‹ Œuvres complètes de Massillon, évêque de Clermont (volume 2)Chapitre 90 sur 141 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Il est assez surprenant que la fau-M (.miince prétende trouver dans la relii-ion même des motifs qui l'autnrisent, et qu'elle prenne la plus criminelle de toutes lis dispositions pour un sentiment et un attrait do salut. Kn effet, le pécheur qui se promet une conversion à venir sans y vouloir travailler à présent, attaque premièrement la puissance de Dieu qui tient entre ses mains les cœurs des homme;!, qui peut toucher quand

il lui plaît leur volonté, et à qui il n'est pas plus diflicile de les convertir dans plusieurs aimées de péché que maintenant. Secondement, il attaque sa justice qui, ayant petri l'homme tout de boue, c'esl-iidire faihle et fragile et avec des penchants naturels pour le plaisir, dnit se laisser toucher eu lout temps, et pardonner des crimes qui lui ont été inévilahles ; enlin il altai|iic sa iniscricoide qui ne rejette jamais le pécheur qui revient a Im du h mue foi, et qui l'attend toujours à pénitence. Or il n'csi pas diflicile, mes Krères, d'ôler à la fausse couliance ces vains prétextes , et de vous inoiitrer qu'elle outrage le Seigneur ; en voiii la preuve

Lorsque vous connais-ez un Iheu puissant, maître absolu des cœurs, change.int à son ^rè les volonies rebelles des hommes, n'csl-il pas vrai que vous coniiaisse/î une puissance réglée, une puissance sage? Or, le pécheur qui ne trouve point de danger à compter sur l'avenir pour sa conversion, lui attribue une puissance capricieuse, nue puissance aveugle, qui agit sans ordie, sans discernement, sans poids et gJins mesure. Mais en quelque temps que oieu veuille déployer sa puissance, il y a toujours de l'ordre dans ses volontés, et tout ce qu'il fait est marqué dans sa divine iSigesse. Or, il est certain que l'ordre

LUNDI DE PAQUES : SUR LA FAUSSE CONFIANCE

la plus grande de toutes les grâces, il suffirait donc de l'avoir mille fois rejetée? Le juste qui crucifie tous les jours sa chair, qui gémit sans cesse [tour obtenir le don précieux de la persévérance, n'aurait donc rien au-dessus du pécheur qui se l'est toujours promis, sans s'être jamais mis en état de le mériter? Il serait donc égal de servir le Seigneur et de marcher devant lui dans la droiture, ou de suivre les voies égarées des passions, puisqu'à la fin le sort des uns et des autres serait le même? Bien plus, ce serait donc un malheur, une folie, une peine perdue, de porter le joug dès sa jeunesse, puisqu'on ne risquerait rien en différant? Les maximes du libertinage sur l'amour des plaisirs dans la première saison de la vie, et sur le repentir renvoyé aux années de caducité et de défaillance, seraient donc des règles de prudence et de religion? Les prodiges de la grâce ne serviraient donc plus qu'à tenter la fidélité des justes, qu'à autoriser l'impénitence des pécheurs, qu'à anéantir le fruit des sacrements, et augmenter les maux de l'Eglise ? Est-ce là le Dieu que nous adorons; et serait il si admirable dans ses dons , selon l'expression du Prophète , s'il les dispensait avec si peu d'ordre et de sagesse ?

En effet, mes chers auditeurs, si l'empire que Dieu a sur les cœurs pouvait servir de ressource à un pécheur présomptueux; sur ce

fondement, il faudrait se promettre la conversion de tous les hommes; de ces infidèles qui ne connaissent point le Seigneur, de ces peuples barbares qui n'ont jamais entendu parler de lui. Dieu ne tient-il pas les cœurs de tous les hommes entre ses mains? Qui a jamais résisté à sa volonté? Ne peut-il pas faire luire sa lumière dans les ténèbres les plus profondes, changer en agneaux les lions les plus furieux, et faire de ses ennemis les confesseurs les plus intrépides de son nom? Le cœur d'un Indien et d'un sauvage est-il pour lui une conquête plus difficile que le cœur d'un pécheur présomptueux? Tout ne lui est-il pas également aisé? Il n'a qu'à dire, et tout est fait. Et cependant, voudriez-vous là-dessus que votre destinée éternelle courût les mêmes risques que celle d'un sauvage, qui, au fond de ses forêts inaccessibles presque à la prédication de l'Evangile, adore des divinités monstrueuses ? Dieu peut susciter en sa faveur des ministres évangéliques (jui lui porteront, avec les lumières de la foi, la grâce et le salut. Vous dites qu'il faut un de ces coups miraculeux de la toute-puissance pour vaincre toutes les difficultés qui semblent rendre la conversion de cet infortuné impossible, au lieu que vous, environné du secours des sacremenls, des lumières de la doctrine et de l'instruction, vous vous trouvez dans des circonstances plus favorables au salut, et qu'ainsi vous avez infini-

