PREMIÈRE PARTIE
JjA cour étoît à peine consolée de la mort d'Henriette d'Angleterre (i) quand l'Allemagne la remplaça à la France par la princesse que nous pleurons. Née des anciens souverains du Rhin , eUe
(I) Première femme de Monsieur 9 frère aniq^ue du roi Louis le grand.
vint se mettre à côté du trône ^ où sa naissance auroit pu la placer ^ et les couronnes étrangères lui parurent moins brillantes que Thonneur de toucher de près^ par un mariage auguste^ à celle de Louis.
. De quelle gloire et de quelle, magnificence se vit-elle environnée dans ces jours fortunés de la monarchie ? Un souverain , maître de TEurope ç plus glorieux que tous ses prédécesseurs^ plus grand par Famour de ses peuples ^ que par le nombre de ses conquêtes : un époux aimable ^ et qui, aux charmes de la jeunesse, ajoutoit Thonneur des victoires et des triomphes : une cour, où nos guerres avoient formé tant de héros { où les largesses du prince attiroient tous les jours les plus grands talens^ où de nouveaux plaisirs se succédoient sans cesse:; où les monumens les plus superbes de la magnificence excitoient hi curiosité , et peut-être la jalousie de toutes les nations^ et où Texcès seul de nos prospérités pouvoit nous préparer de loin des, disgrâces.
Rappelons , sans crainte , ces temps heureux. Ils furent effacés, je le sais, par des jours de tribulation et d^amertume , qui leur succédèrent. Mais le Seigneur vouloit nous châtier^ il ne vou-« loit pas nous détruire. Le nuage depuis lpng-« temps 'se dissipe^ la lumière reparoit^ un nouveau soleil se lève sur nos têtes (i) :; une régence paisible et glorieuse lui a préparé les voies. C^est
[i] Loub XV reuoit d'être sacré > et alloit être déclaré majeitf.
le
le destin dé la France ^ ou plutôt , c''est de tout temps la conduite de Dieu sur un« nation qu il chérit. Nos malheurs ont toujours été les précurseurs infaillibles de notre élévation et de notre gloire.
Madame se montra à la France dans ces temps les plus heureux du dernier règne. La licence est d^ordinaire inséparable des prospérités : les bienfaits de Dieu noxis amollissent : nous tournons contre loi ses pitres dons; et Jes jours de ses faveurs sont presque toujours les jours de nos crimes. Au milieu de tant d^'écueils ^ où Texempl^ décide toujours des. devoirs^ la princesse pour qui nous prions demeum fidèle ; et Dieu ^ qui ▼enoit de la retirer du sein de Thérésie qu^ell« avoit sucée avec le lait , conserva le nouvel ou-r vrage de sa grâce. Livrée à Terreur par sa nais*» sance et par son éducation, un trait d^élection singulière ayoit été la discerner^ comme une autre Ruth ^ dans une terre étrangère ^ pour Fappeler à Fhéritage du Seigneur , et Tassocier à son peuple. Vos miséricordes , ô mon Dieu ! sont fidèles ) et vous les multipliez sur vos élus : les lumières de la foi ^ en dissipant les ténèbres de I esprit , ne percent pas toujours les nuages que rage et les passions forment autour du cœur : dociles aux vérités de la doctrine sainte ^ nou« n^en sommes pas moins rebelles aux devoirs qu''elle nous impose. Hélas ! les mœurs ne discernent presque plus le peuple de Dieu , des in-^ (Wconcis^ le Seigneur nVst pas plus servi dans,
îl3o OBAl'SON FtTNÈBRE
la Judée que dans Samarie^ et la face de la* terre , partagée par tant de doctrines diverses ^ ne montre presque partout que des hommes qui se i^ssemblent.
La fidélité de Madame à ses devoirs^ honora son retour à la foi. Entrée daiis la voie de la vérité^ elle y marcha d''uh pas noble et constant {. et de pein- que Terreur jalouse ne disputât à la grâce la gloire de son changement , elle le ratifia tous les jours par sa conduite.
Les liens sacrés du mariage ^ qui venoient de Rattacher au prince son époux ^ lui attachèrent en même temps toute sa tendresse : son cœur et • son devoir ne se séparèrent januis. La courméme^ qui ne pardonne jamais à ses maîtres ^ et qui outre toujours à leur égard et Tadulation et la censure^ en parla comme nous : il faut que }a vertu soit bien pure ^ quand le courtisan la respecte.
Vous ne tardâtes pas ^ A mon Dieu 5 dé répandre sur cette union sainte^ les bénédictions promises à la postérité de saint Louis! Un prince^ Tappui du trône:; Philippe (i)yle tuteur du rôi et de Fétat '^ le protecteur éclairé des droits du sacerdoce et de Tempire 5 le premier exemple d^une minorité pacifique ^ le modèle des princes bienfaisans ^ fut le premier fruit de vos promesses. Vous prévoyiez nos malheurs et nos pertes ^ et vous nous prépariez une ressource. Une nouvella fécondité honora encore les chastes amours de eet auguste hyménée. La France eu vit naitr^ i[Ti,] Le duc d'Orléans , >ég^iit de France^
I^Ë MADAME^. \ %is
»Tec joie une princesse (i), qui régnoit déjà sur tous les ctpeurs ^ et (jûe nous ne devions pas pos-^ »ëdér* Heureux les peuples qui la voient ! Au milieu du cakne et des plaisirs innocens d'aune cour paisible et ehrétîenne^ elle fait depiûs long'^ temps les délices de ses sujets ^ et le- lien de la monarchie avec une maison féconde en héros ^ et à qui la maison de France seule peujt disputer la gloire des siècles et Fantiquité de Pprigine.
