‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de Clermont (volume 2)Chapitre 128 sur 141 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Il n'est que trop vrai , mes Frères , que le monde, toujours injuste estimateur de la piété, la regarde comme le partage des âmes

faibles et bornées. On attache aux sentiments tendres de la foi je ne sais quoi qui annonce ou de la pusillanimité dans le cœur, ou de la médiocrité dans la raison. L'innocence des mœurs ne devient un mérite que pour ceux qu'un caractère borné rend incapables des plus grandes choses ; le héros et le saint paraissent des personnages incompatibles ; et il semble que les hommes ne peuvent être grands que par les passions mêmes qui les avilissent. Cependant , mes Frères , rien n'est plus grand pour l'homme que de vivre selon Dieu ; la piété est l'effort le plus héroïque du cœur et l'usage le plus noble et le plus sensé de la raison. Une âme, exercée à la vie de la foi, ne connaît plus d'entreprise au-dessus d'elle ; et le juste a la réalité de toutes les grandes vertus, dont le héros mondain n'a souvent que la réputation et l'image.

C'est pour convaincre le monde d'une vérité si honorable à la foi que le Seigneur donna autrefois à la France le saint roi , dont la mémoire, si précieuse à tous les Français , nous assemble tous les ans en ce lieu de religion. Les instructions et les exemples d'une mère sainte tournèrent ses premiers penchants à la vertu. Au milieu des soins d'une régence difficile, la reine Blanche n'en connut pas de plus important que l'éducation du jeune roi. Per-

(lispense pas tout à fait. C'est-à-dire qu'on se figure la vertu comme une faiblesse dans l'élévation du rang, des emplois et de la fortune : première erreur. On croit que l'élévation et la grandeur permet aux grands et aux riches une piété plus molle, et qu'ils doivent sans scrupule passer leur vie dans les plaisirs, dans la bonne chère, dans la mollesse qui les suivent, et que les autres ne peuvent suivre sans péché : seconde erreur.

Or, le saint roi que l'Eglise honore en ce jour condamne le monde sur ces deux erreurs. Premièrement, cefuldans la vertu qu'il trouva la source de toutes les qualités liéroïques qui le rendent aujourd'hui le plus grand et le plus saint oe tous les rois. Secondement, il trouva dans la qualité de roi le plus excellent de tous les motifs, pour s'animer et se porter à la pratique de toutes les vertus les plus austères et les plus héroïques. C'est-à-dire que Louis fut un grand roi devant les hommes, parce qu'il fut un gsaud saint devant Dieu : vous le verrez dans mon premier point. Louis crut qu'il devait être plus saint que tous les autres devant Dieu, parce qu'il était plus grand que tous les autres devant les hommes : ce sera mon second point. La sainteté de Louis en lit un grand roi; sa royauté bien considérée en lit un grand saint : voilà tout mon dessein. Et c'est ainsi que saint Louis juge et condamne le monde. Si vous voulez n'être pas de ce nonibie malheureux qu'il doit condamner, imitez ses exemples chacun dans votre état ; faites-en un modèle qui vous conduise et vous anime à la sainteté ; et ne permettez pas que ces grands exemples que la religion vous propose pour vous instruire et vous loucher, ne servent que pour vous rendre plus inexcusables au jugement dernier. Demandons au Sainl-Esprii la giâce d'en bien profiter, et pour cela adressons-nous à Marie en lui disant : Ave, Maria.

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