de cette divine sagesse ne peut être justifié, si le pécheur est en droit de compter toujours sur la miséricorde de son Dieu ; et si cette miséricorde saccommodait en tout temps à la fausse confiance du péclieur, il suffirait d'avoir un désir de conversion pour être en droit de vouloir l'obtenir à la mort. Le juste qui crucifie sa chair, qui mortifie ses sens pour obtenir le don de la persévérance finale, n'aurait donc rien au-dessus du pécheur emlurci qui ne fait rien pour le mériter? Il serait donc indifférenl à tous les hommes de marcher dans les voies de l'innocence, ou de courir sans cesse dans les voies égarées jusqu'à la fin de la vie ; le sort des uns et des autres serait égal? Ce serait donc une folie de porter le joug du Seigneur dès sa tendre jeunesse, puisqu'on ne différerait en rien de ceux qui alten iraient grâce à la mort ? Le repentir renvoyé à la fin de la vie serait donc une sage cnndui'e de la meilleure pohtique, et l'Eglise, en ordonnant des pratiques de pénitence, des exercices de piété ; en proposant des sacremenls, des mystères, ne ferait qu'amuser la faiblesse du peuple? Est-ce là une puissance digne du Dieu que nous adorons ; et serait-il sage dans la distribution des grâces, s'il les dispensait ainsi? Aussi vous avertit-il lui-même dans les saintes Ecritures que les insensés seroni confondus dans les jours mauvais. Est-il des termes qui laissent moins de fondement à l'illusion des pécheurs endurcis que ceux-là?

Dieu est le mailre des cœurs, dites-vous. Il en fait ce qu'il veut, je l'avoue, mes Frères ; mais pour cela les conversions sont-elles bien fréquentes dans le monde ? Ces coups d'éclats sont-ils des prodiges familiers ? Ces grands efforts de la grâce

arrivent-ils tous les jours ? Dieu est le mailre des cœurs ; mais que se passc-t-il donc dans le monde qui fasse tant éclater son empire et son règne sur les cœurs des hommes? La vertu y estelle bien commune ? Les gens de bien se trouvent-ils en grand nombre ? Ah ! est-ce donc ainsi que Dieu use de sa puissance, en permeilant que tout périsse sans y apporter remède? Si le pécheur était en droit sur ce fondement, de différer sa conversion, sur ce même point il faudrait se promettre la conversion de tous les infidèles. Là-dessus l'on pourrait présumer que Dieu maître des cœurs convertira peul-étie des barbares qui n'ont jamais enlemlu parler de Un ; ne tient-il pas leurs cœurs entre ses mains comme ceux des fidèles? Lui, qui peut changer en agneaux les lions les plus furieux, ne peut-il pas aussi clianger à son gré le cœur de l'Indien et du sauvage? Ne lui est-il p^is égalemtnt aisé de changer le fidèle et l'infidèle? Il n'a qu'à dire, et tout est fait. Cependant, voudriezvous que ce sauvage qui, au milieu des forêts et des bêtes sauvages, adore des divinités mon^trueusus, eût droit d'espérer sa conversi' n, parce que Dieu est le maitie des cœurs? Vous nous dites qu'il faut un coup singulier de la grâce pour rompre les chaînes de cet infortuné, pour dissijier ses ténèbres, au lieu que vous, qui êtes fidèle, vous pouvez être converti par le moyen des sacremenls et des instructions qui sont des grâces communes, et par là que vous avez plus de raison de vous le piomeltre que ces barbares. Vous vous trompez, mon frère ; et je dis que votre conversion est plus diffiiili que celle lie cet infidèle que vous croyez désespérée. Car il u'a jamais abusé des grâces du Seigneur, au lieu que vous en avez

GRAND-CARÊME

ment plus de lieu de vous le promettre. Ah ! vous vous trompez, mon cher auditeur, et je vous réponds que le salut de cet infidèle me paraît moins désespéré que le vôtre. Il n'a jamais abusé des grâces qu'il n'a pas reçues; et jusqu'ici vous avez indignement rejeté toutes celles qu'on vous a offertes. Il n'a jamais résisté à la vérité qu'il n'a pas connue ; el vous la retenez dans l'injustice. Un premier mouvement de salut triomphera de son cœur; et les plus fortes impressions de la {irâce viennent échouer contre la dureté du vôtre. Un seul rayon de lumière lui montrera des erreurs et des vérités jusque-là inconnues; et toutes les lumières de la foi ne sauraient troubler la tranquillité de vos passions. Il n'offre à la miséricorde de Dieu que le malheur de sa naissance, que des péchés presque involontaires, que des infortunes plutôt que des crimes, tous motifs propres à la toucher; et vous ne lui offrez que des ingratitudes affectées et des obstinations odieuses, tous sujets capables de l'éloigner à jamais de vous. Ahl il n'est pas difficile au Seigneur de porter sur ses ailes, à travers les mers, des hommes apostoliques; ses anges, quand il lui plaît, savent transporter ses prophètes, de la terre où on l'adore, jusque dans Babylone, pour visiter un juste exposé à la fureur des lions ; mais si quelque chose lui était dilficile, ce serait de vaincre un cœur rebelle, de ramener une âme née dans un royaume de lumière, environnée de tous les secours de la foi, pénétrée de tous les sentiments de h grâce, aidée de tous les exemples de la piété, et toujours constante dans ses éga-