Les sentimens de la nature perdent souvent leurs drdits d»ns le cœur des princes : élevf's audes^is de nous ^ li leur parçit trop vulgaire de p^uer et de sentir a>mme nous : nés les maîtres 4e& hommes ^ ils ne veulent pas même leur res^ semUer par Thumauité ^ et ^ destinés par leur naissance à élre les pères des peuples ^ ils se font quelquefois une honte de ce titre aimable à regard mbéme de leurs enfans. Fausse grandeur que Madame ne connut point : elle crut que les devoirs et les sen timons de la nature étoient les plus nobles ^ parce qu^ils étoient les plus anciens^ que la simplicité des premières mœurs avoit plus de dignité et de véritable élévation ^ que tout le faste de nos usages ^ et la princesse la plus ma-* jestueuse que la France ait vue ^ fut en même temps la mère la plus tendre*
Doi»-je en attester ici les larmes du prince
affligé qui m^écoute ^ et ne point ménager sa
douleur? Mais ces chères cendres parleroientà
ma place ; et c^est le consoler ^ que de rappeler
-un ^sou venir même qui Fafflige*
[i] La dachesse de Lorraine.
*^3!2 •RAIS«lf FUNÀBKK
Quelle tendresse ressembla jamais à ceUe de Madame pour ce prioce auguste ? ses yeux pourvoient à peine suffire à le Yoir ^ et son cœur à Vaimer* Quelle joie^ quand elle vit; briller dan^ son en&nce presque ^ les es{)éran€es de ces grands talens ^ et de cette supériorité de lumières ^ que la yariété et Timmensité des connaissances cultivèrent depuis ^ que les victoires ennoblirent ^ «t qu^une régence mémorable éternisera dans nos annales ! Elle le vit^ sans Tavoir désiré ^ comme la mère des enfans de Zébédée ^ assis par le droit 4e sa naissance ^ à la première place du royaume ^ dépositaire du sceptre;; maître de nos destinées et de celles de Fétat : et plus touchée de sa gloiœ que de son élévation ^ elle vit alors afec des larmes de tendresse ^ dans le cœur de tous les François ^ les mêmes sentimens d^amour que ceux qu^elIe avoit pour son fils^ et toute là naticm Tadopter ^ si je Fose dire ^ comme son enfant ^ dans le temps qu^elle le choisissoit pour scm -maître. Mais nous pouvons Fajouter ici ^ son salut Fintéressoit encore plus que sa grandeur. Comme une autre Monique, elle Fenfantoit tous les jours ■ par ses prières et par ses larmes : elle n^ofTroît jamais à Dieu le sacrifice de son cœur et de ses lèvres, sans lui demander qu^U jetât enfin des regards de miséricorde sur ce cher enfant. Et que lui restoit-il en effet à désirer pour lui , que la gloire des saints?
Une princesse vertueuse Favoit déj.à rend^ père d^ime nombreuse ûtmiUe : elle voyoit les
DE MADAMIÈ. * 233
en&ns de ses enfans : un jeune prince (i) dont les destinées rassurent Tétat et affermissent le trône : des princesses (2) régner dans les plus brillantes cours 4e TEurope :, PEspagne nous envoyer (3) et recevoir de nous les gages précieux d^nne union éternelle: le feu qui avoît paru s^allumei: ^ éteint par des alliances sacrées : le sang royal réuni à sa source^ et par Thabileté d^un ministre^ pour qui les difficultés mêmes senïblent devenir des ressources ^ le fruit de nos victoires et de nos pertes ^ conservé à Fétat :; et une couronne qui nous avoit tant coûté ^ et que la valeuir du prince ^ que nous consolons ^ avoit assurée au -petit-fils de Louis le Grand ^ mise sur la tète de la princesse sa fille. C'est ainsi ^ ô mon Dieu ! que les profondeurs de votre sagesse disposent les évéuemens ; et qu^en paroissant ébranler les empires que vous protégez^ vous ne voulez qu'en affermir le trône ^ et en accroître la domination et la puissance.
Peuples déjà si rapprochés par la valeiur ^ et rpar les guerres mêmes qui vous avoient toujours : divisés^ et aujourd'hui si unis par le sang même ^de nos maîtres ^ puissiez— vous transmettre , avec la succession de vos rois , cette alliance sainte aux races future» ! que les deux peuples ne
(1) I^e duc de Chartres.
, (:.) La princesse de Modène, la reiue d'Espagne, femme de Louis I.
. £^3 L'infante d'Espagne, destinée à être reine de Ftanœ» retoiiiuce depuis a -Madrid.
â34 ORAISON FUNÈBRE
forment jamais quW peuple ! que les campagnis ne voient jamais nos étendards opposés ^ et les lis déployés contre les lia! que cette alliance resserrée par tai^t de nouveaux Uens ^ devienne la loi fondamentale des deux monarchies ! qm Tame de Louis le Grand^ qui en a été le principe^ en soit le nœud étemel ! et puissent les deux nations ^ pour se soutenir ^ se prêter jusqu'^à la fin des âges les mêmes armes qu''elles ayoient , employées pour se détruire !
