remèdes qu'on avait tâché d'y apporter sous les règnes précéderfts , la plaie n'était pas encore tout à fait fermée, quand le saint roi monta sur le trône. Mais, persuadé que les rois n'étaient établis de Dieu que pour protéger et agrandir le royaume de Jésus-Christ sur la terre, les intéiêls de la rehgiou devinrent un de ses soins les plus chers et les plus pressants. Il comprit d'abord que la première source des maux de l'Eglise est toujours dans l'incapacité et le dérèglement de ceux qui en remplissent les premières places : il commença donc à rétablir la sainteté et la majesté du sanctuaire, en élevant aux premières dignités des ministies fidèles sans avoir égard à la naissance, à la brigue et à la faveur ; il les honorait de sa familiarité, et ce que son siècle avait alors de plus illustre en doctrine ou en sainteté, venait presque tous les jours ou le délasser des soins de la royauté par des discours de salut, ou les partager avec lui par des conseils utiles.
2° Les vertus mililaires. On soutient d'ordinaire que les maximes de l'Evangile ne s'accordent pas avec celles du gouvernement. La source de cette illusion, c'est qu'on regarde la piété comme le pLirtage d'une âme faible et timide, et qu'on ne croit pas que les vertus militaires qui supposent du courage, de l'ardeur, de l'élévation , puissent s'allier dans un cœur avec la tendresse de la charité, la paix et la douceur de l'innocence, comme s'il f.dlail être vicieux pour être vaillant ; au lieu que la valeur la plus sûre est celle qui prend sa source dans la vertu. Aussi le héros, dans noire pieux monarque, ne fut pas moindre que le saint. A la tête des armées, ce n'était plus ce roi pacifique et clément, c'était un héros toujours plus intrépide à mesure que le péril augmentait; plus magnanime dans la défaite que dans la victoire; terrible à ses ennemis lors même qu'il était leur captif. Elevé sur un trône que les troubles de la minorité avaient affaibli, avec quelle valeur en rétablit-il la gloire et ta majesté! Et qui jionrrail redire ici tout ce que son courage lui fit entreprendre d'iiéro'ique dans cette guerre si fameuse par ses malheurs et par sa foi ? C'est donc la piété qui est la source du vrai mérite, et qui forme seule les grandes qualités, parce qu'elle seule nous fait agir par de grands principes. DtUXitiiE PARTIE. — Louis trouva dans la qualité de roi de nouveaux engagements pour s'animer aux devoirs les plus austères de la piété. On croit communément dans le monde, que l'extrême disproportion qui se trouve entre les devoirs d'une vie chrétienne et les usages inséparables de la grandeur, doit modérer eu notre faveur l'austérité des règles saintes. A une illusion si commune, saint Louis opposa les vues de la foi, et comprit, avec saint Ambroise, que plus il avait reçu, plus on exigeryit de lui ; et que les périls du trône étant infinis, les fautes presque irréparables, les exemples du souverain essentiels, il avait besoin de plus de vigilance pour y conserver son âme pure, de plus de mortification pour y expier, outre ses propres faiblesses, tant de fautes étrangères, et enfin de plus de tidélité dans le détail de ses devoirs domestiques pour y être le modèle de son peuple.
l» 11 crut avoir besoin de plus de vigilance pour y conserver son âme pure. Il régla sa vigilance sur la multitude de ses périls. Les grands, d'ordinaire, dès qu'ils oubhent Dieu, ne mettent plus de bornes à la hcence. Notre saint roi se fit des monstres des fautes les plus légères ; et, comme il le disait souvent, la perte de son royaume lui eût paru un gain, s'il avait fallu s'en dépouiller pour éviter un seul de ces péchés qui tuent l'âme. A celle horreur pour le crime il ajoutait les précautions et les remèdes. L'adulation est l'écueil des meilleurs princes; les langues mercenaires qui les environnent, leur présentent toujours leurs vices sous les couleurs flatteuses de la vertu. Le saint roi n'eut point de Halieurs, parce qu'il n'aima point ses fautes • environné d'un nombre d'amis saints et fidèles, il les établissait les censeurs de sa conduite, et les plus sincères lui étaient toujours les plus chers.
