‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de Clermont (volume 2)Chapitre 40 sur 141 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

On pourrait faire à la plupart de ceux qui nous vantent sans cesse leurs doutes sur la religion, et qui trouvent que tout est plein de contradictions dans ce que la foi nous oblige de croire ; on pourrait, dis-je, leur faire la môme réponse qneTertulIien faisait autrefois aux païens sur tous les reproches qu'ils formaient contre les mystères et la doctrine de Jésus-Christ. Ils condamnent, disait ce Père, ce qu'ils n'entendent pas ; ils blâment ce qu'ils n'ont jamais examiné, et qu'ils ne connaissent que par ouï-dire ; ils blasphèment ce qu'ils ignorent ; et ils l'ignorent, parce qu'ils le haïssent trop, pour vouloir se donner la peine de l'approfondir et de le connaître : Malunt nescire, quia jam oderunt *. Or, rien n'est plus indécent et plus insensé, continue ce Père, que de décider fièrement sur ce que l'on ignore ; et tout ce que la religion demanderait de ces hommes frivoles et dissolus, qui s'élèvont si fort contre elle, c'est qu'ils ne la condamnassent pas avant de l'avoir bien connue : Unum gestit interdum ne ignorata damnetitr.

Voilà, mes Frères, où en sont presque ' tous ceux qui se donnent dans le monde pour incrédules; ils n'ont jamais approfondi, ni les dilficullés, ni les preuves respectables de la religion ; ils n'en savent pas même assez pour en douter. Ils la haïssent; car, comment aimerce qui nous condamne? et cette haine est la seule science qui forme leurs doutes, et qui leur apprend à la combattre : Malunt nescire, quia jam oderunt.

En elTet, quand je vois d'un coup d'oeil tout ce que les siècles chrétiens ont eu de plus grands hommes, de génies plus élevés, de savants plus profonds et plus éclairés, lesquels après une vie entière d'étude, et une api)Iication infatigable, se sont soumis avec une humble docilité aux mystères de la foi ; ont trouvé

* Tertull.

* Praque. Ln Bayle, par exemple, faisait en effet exception, ou encore un Spinosa et un Hobbes.

QUATRIÈME MARDI : DES DOl TES SUR LA RELIGION.

loU

les preuves de la religion si éclatantes , qu'il leur a paru que la raison la plusfièreetla plus indocile, ne pouvait refuFcr de se rendre ; l'ont défendue contre les blasjihèmes des païens ; ont rendu muette la vaine philosophie des sages du siècle, et fait triompher la folie de la croix, de toute la sagesse et de toute l'érudition de Rome ou d'Athènes; il me semble que, pour revenir à combattre des mystères depuis si longtemps et si universellement établis, que, pour être, si j'ose m'exprimer ainsi, reçu appelant de la soumission de tant de siècles, des écrits de tant de grands hommes, de tant de victoires que la foi a remportées, du consentement de l'univers, en un mot, d'une prescrip'ion si longue et si bien affermie, il faudrait, ou de nouvelles preuves qu'on n'eût pas encore confondues, ou de nouvelles difficultés dont personne ne se fût encore avisé, ou de nouveaux moyens qui découvrissent dans la religion un faible qu'on n'avait pas encore découvert. Il me semble que, pour s'élever tout seul contre tant de témoignages, tant de prodiges, tant de siècles, tant de monuments divins, tant de personnages fameux, tant d'ouvrages que les temps ont consacrés, que toutes les attaques de l'incrédulité ont rendus d'âge en âge plus triomphants et plus immortels, en un mot, tant d'événements étonnants, et jusque-là inouïs, qui établissent la foi des chrétiens ; il faudrait des raisons bien décisives et bien évidentes, des lumières bien rares et bien nouvelles, pour entreprendre ou d'en douter, ou de la combattre. Hors de là on aura droit de nous regarder comme un insensé, qui viendrait tout seul défier de loin une armée entière, seulement pour faire ostentation de son vain défi, et se parer d'une fausse bravoure. Cependant, lorsque vous approfondissez la plupart de ces hommes qui se disent incrédules, qui se récrient sans cesse contre les préjugés populaires, qui nousvantent leurs doutes et nous défient d'y satisfaire et d'y répondre ; vous trouvez qu'ils n'ont pour toute science, que quelques doutes usés et vulgaires, qu'on a débités dans tous les temi)S, et qu'on débite encore tous les jours dans le monde; qu'ils ne savent qu'un certain jargon de libertinage qui passe de main en main, qu'on reçoit sans l'examiner et qu'on répète sans l'entendre; vous trouvez que toute leur capacité et leur étude sur la religion se réduit à certains discours de libertinage, qui courent les rues, s'il

