SEMAINE SAINTE ET FÊTES DE PAQUES
NOTICE HISTORIQUE
L'usage était (jue le prédicateur de la cour prêctiât seulement trois fois durant la semaine sainte et les solennités paschales. H parlait le dimanche des Rameaux, le vendredi-saint et le jour de Pâques. 11 n'y avait pas de sermon le mercredi-saint , à cause des ténèbres ; il y avait bien un discours à la cérémonie de l'absoute, mais il n'était pas donné par l'oralcur de la station quadragésimale; au contraire, la Passion était toujours prèchée par le prédicateur du carême.
La Gazette des années 1701 et 1704, et le journal de Dai.geau, nous montrent que Massillon suivit la règle ordinaire.
« Le 20 (mars), dimanche des Rameaux, le roi, accompagné de madame la duchesse de Bourgogne et de Monsieur, entendit, dans la chapelle du châleau , la prédication du P. Massillon , prêtre de l'Oratoire ». .\insi s'exprime la Gazette. Le marquis de Dangeau nous apprend que la duchesse de Bourgogne suivit le roi l'après-diner au sermon , malgré sa fatigue ; Monseigneur avait eu la nuit piécéilenle une de ces sortes de coups de sang auxquelles il était sujet.
« Le 25 avril , rapporte la Gazette, le roi , Ms^ le Dauphin et la duchesse de Bourgogne, entendirent le sermon de la Passion, par le P. Massillon ».
Enfin, le dimanche 27, jour de Pâques, Dangeau nous apprend que Louis XIV, accompagné de la duchesse de Bourgogne, assistait à toutes les dévotions de la jouroée, et que le Dauphin entendit le sermon et les vêpres de !a loge de la tribune.
Pour le carême de 1704, les témoignages de la Gazette et de Dangeau, se confirmant et se complétant mutuellement, nous font connaître que le 18 avril, jour des Rameaux, le roi et sa maison étaient présents à toutes les dévolions de la solennité ; que le vendredi-saint , 21 mars, Louis XiV, le Dauphin, le duc de Bourgogne, le duc de Berry et toute la maison royale, entendirent la Passion du P. Massillon ; et enfin que le 23, fêle de Pâques , le roi et sa cour assistèrent à la prédication de Massillon.
Or nous avons à peu près ces six sermons.
Pour le dimanche des Rameaux, l'édition de 1745 nous donne un sermon sur la Communion, et un fragment de discours sur l'énorraité des Communions iudignes. Le recueil de Tiévoux a, au jour des Rameaux, un seimon sur les Communions indignes, où se trouvent plusieurs traits et du sermon et du fragment de l'édition de 1745. Nous en avons mis en regard du texte définitif, et pour fournir matière à une intéressante comparaison, les passages les plus remarquables. Le fragment ne me paraît pas cependant appartenir aux carêmes prêches à la cour; il semble delà jeunesse de Massillon. D'abord la doctrine en est etfrayante, et ensuite le style n'a ni la pureté ni l'onction des belles années de l'orateur. Au reste, au moment oî) le roi et la cour se disposaient à la communion paschale, on conçoit l'opportunité du sujet.
Pour le Vendredi-Saint, il est certain que Massillon a prêché deux Passions. Or, nous les avons toutes deux. Seulement, l'une des deux a été rejetée parmi les Mystères ; nous la rétablissons à sa place. A laquelle de ces deux Passions le grand orateur, perdant un moment le fil de ses pensées, fut-il obligé de s'arrêter queliiues minutes, et fournit-il à Louis XIV cette spirituelle et encourageante répartie : « Mon père, laissez-nous le temps de goûter toutes les belles choses que vous nous dites »?
Enfin, quant à la fête de Pâques, l'éditeur de 1745 a publié un sermon dans le Grand-Carême et un autr(.' aux Mystères. Nous les rétablissons ici tous les deux en y ajoutant au bas de la page le texte de Trévoux.