2" Il crut avoir besoin de plus de mortification pour expier sans cesse les fautes ou inévitables ou inconnues. Une grande place qui nous établit sur les peuples, nous rend responsables devant Dieu de la destinée des villes et des provinces, de tout le mal qui s'y fait, et de tout le bien qui ne s'y fait pas. Plein de ces vues de la foi, le saint roi, loin d'être ébloui de l'éclat qui environne le trône, était effrayé des sollicitudes et des obligations immenses cachées sous cet éclat trompeur. Il punissait sur sa propre chair les désordres publics, regardant les péchés de son peuple comme ses péchés propres, et se croyant oblité d'ex- • pier tous ceux qu'il ne pouvait empêcher ; et des membres qui n'avaient jamais servi à la volupté, servaient à la justice et à la pénitence, tandis qu'après les plus grands crimes on n'oserait l'exiger des grands. Combien de fois, dans les calamités publiques, cette ville régnante vit-elle notie saint roi traverser les rues couvert de cendres et de cilice, aller implorer publiquement dans nos temples le secours du ciel, et se reconnaître seul coupable des malheurs publics? ï^entimenls bien humbles dans la bouche de saint Louis, mais qui devraient être les dispositions ordinaires des personnes élevées, puisque les malheurs des peuples sont presque toujours une suite des crimes des grands. Mais combien en sont-ils éloignés ? 3» Il crut avoir besoin de plus de fidélité pour être le modèle de son peuple. Les exemples des grands décident presque toujours des mœurs publiques. Premièrement, par vanité: on croit, eu copiant leurs mœurs, entrer en part de leur grandeur et de leur naissance. Secondement, on cherche à imiter les grands, par complaisance, par crainte, par intérêt. P. us donc on est exposé aux rej.'ards publics, plus on doit à son rang le spectacle d'une vie pure et irrépréhensible. Aussi on admire encore aujourd'hui dans saint Louis toutes les qualités d'un trand roi jointes à toutes les vertus d'un simple fidèle. Excepté dans certaines occasions d'éclat, il surpassait même ses sujets, dit l'historien de sa vie, dans la simpliciié de ses habits, et dans la frugalité de sa table, et nous apprenait que ce sont les passions des hommes et non leur rang et leur dignité qui out rendu le luxe et les profusions nécessaires. De plus, plein d'une noble fierté, quand il s'agis-ait de soutenir les droits de l'empire et la majesté de son rang, on le voyait au sortir de là, tantôt porter aux pieds des autels la componction et l'humilité d'un pénitent tantôt s'abaisser aux pieds des pauvres et les servir de ses mains, tantôt ensevelir lui-même au milieu de la contagiiiu les soldais morts pour la gloire de Jesus-Clirist. Mais non-seulement il était l'exemple de ses peuples, il était aussi le modèle des pères de famille, quoiqu'il n'y ait rien de plus rare, dans la piété des grands surtout, que de soutenir avec dignité cette paitie obscure de leur. vie, qui, cachée aux yeux du public, est toute renfermée dans le devoir domestique; et les soins d'un vaste royaume n'empêchèrent pas le saint roi de faire de son palais comme une Eglise domestique , où le Seigneur était invoqué, et
PANEGYRIQUES.
d'où coulaient sur tout le royaume des sources de vie et de vertu. C'est ainsi que ses exemples, autant que ses instructions inspiraient de bonne heure la crainte de Dieu à Philippe sou fils aîné et aux autres princes ses enfants. Tel fut le saint roi dont nous n'avons fait qu'abréger l'histoire pour faire son éloge. Une terre étrangère reçut les derniers soupirs de ce prince, moins cassé par les infirmités d'un âge avancé et par les fatigues de la guerre et de ses voyages, que par les austérités d'une vie dure et pénitente.
An nescitis quoniam Bancti de hoc mundo judicabunt ?
Ne savex-voxa pas que les saints doivent un jour juger le monde ? I Cor., VI, 2.
Si la loi de Dieu toute seule devait un jour juger le monde , mes Frères , le monde pourrait opposer à sa condamnation les obstacles presque insurmontables que chacun de nous trouve dans son état, à la pratique des devoirs qui nous sont prescrits ; il pourrait accuser la loi d'injustice , sur ce qu'elle exige de nous mille choses qu'il n'est pas possible d'allier avec les situations diverses où la naissance, la fortune, et les grandes places nous engagent; et la loi de Dieu , si juste dans ses jugements et dans ses préceptes, ne serait plus justifiée devant la fausse sagesse des hommes. Aussi l'Apôtre nous avertit que les justes de tous les états paraîtront alors à côté de Jésus-Christ; qu'ils seront les défenseurs de sa loi contre toutes les vaines excuses des pécheurs ; et que leur exemple jugera le monde, qui n'a pas voulu les imiter.
Mais ce droit de juger le monde ne leur conviendra pas à tous également. Ce n'est pas assez , ce semble , de l'avoir méprisé et foulé aux pieds, pour être en droit de condamner ceux qui l'aiment; il faut l'avoir vaincu avec tout ce qu'il a d'éclat , de pompe, de magnificence, de plaisirs, et résisté à tous ses périls, pour pouvoir confondre toutes ses excuses.
