‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 3)Chapitre 8 sur 45 · D.E M.' DE VIL LE ROY · texte numérisé non relu

D.E M.' DE VIL LE ROY

latîon î n^avons-uous pas après cela un juste sujet dVspcrer que \ous u^exclurez pas du festin étemel celui doiit vous vous êtes servi pour y faire entrer tant d^aveugles et tant de boiteux? Âh ! il me semble que devant votre tribunal redoutable^ où il attend la décision de son éternité : Il est vrai , Seigneur , vous dit^il , peut— être ne trouverez—vous pas mes œuvres pleines. Cendre et poussière ^ je n** entreprends pas de me justifier à vos yeux. Vous êtes un. Dieu jaloux^ et peutêtre que les sollicitudes du siècle ont un peu trop partagé mon eœur entre la créature et vous».

Vous m^aviez donné un rang d'honneur dans le. repos du sanctuaire ^ et peut— être y avois-je introduit un reste de tuiûulte et d^amusement encore un peu séculier : mais jetez les yeux sur cette vaste Eglise que je laisse si affligée de ma perte. Non*, je consens de n''a voir auprès de vous que ce mérite seul : uipudte laus mea in ecclesid magnd* ( Ps. 21. 26. ) Je vous ofire les sueurs et les peines de tant de ministres que j''ai formés y les supplications encore toutes ferventes^ les précieuses larmes de componction de tant de pécheurs à qui ils font tous les jours g.outer le don céleste et les vertus du siècle à venir ij les scandales et les profanations de tant de dispen^ sateurs infidèles que j'ai corrigés^ la piété de tant de chrétiens que leur exemple auroit entrainés dans Fablme. Je présente au trône de votre mi-* séricorde ^ les fruits précieux de tant d''^tablisse-^ mens de piété que j''ai procurés ^ les pieux exer^

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^ces de tant de maisons saintes que j^ai consacrées^ et surtout les Yoeux et Taffllction des filles du Carmel^ où mon corps attend la glorieuse immortalité : ah I quand Todeur de leur sacrifice montera jusqu'^à vous ^ souvenez-vous ^ Seigneur , que j^en ai allumé mt>i-mème les premiers feux et préparé presque tout Tappareil»

Mais oublié-je ^ Messieurs ^ qu'ail a rassasié la £aiim ^ étanché la soif ^ couvert la nudité des membres de Jésus-Christ ? quel plus juste sujet de confiance ! Faut-il que je sois réduit à passer si rapidement sur un des plus beatix endroits de sa vie? Publiez-le donc à loisir^ vous ^ dont il soulagea Hudigence ^ et cette même voix dont si souvent vous vous êtes servis pour lui exposer Iros besoins , servez-vous-en désormais pour raconter ses largesses.

A combien de familles de gentilshommes presque chancelantes^ n^a-t*il pas tendu de^ mains charitables? combien de jeunes personnes de Fautre sexe doivent à ses soins leur éducation ^ leur établissement ^ et peut— être leur innocence ? Ces familles infortunées^ qui sont comme les asiles secrets de Tindigence et de la misère^ combien de fois Tontines été de ses dons et de ses richesses ? La pauvreté honteuse fut--elle jamais si ingénieuse à se cacher ^ que sa charité à la dé^ couvrir? la pauvreté publique fut-elle jamais si empressée à se produire ^ qu^il le fut lui-même à la prévenir? Enfin, le revenu de son archevêché n^étoitril pas devenu le revenu annuel des pauvres

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èè' son diocèse? et ne crut-îl pas qu''il falloit cacher honorablement dans leur sehi^ comme dans un sanctuaire vivant ^ les trésors sacrés qjcCîl retiroit du sanctuaire même?

Tel fut le grand homme et le charitable prélat à qui vous rendez aujourdliui ces tristes et pompeux devoirs , illustres et aflligés citoyens ! Les( leçons que fournit une longue vieillesse sur la vanité des grandeurs humaines , ces fréquentes ittteintes de mort qui ne rapprochoient, ce semble^ dies portes du tombeau ^ que pour lui faire voii: de plus près la fragilité d'^un monde qui nous enchante ^ une attention plus sérieuse à la loi de Dieu ^ dont il se fàisoit lire tous les jours les vérités lès plus touchantes et les plus essentielles ^ tô foi et ja religion ^ qui se fortifioient par Faffoiblissement de scm corps terrestre ^ préparèrent j^ grande ame ï voir enfin approcher sans crainte' le jour du Seigneur. Il le vit ^ et il renferma tontes ses frayeurs dans le sein de la miséricorde divine : et autant éloigné de celte fausse sécurité dont le siècle se fait honneur, que de ces fbibles inquiétudes qui déshonorent la foi ^ alarmé à la vue de son juge ^ rassuré par la présence de son Saïuveur, tout couvert du sang de TÂgneau que PEglise venoit de lui appliquer par ses sacremens, accompagné des larmes de la vîHe et de la province, des soupirs et des gémissemens des pauvres, de Félévation des niains de tant de ministres . honoré des regrets sincères de son prince , il alla ee présenter avec confiance devant le tribunal d# To/fiê y IL OnAisoys fuit. %

Jésus-Christ ^ et laissa dans une seule n^ort ^ nt»! sujet commun de deuîl et de tristesse ^ comme le dit saint Ambroise à Toccasion de la mort de son li'ère : Prwatumfunus ^ sed fletus publicis uni^ versorum fletihus est consecratus. ( S* Ambr. orat. fun. in ob. fratris. )

JN'atlendez pas cpie je recueille ici ce qui me reste de force pour exciter votre foi ^ et qu''à Faspect même de la mort et de ses dépouilles ^ je vous fasse souvenir de la triste nécessité de mourir : n'^attendez pas que sur un tombeau ^ oà se trouve enseveli tout ce que la gloire a deplys éclatant^ ce que les dignités ont de plus pompeux y ce que le mérite a de plus solide , ce que la faveur a de plus éblouissant • ce que la naissance et les biens opt de plus flatteur , je vienne vous, avertir que la gloire n''est qu'un nom ^ les dignités^ des distinctions vaines^ la faveur, un vrai aniusemcnt^ la réputation ^ un son qui bat Fair et qui passe ^ la naissance, un fantôme que les Iiommes sont convenus de respecter;; en un mot, que tout ce que nous voyons passer^ , et que les seules beautés invisibles ne passeront point. Ali ! j'aime jnieux laisser à un spectacle si instructif et si touchant , le soin de vous désabuser Jui-mênje , et ne point affoiblir par des réflexions la force secrète qu'ont sur les cœurfe ces sombres et re-^ Jigieuaes cérémonies.

Montez donc à Fautel, raint ministre de Jésus-* Qirist:; achevez d'an-oser ces. chères cendres du ^apgde FAgPÇftu ^ ^larquçz-e^ ce tomber çacré ^

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