Mais faisons-nous honneur ici à Madame d^uae tendresse maternelle ^ où la nature a ^ ce semble ^ plus de part que la vertu? Oui, mes Frères, et nous devons cette consolation à la douleur du prince qui la pleure. Un cœur qui aime ce qu^il doit aimer, est toujours digne d^éloge:; et ce n''est que par vertu qu'on satisfait aux devoirs de la natme* Mais d'ailleurs , Madame aima les princes ses enfans , en mère , en princesse , en chrétienne. Ce n'étoit pas ici nue de ces sensibi-' lités vulgaires que les fbiblesses déshonorent , et où. à force dé donner tout à la tendresse , on ne donne rien à la raison et au dévoir. Quelles leçons de.grandeur, de dignité, de bienséance , de sagesse , furent les fruits de son amour ma-temel ! ïnais quels exemples encore plus puissans que les leçons ! Vous en conserverez un tendre et étemel souvenir , famille désolée ^ et vous honorerez sa mémoire en imitant ses vertus. Et vous , pieu se Adélaïde (i) , qui , cachée dès vos
(i) Louise Adélaïde d*Orlésia$i at|b«S6c de Clit;llfs.
DE MAÛAMC. 23$
plus jeunes ans dans le secret du sanctuaire^ avez préféré Topprobre de Jésus-Christ à tout ce que le siècle peut laisser espérer de plus éclatant^ vous ne cesserez de demander aux pieds des autels^ que vos vœux et les nôtres sur les destinées de votre auguste maison^ s'^accomplissent*
Rien en efiet n^est plus rare pour les grands , que les vertus domestiques : la vie privée est presque toujours le point de vue le moins favorable à leur gloire. Au-dehors , le rang , les hont^ mages , les regards publics qui les environnent ^ les gardent^ pour ainsi dire^ contre eux-mêmes: toujours en spectacle^ ils représentent:; ils ne se montrent pas tels qu'ils sont. Dans Fenceinte de leurs palais ^ renfermés avec leurs humeurs et leurs caprices , au milieu d'*un petit nombre de témoins domestiques et accoutumés , le personnage cesse ^ et Thomme prend sa place et se développe.
Ici nous pouvons tirer le voile ^ et entrer sans crainte dans ce secret domestique , où la plupart des grands cessent d'hêtre ce qu^ils paroissent. Ce qu'ail y a eu de privé et d'intérieur dans la vie de Madame , est aussi grand et aussi re^ec -< table que ce qui en a paru aux yeux du public.
Dites-le ici à ma place ^ témoins affligés et fidèles de Thumanité^ de la douceiur et de Tégalité d'aune si bonne maltresse! Aviez-vous à souffrir de son rang ou de ses caprices ? votre zèle n'étoit-il compté pour rien? vom croyoît-elle trop honorés de lui sacrifier vos soins et vos peines?
!»36 ORAISON F0NJfBtE
VOUS regardoit-elle comjne des victimes Touéçs k 1a bizarrerie et à Fliumeur dVn maître ? sentiez— vous votre dépendance .que par ses égards et ses attentions à vous Fadoucir? en satisfaisant à vos ^services y pouviez— vous satisfaire à toute votre tendresse pour elle? votre cœur n''alloit-il pas toujours plus loin que votre devoir? et quel chagrin avez-vous jamais senti eu la servant^ que la crainte de la perdre et la douleur de Favoir .perdue? L"'abondance de vos larmes répond pour vous ^ et plus vivement que mes foibles exprès-' $ions^ elle fait son éloge et le vôtre.
Oui ^ me^ Frères , au milieu de sa nombreuse maison ^ Madame n^étoit plus une maîtresse ^ . c'^étoit une mère affable et bienfaisante ^ dépouillée de sa grandeur ^ sans Fétre jamais de sa dignité, elle descendoit avec bouté dans le détail des peines et des besoins des siens. L^élévation est d'ordinaire^ ou dure , ou inattentive ^ et il suffit,, ce semble , d'hêtre né heureux , pour n'être pas .né sensible. Madame , avec un cœiu* élevé ^t digne de Fempii^e , avoit un cœur plus humain et .plus compatissant que ceux mêmes qui naissent pour obéir.
L'enceinte de sa maison ne borna pas , vous le savez , son inclination bienfaisante : son crédit fut toujours une ressource publique : nous trour vîons tous en elle une protectrice assurée : Faccè^ n^étoit pas même refusé aux plus inconnus ^ et Je besoin , ou la misère seule , devenoit le titre ^ui doaùoit droit de Fapprocher* Si les regret^
de là recofinoôssance sont les plus sincères et les plus sûrs ) quel deuil a jamais dû être plua uni-^ versel ?
L'autorité de la régence ne lui parut même souhaitable rpour le prince son fils^ que par la possession où ce nouveau rang alloit le mettre de faire des grâces, ^événement a été encore plus loin que vos désirs^ princesse si digne de Bos regrets ! Les faveurs du prince sont aufourdliui écrites dans les titres de nos plus illustres maison^ ^ et en perpétueront les honneurs et les prééminences : chaque jour de son admi,nistration a été le jour de ses bienfaits ;; et la reeonnoissaiU)e s'^est plutôt épuisée que ses largesses. ^
Il n'est pas étonnant que le cœur de INfadame^ si sensible aux besoins et aux intérêts des pe]>- ' sonnes les plus indifférentes ^ fût si tendre et si fidèle pour ses amis. L'amitié est le seul plaisir presque que la plupart des grands font gloire de s'interdire. Prévenus que les hommes leur doivent tout , ils croient ne leur rien devoir eux-mêmes^ et que c'est assez payer leurs empressemens , que ^ de les souffrir. L'amitié plus sincère , et dès-là moins rampante et moins empressée que l'adulation ^ leur paroit un hommage sec et aride: leur ' attachement même et leur confiance n'est qu'un goût passager qui les gêne et les ennuie bientôt ^ et dont ils se débarrassent comme d'ime contrainte» •Ainsi vivant seuls ^ dès qu'ils vivent sans amis au milieu de la multitude qui les environnée ^ leurd vices font des adulateurs 5 ■ leurs bienfaits des
ingrats^ leurs vertus mêine^^ des ceuseui^ injustes. Madame eut pour ses amis , celte confiance et cette fidélité , dont on cherche depuis long-temps des ex^nples même p^rmi les hommes du commuiK Un ami lui parut toujours le bien le plus précieux de la terre y et qui honore même les ^princes et les rois. Tous les autres biens ^ nous les devons ou à la fortune^ ou à la naissance : celui-là nous ne le devons qu^à nous-mêmes.
