‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de Clermont (volume 2)Chapitre 71 sur 141 · SUR LA COMMUNION · texte numérisé non relu

SUR LA COMMUNION

iTIS DO PREIIER ÉDITEDB.

On ne tronrera point ici de sermon pour le vendredi de cette semaine. Le P. Massillon, dans son manuscrit, met pour ce jour-là an sermon sur le Mystère de r Incarn/ition : mus avons jugé plus à propos de renvoyer ce sermon au volume des Mysières.

Après !e sermon que l'on va lire ', on trouvera un point de sermon qui traite de VEnormiié des Communions indignes. Massillon en avait fait d'abord son premier point ; mais ensuite le second point où il s'agissait des dispositions nécessaires pour communier dignement, lui ayant paru demander d'être traité plus au long, il en fit un sermon entier, et laissa ce qu'il avait écrit sur YEnormitc des Communions indignes. Le public, après avoir lu ce morceau, jugera que nous lui aurions fait tort si nous l'avions sapprimé ; mais il seiait à propos de le lire avant le sermon qui suit.

miTSB.

DivisroN. — Trois sortes d'épreuves sont nécessaires, pour s'approcher dignement de Jésus-Christ : 1» Une épreuve de changement ; 2» Une épreuve de pénitence ; 3° Une épreuve de ferveur. l'robet autem se ipsurn homo, et sic de pané illo edat.

Première partie. — Une épreuve de changement. Ainsi, si vous n'avez pas recouvré par un sincère repentir la grâce de la sainteté et de la justice que vous aviez perdue par vos crimes, la table de Jésus-Christ vous est interdite. Comme c'est un pain de vie, il faut être vivant aux yeux de Dieu pour s'en nourrir. Or poilerez vous à l'autel un cœur véritabKment pénitent et changé ? Examinons vos démarches. Vous allez confesser vos iniquités aux pieds d'uu prêtre : je pourrais vous demander si vous choisirez le plus habile et le plus éclairé ; si dans la discussion de votre conscience, vous serez un juge éclairé et sévère envers vous-même, et si les soins pour approfondir les a! Imes de votre conscience répondront à la ilurée, à l'embarras cl à la multitude de vos crimes Mais je vous demande, si venant mettre vos péchés aux pieds d'un prêtre, vous venez y lai^ser vos passions ; si vous portez au tribunal ce désir sincère de réparer le passé ; si vous prenez tout de bon des mesures pour commencer, pour vous retirer sans délai des occasions ; si vous arrangez déjà par avance, dans votre esprit, vos devoirs, vos liaisons , en un mot tout le détail de vos mœurs, elc Car voilà les soins et les inquiétudes qui occupent une âme touchée, sur le point d'une sincère conversion ; et ce n'est que par là que vous ponvez connaître si vous èles revenu de boime foi de vos égarements, et si vous êtes une nouvelle créature. Car si vous ne meltt'z entre vos désordres et votre confession, que l'intervalle d'un léger examen ; si au soriir de l'autel, et la solennité passée, tout doit aller encore le même train ; si on ne doit pas voir plus de précaution qu'auparavant contre des périls éprouvés; en vous approchant de l'autel, vous venez manger et boire votre condamnation. Peut-on croire, en effet, que ce court intervalle qui s'est passé entre vos crimes et votre rechute, ait été précisément le moment de votie justification? Ce n'est pas qu'on prétende que la divine KucharisUe doive vous ét.ib ir dans un état de justice tellement fixe et permanent, que vous ne puissiez plus en déchoir : qui ne sait que la vie de l'homme est une tcnialion continuelle sur la terre ? Mais on voudrait au moins qu'une communion ne fût pas l'alTaiie d'une journée. « Celui qui mange ma chair, et qui boit mon sang, dit Jésus-Cbrist, demeure en moi et je demeure en lui ». Une dit pas, il s'unit

• MsMilloD, en effet, ne ptAdia pat à U cour le jour de la fête de llocarnation. En 1701 et en 1704, la célébration de cette solennité fut rtm te au lundi de la Quasimodo : en 1701, parce qu'elle tombait la vendredi-taint, et en 1704, parce qu'elle tombait le mardi de Piquet.