toujours abusé ; il n'a jamais refusé d'adorer et de croire un Dieu, une reli(!ion qu'il n'a jamais connue, et vous en avez mille fois profané ks mystères et les i-acrements. Un siul mot sorti de la bouche de Kieu triomphera de toutes ses ténèbres ; et dos a! traits continuels de la grâce vous lais:?eni toujours tranquille au milieu de vos désordres. 11 n'est redevable de son malheur et ds son infidélité qu'à sa naissance ; et c'est à la malice et à l'endurcissement volontaire de voire cœur que vous devez le vôtre. Il ne porte vers ce Dieu inconnu que des instincts, que des niouveinenls naturels, plutôt que des oifenses ; et vous lui oITrez des injusiices, des iniquités, des ingratitudes. Il n'est pas difficile au Seigneur d'attirer vers lui un cwur qui ne s'en est jamais retiré, qui ne s'est jamais dégoûté de sa loi el de ses maximes ; il lui est aisé d'enflammer le zèle des hommes apostoliques, pour aller convertir les nations infidèles, d'envoyer son ange jusque dans Babylone, pour secourir un juste 1 xpo<é à la fureur des lions ; mais lui est-il facile d'opérer ici ses conversion-, dans un royaume aidé de tout secours, éclairé de toutes ^ortes de lumières, favorisé de tous les bons exemples de salut, où, malgré tout cela, l'iniquité est toujours dominante, el où le pécheur est toujours constant dans ses égarements? C'est donc une folie d'espérer trouver dans la puissance de Dieu un motif de sécurité.

rements. C'est donc une illusion de chercher dans sa puissance de vains motifs de sécurité. Dieu pourrait opérer tant d'autres prodiges en faveur de mille pécheurs qu'il abandonne, quoiqu'ils ne soient pas si indignes que vous de sa grâce; c'est une maxime dangereuse de régler sa volonté sur sa puissance.

La seconde erreur qui autorise la fausse confiance, a son fondement dans l'idée injuste qu'on se forme de la justice divine. On se persuade que l'homme étant né avec des penchants violents j)Our le plaisir, nos égarements sont plus dignes de la pitié du Seigneur que de sa colère, et que notre faiblesse toute seule sollicite ses grâces, au lieu d'armer son indignation contre nous.

Mais, en premier lieu, on pourrait vous dire que la corruption de votre nature ne vient point du Créateur; qu'elle est l'ouvrage de l'homme et la |)eine de son péché , que le Seigneur avait créé l'homme droit, et qu'ainsi cette pente malheureuse dont vous vous plaignez, est un dérèglement que Dieu doit punir lorsque vous y succombez ; comment voulezvous donc qu'il vous serve d'excuse? C'est par là que vous êtes un enfant de colère et un vase de rebut; comment prétendez-vous y trouver des raisons pour entrer en contestation avec Dieu même, et défier sa justice? C'est par là enfin que vous êtes indigne de toutes les grâces; comment oseriez-vous en prendre occasion de les exiger?

On pourrait vous répondre, en second lieu, que quelle que soit la faiblesse de notre volonté, l'homme est toujours maître de ses

La seconde illusion qui autorise la fausse confiance du péolicur , est tirée de l'idée injurieuse qu'on se forme de la justice de Dieu. On se persuade que l'homme étant né faihle, nos égarements sont plutôt dignes de la miséricorde que de la justice de Dieu, el que notre corruption et nos propres faiblesses soilicitcut ses grâces, loin d'attirer sur nous son indignation et ses fou ires.

On pourrait vous répondre que votre corruption n'est point l'ouvrage de Dieu ; qu'il ne l'a point mise en vous, et qu'elle est l'uuviage de votre propre cœur ; que Dieu avait fait l'homme droit en le créant, et que cette pente au mal est un effet de votre liberté qu'il doii punir ; que par là vous êtes devenus des enlauls de colère, des vases de rebut; comment donc prétcndriez-vous justiOer, devant votre Dieu, d'une chose même qui vous rend peut-être indignes de toute grâce ? Comment, après avoir ainsi méprisé les premières faveurs, en pourriez-vous exiger de nouvelles ?

On pourrait vous répondre que l'homme a été laissé entre les mains de son conseil, avec une pleine liberté ; que les pa>sions n'ont d'empire sur vous qu'autant que vous leur en donnez ; que le Seigneur a mis devant vous l'eau et le feu pour prendre ce qui vous accommoderait le mieux. Je pourrais vous demander si toutes les fois que vous avez abandonné le