Tel fut le caractère de Madame dans sa vie privée^ caractère connu ^ respecté, non— seulement de la nation^ mais de toute TEurope ^ une épouâie fidèle ^ une mère tendre , une amie cons-* iante, une makresse douce et bienfaisante. !Nos Toiâins Tout toujpurs caractérisée par ces traits comme nous : c^étoit Féloge public que toutes lef^ ,cours ont toujours fait d''eUe^ et si ces traits p^roîssent vulgaires , ce ne sera jamais qu^à ces hommes frivoles ^ qui ne voient rien de grand dans les devoirs i; qui croient que les vertus domestiques ne sont faites que pour le peuple^ q^e les princes ne sont dignes de nos éloges , que lorsque leur faste et leur fierté les rend indignes de uotre amour ^ qu^un cœur tendre et compatissant déshonore le rang et la naissance; que rhumanité dégrade Thomme ;j et qu^il faut être né dur et bizarre , pour être né grand. Quel .fléau pour le genre humaiu ^ si celui qui donne les princes à U terre punissoit Terreur de ces iiPdges y, en no^s doi^iaut des maîtres qui leur JCuss^ut semblables !
• Et qvCj a-t-îl de plus honorable à la grandeut que riiuinaiiitéP Les princes ne sont puissans que pour être bons: ils doivent, si je Tose dire, leur puissance et leur grandeur à nos besoins^ et s'^il n y aroit pas des foibles et des malheureux , le del n''auroit pas donné des maitres à la terre.
Cest par-là que Madame remplît toute la destinée de son rang : comblée des louanges de «on époux:; appelée bienheureuse par ses enfans^ et par ceux qui , attachés à «on service , Tavoiisnt toujours aimée comme leur mère : Surrexerunt JïlU ejits , et beaiissimam prœdiùauorunt ^ vir ejus^ et ûttidai^it eam : et domestiçi ejus vestiti sunt duplicibus. Il nous reste encore la voix des peuples ft>écouter. Son histoire publique pourroit fournir des traits plus brillans que sa Tie privée^ maïs elle n'offrira pafc de plus grandes -vertus : et si la fidélité d^une épouse « la tendresse d\ine mère , la b(»ité d'une maîtresse, ont fait son éloge domestique ^ la majesté , la bienséance , la piété solide et toujours soutenue d'une princesse, soa amour pour le roi et pour l'état^ vont remettre devant nos yeux un spectacle qui a long-temps honoré notre siècle , et qui a toujom^ fait son. éloge ptd>Uc : JEt ktudent eam in portis opéra ejus.
SECONDE PARTIE
1 jes princes ont plus de devoirs à remplir que )e reste des hommes : plus ils soat graods ^ plui
ft^O ORAISOir FUNftBUE
ils doivent de grands exemples : ils sont en speo« tacle aux regards ^ comme aux liommages de la multitude. Les premières obligations' de leur rang sont le zèle pour Fétat ^ dont ils sont les premiers sujets ^ et dont ils peuvent devenir les maîtres ^ la bienséance, dans les mœurs publiques ^ dont ils sont toujours les modèles ;j la fidélité aux devoirs de la religion ^ cpe leurs ancêtres placèr0:it sur le trône.
A ces traits ^ nous croyons voir revivre la princesse que nous avons perdue. Les mêmes lïéns'qui rattachèrent au prince son époux, rattachèrent à la France : elle parut avoir épousé là nation. Le^ang germanique^ qui couloit dans ses veines , retrouva poiu* le sang françois , les penchans et les affeîctions de la même origine ^ et descendue de ces anciens conquérans qui , des bords du Bhin,* vinrent fonder dans les Gaules une monarchie qui a vu depuis commencer toutes celles derËurope, elle parut, en arrivant parmi nous , s^étre rendue à sa patrie , plutôt qu'en être sortie. Notre culte étoit devenu son culte , et notre peuple fut le sien ^ nos dieux furent ses dieux ;; nos usages , ses usages ^ notre gloire ou nos malheurs , ses malheurs ou sa gloire 5 et oubliant ses premières destinées , .elle n^'en connut plus d''autres que celles de la monarchie. Liée parle sang, ou par des commerces d''amitié et de bienséance , à la plupart des souverains de FEurope , elle ne le fut jamais , par le cœur, qu'à la nation 5 et au milieu des guerres
qui
qui les avoîent armés contre nous^ ses liaisons li\ec les cours étrangères ^ ne furent jamais que des témoignages éclatans de son amour pour la Frsmce. Nos histoires lui en feront honneur ^ et panni les princesses étrangères que les liens du mariage unirent au sang de nos rois , et qui vécurent au milieu de nous ^ elles lui opposeront des exemples qui Thonoreront encore davantage, Louis le Grand connut son zèle ^ et le paya d^une amitié et d^une confiance qui ne finirent qu'^avec lui» Nul de vous ne l'ignore , quelle fut •la constance de restime et de la tendresse de ce -grand roi pour Madame. Les cours sont orageuses^ les intérêts y décident toujours des affections 5 et comme les intérêts y changent sans cesse ^ les affections n'y connoissent presque pas de durée : tout y foiTne des nuages ^ les jours ne Vy ressemblent jamais ^ les mêmes flots qui vous élèvent , vous ouvrent le gouffre à Tinstant^ et la vicissitude éternelle des événëmens est •jcomtne le seul événement et le seul point qu'on y voit de fixe.