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à moi; mais, il y demeure, et je demeure en lui. Donc, dit saint Augustin, celui qui se contente de recevoir Jésus-Christ, et qui ne le conserve pas, a mangé et bu sa condamnation.

Ainsi voulez-vous savoirs! dans ces jours solennels vos communions sont des profanations ou des grâces? voyez quel en est le fruit, et quel changement elles opèrent en vous. Si, au sortir de l'autel , vous vous retrouvez un moment après le même, crai£înez que vos communions ne soient peut-être devant Dieu vos plus grands crimes.

Deuxième partie. — Une épreuve de pénitence. Sans vouloir rappeler ici l'ancienne pratique de l'Eglise, dites-moi, convientil que de la même bouche dont vous veuez de raconter les horreurs de votre conscience, vous alliez d'abord recevoir Jésus- Christ? ne devez-vous pas au moins, avant de vous consoler avec les justes, répandre quelque temps des larmes avec les pénitents ? au sortir du tribunal, la communion vous tiendrait-elle lieu de pénitence , elle qui doit en être la récompense et la consolation, comme disent les saints ? Un pécheur invétéré n'arrivait autrefois à l'autel qu'après des années entières d'humiliîiions, de jeûnes, de macérations , de prières. Mais parce qu'une sage dispensation a changé cet usage, vous ne devez pas supposer qu'avoir confessé des crimes invétérés, c'est les avoir punis : l'usage n'a rien changé à la loi. L'Eglise s'est relâchée sur les épreuves publiques; mais elle ne se relâchera jamais à l'égard des pécheurs dont nous parlons, sur les épreuves particulières ; parce que le corps de Jésus-Christ n'exige pas aujourd'hui moins de pureté qu'autrefois de ceux qui en approchent. Voilà pourquoi l'Eglise a voulu que ces quarante jours de pénitence précédassent la communion pascale, afin d'apprendre aux fidèles qu'il doit y avoir un intervalle entre les désordres et la table du Seigneur.

Je sais que cette maxime peut avoir ses exceptions ; que les lois de l'Eglise sont pleines de sagesse , de charité et de condescendance ; que le salut des pécheurs étant la seule fin qu'elle s'y propose, tout ce qui y conduit plus sûrement devient plus conforme à son esprit. Mais je dis que la règle ordinaire, c'est que la communion pour un grand pécheur doit être encore aujourd'hui le fruit et le prix, et non la première démarche de sa pénitence.

Mais, dit-on, la loi de l'Eglise presse, et ne laisse pas de lieu au délai et aux longues épreuves. Mais peut-on croire de bonne foi que l'Eglise regarde une communion indigne comme l'accomplissement du devoir pascal, et qu'elle mette une grande différence entre les profanateurs et les rebelles? En communiant même indignement, vous évitez ses censures, parce qu'elle ne juge que de ce qui parait ; mais vous n'évitez pas les anathèmes du ciel qui juge des profanations secrètes. Eh ! l'Eglise auraitelle prétendu, en faisant une loi de la participation du corps du Seigneur, autoriser la témérité et les profanations des pécheurs? Elle vous oi'donne de participer aux saints mystères en ces jours solennels; mais elle suppose que vous en approcherez avec une conscience pure, et des dispositions dignes de ce sacrement adorable : et elle vous ordonne en même temps de différer, si vous n'êtes pas en état ; elle consent que ses ministres vous marquent un autre temps que le sien, pour satisfaire au devoir pascal. Votre pâque véritable sera le jour où vous communierez dignement ; l'Eglise n'en connaît point d'autre ; et le fruil de ce sacrement n'est pas attaché aux jours, mais à l'innocence et à la piété de ceux qui y participent.

