ARCHEVÊQUE DE VIENNE
Ambulayît pes meus iter rectam à juvenlnte meâ; .... JBielattts sum bonum , et venter meus coaturbalus est 9 proptereà bonam possidebo possessionem.
J'ai marché dans la droiture depuis ma jeunesse; .... j^ai eu du zèle pour le bien , et mes entrailles ont été émue^ sur ie& mise I es de mon peuple; et je posséderai Un héritage éternel. Au chap. Si de l'Ecclésiastique, if^ ao. et suiy.
JcLiTois-jE destiné , Messieurs , à rendre ce dernier devoir à la mémoire de notre pieux prélat? et le ciel n^avoit-il donc permis que je vinsse être le témoin de sa vie , que pour me ménager , ce semble^ de loin un si triste et un si lugubre ministère? Contraint tant de fois par sa modestie i supprimer ses louanges dans la chaire évangé-»lique , falloit— il que je ne fusse autorisé à les publier que par sa mort ? Il est donc vrai , que le premier hommage public que sa vertu devoit avoir de i|ioi ^ sepoit un éloge funèbre.
C^est ainsi ^ 6 mon Dieu ! que du haut de votre S£^es5e ^ vous réglez no$ destinées : c''eât
f$ OIAISON FUT7ÈBnE
ainsi que confondant nos conseils ^ surprenant nos désirs et anéantissant nos espérances^ vous affermissez notre foi : c'est ainsi que diversifiant vos voies ^ vous instruisez notre vigilance.
Celui-ci^ dit Job^ consumé de langueur et d'infirmités ^ vok de loin Fappareil de son sacrifice ^ exhale chaque jour une portion de son ame ^ et se sent mourir mille fois avant que d'avoir pu mourir une seule : Fautre encore plein de force et de santé ^ est firappé soudain ; son ame tout entière ^ pour ainsi dire , devient la proie de la mort ^ et entre les horreurs du tombeau et les délices d'une santé parfaite ^ ne met presque que le dernier soupir d'intervalle.
Heureuse l'ame qui pendant ses jours les plus sereins a su prendre des mesures contre la surprise des vents et de l'orage ! heureuse celle qui ayant toujours marché dans la droiture^ a eu du zèle pour le bien ^ et dont les entrailles ont été émues sur les misères publiques ! Ah ! qu'une lente infirmité lui annonce de loin le jour du Seigneur , ou qu'un coup imprévu vienne à l'instant lui ouvrir les portes étemelles ^ sa mort peut être différente , mais son immortalité sera toujours la même.
Ne cherchons point aujourd'hui d'autre consolation ^ chrétiens : vous ne verrez pas dans cet ^rloge de ces événemens édatans , où l'orateur peu instruit de son ministère , vient dans ce lieu saint étaler avec art la figure d'un monde pro&ne^ et jusque sur le tombeau, fatal ^ domne du corps
DE Jff. DE YILLABS. *}
et de la réalité au fantôme que le siècle adore.
Je n''ai à vous entretenir ici ^ Messieurs ^ ni de ces négociations importantes , qui , arrachant le pontife du sanctuaire ^ le rengagent dans- le tumulte du siècle , et sous le spécieux prétexte du bien public Fautorisent à violer ses devoirs particuliers 5 ni [de 'ces intrigues pénibles ^ où Ton voit les interprètes des secrets du ciel devenir les dépositaires des mystères des cours ^ les sentinelles de Jérusalem ne veiller presque plus qu^à la défense de Jéricho, et les docteurs des tribus d'Israël se glorifier d'être les législateurs des nations.
L'histoire de notre pieux prélat n'est mêlée qu'avec celle de son diocèse : ses jours ne sont marqués que par les fonctions de son ministère ^ ses emplois se trouvent tous renfermés dans ses devoirs ^ et pour savoir ce qu'il a fait , il suffît de savoir ce qu'il a du faire.