est permis déparier ainsi ; à certaines maximes rebattues, et qui, à force d'être redites, commencent à tenir de la bassesse du proverbe. Vous n'y trouvez nul fond, nul principe, nulle suite de doctrine, nulle connaissance de la religion qu'ils attaquent; ce sont des hommes dissipés par les plaisirs, et qui seraient bien fâchés d'avoir un moment de reste, pour examiner ennuyeusement des vérités qu'ils ne se soucient pas de connaître; des hommes d'un caractère léger et superficiel, incapables d'attention et d'examen, et qui ne sauraient soutenir un seul instant de sérieux et de méditation tranquille et rassise ; disons-le encore, des hommes noyés dans la volupté, et en qui la débauche a peut-être même abruti et éteint ce que la nature pouvait leur avoir donné de pénétration et de lumières *.

Voilà les ennemis redoutables que l'impiété oppose à la science de Dieu ; voilà les hommes frivoles, dissipés, ignorants, qui osent taxer de crédulité et d'ignorance tout ce que les siècles chrétiens ont eu et ont encore de docteurs plus consommés, et de personnages plus habiles et plus célèbres. Ils ne savent que le langage des doutes; mais ce sont des doutes qu'ils ont appris ; ils ne les ont pas formés; ils répètent ce qu'ils ont ouï ; c'est une tradition d'ignorance et d'impiété qu'ils ont reçue. Aussi ils ne doutent pas ; ils ne font que conservera ceux qui les suivront, le langage de l'irréligion et des doutes; ils ne sont pas incrédules; ils ne sont que les échos de l'incrédulité; en un mot, ils savent ce qu'il faut dire pour douter, mais ils n'en savent pas assez pour douter eux-mêmes.

Et une preuve de ce que j'avance, c'est que dans tous les autres doutes, on ne doute que pour s'éclaircir ; on cherche tout ce qui peut conduire à la vérité qu'on ne voit encore qu'à demi. Mais ici on ne doute que pour douter; preuve que le doute ne nous intéresse pas plus que la vérité qu'il nous cache ; on serait bien fâché qu'il fallût se donner la peine d'éclaircir le vrai ou le faux des incertitudes qu'on prétend avoir sur nos mystères. Oui, mes Frères, si la peine de ceux qui doutent était une obligation indi pensable de chercher la vérité,

• Ce portrait d'un homme incapable d'un seul instant de mé 1tation et de sérieux, abimé dnns la volupté , et en qui la débaut! e a même éleiul ce que la ndlure lui avait donné de lumière, convient trait pour triât à La Fare ; et llassillu;) se.uble l'avoir ea en vue.

GRAND-CARÉME.

nul ne douterait ; nul ne voudrait acheter à ce prix le plaisir de se dire incrédule ; nul peutêtre même n'en serait capable : preuve décisive qu'on ne doute point; qu'on n'est pas pins attaché à ses doutes qu'à la religion ; (car on n'est guère plus instruit sur l'un que sur l'autre ;) mais seulement qu'on a perdu ses premiers sentiments de retenue et de foi, qui nous lai^saient encore un reste de respect pour la religion de nos pères. Ainsi on fait bien de l'honneur à des hommes, si dignes en môme temps et de pitié et de mépris, de croire qu'ils ont pris un parti, qu'ils ont embrassé un système ; on leur fait bien de l'honneur de les ranger parmi les impies sectateurs d'un Socin*, de les qualifier des titres affreux de déistes ou d'athées : hélas î ils ne sont rien ; ils ne tiennent à rien ; du moins ils ne savent euxmêmes ce qu'ils sont, ils ne sauraient nous le dire; et ce qu'il y a ici de déplorable, c'est qu'ils ont trouvé le secret de se former un état plus méprisable, plus bas, plus indigne de la raison, que celui de l'impiété ; et que c'est les honorer, de leur donner le titre odieux d'incrédule, qui avait été jusqu'ici la honte de l'humanité et le plus grand opprobre de l'homme.