LUNDI DE PAQUES : SUR LA FAUSSE CONFIANCE

désirs ; qu'il a été laissé entre les mains de son conseil ;que ses passions n'ont d'empire sur lui qu'autantqu'il veutleur endonner lui-même; et qu'on a mis devant nous l'eau elle feu, pour en laisser le choix libre <à notre volonté. Ah! je pourrais même là-dessus attester voire conscience , et vous demander à vous surtout , mon cher auditeur, si, malgré votre faiblesse, toutes les fois que vous avez abandonné la loi de Dieu, vous n'avez pas senti qu'il ne tenait qu'à vous d'être fidèle ; si de vives lumières ne vous ont point découvert l'horreur de votre transgression ; si de secrets remords ne vous en ont point détourné ; si vous n'avez pas balancé alors entre le plaisir et le devoir; si, après mille délibérations intérieures et ces vicissitudes secrètes, où tantôt la grâce, tantôt la cupidité l'emportait, vous ne vous êtes point déclaré enfin pour le crime, comme en tremblant encore, et ne pouvant presque vous rassurer contre vous-même. Je pourrais même aller plus loin, et vous demander si, eu égard aux inclinations heureuses de pudeur et de retenue, aux dispositions dont Dieu vous avait favorisé en naissant, l'innocence de la vertu ne vous eût pas été comme plus naturelle, plus douce, plus aisée que le dérèglement du vice ; vous demander s'il ne vous en a pas plus coûté pour être infidèle à votre Dieu, qu'il ne vous en eût coûté pour être juste ; s'il n'a pas fallu prendre plus sur vous-même, faire plus de violence à votre cœur, dévorer plus d'amertumes, franchir des voies plus difficiles. Eh! que peut donc trouver la justice de Dieu dans vos dissolutions, qui ne lui fournisse contre vous de nouveaux sujets de sévérité et de colère ?

On pourrait enfin ajouter que, si vous êtes né faible, la bonté de Dieu a environné votre âme de mille secours ; que c'est celte vigne bien-aimée qui a été l'objet de ses plus tendres soins, qu'il a entourée d'un vaste fossé, fortifiée d'une tour inaccessible ; je veux dire que votre âme a été comme défendue, dès sa naissance, par le secours des sacrements, par les lumières de la doctrine, par la force des exemples, par les inspirations continuelles de la grâce, et peut-être encore par les secours particuliers d'une éducation sainte et chrétienne que le Seigneur vous a ménagés, et qui ont manqué à tant d'autres. Ingrat 1 en quoi pourriez-vous justifier vos faiblesses devant le Seigneur, et intéresser sa justice même à user envers vous d'indulgence? Eh! que lui offrent vos transgressions, que l'abus de ses grâces et des moyens de salut changés par le dérèglement de votre volonté en des occasions de péché ?

Mais laissons là toutes ces raisons ; et ditesmoi : Cette faiblesse dont vous vous plaignez, et à laquelle vous prétendez que Dieu aura égard, n'est-elle pas votre propre ouvrage et le fruit de vos dérèglements particuliers? Rappelez-vous ici ces jours heureuxoù votre innocence n'avait pas encore fait naufrage ; trouviez-vous alors tant de difficultés à vaincre vos passions? La pudeur, la tempérance, la fidélité, la justice, vous paraissaient-elles alors des vertus impraticables? Vous ctait-il impossible de résister aux occasions; et vos penchants de plaisirs étaient-ils si violents que vous n'en fussiez alors le maître? Eh! d'où vient donc qu'ils tyrannisent aujourd'hui votre cœur avec tant d'empire ? N'est-ce pas

parti de la vertu, et violé la loi de Dieu, une secrète répugnance, une horreur naturelle ne vous a pas découvert que ce pécbé venait devons; si des remords ou des scrupules bien fondés ne vous ont pas quelquefois détourné du mal que vous aviez dessein de commettre; si ces vicissiludes seules, où tantôt la piété et tantôt la corruption l'ont emporté, ne font ^pas connaître que vous pouviez vous défendre du i)éclié ; si, en commettant quelque crime honieux, vous ne vous êtes pas senti troublé , agité , jusqu'à ne pouvoir presque vous rassurer. Je pourrais vous demander si, avec ces inclinations heureuses que Dieu avait mises en vous, l'innocence ne vous cùl pas été plus facile k conserver que le crime à commettre; s'il ne vous en aurait pas moins coûté à vivre dans la justice qu'il ne vous en coûte h suivre vos dérèglements. Je pourrais vous demander s'il ne faut pas essuyer plus de chagrins, plus de dégoûts, plus de remords, plus d'amertumis dans les voies de l'iniquité, que dans les voies du salut. Eh! que faut-il donc davantage pour fournir au Seigneur de justes iujets d'indignation et de sévérité contre vous?

Je pourrais ajouter que , quelques faiblesses que Dieu ait

mises en vous, il avait tellement environné votre âme de ses grâces, que le péché n'y est entré que parce que vous lui en avez facilité le moyen; que c'est cette vigne qu'il avait entourée d'un vaste fossé, d'une haie d'épines; que c'est cette ville qu'il avait fortiliée d'un rempart conlie les attaques du démon : c'est-à-dire que votre âme avait été défendue par les secours de la grâce, par la force des bons exemples, et peut être par les soins d'une éducation chrétienne ; mais que par votre négligence tous ces secours ont manqué, et que vous les avez tous rendus inutiles. Que pourriez-vous donc encore apporter pour intéresser la miséricorde de Dieu, vous arracher des mains de sa justice, après avoir fait un si mauvais usage de mille qualités heureuses qu'il vous avait données , et qui pouvaient vous être mille moyens de salut?