Troisième partie. — Une épreuve de ferveur. C'est celte ferveur si nécessaire qui manque pourtant k la plupart des pécheurs dont nous parlons, et qui fait craindre qu'ils ne viennent manger et boire leur condamnation. Car quel est le motif qui les conduit la plupart à la table sainte en ces jours solennels ? est-ce un profond sentiment de leur faiblesse , une ardeur sincère de recourir au secours destiné à les fortifier, et une sainte faim de Jésus-Christ? lié as ! la plupart voient approcher avec un chagrin secret la solennité sainte : cette seule pensée trouble, empoisonne un mois d'avance tous leurs plaisirs ; et ce n'est enfin que la crainte des foudres et des anathèmes de l'iigliie, qui les traîne malgré eux au festin du père de famille. Ils ne sentent pas que la privation du Corps de Jésus-Christ est la plus terrible peine dont rEgli>e puissi frapper ici-bas les fidèles; puisque la divine Eucharistie est la seule consolation de notre exil, le remède journalier de nos faiblesses, et la ressource universelle de tous nos besoins.

Mais il faut, disent-ils, des dispositions si parfaites pour en approcher : il est vrai; mais ces dispositions, c'est l'usage lui-même de la divine Eucharistie, qui les perfectionnera dans notre cœur, où il les trouve déjà ébauchées; et une communion doit nous servir de préparation à une autre. Plus nous nous éloignons ; plus la tiédeur augmente ; plus les passions croissent ; plus Jésus-Christ diminue dans notre cœur ; plus l'homme de péché augmente et se fortifie. Aussi les communions au temps pascal ne sont inutiles, ou plutôt pernicieuses, qu'à ces âmes mondaines qui n'approchent de l'autel qu'en ces jours solennels, et qui attendent la loi de l'Eglise pour s'y résoudre.

Nos pères autrefois s'éloignaient de leur patrie et de leurs enfants, nos rois s'arrachaient aux délices de leur cour et traversaient les mers, pour aller dans celte terre consacrée par les mystères du Sauveur adorer les traces de ses pieds. En la voyant, ils versaient sur cette terre heureuse des larmes de tendresse et de religion, et ne pouvaient se résoudre à quitter des lieux qui leur rappelaient les actions, les mystères, et les prodiges d'un si bon inaitre. Il n'est plus nécessaire de traverser les mers, disait autrefois saint Clirysostoine à son peuple : venez à l'autel, ce ne sont plus des lieux consacrés autrefois par sa présence, c'est lui-rnème ; tous les lieux qui enviionnent ses autels sont marqués par quelqu'un de ses prodii;es. Un si grand avantage devrait entlammer nos désirs, et nous attirer avec empressement à la table sacrée. Cependant nous regardons le devoir pascal comme une servitude pénible ; nous en faisons un devoir de pure bienséance ; nous n'y venons que comme des esclaves ; et la table de Jesus-Christ serait abandonnée en ces jours saints, si la loi de l'Eglise nous laissait libres. Faut-il s'étonner après cela, si la fête de Pâques voit plus de profanateurs et de Judas que de véritables disciples? Aussi, si l'Apôtre, dans un siècle où la divine Eucharistie faisait des martyrs, ne cherche point ailleurs que dans les communions indignes la source des calamités publiques ; quelles marques terribles de la colère de Dieu ne doivent pas attirer sur nous tant de pécheurs, ou téméraires ou hypocrites, qui viennent se présenter tous les jours à l'autel, et y profaner la chair adorable de Jésus-Christ? Et ne les éprouvons-nous pas ces marques de la colère divine ?

Mais les afflictions temporelles ne sont pas les suites les plus terribles des communions indignes. Celui qui mange et boit indifjnement , dit l'Apôtre , mange et boit m propre condamnation. Cesi-'di-Aïre (ine le pain de vie qu'il reçoit est un poison, une sentence de mort qu'il s'incorpore avec lui-même, et qui devient sa propre substance; c'est-à-dire que les sacrements profanées ne laissent presque plus d'espérance de retour, parce que l'impiété, l'incrédulité, l'endurcissement, en sont presque toujours les tristes suites. Aussi parmi les bourreaux sur le Calvaire, il s'en trouva à qui le sang même qu'ils venaient de répandre, mérita la giâce de la pénitence ; mais le seul profanateur de l'Eucharistie dont il est fait mention dans l'Evangile, meurt comme un monstre et un désespéré. Et si le châiiment que le Seigneur exerce sur les injtateurs de son crime est plus secret, il n'en est en cela uiêrne ipie plus terrible; il les fiappe d'un analhème invisible, et les marque par avance d'un caractère de réprobation. Et voilà pourquoi tous ces pécheurs qui, après des mœurs licencieuses, n'apportent en ces jours saints à la table du Seigneur point d'autre préparation, qu'une confession précipitée , tombent après la solennité dans des égarements encore pins déplorables que les passés ; parce que la communion a répandu de nouvelles ténèbres sur leur cœur. Les mystères terribles ont calmé toutes les terreurs de la foi, et le pain du ciel n'a fait que fortifier en eux le goût du monde et de la terre.