Et pour finir cet article par une réflexion qui confirme la même vérité, et qui est bien humiliante pour nos prétendus mcrédules, c'est qu'eux qui nous traitent si fort d'esprits faibles et crédules ; eux qui vantent tant la raison, qui nous accusent sans cesse de nous faire une religion des ' préjugés populaires, et de ne croire que parce que ceux qui nous ont précédés ont cru ; eux, dis-je, ils ne sont incrédules et ne doutent que sur l'autorité déplorable d'un libertin à qui ils ont ouï dire souvent que tout ce qu'on leur prêche d'un avenir n'est qu'un épouvantait pour alarmer les enfants et le peuple : voilà toute leur science et tout l'usage qu'ils ont fait de la raison. Ils sont impies, sans examen et par crédulité, comme ils nous accusent d'être fidèles; mais par une crédulité qui ne peut trouver d'excuse que dans la fureur et dans l'extravagance, c'est l'autorité d'un seul discours impie, prononcé d'un ton ferme et décisif, qui a

subjugué leur raison , et qui les a rangés du côté de l'impiété. Ils nous trouvent trop crédules de nous rendre à l'autorité des prophètes, des apôtres, des hommes inspirés de Dieu, des |)rodigeséclatanlsopérés pour établir la vérité de nos mystères, et à celte tradition vénérable de saints pasteurs qui nous ont transmis d'âge en âge le dépôt de la doctrine et de la vérité, c'est-à-dire à la plus grande autorité qui ait jamais paru sur la terre ; et* ils se croient moins crédules, et il leur semble plus digne de raison de déférer à l'autorité d'un impie, qui, dans un moment de débauche, prononce d'un ton ferme qu'il n'y a point de Dieu, et ne le croit pas peut-être lui-même. Ah 1 mes Frères, que l'homme s'avilit et se rend méprisable, quand il se fait une fausse gloire de n'être plus soumis à Dieu I

Aussi, mes Frères, pourquoi croyez-vous que les jtrélendus incrédules, dont nous parlons, souhaitent si fort de voir des impies véritables, fermes et intrépides dans l'impiété ; qu'ils en cherchent, qu'ils en attirent même des pays étrangers, comme un Spinosa, si le fait est vrai qu'on l'appela en France pour le consulter et pour l'entendre * ? C'est que nos incrédules ne sont point fermes dans l'incrédulité, ne trouvent personne qui le soit, et voudraient, pour se rassurer, rencontrer quelqu'un qui leur parût véritablement affermi dans ce parti affreux : ils cherchent dans l'autorité des ressources et des défenses contre leur propre conscience ; et n'osant devenir tout seuls impies , ils attendent d'un exemple ce que leur rai^on et leur cœur même leur refuse ; et par-là ils retombent dans une crédulité bien plus puérile et plus insensée, que celle qu'ils reprochent aux fidèles. Un Spinosa, ce monstre, qui après avoir embrassé différentes religions , finit par n'en avoir aucune , n'était pas empressé de chercher quelque impie déclaré qui l'affermît dans le parti de l'irréligion et de l'athéisme : il s'était formé à luimême ce chaos impénétrable d'impiété, cet ouvrage de confusion et de ténèbres, où le seul désir de ne pas croire en Dieu peut soutenir l'ennui et le dégoût de ceux qui le lisent; où hors l'impiété tout est inintelligible ;

» Socin, mort en 1C04, niait la divinité de Jésus-Christ. L'incrédulité du XVI II» siècle cherchait i s'appuyer sur l'autorité de ce patriarche de l'unilarisme. L'Encyclopédie expose les idées des Unilaires avec une cooiplaisance toute particulière et comme triomphante. — ^ D« nos, Sacy seul.