Ainsi juge par avance le monde le saint roi que la France aima autrefois comme son père, et qu'elle honore aujourd'hui comme son protecteur. Le monde ne saurait opposer d'illusion aux devoirs de la loi , que ce grand exemple ne confonde. Tout prétexte contre la vertu trouve ici sa condamnation; les vaines raisons du rang, de la naissance, des places disparaissent, et n'oseraient plus être alléguées; et le monde, forcé de respecter la sainteté, n'a plus rien à nous dire pour colorer ses dérèglements ou pour justifier ses usages.
En effet, mes Frères, deux erreurs régnent dans le monde contre la véritable piété. Premièrement, on la regarde comme incompatible avec CCS qualités biillanteset héroïques, qui donnent de la réputation parmi les hommes , et nous rendent dignes de remplir avec éclat les plus grandes places. Secondement, on regarde un grand rang et une place éminente comme un privilège qui adoucit à notre égard toutes les pratiques pénibles de la piété. C'està-dire, on se ligure presque la pieté comme une faiblesse, ou qui déshonore les grands , ou qui rend incapable des grandes places : première erreur. On croit que l'élévation permet un genre de vertu plus commode et plus autorisée à jouir de tous les plaisirs , et à suivre tous les usages que le monde approuve, et que la loi de Dieu condamne : seconde erreur.
Si le Fils de l'homme tout seul devait un jour juger le monde, mes Frères, les mondains pourraient opposer à leur condamnation les obstacles pre^que insurmontables coulinuelleii.ent attachés à leur état et à leur condition ; ils pourraient apporter, pour dispense de la pratique de la vertu, la dislinilion de leur rang et la grandeur de leur emploi. Aussi l'Apùlre nous iivertit qu'au jour du jugement les justes paralironl à la uroile de Jésus-thrist, assis piè» de lui, pour ju^cr le monde avec lui; qu'ils seront les avocats et les défenseurs de la cause de Dieu, contre tuules les vaines excuses des pét heurs, et qu'alors leur exemple condaiiinera le monde qui i/aura pas voulu ks imiter.
Mais ce droit de juger et de condamiici le monde avec Jésus- Chr:sl n'appartient pas égnlemenl à tous les justes. Il ne suffit pas d'avoir bal te monde tourélie endroit de condamner ceux qui l'aiment ; il faut l'avoir vaincu avec ce qu'il a ue grandeur, de puissance, de richesses, de plaisirs, de vanités, et deciiarmes séduisants, pour pouvoir confondre toutes les erreurs dont les
mondains s'aveuglent, et qui les retiennent dans le malheureux esclavage des choses de la terre.
Ainsi condamne le monde ce saint roi que la France autrefois honora comme son père, et qu'elle invoque aujourd'hui dans le ciel comme sou prott cleur ; et l'exemple o'un prince illustre et puissant, à qui la fui a tout fait mépriser et quitter pour son Dieu, force les hommes de reconnaître qu'ils n'ont plus rien à nous alléguer, p.ir où ils puissent justifier ou leurs préju.és ou leurs usages louchani la licence de leur condition.
tu ellet, mes Frères, on foi me d'ordinaire deui grands préjugés contre lu verin. Premièreiiienl ou la uécne, on la méprise coiiiine étant incompatible avec toutes es grandes qualités que donne la réputation ou la naissance, et qui rendent dignes des po>tes les plus éclatants et des plu^ hautes fortunes du monue. Secondeniint, on regarde ces postes éclatdnls et ces plus hautes fortunes comme un privilège pour ceux qui les possèdent, qui leur adoucit beaucoup la pratique des vertus, s'il ne les en
SERMON POUR LE JOUR DE SAINT LOUIS, ROI DE FRANCE
Or, le saint roi , dont nous allons aujourd'hui proposer plutôt les exemples que louer les vertus , condamne le monde sur ces deux erreurs. Premièrement^ il trouva dans la piété la source de toutes ces qualités héroïques, qui le rendirent le plus grand roi de son siècle ; secondement , il trouva dans sa qualité de roi de nouveaux engagements pour s'animer aux devoirs les plus austères de la piété. C'est-àdire il fut un grand roi devant les hommes, parce qu'il fut un roi saint aux yeux de Dieu ; il crut qu'il devait être d'autant plus saint aux yeux de Dieu qu'il était plus grand devant les hommes. La sainteté en fit un grand roi ; la royauté le rendit un grand saint. C'est ainsi , ô mon Dieu, que ce prince selon votre cœur, devient un accusateur qui nous confond ; faites-en un modèle qui nous console et qui nous anime ; et ne permettez pas qu'un si grand exemple domestique que la religion nous propose avec tant de solennité pour nous instruire, n'ait presque plus d'autre utilité pour nous que de nous rendre plus inexcusables.