‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 3)Chapitre 23 sur 45 · DUCHESSE D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

DUCHESSE D'ORLÉANS

Snrrexenint filii ejus, et beatîgsîmam praedicaverunt; vît tins» ^t laudavit eam; et laudent eam ia portis opéra ejus*

Ses enfana Vont appeUe hienhmireuse; son époux Va êomhlée de louanges', et ses actions ont fait son éloge dans toutes les assemblées publiques* Proy. 3i. a8. 3l.

EXPRÈS ces éloges publics et domestiques^ que nous resteroit-il à dire sur les louanges de trèshaute^ très-puissante et très-excellente princesse, Madame , duchesse d^Oi*léans', si nous ne venions ici que pour la louer plutôt que pour vous instruire ?

Nous venons rendre de tristes et pieux devoirs à sa mémoire : la religion les consacre^ la piété les justifie, et la douleur publique les exige. Mais en vous rappelant ses vertus, qui seules peuvent nous consoler dé sa perte , que prétendons—nous , que vous rappeler à ce moment fatal , et peut-être proche où , dégradés, devant Dieu d« votre rang et de vos titres , ce que vous aurez fait pour le salut , fera seul notre consolation et votre éloge ?

ia6 OUAISON FUNÈBRE

Eh ! quelle autre image pourrions-nous vous offrir au milieu de cette cérémonie lugubre ^ et dans ce temple (i) auguste surtout , où sont exposées de toutes parts les tristes dépouilles de la grandeur humaine ;; où les sceptres et les couronnes brisées rappellent à peine le souvenir de ceux qui les ont portées ^ où toute la magnificence des souverains est renfermée dans celle de leurs tombeaux ^ où les cendres de tant de prince que nos ,yeux ont vus , et qui faisoient nos plus .douces espérances^ fument encore^ et où le grand, roi lui— même , que nous avons tant pleuré ^ n'*est plus que poussière ?

Quel spectacle pour les yeux mêmes de la chair ! Madame depuis long— temps ne le perdoît plus de vue : elle ne parut survivre à toutes les pex'tes de la maison royale , que pour attendre la mort avec plus de courage ^ et s'y disposer avec plus de foi : elle vit de plus près le néant de tout, et ne crut digne d^elle que ce qui étoit digne de Timmortalité.

Ne craignons donc pas de mêler aux prières de TEglise , et à la solennité des saints mystères , des louanges honorables à TEglise , et dont le vice seul doit rougir. Nous les devons à Tamour des peuples, qui les publient^ au deuil de toute la nation , qui la regrette :; à la douleur amère d'un auguste fils (2) , qui la pleure ^ aux larmes

(1) L'église de Saïut-Denis» où sont les tombeaux de nog rois*

(2) Philippe! du« d'Orléans, régent de France.

DK MADAME. ZSlJ

d^une maison désolée dont elle fut toujours la mère plutôt que la maîtresse : nous nous les de-« Tons à nous-mêmes ^ et de tous ceux qui m^'é^ coûtent ^ en est— il peut-être un seul que la bonté de cette princesse n^ait honoré de quelque marque particulière de bienveillance^ et qui^ dans la perte publique ^ comme le disoit saint Ambroise d^un empereur^ ne pleure encore une perte qui lui est personnelle ? Omnes enim tanquàmparentem puhticwn obiisse domestico Jletu doloris illa-* crymant , suaque omnes funera dolent, ( In qbit. Valent. )

Epouse fidèle ^ mère tendre ^ maltresse douce et bienfaisante ^ princesse chrétienne ^ c^est-à— dire ^ devoirs domestiques et publics ^ toujours remplis durant le cours d^unc longue vie ^ avec décence ^ avec noblesse ^ avec humanité ^ avec religion. Vous la reconnoissez à ces traits simples et peu recherchés^ ils suffisent à la vérité^ et son caractère est son éloge. C'est par vous seul ^ ô mon Dieu ! que sou éloge peut devenir notre instruction.

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