* Et, omis par Sacy. — «Si Spinosa ne vint pas en France, comme lu bruit eu avait couru, on avait été, du moins, le consulter en ii<)llande ; et, comme d<t ingénieusement à ce propos même M. Saint-Beuve, il commençait à y avoir des pèlerins et des curieux d'incrédulité. — Causeriet du lundi, t. ix, p. lîK

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et qui, à la honte de l'humanité, serait tombé en naissant dans un oubli éternel, et n'aurait jamais trouvé de lecteur, s'il n'eût attaqué l'Etre suprême : cet impie, dis-je, vivait cachée retiré, tranquille ; il faisait son unique occupation de ses productions ténébreuses , et n'avait besoin pour se rassurer que de luimême ^ Mais ceux qui le cherchaient avec tant d'empressement, qui voulaient le voir, l'entendre, le consulter, ces hommes frivoles et dissolus, c'étaient des insensés, qui souhaitaient de devenir impies, et qui, ne trouvant pas dans le témoignage de tous les siècles, de toutes les nations, et de tous les grands hommes que la religion a eus, assez d'autorité pour demeurer fidèles, cherchaient dans le témoignage seul d'un homme obscur , d'un transfuge de toutes les religions, d'un monstre obligé de se cacher aux yeux de tous les hommes, une autorité déplorable et monstrueuse qui les affermît dans l'impiété, et qui les défendît contre leur propre conscience. Grand Dieu ! que les impies se cachent ici de honte et de confusion; qu'ils cessent de faire ostentation d'une incrédulité qui est le fruit de leur dérèglement et de leur ignorance, et qu'ils ne parlent plus qu'en rougissant contre la soumission du fidèle ! C'est un langage de mauvaise foi ; ils donnent à la vanité ce que nous donnons à la vérité : Erubescant impii .... quœ loquuntur adversùs jiistum miqtcitatem^ in superbiâ et in abusione ^.

Je dis la vanité ; et c'est la grande et la ' dernière raison qui fait sentir encore mieux tout le faux et tout le faible de l'incrédulité. Oui , mes Frères, tous nos prétendus incrédules sont de faux braves, qui se donnent pour ce qu'ils ne sont pas ; ils regardent l'incrédulité comme un bon air ; ils se vantent sans cesse de ne rien croire ; et à force de s'en vanter, ils se le persuadent à eux-mêmes : semblables à certains hommes nouveaux que nous voyons parmi nous , lesquels touchent presque encore à l'obscurité et à la roture de leurs ancêtres , et

1 Est-ce Malehranche qui avait ainsi dépeint Spinosa à son confrère? Malebranche api)elait Spinosa un fou, un impie et un misérable. Cependant Massillon, toiiL en le traitant de monstre, distingue de ces indolents sectateurs cet esprit qui fut profond même en ses égarements. On connaît les savants travaux qu'a publiés sur Spinosa un philosophie spiritualiste, quoique non chrétien, M. E. Saisset, qui a traduit le méditatif de la Haye, mais en montrant les paradoxes sur lesquels repose son système.

s Ps. XXX, 18, 19.

' La, omis par M. de Sacy.

Mass. — Tome II.

veulent pourtant qu'on les croie d'une naissance illustre et descendus des plus grands noms ; à force de le dire, de l'assurer, de le publier, ils parviennent presque à se le persuader à eux-mêmes. Il en est ainsi de nos prétendus incrédules ; ils touchent encore , pour ainsi dire, à la foi qu'ils ont reçue en naissant, qui coule encore avec leur sang, et qui n'est pas effacée de leur cœur ; mais c'est pour eux une manière de roture et de bassesse dont ils rougissent ; à force de dire qu'ils ne croient rien, de l'assurer, de s'en vanter, ils croient ne rien croire, et en ont bien meilleure opinion d'eux-mêmes.