Madame n'éprouva point ces révolutions. Une noble franchise , si ignorée dans les cours et qui sied si bien aux grands^ la rendit toujours res— - pectable au roi : il trouvoit en elle , ce que les Tois ne trouvent guère ailleurs , la vérité. Plus éloignée encore par l'élévation de son caractère que par celle de sa naissance ^ d'une basse adulation , elle n'employa jamais pour plaire que sa droiture et sa candeur. Les souplesses et les ar-^ Tome yiL OûAlsONS fun% at
tifices de la dissimulation^ qui font toute la science et tout le mérite des cours ^ lui parurent toujours le sort des âmes vulgaires. C^est se mépriser soi-même ^ que de n^'oser paroîlre ce qu''on est : Fart de se contrefaire et de se cacher , nVst souvent que Taveu tacite de nos vices ^ et elle crut qu^on n^étoit grand ^ qu^autant qu'ion étoit vrai.
Âus^i Louis ^ plus touché du simple et du naturel , que du faste des hommages , venoit se délasser des adulations auprès de Madame. C^é-n toit là que sa cour prenoit une nouvelle face : le faux e» étoit banni ^ la vérité y présidoit , et re— prenoit 3es droits ^ la confiance et la noble simplicité environnoient le trône , et la tendresse en ïaisoit le plus superbe hommage.
Ce prince , qui avoit élevé plus haut que tous ses ancêtres la gloire de la monarchie ^ et qui vit un si long cours de prospérités finir par des disgrâces , vit aussi Famour et le courage de Madame , croître avec nos malheurs. Quelles larmes ne donna-^t-elle point alors à nos pertes ! La vie même de son cher fils tant de fois exposée ^ ne Toccupoit pas plus vivement que le danger de Tétat. Les plaies de la nation étoient aussi douloureuses pour eJIe^ que celles dont ce prince belliqueu2^ sortoit souvent couvert des combats ^ et sa gloire même ne pouvoit la consoler de nqs disgraceSt
Rappellerair.je ici ces jours de deuil tant de (ok déjà rappelés^ où toute la famille xojah
t>£ MADAMËé *i^3
presque éteinte^ où le trône envîrontlé de tant d^appuis , demeuré seul en un instant ^ où tant; de têtes que la couronne attendoit , abattues ^ il ne nous restoit de toutes nos espérances ^ que la caducité d'un grand roi que nous allions perdre ^ et Tenfance dMn successeur que nous craignions de ne pouvoir conserver ? Louis ^ inébranlable au milieu des débris de sa maison ^ ne vit dans ces lugubres funérailles ^ que Tappareil et le prépa-* ratif des siennes : il a voit assez vécu pour sa
^ gloire 5 mais il n**avoit pas encore vécu assez pouf nous. Cependant ce règne long et glorieux devoit avoir le destin des choses humaiùes ^ ses jours ^ comme les nôtres ^ étoient comptés ^ le terme fatal arriva:; les desseins du ciel sur sa grande ame étoient accomplis ^ et la France perdit un roi ^ qui sera toujours encore plus grand dans nos cœurs ^ que dans nos annales. Mais Madame per-
^ doit un ami;; et s^ils sont rares sur la terre , ils le sont encore plus sur le trône. Sa douleur égala sa perte, et lui cacha même des espérances flatteuses qu'auroit pu entrevoii* un cœur moins touché* La cour , que Louis seul remplissoit de sa gloire et de sa majesté , ne lui parut plus qu"'un€ solitude affreuse : elle crut vivre dans une terre dé-« serte et abandonnée ^ et ce monarque si glorieux^ qui laissoit en mourant un si grand vide sur la terre , en laissa un dans son cœur que rien depuis ne put jamais remplacer.
Son zèle seid pour nos rois survécut à Louis 5 et s'attendrissant sur le bas âge du prince que
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tant de morts venoient d^élever sur le trône ^ etk le reconnoissant pour son maître , elle Faioia comme son enfant. De quels yeux voy oit-elle croître tous les jours avec lui ses heureuses inclî-* nations et nos espérances ! avec quels transports de tendresse y voyoit— elle se développer chaque Jour les traits^ la majesté , les manières, tout le grand du caractère de. son auguste bisaïeul I avec quelle circonspection respectueuse approchoît— elle de ce trône naissant ! Uenfance des souverains^ qui rend toujours autour d'eux les bienséances du respect et des hommages moins attentives ^ rcdoubloit la bienséance et Fatlention de son respect et do ses hommages ^ et si une nation si tendre, si fidèle, si req^ectueuse envers ses. rois y avoit eu besoia là-dessus de ces grands exemples^ elle nous avoit appris k aimer nos maîtres, elle nous «pprenoit alors à les respecter,
C'étpit la louange publique que la France donnoit à Madame. Et ce zèle pour nos rois, qui fait ici son éloge , n'^a-t-^l pas lui-même hâté notre deuil ? Ses yeux qui voyoient déjà de loîa la terre des vivans , avant de se fermer à la lu^ mière , voulurent voir le roi dans sa splendeur et dans toute la gloire de son sacre (i) : Regem in décore suo videbunt oculiejus^ ceiment terram de longée (Is.33. 17.) Ses forces parurent se ranimer^ son courage n^ écouta point nos frayeurs.