Mais laissons là toutes ces raisons, quoique fortes. Cette faiblesse dont vous vous plaignez n'est-elle pas le fruit de vos dérèglements? Rappelez ici ces jours heureux où votre innocence n'avait pas encore fait naufrage; était-il alors difficile de vaincre ces obstacles ? La fidélité , la tempérance , la virginité, l'humilité, étaient-elles pour vous des vertus impraticables;

GRAND-CARfJÎE.

depuis que, les ayant laissés prévaloir par une funeste négligence, vous les avez mis désormais presque hors d'état d'être vaincus? ne vous êtes-vous pas vous-même formé ces chaînes de vos propres mains? Jetez les yeux sur tant d'âmes justes qui portent le joug depuis leur jeunesse, et voyez si elles sont seulement tentées dans des occ.isions oîi vous êtes toujours sûr de périr. Eh 1 |)Ourquoi vous plaindriez-vous donc d'une faihiesse que vous vous êtes donnée? Pour(|uoi compteriez-vous que ce qui doit irriter le Seigneur contre vous, sera capable de l'ap.iiser ? Que voit-il, quand il voit la fragilité de vos penchants? il voit le fruit de vos crimes, les suiles d'une vie de licence et de plaisir. Est-ce là-dessus que vous osez en appeler à la justice même, à cette justice devant laquelle les saints demandent de n'être point jugés? Mon Dieu ! sur (juoi le pécheur ne se flattera-t-il pas, puisqu'il trouve dans la plus terrible de vos perfections des raisons de confiance?

La seule conclusion sensée et légitime qu'il vous soit perujis de tirer de votre propre faiblesse, et de ces penchants pour le monde et pour les plaisirs, qui vous entraînent malgré toutes vos résolutions, c'est que vous avez besoin de veiller, de gémir, de prier plus (jue les autres ; c'e.^t (|ue vous devez éviter avec plus de soin les périls et les attraits des sens et de la chair. Mais c est alors que vous vous croyez invincible ; lors(|ue nous vous exhorions à luir les conversations profanes, les commerces

suspects, les plaisirs douteux, les spectacles lubri(jues, les assemblées de péché ; ah ! vous vous en défendez a'ors sur ce que "votre innocence n'y est point blessée; vous renvoyez à des ârnes faibles les précautions de fuite et de circonspection ; vous nous dites (\uo chacun doit se sentir et se connaître; et que ceux qui sont assez faibles pour y être blessés, doivent s'en éloigiKT ; et comment voulez-vous que Dieu ait égard à une faiblesse à la(|iiel!e vous en avez si peu vous-même ? vous êtes faible quand il faut excuser vos crimes auprès de lui ; vous ne l'êtes plus dès (ju'il faut prendre là-dessus des mesures pénibles pour lui être fidèle.

Mais, du moins, me direz-vous, si l'on a tout à craindre sa justice, ses miséricordes sont infinies. Quand sa bonté ne trouverait rien en nous de propre à la toucher, n'en trouverait-elle pas des motifs assez pressants en elle-même? Ce serait ici la troisième illusion de la fausse confiance (|ue je devrais coml)attre ; tnais outre que j'en ai assez parlé ailleurs, il est presque temps de finir. Je ne veux donc, mon cher auditeur, (jue vous faire une seule demande : Quand vous dites que la bonté de Dieu est infinie, que prétendez-vous dire? Qu'il ne punit jamais le crime? >ous n'oseriez. Qu'il n'abandonne jamais le pécheur? les Siul, les Autiochus, les Pharaon, vous ont appris le contraire. Qu'il sauvera les impudiques, les mondains, les vindicatifs, lesambitieux comme les justes? vous savez que rien de souillé n'en-

et votre pencliant pour le plaif^ir, était-il alors si violent que vous ne puissiez en ëlre le niaitre? D'uù vient quluujouril'liui vous envisagez la pratique du bien avec tant d'Iiorroui ; que vous trouvez tant île peine , qu'il fiiut vous faire tant de violence, pour écarter ces eni.einis qui s'opposent à volie salut, si ce n'est parce que vous avez laissé piévaloir l'iniquité dans votre cœur, et que vous vous êtes laissé aller sans résistance aux premiers efforts de vos passinus ? Ne vous ètrs-vous pas formé les clialnes dont vous vous plaignez , de vos propres mains? Jetiz les yeux sur tant d'autres qui ^ervent fidèlement le Seigneur, depuis que vous l'avtz ahand nné , et voyez si ce n'est p)s votie fauie de y<»s être eni^'agé si avant dans la curruplinn Pourquoi donc vous excusez-vous sur une faiblesse qui est votre propre ouvrage ; et pourquoi l'atiribuer à Hieu, cette faibles-e, puisqu'elle eA la suite il'iin vie entièic de crimes et de p!ai>irs? list-ce là que vous devrt en appeler devant un juste juge?

