DEUXIÈME PARTIE
11 est assez surprenant, mes Frères, que la fausse confiance prétende trouver, dans la religion même, des motifs qui l'autorisent, et qu'elle prenne la plus criminelle de toutes les dispositions pour un sentiment de salul et un fruit de la foi et de la j:ràce. En etl'el, le pécheur, qui, sans vouloir sortir de ses désordres, se promet un changement, allègue pour justifier sa présomption : premièrement, la puissance de Dieu, qui tient entre ses mains les cœurs des hommes, qui dans un instant
' Prov., xxviii, 14.
peut changer la volonté, et à qui il n'est pas plus difficile de faire naître l'enfant de la promesse d'une vieillesse stérile que d'un âge plus fécond ; secondement, sa justice qui, ayant pétri rho'ume de boue, c'est-à-dire faible, et avec des penchants presque invinciblis pour le plaisir, doit avoir quelques égards à sa faiblesse, et lui pardonner plus facilement des fautes qui lui sont comme inévilables; enfin, sa miséricorde toujours prête à recevoir le pécheur (|ui revient à elle. Or, mes Frères, il est aisé (rôter à la fausse confiance dos prétextes si imlignes de la piété, et de montrer que la disposition du pécheur qui présume, outrage Dieu dans toutes les perfections dont nous venons de parler. Souffrez que je vous en expose les raisons, et continuez à m'honorer de votre attention.
En premier lieu, lorsque vous concevez un Dieu puissant, maître des cœurs, et changeant comme il lui plaît les volontés rebelles des hommes, n'est-il pas vrai que vous concevez en même temps une puissance réglée par la sagesse, c'est-à-dire qui ne fait rien que de conforme à Tordre qu'iUe a établi? Or, le pécheur présomptueux attribue à Dieu une i)uissance aveugle, qui agit sans discernement. Car, (juoiqu il puisse tout ce qu'il veut, néanmoins, connue il e; t inlinimenl sage, il y a un ordre dans ses volontés; il ne veut pas au hasard, et tout ce qu'il fait a ses raisons éternelles dans les secrets de sa divine sagesse. Or, il est clair que cette divine sagesse ne serait pas assez justifiée devant les hommes, si la grâce de la conversion était enfin accordée à la fausse confiance. Car, dites-moi, pour mériter
facientem ! Heureux celui que sa vertu même ne ra?sure pas sur sa destinée ; et qui croit non-seulement que les grands péchés , mais même les plus iéi;ères imperfections en corrompent le mérite devant Dieu , et qu'il n'y aura que les parfaits qui seiont dignes de ses récompenses ! Mais quelle idée nous donnez-vous de Dieu, diront ces pécheurs? C'tst une idée digne de lui ; et après vous avoir montré que 1 idée que le pécheur se forme de la miséricorde de Dieu dans le délai téinéraire de sa conversion, est loul à fait insensée, je v^is vous faire voir qu'elle est tout .i f.iit injunciiNr ,r Im. ii. i.\:A ma seconde partie.