Nous tirerons donc du sanctuaire même les ornemens sacrés , qui vont servir d'appareil aux funérailles de l'oint du Seigneur^ nous ne prendrons que sur l'autel les fleurs que nous allons jeter sur le tombeau du prince des prêtres. Lé siècle qui n'eut jamais de part à ses actions , n'en aura point aussi à ses louanges. Nous sortirons de VEgypte pour rendre les devoirs suprêmes à cet autre Jacob : mais les pompes de Pharaon ne viendront plus comme autrefois jusque dans une ' -terre sainte , honorer les cendres et 1^ mémoire des patriarches.
Ce n'est pas que j'ignore là-dessus les vaineà
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pensées des mondains. Admirateurs insensés de cette vicissitude de fantômes , sur quoi roule tout le siècle présent ^ il leur faut des spectacles pour les frapper , de vastes projets , des entreprises éclatantes , des emplois tumultueux. On a toujours chez eux des vertus obscures, quand on n^a pas des vices glorieux :j et ce n'^est guère qu''aux grands défauts , qu''ils savent accorder le nom de grand mérite.
L^innocence des mœurs, la bonne foi, Taffabilité, la clémence, Tapplication à ses devoirs, la miséricorde , ont je ne sais quoi de tranquille et dWi , qui ne donne rien aux spectateurs. Les merveilles de la foi n^ont pas le même privilège que les illusions des sens. Ce qui sert de spcc^ tacle à Dieu et aux anges , paroit à peine digne de Fattention des hommes. On diroit que pour mourir avec honneur , il faut avoir su être autre chose qu^homme de bien. La solennité .des éloges veut presque être soutenue par le faste du héros qu''on loue ^ et il semble que Forateur nVi jamais plus besoin d''art , que lorsqu'il n'a qu'à louer la vérité et la justice.
Telle est la prudence du siècle, je le sais : mais viens-je ici pour donner du poids aux coutumes d'Egypte, durant la solennité même de l'immolation de l'Agneau ? viens-je par un discours profane, suspendre l'attention des ministres gravement assemblés autour de l'autel et appliqués au sacrifice , ou aider leur recueillement avec la parole évangélique? viens-je mêler aux chants
• E M. BE yiLLAKS. ^
lugubres de la triste SioQ les cantiques de Baby— lone?- viens-je en un mot ^ honorer mon ministère ^ édifier votre piété , ou respecter vos erreurs , et dégrader rhonneur du sacerdoce? Ah! ce n'^est pas ici un de ces préludes artificieux ^ où Torateur semble acheter le droit d^être tout profane , en promettant d^abord qu''il ne dira rien que.de saint ^ et où Ton ne voit de chrétien, que des précautions pour ne Têtre pas. Bien de ce qui va s^éteindre au tombeau, ne brillera dans cet éloge funèbre.
Ce ne sera pas même une histoire inconnue.
Ce que vous avez vu^ entendu, et touché presque de vos mains , ce sera ce que nous annonce— roos« Je parle d^un pasteur qui n''a jamais perdu ^on troupeau de vue. Llntégrité de ses mœurs ^ Tapplication aux fonctions de son ministère , la provision de ses trésors , qui vont faire le sujet de cet éloge , ont mille fois servi de matière aux vôtres : et s'il étoit permis au peuple affligé qui m'*écoute , de le dire ici à ma place , il diroit comme moi , que sa vie fat toujours réglée par la loi : ^mbulavit pes meus iter rectum à juventute medj que son autorité fut toujours utile à TElglise : 2^latus sum bonum} et que ses richesses furent toujours prodiguées aux pauvres : Et venter meus conturbatus est» Représentons— le ' donc comme un homme juste et irréprochable, comme im pontife fidèle , et coïnme un père charitable.
C'est réloge que je consacre à la mémoire de Messire Henri de YiUars , archevêque et comte
jO (ORAISON FWNÈBRE. ^
de Vienne^ primat des primats. Esprit-Saînt ^^ mettez dans ma bouche cette parole efficace , ce glaive à deux trauchans^ qui en faisant le dis*, cernemeiit des pensées du juste , aille faire d^ douloureuses séparations dans le cœur du pécheur^ et qui n^élève ce p^eux et lugubre monument a, la religion , qu^ sur les débris de Fidole du mondie.