Premièrement, parce que cette profession déplorable d'incrédulité suppose des lumières non communes , de la force et de la supériorité d'esprit, et une singularité qui plaît et qui flatte; au heu que les passions ne supposent que du dérèglement et de la débauche , et que tous les hommes sont capables de dérèglement, mais ne le sont pas de cette supériorité merveilleuse que la vaine impiété s'attribue.

Secondement, parce que la foi est si éteinte dans le siècle où nous vivons, qu'on ne saurait presque trouver dans le monde des hommes qui se piquent d'esprit, et d'un peu plus de lecture et de connaissances que les autres , lesquels ne se permettent sur nos mystères et sur ce que la religion a de plus auguste et de plus sacré, des objections et des doutes. On aurait donc honte de paraître religieux et fidèles avec eux ; ce sont des hommes que l'estime publique élève, et auxquels il paraît beau de ressembler*. On croit qu'en adoptant leur langage, on adopte leurs talents et leur réputation ; et il semble que ce serait faire un aveu pubhc de faiblesse et de médiocrité , de n'oser, ou les imiter, ou du moins les contrefaire : vanité misérable et puérile. D'ailleurs , parce que l'on a ouï dire que certains grands hommes , fameux et fort estimés dans leur siècle, ne croyaient pas, et que le souvenir de leurs talents et de leurs grandes actions n'est venu jusqu'à nous qu'avec celui de leur irréligion ; on se fait honneur de ces grands exemples, il paraît glorieux de ne rien croire

1 Ce passage , comme toute la fin de ce discours , convient mieux aux roués et à la société du Régent qu'à la cour de Louis XIV. Ou il faut dire que ce sermon n'appartient pas aux stations de Versailles, ou il faut croire que Massillon l'a retouché et étendu sous la Régence et même plus tard.

GRAND-CARÉME.

d'après de si illustres modèles; on a sans cesse leurs noms dans la bouche. C'est un faux relief qu'on se donne, où il entre moins d'incrédulité que de vanité risible et de petitesse d'esprit ; puisque rien n'est si petit et si misérable, que de se donner pour ce qu'on n'est pas, et se faire honneur du personnage d'un autre.

Troisièmement enfin, parce que c'est d'ordinaire une société de libertinage, qui nous fait parler le langage de l'impiété ; qu'on veut paraître tel que ceux à qui les plaisirs et la débauche nous lient, et qu'il serait honteux d'être dissolu, et de paraître croire encore, devant les témoins et les complices de nos désordres. Le parti d'un débauché qui croit encore, est un parti faible et vulgaire ; afin que la débauche soit de bon air, il faut y ajouter l'impiété et le libertinage; autrementce serait être débauché en novice , il faut l'être en imj)ie et en scélérat. On laisse à ceux qui ne sont point exercés dans le crime, à craindre encore un enfer et ses peines; ce reste de religion paraît se sentir encore un peu trop de l'enfance et du collège. Mais quand on a fait un certain chemin dans la débauche, ah ! il faut se ujellre au-dessus de ces faiblesses vulgaires ; on a bien meilleure opinion de soi, quand on a pu persuader aux autres qu'on n'en est plus là ; on se moque même de ceux qui paraissent encore craindre ; on leur dit d'un ton d'ironie et d'impiété, comme autrefois la femme de Job à cet homme juste : Adhuc tu permancs in simpUcitate tua * ? Eh quoi I vous en êtes encore là? Vous êtes assez simple pour croire tons ces contes dont on vous a fait peur quand vous étiez encore au berceau? Vous ne voyez pas que ce sont là des visions d'esprits faibles, et que les plus habiles qui nous prêchent tant pour nous le prouver, n'en croient rien eux-mêmes? Adhuc tu permanes in simpUcitate tua ?