iLa seule con^^équence légitime qu'il vous est permis de tirer de cette faiblesse et de celle corruption que vous sentez en vous, c'est que vous avez besoin de prier souvent, de gémir, de vous recueillir de lemps en temps en vous-même, de fuir les occasions, d'éviter avec plus de soin les attraits séduisants des sens et de la chair. Mais ce langage ne vous plaît pas , et lorsque nous vous exhortons à fuir les compngnies mondaines, les jeux, les >pectafles, les objels et les dscours lascils : ab! vous vous excusez sur ce que vous n'y faites point de mal ;

que votre innocence n'en est point blessée ; vous renvoyez à un autre temps à vous interdire ces plaisirs, (lé! couiment voule2-vou3 que Dieu ait égard à vos faiblesses , puisque vous n'en avez pas vous-même?

Mais, dites-vous, si tout est à craindre pour nous du côté de la justice de D eu , ses mi>éricor ;es qui sont inlinies nous laissent tout espérer. Qnai.dsa bonté ne trouverait pas en nous de quoi le toucher, ne tiouve-t-elle pas assez en elle-même? Ce devrait être ici la troisième excuse de la f.iusse conliance que je vous ai jiromis de conf"ndre ; mais comme j'en ai déjà suffisaininent montre la folie, je ne m'y arrèieiai pas beaucoup. Diles-vous que le Seigneur bon et miséricordieux comme il est, n'abandonne jamais le |iéclieur? mais l'autorité des saintes Eciiturcs vous dit le coniraiie, et les livres sainte vous en fournissent mille exemj les. Quil est mort pour tous et qu'il est venu pour sauver les pécheurs coinine les justes? mais ils vous (lisent que rien de souilé n'entrera dans le royaume des cieux. Qu'il ne veut point la mort du pécheur, et qu'il ne cherche que son salut et son bien? mais vous savez qu'il a déjà creusé l'enfer sous vos pieds, et qu'il est près de vous y précipiter comme les angis rebelles. Que la p'upart des hommes seraient damnés, si ce que nous débitons est véiitable ? mais l'Evangile vous dit qu'il y en aura peu de sauvés. Qu'il faut peu de choses pour fléchir sa colère ? mais il vous dit qu'il faut que vous changiez de vie et de mœurs; et ce changement du cœur, après une si longue habitude du péché,

LUiNDI L)E PAQUES : SUR LA FAUSSE COiN FIANCE.

trera dans le ciel. Qu'il n'a pas créé l'homme pour le rendre étei nellenient malheureux ? mais pourquoi a-t-il creusé l'enfer sous nos pieds? Qu'il vous a d»^jà donné raille marques de sa bonté? mais c'est ce qui devrait confondre votre ingratitude sur le passé, et vous faire tout craii.dre j)Our l'avenir. Qu'il n'est pas si terrible qu'on le fait? mais on ne vous rapporte de sa justice que ce qu'il vous en a appris lui-même. Qu'il serait obligé de damner presque tous les hommes, si tout ce que nous disons était vrai? mais l'Evangile vous déclare en termes formels, que peu seront sauvés. Qu'il ne châtie qu'à l'extrémité? mais chaque grâce refusée peut être le terme de ses miséricordes. Qu'il ne lui en coûte rien de pardonner? mais n'a-t-il pas les intérêts de sa gloire aménager? Qu'il faut peu de chose y)our le désarmer? mais il faut être changé, et le changement du cœur est le plus grand de tous ses ouvrages. Que cette confiance vive que vous avez en sa bonté, ne saurait venir que de lui? mais tout ce qui ne conduit pas à lui, en conduisant au repentir, ne saïuaif venir de lui. Que voulez-vous donc dire? Qu'il ne rejettera pas le sacrifice d'un cœur brisé et huniilié? et voilà ce que je vous ai jusqu'ici prêché, mon cher auditeur. Convertissez-vous au Seigneur, et alors confiez-vous en lui, quels que puissent être vos crimes ; il est toujours miséricordieux pour recevoir le pécheur qui revient ; remettez-vous à sa bonté pour la durée de votre conversion, pour votre [lersévérance dans son service, pour la victoire des obstacles que l'ennemi du ealut opposera sans cesse à vos saints désirs ; la grâce qu'il fait en inspirant les sentiments d'une sincère pénitence, est toujours un heureux préjugé pour celle qu'il prépare ; ne vous défiez jamais de sa miséricorde ; il n'est rien qu'on ne doive se promettre de lui, quand c'est la douleur ellemême de l'avoir offensé qui demande ; ne vous laissez jamais abattre par le souvenir de vos iniquités passées; tout ce qui peut être

est le plus grand miracle de la grâce. Que vous reviendrez enfin et que vous vous repentirtz à li fin ? nuis vous n'ignorez pas que ce repentir est une grâce qui ne dépend pas de vous. Que voulez-vous encore nous dire pour votre excuse? Qu'il ne méprisse pas un coeur brisé de douleur et humilié ? Voilà jusleraent ce que je vous ai prêché; vous avez raison de parler de la sorte ; il est tout prêt à vous recevoir, pourvu que vous retourniez à lui avec une véritable componction et dans la sincérité de voire cœur. La grâce , eu inspirant des sentiments de pénitence, est toujours un heureux préjugé pour ceux qui se proposent une parfaite conversion. Ne vous en défiez jamais.