(1) Voyage de Madame à Reims, pour voir h sacro de Louis XV. Elle y aUa malade % et moucut pea de iouxi^ après son retour*
Munie des saints mystères et de cette viande qui fait la force des voyageurs , nous la vîmes pai'tir en triomphe pour la cérémoaie auguste , comme si elle alloit elle-même prendre possession de Fempire^ ou ^ pour mieux dire^ de rimmortalité; Elle vit , avec des^ yeux déjà mourans , Tonction sainte couler sur renfant de tant de rois : cette onction qui est le titre le plus ancien et le plus vénérable de la foi de nos monarques ^ et des prérogatives de la monarcliie : cette onction qui consacra' les Clovis ^ les Giiarlemagne ^ les saint Louis ^ et qui a donné tant de saints et tant de héros au trône des François. Elle porta aux pieds des autels , avec» ses derniers vœux , les vœux de toute la nation* ^ pour le salut et la gloire d''un prince , que le Dieu de ses pères venoit de marquer du caractère sacré de la royauté. Elle parut ^ eomme le saint vieiUs^^d de Jérusalem: ^ si respec^ table par ses années et par sa piété , n^avoir plus de regret à la vie^ depuis que ses yeux avoient vu cet enfant précieux ^ qui devoit être la gloire et Fespérance de son peuple ^ faire dans le temple* au maître des vois^ le premier hommage public de sa souveraineté.
Jour trop heureux ^ que' voas nous prépariez^ de larmes ! elles couleront long-temps, pour vous surtout^ princesse affligée (i) . que la^ présence* d''une mère si chérie avoit attirée d'une cour étrangère à cette superbe solennité ! Vous couriez receveur ses tendresembrassemens ^ hélas ! et vou»-
li.ll La duchesse d« £40]:Mlue y mie de Madame.
^^S OUAISOIY FlflfÈBRE
Teniez recevoir ses derniers soupirs : vous redonl)}iez pour elle vos soio« ^ vos empressemens ^ vo»: tendresses ^ hélas ! et vous^lui pendiez vos dernier» devoirs. Ainsi ^ ô mon Dieu ! vous nous menez tou«jours à TaMctiou par des jours de sérénité et d'allégresse*.
Mais cachons-nous encore pour un mcnnent cetriste spectacle. L'^amour de Madame pour le roi et pour Fétat ^ prenoit sa source dans un cœur pour qui les devoirs étoient dîevenus des pencha ns t plus son rang Tapprochoit de la majesté royale j plus elle fut attentive à n'en pas laisser avilir la dignité : elle le rendit plus respectable y en Ifr respectant toujours elle-même. Quelle bienséanceet quelle majesté dans les moeurs publiques I Les grands regardent souvent leur naissance comme une prérogative qui en autorise les a\ilissemens^ et se font de nos hommagiss mêmes un titre d'in* décence. Persuadés qu'ils ne doivent rien au restedes hommes ^ ils croient aussi ne se devoir rien à eux-mêmes.
La France a-t-elle jamais vu dé princesse soutenir avec plus de décence et de dignité , Télé— vation de son rang ? Les moeurs avoient beaur Cîhanger^ en vain le' siècle ne connoissoit plus, raucienne gravité de nos pères ^ en vain la licence avoit pris la place des règles et des. bienséances ^ en vain la modestie et la pudeur ^ n'étoient plus, pour le sexe que des usages surannés^ en. vain la^ ]a cour elle-même , loin de s'opposer à ces nouvelles mœurs y en fournissoit souvent le modèle :.
9E TStAnkUE. lijfj
Madame se ressembla toujours à elle-même, îîous Favons vue seule presque^ cooserveraux règnes à yeair ^ la bienséance et la tradition deis premiers usagées ^ que Tamour de la paresse et de la commodité abolissoient peu à peu^ faire passer aux âges suivaiis ^ ce qui nous reste de grand et d'^honorable des anciennes cours ^ et sauver Tuniformité à une nation ^ quç la lassitude seule des changemens pourra fixer un jour.
Majestueuse sans &LSte^ elle ne regarda pas la fierté commue une bienséance de son rang.:: la majesté qui Fenvirornidit ^ étoit aSable et accessible: en lui offrant nos hommages ^ nous^ ne pouvions lui refuser nos cœurs : on ne trouw voit point autour dVEe cette barrière dWgueU, de silence ou de dédain^ qui fait souvent toute la majesté des grands ^ on n^y vojoit pas une cour tremblante, noser presque lever les regard* ):usques au maitre , et craindre de manquer an; respect dans Texcès même de ses hommages»
L^adulation en étoit encore plus bannie que lan crainte: assurée de nos cœurs, elle. ne cherchoit pas nos louanges : vraie , fi^ncha , naturelle , la> Êideur des élqg<es lui étoient à charge : le lan-», gage des cours qu^elle n''avoit jamais parlé , elle ne Técouta aussi jamais quWec dégoût» Cepen^dant jamais de ces. momens fâcheux , où il est, si dangereux d^aborder nos maîtres : une douce affabilité nous rassuiroit toujours contre son rang :■ tous les momens étaient ceux que nous aurions, ckoisis nous-mêmes : eiL sortant d'auprès di'eile ,^
^48 ORÂISOW rtfNéBRB
chacun se troiivoit marqué par quelque trait singulier de bonté ^ et nous ne comptions lesdevoirs que nous Itïi rendions , que par le^ marques de bienveillance que nous en avions reçues. Qu'ail est rare de savoir être grand ^ et de ne pas faire soufTrir de notre grandeur ceux qui nous approchent î
Enfant auguste (i) que FEspagne vient de
nous rendre^ élevée au milieu de nous pour régner un jour sur nous ^ et destinée à partager ifvec le jeune Louis le trône de vos ancêtres^ pourquoi vos jeunes ans ont-ils été sitôt privés d^un si grand exemple? Puisàier-vous Ta voir assez connue pour Finiriter !: que ces vertus douces ef bienfaisantes brillent en vous^ autant que la couronne qui vous attend! Tout ce que la France peut désirer , c^est une maitresse qui- lui ressemble.