0 mon Dieu 1 que l'impie, qui semble vous mépriser avec tant de hauteur, esti)etit et méprisable lui-même ! C'est un lâche, qui vous insulte tout haut, et qui vous craint encore en secret; c'est un glorieux, qui se vante de ne rien craindre, et qui ne nous dit pas tout ce qui be passe dans son cœur; c'est un imposteur, quivoudrait nous imposer, et qui ne peut réussir à se tromper lui-même ; c'est un in-

« Job, u, 9»

sensé qui prend sur lui toutes les horreurs de l'impiété, et qui ne peut parveniràs'en faire une triste ressource; c'est un furieux, qui, ne pouvant arriver à l'irréligion, ni éteindre les terreurs de sa conscience, éteint en lui toute pudeur et toute décence, et tâche au moins de s'en faire un honneur impie devant les hommes; que dirai-je enfin? c'est un homme ivre et emporté, et qui sacrifie sa religion qu'il conserve encore, son Dieu qu'il craint, sa conscience qu'il sent, son salut éternel qu'il espère, à la déplorable vanité de paraître incrédule. Quel abandon de Dieu; etquel abîme de fureur et d'extravagance l

Ce que je souhaiterais, mes Frères, vous qui conservez encore du respect pour la rehgion de nos pères, — et c'est ici le fruit de tout ce discours; — ce que je souhaiterais, c'est que vous sentissiez combien tous ces hommes, qui se donnent pour esprits forts, et que vous estimez tant quelquefois, sont méprisables ; c'est que vous comprissiez enfin que la profession d'incrédulité, qui est presque devenue un bon air parmi nous, est de tous les caractères le plus frivole, le plus lâche, le plus digne de risée ; c'est que vous pussiez connaître ce que celte ostentation d'impiété, que la corruption de nos mœurs a rendue si commune aujourd'hui môme aux deux sexes, cache de tout ce qu'il y a de plus bas et de plus honteux, selon le monde même.

Premièrement, de dérèglement. On n'en vient là que lorsque le cœur est profondément corrompu ; qu'on vit actuellement en secret dans la plus honteuse débauche; et que si l'on était connu pour ce qu'on est, on serait à jamais déshonoré, même devant les hommes.

Secundoîueiil, la bassesse. On fait le philosophe et l'esprit fort, et on est en secret le pécheur le plus rampant, le plus dissolu, le plus faible, le plus abandonné, le plus esclave de toutes les passions indignes de la pudeur et de la raison même.

Troisièmement, de mauvaise foi et d'imposture. On joue un personnage emprunté; on se donne pour ce qu'on n'est point ; et, tandis qu'on déclauie si fort contre les gens de bien, et qu'on les traite d'hypocrites et d'imposleurs, on est soi-même le fourbe qu'on décrie, et l'hypocrite de l'impiété et du libertinage.

Quatrièmement, d'ostentation et de mauvaise vanité. On fait le brave, et on tremble

QUATRIÈME MARDI : DES DOUTES SUR LA RELIGION

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en secret ; et au premier signal de la mort, on se trouve plus lâche et plus timide que le simple peuple; on fait semblant d'insulter tout haut un Dieu que l'on craint encore en secret, et qu'on espère de se rendre un jour favorable, caractère puéril et fanfaron, et que le monde lui-même a toujours regardé comme le dernier, le plus vil et le plus risible de tous les caractères.

Cinquièmement, de témérité. On ose sans science, sans doctrine, faire l'habile sur ce qu'on n'entend pas ; condamner tout ce qui a paru de plus grands hommes dans chaque siècle; et décider sur des points importants auxquels on n'a jamais donné, et on n'est pas même capable de donner un seul moment d'attention sérieuse : caractère indécent, et qui ne convient qu'à des hommes qui du côté de l'honneur n'ont plus rien à perdre.

Sixièmement, d'extravagance. On se fait une gloire de paraître sans religion ; c'est-à-dire, sans caractère, sans mœurs, sans probité, sans crainte de Dieu et des hommes; capable de tout, excepté de vertu et d'innocence.