pleuré, peut être pardonné ; renfermez dans le sein de sa miséricorde toute la durée des jours que vous avez employés à l'offenser : ils seront comme s'ils n'avaient jamais été ; vous commencerez à naître devant lui, le jour que vous aurez commencé à le servir; mille ans ne sont plus qu'un jour à ses yeux, dès qu'un changement sincère a fini les crimes. Il est le Dieu des pécheurs, le bienfaiteur des ingrats, le père des enfants prodigues, le pasteur des brebis égarées, l'ami des Samaritaines, le réconciliateur des pécheresses ; en un mot, toutes les consolations de la foi semblent être pour le pécheur qui revient.

Mais si vous vous promettez toujours qu'enfin le temps viendra que vous penserez au salut sans y penser encore; ah! souvenez-vous, mon cher auditeur, que c'est par là que tous les pécheurs ont péri jusqu'ici, et que c'est la grande voie qui mène à la mort dans le péché ; souvenez-vous que le pécheur qui désire souvent en vain, ne se convertit jamais. Plus même vous sentirez en vous de ces mouvements stériles de salut, plus aussi comptez que votre mesure se remplit, et que cha(jue grâce méprisée vous approche d'un degré de l'endurcissement ; ne vous rassurez pas sur des désirs qui avancent votre perte, et qui ont été de tout temps le partage des réprouvés ; et dites souvent au Seigneur avec le Prophète :« Jusques à quand, ô mon Dieu, amuserai-je les inquiétudes secrètes de mon âme par de vains [)rojets de pénitence ? Qnamdiu ponam cousilia in anima mea ' ? Jusques à quand verrai-je couler les jours rafàdes de ma vie, en promettant à mon cœur pour le calmer dans ses désordres, une douleur et un repentir qui s'éloigne toujours plus de moi ? Dolorem in corde meo pcr diem ^ ? Jusques à quand l'ennemi, se prévalant de ma faiblesse, se servira-t-il d'une erreur si gros-

' Ps. xu, 2.

2 Ibid.

quand vous avez dans le cœur un sincère repentir de vos fautes ; ou si vous vous en défiez, que ce ne soit que pour la rendre plus parfaite. Ne vous découragez jamais de la multitude, ni de l'horreur de vos iniquités : tout ce qui peut être pleuré , peut être pardonné. Rachetez tous ces jours mauvais que vous avez passés dans le crime, et ils seront devant Dieu comme s'ils n'avaient jamais été. Vous commencerez à naître devant lui ; mille années de péchés ne sont plus qu'un jour, lorsque le repentir sincère en a effacé l'iniquité. Il est le pasteur des brebis égarées, le père des .enfants perdus , l'ami des Samaritaines, le protecteur des femmes adultères, le

GRAND-CARÉME.

sière pour me séduire? Usquequo exaltabitur inimicus meus super me '? Ah ! dissipez, Seigneur, ce vain prestige qui m'abuse ; regardez ces faibles désirs de salut comme les cris d'une conscience qui ne peut être heureuse sans vous ; acceptez ces timides commencements de pénitence ; exaucez-les aujourd'hui, ô mon Dieu , où il me semble que votre grâce les rend plus vifs et plus sincères : Respice, et exaudi me, Domine Deus meus * ; et achevez par votre opération secrète ce qui manque encore à la plénitude et à la sincérité de cette offre; et perfectionnez mes désirs en les recevant, afin qu'ils soient dignes de la récompense que vous promettez à la faim et à la soif de la justice ».

Ecoutez, dit le Seigneur dans son Prophète à l'âme infidèle, vous qui vivez dans la mollesse et dans les |)laisirs, et qui ne laissez pas d'espérer en moi : Audi hœc, delicata, et habitans confidenter '; ces deux malheurs fondront tout à la fois sur vous, la stérilité et le veuvage : Ventent tibi duo hœc, . . . sterilitas et viduitas'' ; la stérilité, c'est-à-dire que vous ne serez plus propre à porter des fruits de pénitence ; qu'on aura beau cultiver, arroser; la force de ma parole, la vertu de mes sacrements , la grâce de mes mystères, tous les soins vous seront inutiles, et vous ne serez plus qu'un arbre stérile et destiné au feu ; le veuvage, c'est-à-dire je me retirerai pour toujours de vous ; je vous laisserai seule ; je vous livrerai à vos penchants, à la fausse paix de vos passions; je ne serai plus votre Dieu, votre protecteur, votre époux ; je vous abandonnerai jusques à la lin : Audi hœc, delicata, et habitans

* Ps. Xll, 3.

» ls.,XLVJI, 8.

♦/Wd,9.

confidenter .... venient tibi duo hœc,... sterilitas et viduitas.