GKA.ND CAREME.

Dicite filia Sioa ; Eoce Rex tniit veoit tibi mansuetus.

Dites à la fille de Sian : Voici votre Roi qui oient à vous plein 44 iwtetmr. lUtib., xxr, 5.

Les oracles des prophètes, les manifestations du Seigneur aux patriarches, les sacrifices et les oblations de la loi, ses signes et ses ligures, annonçaient depuis plusieurs siècles à l'infidèle Jérusalem , que son libérateur et son roi ne tarderait pas de la visiter, et de paraître au milieu d'elle. Le précurseur lui-même, cet ange du désert prédit dans Malachie, avait enfin paru sur les bords du Jourdain , pour préparer les voies au roi de gloire, et dire à son peuple : Le voici; et Jérusalem n'avait plus d'excuse^ si elle venait à le méconnaître, et à le recevoir indignement dans son propre royaume.

Cependant, cet avènement si heureux , que tant de justes avaient demandé, que tant de siècles avaient attendu, que tant de préparatifs avaient annoncé, et qui annonçait luimême des biens si magnifiques aux hommes, loin de faire renaître la joie au milieu de cette ville ingrate, et de lui rappeler ses anciens jours de gloire et de magnificence, la jette dans un trouble universel et dans des alarmes publiques : Commota est universa civitas *. Tout est ému dans Jérusalem, lorsqu'on y voit entrer aujourd'hui en triomphe le fils de David. Les prêtres, les pharisiens, témoins des

« Matth., XXI, 10.

acclamations et des chants d'allégresse d'une populace obscure, et de quelques Juifs spiiituels et fidèles, se trouvent agités de mille mouvements divers de frayeur, d'inquiétude, de jalousie, de tristesse. Une terreur universelle se répand parmi eux ; il semble que c'est un tyran qui vient porter dans les murs de Jérusalem l'effroi et le carnage, et emmener, comme autrefois, ses citoyens en servitude, plutôt qu'un roi pacifique qui vient la délivrer par sa présence et la purifier par l'effusion de son sang, il n'est que ce petit nombre d'âmes simples et innocentes, qui vont au devant de lui hors des portes de la ville, et qui lui font un innocent triomphe de leurs cris de joie, et des branches d'arbres dont elles couvrent et ornent sa route.

Voilà, mes Frères, ce qui se passe encore aujourd'hui parmi nous. Depuis le commencement de cette mainte carrière, l'Eglise n'a cessé de nous annoncer que le Roi de gloire approchait, et qu'il venait se donner à nous pour être notre pâque. Ses prières, ses purifications, ses cérémonies, ont été comme autant de voix qui nous ont avertis de sa venue ; ces jours mêmes de pénitence qui vont finir, elle ne les avait établis que pour nous préparera le recevoir par la communion aux jours solennels oii nous allons entrer. Aujourd'hui , comme pour réveiller nos désirs et notre attente, elle nous annonce qu'enfin il est proche , et sur le point de se donner à nous : Dicite filiœSion : Ecce Rex tuus venit tibimansuetus. Or, quelle

Didt« filiae Sion : Ecce Rsz tuus venit tibi mantuetui.

Dites à la fille de Sion : Voiei votre Boi qui vient à vous plein de douceur. Matth., xzi, 5.

