‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 3)Chapitre 12 sur 45 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Ou^uw prince du sang de nos rois ait eu de la valeur , c 'eist un privilège de la naissance ^ plutôt qu'Hun mérite dont on doive faire honneur à la vertu.

Le courage et Tintrépidîté sont parmi eux des biens héréditaires ^ ainsi que les sceptres et les couronnes ; et comme on ne les loue pas d'être nés princes ^ on ne doit pas les louer d^étre nés vaillans.

Oui^ Messieurs ^ que le prince de Contî nVût rien ici de plus personnel , que de n^avoîr pas dégénéré du courage de ses augustes ancêtres^ leur histoire toute seule auroit embelli son éloge , et il eut fallu chercher dans la gloire de son sang^ . le plus noble de Funivers , les distinctions qui auroient manqué à sa personne.

Mais plus grand encore par Félévalion de son ame^ que parcelle de sa naissance^ quel puissant génie pour la guerre sa première jeunesse même ne moutra-t-elle pas en lui !

Quel goût pour tout ce que cet art a de plus pénible , dans un âge qui n^'a de goût que pour le plaisir ! quelle mtrépidité dans les périls ! mais

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«uelles vues ! quelles ressources ! quelle supé^riorité daus son iatrépîdité et dans son courage ! Né avec toutes les grâces que la nature partage aux autres hommes , la vivacité de Tesprit ^ la douceur des manières , les charmes de la conversation ^ les agrémens de la personne ^ les préé:minences du rang^ il entra dans le monde avec tout ce quHl faut pour y plaire et pour y périr. Dieu ^ qui sembloit lui ouvrir toutes les Voîqs des passions ^ lui fermoit en même temps celle» des secours et des remèdes.

Le prince son père , dont la pénitence édifioît TEglise , et honoroit la religion , une mort pré-r m^turée le lui ravit avant presque qu^il put Ip tK)nnoitre ^ et s'il ne perdit pas avec lui des ins-r tractions ^ qu'il a pu retrouver dans ses ouvrages^^ les monumens étemels de ses lumières et de sa piété ^ il perdit du moins des exemples qui assiur^i^t le succès des instructions.

O profondes dispositions de votre providence,^ 6 mon Dieu ! peu d'années s'écoulent ^ et meurt -encore la pieuse princesse qui l'enfantoit tous les jours à Jésus-Christ. Dieu qui couronne ses vertus^ ne paroit pas exaucer ses désirs. Mais laissonv croître les deux princes ses en&ns : les momeus de la grâce viendront ^ le dessein de Dieu s'ac^ complira ^ les larmes d'une mère sainte ne couleront pas en vain ^ et la race des jujstes ne périra pas.

Les grands talens qui distinguent les honimes dans leur état^ se manifestent d'abord par le goi^t

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qui les y porte. David encore enfant cherclidît parmi les lions et les ours , une matière à sa valeur, et se déroboit volontiers au repos delà vie champêtre, pour aller s''iustruire auprès de ses frères , au milieu des armées d'Israël.

Le goût du prince de Conti pour la guerre ^ fut le premier penchant que la nature montra en lui :; et ce n'étoît pas ce goût qui dans les autre» est dWdinaire une ardeur de l'âge , plus qu'une preuve du talent.

Guidé par la force de son génie , il se fit d'abord de Fart militaire une étude , et non pas un amusement : il comprit tout ce qu'il fall oit d'étendue , d'élévation , de sang-froid , de vivacité ^ de profondeur , de ressources , de connoissandes pour y exceller 5 et crut qu'un prince ne devoît compter pour rien de combattre , s'il ne se rendoit digne de commander,

A la lecture des anciens , et surtout des Commentaires de César, dont il traduisit les plus beaux endroits , il ajouta la recherche et la conversation des hommes les plus consommés dans la science de la guerre. Il les écoute, il les étudîe;j il en fait ses amis , pour être plus à portée d'en faire ses maîtres : il se rend propres les talens difierens qui les distinguent entre eux ^ persuadé que si la naissance peut donner les grandes dispositions , c'est l'application toute seule qui fait les grands hommes. ^

A la fleur de l'âge, né pour plaire, l'objet des regar^g et des souhaits de toute la cour , au

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milieu de tout ce frivole ^ il a des vues vastes et sérieuses : il pense déjà qu^un prince n^est aimable qu'^autant qu'ail est grand ^ et que les traita qui le rendront immortel ^-^ doivent être plus' gravés dans la beauté de ses actions ^ que dans le§ charmes de sa personne.

Vous commenciez dès lors, 6 mon Dieu ! F ouvrage de vos miséricordes ^ et en lui formant ce caractère sage et solide , vous le prépariez à se désabuser enfin de ce qui n'^est que folie et vanité.

La France jouissoit alors d^une paix que nos victoires et la modération du roi , venoient de donner presque à toute TEurope. La seule Hongrie étoit encore le théâtre de la guerre. Les Turcs ^ fiers de leurs conquêtes passées , menaçoient le nom chrétien. Le prince son frère y vole. Sur des pas si chers , marche celui que nous pieu-» rons : ses réflexions cèdent à sa tendresse^ la complaisance Y y mène , et la gloire Fy attend.

Un charme secret attaché à sa personne luigagne d'abord tous les coeurs. Dans un pays si opposé à nos mœurs, si ennemi du nomfrançois^ au milieu de la rudesse germanique , il trouve' les mêmes applaudissemens qu'^à Versailles^ et ses charmes tout seuls vainquent déjà la fierté d^une nation , siu* laquelle sa valeur doit remporter ua jour bien dWtres victoires.

Oublions pour un moment tout ce qu^il fait de glorieux durant cette campagne : voyons-le attaché au prince Charles de Lorraine, général

des troupes de Tempire^ ce grand homme donff' la France ^ équitable même envers ses ennemis ^ respectera toujours la mémoire.

Quel goût dans ce célèbre général pour notre jeune héros ! quelle surprise de lui trouver à son âge ce que les années ne donnent pas aux hommes ordinaires ! quelle joie même de voir couler si glorieusement en lui le sang de France ! ce sang qu^il aima toujours^ quoique les malheurs et les enchainemens de sa vie lui eussent formé d^autres destinées,

A Ées pas s"*attache le prince de Conti. A Taction ^ dans les conseils ^ dans les entreprises ^ dans les sentimens du cœur ^ dans le cours ordinaire de la vie ^ il ne perd pas de vue ce grand modèle ^ et Tusage qu'il fait de son séjour parmi Bios ennemis ^ c^est de s^instruire dans Fart de les vaincre. Nouveau Moïse , il n''étudie en Egypte les secrets de la science des Egyptiens^ que pour devenir bientôt après en les quittant^ un des conducteurs du peuple qui doit briser leur orgueil , et htmûlier leur empire.

Mais il étoit réservé à une main encore plus habile d'achever ce grand ouvrage.

De retour de Hongrie ^ le prince de Conti va essuyer à Chantilly les larmes qu'il venoit de ré- -pandre sur le tombeau du prince son frère.

Là ^ dans un glorieux loisir ^ le grand Condé jouissoit du fruit de s^ réputation et de ses victoires ^ et ayant jusque-là vécu pour la postérité , il vivoit enfin pour lui-même.

Le

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