Septièmement, de superstition. Nous avons vu ces prétendus esprits forts, qui refusent de consulter les oracles des saints prophètes, consulter des devins, accorder aux hommes la science de l'avenir qu'ils refusent à Dieu ; donner dans des crédulités puériles, tandis qu'ils se révoltent contre la majesté de la foi ; attendre leur élévation et leur fortune d'un oracle imposteur, et ne vouloir pas espérer leur salut des oracles de nos livres saints; et en un mot, croire ridiculement aux démons*, tandis qu'ils se font un honneur de ne pas croire en Dieu.

Enfin, ce qu'il y a ici de plus déplorable, c'est que tous ces caractères forment un état où il n'y a presque plus de ressource de salut. Car un impie de bonne foi, s'il en est quelqu'un de ce caractère, peut être tout d'un coup frappé de Dieu, et être comme accablé sous le poids de la gloire et de la majesté qu'il blasphémait sans la connaître ; le Seigneur, dans sa miséricorde, peut encore ouvrir les yeux à cet infortuné ; faire luire la lumière dans ses ténèbres, et lui découvrir la vérité qu'il ne combat, que parce qu'il l'ignore. Il y a encore en lui des ressources , de la droiture, de la suite, des principes, d'erreur et d'illusion, je

* Comme le Régeat*

l'avoue ; mais du moins des principes. Il sera de bonne foi à Dieu, dès qu'il le connaîtra comme il a été son ennemi avant de le connaître. Mais les incrédules dont nous parlons, n'ont presque plus de voie pour revenir à Dieu ; ils insultent le Seigneur qu'ils connaissent; ils blasphèment la religion qu'ils conservent encore dans le cœur; ils résistent à la conscience qui prend en secret le parli de la foi contre eux-mêmes. La lumière de Dieu a beau luire dans leur cœur; elle ne sert qu'à rendre la mauvaise* foi de leur impiété plus inexcusable. S'ils étaient absolument aveugles, ils seraient dignes de pitié, et leur péché serait moindre, dit Jésus-Christ ; mais maintenant ils voient, et c'est ce qui fait que le crime de leur irréligion n'est plus qu'un blasphème contre l'Esprit-Saint, qui demeure à jamais sur leur tête.

Réparons donc, mes Frères, par notre respect pour la religion de nos pères ; par une reconnaissance continuelle envers le Seigneur qui nous a fait naître dans la voie du salut, dans laquelle tant de peuples et de nations n'ont pas encore été jugés dignes d'entrer ; réparons, dis-je, le scandale de l'incrédulité si commun dans ce siècle, si autorisé parmi nous, et qui, devenu plus hardi parle grand nombre et la qualité de ses partisans, ne se renferme plus dans ces ténèbres obscures où la crainte le retenait, et ose se montrer presqu'à visage découvert, bravant en quelque sorte la religion du prince et le zèle des pasteurs. Ayons horreur de ces hommes impies et méprisables, qui mettent leur gloire à tourner en risée la majesté de la religion qu'ils professent ; fuyons-les comme des monstres indignes de vivre, non-seulement parmi des fidèles, mais encore parmi des hommes que l'honneur, la probité et la raison lient ensemble. Loin d'applaudir à leurs discours impies , couvronsles de confusion par le mépris dont ils sont dignes. Il est si bas et si lâche, selon le monde môme, de déshonorer la religion dans laquelle on vit ; il est si beau, et il y a tant de dignité à se faire un honneur de la respecter et de la défendre même avec un air d'autorité et d'indignation, contre les discours insensés qui l'attaquent. Otons à l'incrédulité, en la méprisant, la gloire déplorable qu'elle cherche; les incrédules seront rares parmi nous dès qu'ils seront méprisés ; et la même vanité qui forme leurs doutes, les aura bien-

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toi anéantis ou cachés, dès que ce sera par- fierons tous ensemble le Seigneur dans la

n)i nous un opprobre de paraître impie et même foi, et dans l'attente des promesses éler-

ime gloire d'être fidèle. C'est ainsi que nous nelles. Ainsi soit-il. verrons finir ce scandale, et que nous glori-

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