Les désirs des justes, les oracles des prophètes, la manifestation du Sauveur aux palriarclics, les oblations, les sacrifices des boucs et des taureaux; tant de signes et de figures annonçaient depuis 1 ngteinps à l'infortunée Jériisalem, que son libérateur et son roi ne tarderait pas de U visiter, et de paraître au milieu d'elle. Le précurseur lui-même, cet ange du désert prédit dans Isale, avait enfin paru sur les bords du Jourdain pour préparer la voie à ce roi de gloire, et dire à son peuple : le voici, cet Agneau de Dieu qui vient pour ôter les péchés du monde; et Jéru-aleni n'aurait plus d'excuse, si elle refusait de le reconnaître et de le recevoir favorablement.

Cependant, cette arrivée si auguste, que tant de soupirs avaient demandée, que tant de patriarches avaient attendue comme le jour heureux de leur délivrance, et qui promettait d'elle-même des biens si magniG(iues aux hommes, est méconnue et rejelée. La venue de ce Rot de gloire, loin de faire régner aujourd'hui la joie et l'allégresse, n'excite que la tristesse et la cousternation au milieu de celte ville ingrate; et ce jour heureux qui rappelle à cette infortunée cité ses anciens jours de splendeur et de magniQcence, la jette dans le trouble et dans l'agitation. Tout est émn dans Jérusalem, lorsqu'on y voit entrer k Fils de

David. Et cum intrasset Jerosolymam, commota est universa civitas. Les prêtres comme le peuple, les vieillards comme les jeunes, les grands coiiinie les petits, tous se sentent agites de mille mouvements dilTéronts, de crainte et de jalousie, de superbe et d'envie, de tristesse et d'abattement. Une terreur iiniveisclle se répand en tous lieux, et fait demander à un cliacun qui est celui-là qui arrive. Commota eut universa civttus, dicens:quis est hic? Elle croit, cette ville aveuglée, que c'est un tyran (|ui vient porter dans ses murs l'épouvante et l'elfroi ; que c'est un ennemi qui vient pour combattre contre elle et cmiiieiier ses ciioyens; elle se le repiéseule plutôt comme un usurpateur qui vient s'emparer de ses biens, et U réduire sous une cruelle servitude, que comme un roi qui vient lui apporter la paix, et un Sauveur qui vient la punlier aux dépens de soa sang et de sa vie 11 ne s'en trouve qu'un petit nouibie qui sortent de la ville, qui viennent au-devant de lui, et lui font un innocent triomphe de leurs acclamations, de leurs allégresses, et de» branches d'arbres dont ils couvrent la route par où il doit passer.

Voilà précisément ce qui se passe encore parmi vous, mes Frères, en ces jours solenuels. Depuis te commencement de cette sainte carrière, l'Eglise n'a ces^é de vous avertir que le Roi de gloire approche, et qu'il vient à vous. Les prières qu'elle redouble, les cérémonies saintes qu'elle expose à vos yeux, les instructions sacrées qu'elle multiphe chaque jour, toutes ces choses ont été comme autant de voix pour vous an-

DIMANCHE DES RAMEAUX : SUR LA COMMUNION

impression fait sur vous, mes Frères, cette heureuse nouvelle ? une impression de trouble, de frayeur, de tristesse, en sentant approcher le devoir pascal. Chacun retombe sur sa propre conscience, et n'y trouvant que des habitudes criminelles, des plaies envieillies et honteuses, frémit dans la seule pensée qu'il faut se mettre en état de recevoir le roi de gloire. On dirait qu'il vient à nous armé de terreur et d'indignation, pour nous juger et pour nous perdre; et non accompagné de sa seule douceur, pour nous sauver et pour nous servir de nourriture : Ecce Rex tuus venit tibi mansuetus. Il n'est qu'un petit nombre d'âmes fidèles qui vont au devant de lui par leurs désirs, et qui le voient arriver avec une sainte allégresse. Et ce qu'il y a de plus affligeant, c'est que, malgré celte frayeur, cette tristesse, ces alarmes d'une conscience troublée, il y en aura peu d'entre vous qui ne se présentent à Jésus-Christ pour le recevoir, et qui ne croient avoir satisfait à la loi de l'Eglise, après l'avoir reçu avec des dispositions si opposées à celles qu'il exige de nous. Insensés, qui ne pensent pas que recevoir Jésus-Christ dans ces dispositions, ce n'est plus manger la cène du Seigneur, c'est manger et boire sa propre condamnation I