Mais dois-je finir ici mon ministère, mes Frères, par les paroles dont se servit autrefois Jésus-Chiist en finissant sa mission vers un peuple ingrat ? Vous n'avez pas voulu croire à mes discours, leur disait-il peu de jours avant sa niort, vous avez fermé les yeux à la lumière, vous avez eu des oreilles et vous n'avez pas entendu; je m'en vas, et vous mourrez dans votre aveuglement. Si vous étiez encore des aveugles et que vous n'eussiez jamais connu la vérité, votre péché serait plus excusable ; mais maintenant vous voyez , je vous ai annoncé les vérités que j'avais apprises de mon Père, et voilà pourquoi votre péché n'a plus d'excuse ; votre endurcissement est consommé ; vous avez rejeté le salut qui ne s'offrira plus à vous, et le crime de la vérité méprisée va demeurer jusqu'à la fin sur votre tête.

Grand Dieu ! serait-ce donc là le prix de mes peines et tout le fruit de mon ministère ? L'indignité de* l'instrument dont vous vous êtes servi pour annoncer votre parole, en aurait-elle anéanti la vertu, et mis un obstacle fatal au [)rogrès de l'Evangile? Non, nieschers Frères, la verlu de la parole de la croix n'est pas attachée à celle du ministre qui l'annonce. La boue, entre les mains du Seigneur, peut éclairer les aveugles; et les murs de Jéricho tombent, quand il lui plait, au bruit des plus fragiles trompettes. Je me confie donc dans le Seigneur pour vous, mes Frères , qu'ayant reçu sa parole avec joie, comme le disait autrefois saint Paul aux fidèles de Corinthe, que l'ayant reçue non pas comme la parole d'un homme faible, pécheur, environné de misères, tout propre à anéantir l'ouvrage de l'Evangile et indigne d'un si grand ministère , mais

reconcilialeur des femmes pécheresses : il est tout prêt à pardonner quand on revient sincèrement.

Mais aussi ne pensez pas qu'il vous reçoive sans ce repentir sincère, sans ce changement entier que cause la pénitence. Souvenez-vous que c'est par là que tous Us pécheurs ont péri ; que c'est la fausse coiifiance qui en a fait tomber dans le précipice un si grand nombre, et que le repentir seul est la grandie voie par où l'on peut arriver à la miséricorde ; plus vous vous sentirez ému, plus vous aurez heu de vous condi-r; mais sans cila déliez-vous toujours; comptez que chaque giâce niépriîée vous reproche vos désordres , et ne vous rassurez jamais sur des signis qui ont élé les caractères de votre réprobation ; dites pUiiôl avec le Prophète : «Jusqu'à quand, Seigneur, détournerez vous votre face de dessus moi, et livrerezvous mon âme à des pensées déréglées, comme vous y livrez tous les pécheurs qui vous ont abandonné ? Vsquequo, Do-

mine, oblivisceris me in finem ? Usqueqtto avertis faciem tuam a me? Jusqu'à quand laisserez-vous mon âme inquiète, flottante, irrésolue, et formant tous les jours de nouveaux projets de pénitence sans les exécuter jamais ? Quumdiu ponam consiliu in anima mea , dolorem m corde meo per diem ? Jusqu'à quand permellrez-vous que je passe le cuurs de ma vie à vous promettre un lepenlir sincère ^ans jamais icuir ma proraessi' ; un cliangeuieiit véritable, qui s'éloigne toujours de mon cœur '? Uolurem in corde meo per diem ? iiissi^iez ce vain fantôme, ces frivoles projets auxquels je borne ma conversion ; ne permeUtz pas que je suive la nialheurt!use pente de ce cœur que vous ne m'avez donné que pour vous et qo« j'ai injustement tourné du côlé des ciéaluies ; prévenez IM malheurs qui me menacent , et qui tombent sur les péclieun qui portent leur endurcissement et leur vaine confiance jusqu'à la mort \ éclairez mon esprit de peur que je ne périsse dam

LUNDI DE PAQUES : SUR LA FAUSSE CONFIANCE. 431

comme la parole de Dieu même, elle fructi- avez retiré , je serai votre défense et votre

fiera en vous, et qu'au jour terrible des ven- justification, et vous ma gloire et ma cou-

geance?, où l'on demandera compte à moi de ronne. C'est ce que je vous souhaite*. Ainsi

mon ministère, à vous du fruit que vous en soit-il.

* Ces dernières paroles, pleines d'une émotion chrétienne, représentent bien les craintes et les désirs du grand orateur. Son huinililé n'est rassurée que par sa confiance dans le Seigneur. Ces vœux, ces touchants sentiments de retour de Massillon sur son ministère apostolique, qui ne se trouvent pas dans les recueils de Trévoux, ont sans doute été formés et exprimés seulement lorsqu'il allait descendre pour toujours des chaires de la cour et de Pari?.

mes honteuses ténèbies : Illumina oculos meos ne unquam d'une conscience touchée qui ne peut être heureuse sans vous ; obdormiam in morte ; regardez me? faibles désirs, non comme exaucez-les , ces désirs que je forme ; fortifiez-les et me rcde vains projets de pénitence, mais comme les premiers cris gardez en pitié : Respice etexaudime.

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