■ Mais ^ mes Frères ^ ce qui nous rend aimable» devant les hommes^ ne nous rend pas toujours agréables aux yeux de Dieti. Les vertus humainesr peuvent nous attirer dés éloges humains ^ les Mècles peuvent louer les actions qui honorent les siècles^ et qui s^effaçeront avec eux : la piété seule survit aux siècles et aux temps ^ et \» écrire nos louanges ^ ou plutôt lès louanges de la grâce ^ dans les livres éternels. Ce seroit pea d'avoir mis le monde dans les intérêts de notre gloire : hélas ! la gloire que le monde donne n'a? pas plus de durée ni plus de réalité que lui : la vie
CO. L'iujEaiite d'£spagu&, eacoce alois à Ver<aiUc&.
DE MADAME. ft^9
la plus éclatante sans la foi ^ n^est qu'Hun songe et un fantôme ;; et on n^a pas vécu , quand on n'*a pas vécu pour Dieu. Vérités saintes ^ que le monde ne connoit pas , une foi vive vous avoit gravées dans le cœur de notre pieuse princesse I
Quels exemples de piété n''a-t-elle pas doniméa à la France^ et d^une piété qui portoit tous les traits de son caractère : simple et soumise j exacte et régulière ^ noble et héroïque !
Les préjugés de reri'eui: qui avoit présidé à son éducation ^ ne paroissoietit plus en elle ^ que par une docilité plus religieuse aux mystères de la fqi. Ses lumières se bornoient à ses devoirs» elle re.<ipectoit le nuage qui couvre toujours le sanctuaire. Les saintes ténèbres de la. religion fixoient elles-mêmes sa foi ^ et affernûssoient sa soumission : elle croyoit quHl étoit insensé à rbomme de veuloir connoitre ce que Dieu a voulu nous cacher. H y a trop à hasarder^ disoit-elle souvent ^ etc^est ime folie de vouloir chercher dans le doute une sûreté que la reli^ gion seule promet. Jamais de ces , ostentations ^ si indécentes au sexe surtout^ de ces étalages vulgaires d'incrédulité ^ qui croit tout savoir quand elle doute de tout ^ qui ne se glorifie du nau*-» frage de la foi ^ que pour se calmer souvent sur celui de la pudeur ^ et qui ne connoit pas mèm» assez ce qu'il faut croire pour en douter.
Désabusée des errem-s étrangères^ elle ne voyoit qu'avec une vive douleur les tristes dissensions qui ^ dans^ ces jours de trouble et d^
a5o OKAISi^N FtJNèBKE
confusion^ se soat élevées dans le sein même de FEglise : elle adressoit au ciel les vœux les plus ardens^ afin qu'il bénît les soins que le prince son fils prenoit de les calmer. Mais instruite qu'il est nécessaire qu'il y ait des scandales ^ les troubles de FEglise affligèrent son cœur ^ sans ébranler jamais sa foi et sa soumission : jamais de retour sur ce qu'elle avoit quitté , parce qu'elle l'avoit quittévolontairement : j amais de doute sur le parti qu'elle avoit pris , parce qu'elle Favoit pris ^ avec lumière et par conviction. L'Eglise ^ quoique battue des fiiots ^ agitée par les tempêtes ^ n^'en étoit pas moins à ses yeux la colonne et la base de la vérité , et l'arche sainte dans laquelle seule se trouve la paix et le salut. Vous avez marqué ^ 6 mon Dieu! des bornes aux maux de cette Eglise^ l'objet éternel de votre amour ^ de cette épouse chérie, que vous avez acquise au prix de tout le sang de votre fils. C'est de ces temps de trouble et d'obscurité , que sort toujours lô calme et la lumière : toujours dans votre colère , vous vous souvenez de faire miséricorde. Quand viendront des jours paisibles et sereins , succéder à ces jours malheureux? Puissent nos soupirs et nos larmes les hâter ! puissions-nous en être les heureux témoins^ et ne transmettre à nos neveux, que l'histoire déplorable de nos dissensions !
Piété de Maddme , simple et soumise , mais exacte et régulière. La foi veut des œuvres ^ et l'on croit en vain , quand on vit mal. Avec quelle profonde religion approchoit-elle régulièrement
DE MADAME. St5l
des saints mystères? ablixiée deA^ant la majesté de
Dieu , toutes les grandeurs de la terre ne lui pa-
roissoient plus qu'Hun atome et un néant. Les
li\Tes saints étoient sa consolation de tous les
jours : elle y sentoit ce touchant ^ ce sublime ^
ce divin ^ qui ne peut être Fouvrage de Tesprit
de rhomme. Ces vérités saintes dans nos Louches^
ne lui paroissoient pas moins dignes de son amour ^
et de ses empresseraens ^ et nous la voyions avec
joie dans nos temples ^ au milieu de la multitude
des fidèles ^ venir soutenir ^ par la majesté de sa
présence ^ et la dignité de notre ministère ^ et le
respect du à la parole dont nous sommes les mi^
nistres.
Ses sentimens ne démentoient pas ces œuvres
publiques. Vous le savez , vierges saintes (i) ^
pieuses déposit^dres des plus secrets mouvemens
de son cœur ! que de prières ferventes , que de
pratiques de piété , que d^entretiens édifians vos
murs sacrés ont cachés au public ! L^austérité de
votre retraite ^ déjà si adoucie par la ferveur ^ ne
. Tétoit-elle pas encore par ces grands exemples ?
permettoit— elle seulement à votre tendresse des
vœux pour la prolongation de ses jours ? Bornejs
vos vœux à mon salut ^ vous disoit-elle souvent :
il importe peu de vis^re; mais il importe de s' as*
surer de Véternité.