Il importe donc de vous marquer les préparations qui doivent vous conduire à cette action redoutable ; de peur que Jésus-Christ ne vienne vous visiter, comme il visita autrefois Jérusalem, pour votre condamnation et

noncer que le triomphe de Jésus-Christ doit bientôt se faire chez vous ; ces jours mêmes de pénitence n'ont été établis que pour vous préparer à la sainte communion du jour solennel. Aujourd'hui encore, pour réveiller votre attention, elle vous dit qu'enfin ce Roi de gloire est proche de vous, qu'il vient à vous plein de douceur. Or quelle impression fait sur vos cœurs celte instruction nouvelle, cet avertissement pressant? une impression de trouble et de tristesse ; Commota est universa civitas; on est tout inquiet, on est tout agité en senlant les jours du devoir pascal. L'àme du pécheur retombe sur sa propre conscience et n'y trouve que des horreurs secrètes j elle frémit dans la seule pensée qu'il faut se disposer par une sincère conversion à recevoir ce Roi de gloire qui vient à elle : Commota est universa civitas; et à voir la consternation de quelques-uns, il semble que Jésus-Christ vient à nous, armé d'indignation et de colère pour nous perdre, plutôt qu'accompagné de sa douceur et de sa bonté pour nous servir de nourriture et nous sanctifier : Rex tuus venit tibi mansuetus. 11 n'est qu'un petit nombre d'âmes fidèles qui vont au-devant de lui célébrer son triomphe par la sincérité de leur cœur, par la pureté de leurs désirs, par la vivacité de leur amour, et qui le reçoivent avec une sainte allégresse et une joie digne de l'avantage qu'il leur procure.

Il est donc aujourd'hui nécessaire de vous apprendre les dispositions qu'exige de vous cette action sainte, de peur qu'il ne vienne vous visiter en vain comme l'infldèle Jérusalem,

pour votre perte. Quelles sont les dispositions qui doivent nous préparer au devoir pascal? je vais en marquer trois principales, et ce sera le sujet de celte instruction. Implorons, etc. Ave, Maria.

PREMIÈRE RÉFLEXION

Lorsque j'ai assuré que le plus grand nombre de ceux qui recevront Jésus -Christ en ces jours saint^, n'apporteronl pas à cette grande action les dispositions nécessaires, et se rendront peut-être coupables du corps et du sang du Seigneur, je n'ai pas prétendu parler de ces âmes noires, qui de sang-froid et le sachant, viennent, par une hypocrisie détestable, fouler aux pieds le sang di l'alliance, et peuvent se familiariser avec le sacrilège ; je n'ai pas voulu parler de ces monstres, qui, portant le mystère de la foi dans une conscience corrompue et peu sincère, viennent aux pieds de l'autel cacher, sous la plus sainte et la plus terrible de toutes les actions, les horreurs d'une âme impure , et aiment encore mieux être impies, que passer pour moins religieux. Ah ! il faudrait des foudres, et non pas des discours à des âmes de ce caractère ; ou ne leur parler que comme parla autrefois Pierre à Ananie et à Saphire. J'ai cette confiance, ô mon Dieu, et c'est vous qui me la donnez, que, parmi les fidèles que la parole de votre Evangile assemble en ce lieu saint, votre œil n'y discerne aucun de ces enfants de

c'est-à-dire pour votre perle. Or la manière qui m'a paru la plus propre à vous y préparer, c'est de vous exposer d'abord 1 énormilé du crime de ceux qui communient indignement, et de peur que vous ne regardiez ces traits comme étrangers, et que vous ne vous connais iez pas à la peinture que je ferai de ce crime, je vous monirerai ensuite que le nombre de ceux qui le reçoivent indignement , est plus grand encore qu'on ne le pense Ainsi, vous faisant sentir dans la première partie toute l'horreur des communions indignes, dans la seconde les sources funestes qui conduisent à ce malheur, je vous apprendrai à lecevoir saintement le corps adorable de Jésus-Chnst dans la sainte communion, et à vous préparer à la joie, au bonheur et à la gloire de sa résurrection. Implorons le secours de l'Espht-Saint par l'intercession de Marie. Ave, Maria.

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