Elle se Tassuroit en effet tous les jours par le mérite de ses œuvres. Les pauvres soulagés avec
(i) Les religieuses carmélites de la rue de Grenelle , oà IlUcUme se retiroit souvent
ftSl ORAISON PTTNÈBltl
profusion ^ les serviteurs de Dieu honorés de sa femiliarité et de sa confiance ^ les offenses oubliées ^ et cachées aux pieds de la croix ^ une constance chfétienne et une tranquillité même héroïque dans la durée de ses maux ^ une humilité que Félévation de son caractère et de son cœur rehaussoit encore ^ une attention scrupuleuse sur tous les devoirs de la religion ^ où tout lui parois 5oit grand:; une sainte avidité pour le froment des élus ^ une confiance sans réserve pour le ministre qui la conduisoit dans les voies du ciel ^ un goût pour le bien , un dégoût pour tout ce qui ne mène pas à Dieu : c^est Thistoire nue et simple de sa vie ^ et tout ce que Faùrt pourroit y ajouta: déshonoreroit son éloge.
Ne nous abusons pas, mes Frères : ainsi vécut cette pieuse princesse ^ et ce ne sont que les mêmes routes qui peuvent nous conduire à la paix , aU calme , au courage , qui accompagnèrent sa mort. On ne la voit" approcher a\ec confiance , que lorsqu^on Fa attendue avec frayeur. Dieu ^ qui se préparoit sa victime pour Tautel étemel , la pu- ' rifioit depuis long-temps par Tépreuve des infir-» mités et des souffrances. Nous voyions de loin approcher notre deuil : les remèdes prolongeoient ' ses jours , et ne calmoient pas nos craintes : son coturage sembloit donner une nouvelle force aux remèdes ^ et ne donnoît pas une nouvelle sûreté à nos espérances : le ciel touché des vœux et dés larmes d'aune maison désolée , sembloit suspendre quelquefois le cours de ses maux ^ mais ne sus-
pendoit
9E MADAME. 2r53 '
J)endoît pas Tordre des desseins étemels , et le cours destiné aux jours de sa vie mortelle. Nous avions beau la rassurer par nos souhaits ^ Tétcrnîté s^ouvroit de jour en jour à ôes yeux : plus .le Seigneur semhloit différer ^ plus elle le voyoit près ^ elle le hàtbit même par ses désirs : en cela seul peu attentive à nos vœux ^ elle craignoit d''avoir trop vécu , et souhaitoit de ne plus vivre. Je ne crois pas que de vivre plus long—temps me rende meilleure : c'*étoit son langage ordinaire. Nous nous flattons tous par des espérances do conversion : elle nous apprenoit que le temps quW destine au repentir ^ ne fait qu'*accumider de nouveaux crimes ;; et qu un vain espoir de changer est plutôt un^écueil qu^une ressource de salut.
Enfin ^ sourd à nos gémissemens^ le ciel se fend à ses désirs. De retour du voyage où sa tendresse avoit eu plus de part que la pompe du spectacle ^ Faccablemént augmente : nos frayeurs redoublent ^ nos espérances s^'évanouissent : la mort ^ qu'^elle portoit depuis lopg-temps dans sou sein , se montre à découvert et se déclare. Et de quels yeux Madame la voit-elle approcher ! Faut; il recourir^ pour lui annoncer le jour du Seigneur^ à ces précautions étudiées ^ qui ne lé montrent qu'yen le cachant ? C^est elle qui le publie ^ qui Tannonce à des spectateurs désolés ^ et qui^ yoxxrf droient se le cacher à eux-mêmes. A-t-on besoin ^ pour la calmer sur les frayeurs de la mort , de lui montrer de fausses espérances de vie? Au mi- Tome FIL Oraisons fuit. ai
a54 ORAISON FUNÈBRE
lieu du troubls , de la consternation ^ des cris ^ des sanglots ^ qui environnent le lit de sa mort : Nous nous retroui^erons dans le ciel^ dît— elle avec une sérénité que ses maux et ses souffrances ne peuvent altérer. EUe console notre douleur : elle sourit à nos clameurs : c^est le jour de son tiiomphe , et elle ne veut pas qu^on le déshonore par des larmes. Les larmes mêmes du prince soafils ^ ce fils ^ Tobjet le plus cher de ^ tendresse^ ce fils , qu''elle voit à ses pieds , accablé , pénétré d'une profonde douleur , et pour qui elle avoit sollicité si long-temps aux pieds des autels les tniséricordes éternelles : les larmes de ce cher fils touchent son cœur maternel , mais n^ébranleut point sa foi. Ses vœux mourans le présentent encore au Dieu qui vient au-devant d^elle : en le comblant de ses bénédictions , elle ne lui souhaite pas • comme autrefois un patriarche au lit de la mort , à son fils : Que les peuples lui obéissent ^ que les tribus Vadorent comme leur chef^ qu'il soit le maître de ses frères , que les enfans de sa mère se prosternent devant lui. ( Gen. 27 . 29.) Elle Tavoit vu jouir presque de toutes ces vaines prospérités ; ses désirs sont plus hauts et plus dignes de la foi : elle ne lui souhaite que le don * dc' Dieu ^ et ne compte pour rien de se séparer de liu dans le temps , pourvu qu''eUe ne le perde pas dans Fétemité. Servez Dieu et le roi , lui dit- «Ue , et ne m'oubliez jamais.
T^on ^ vous ne serez jamais effacée de son sou-* yçpir ^ p^îicesçe $i digne de ses regrets çt de sa