‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 3)Chapitre 7 sur 45 · PREMIÈRE PARTIR · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIR

A- QUOI ^ réduisent ces vastes taleus qui nous élèvent si flatteusement sur le r^te des hommes, et qui sont comme xm caractère de souveraineté naturelle ^ imprimé des mains de Dieu sur cer^taines ame^s ^ si la grâce 4e Jésqs^Christ^ toujoum attentive à iiameiier au Père des lumières tous les dons qui sont sortis de sou sein,) n'en fait elle-*mème la diestinatioq ^ et n'eu règle Fusagcs^ l^'en redresse les vues , n en corrige Je3 dissipartions ^ n'en marque les routes^ n'epi sanctifie Im écueijs ? Car^ Messieurs , je le répète, n'attendes .|>as ici un éloge païen, mais une instructiou dïré^ tienne. Je me souviens que je lou^ up oint du Seigneur , et non pas un héros du siècle, ^h ! )e •inonde est assez ingénieux k se séduire , sans que flous lui .aidions encore npus-^némes , ministres du Seigneur, d^ans un lieu destiné à le àér* pcomper*

Q^^ r»D{[ occii|[Hn4r^e8 dpnc daps k mmk

tieâ chrétiens ^ ces qualités éclatantes^ lorsqne la foi n'en rtgle pas Tusage ? Ce sont des dons de Dieu qui noiîs éloignent de lui^ des ressources ée salut qui facilitent notre perte 5 des lumières étendues qfd nous ayeuglent sur les objets que la loi nous noket couime sous Tœil ^ «des distinction^ Ae la natui^ qui nous confondent dans la mùlti-* tadd des méchans^ des pencham d^immortalité Xfie nous usons après des ombres qui périssent^^ ^s semences de vérité que nous étouffons par les sollicitudes du siècle ^ des attentes de grâce que la cupidité remplit ^ des amusemens brillans qui nous font perdre' de vue notre unique affaire ^ un art de se damner avec un peu plusdé contrainte et de solennité ^ des fleurs enfin ^ qui lé matin brillent ^ et sèchent le soir sur le rombea:u : terme* fiital ^ où tout aboutit ^ abinïe éternel , oà. tout va se perdre ^ écUeil inévitable ^ où ^ après» plus ou moins d'^agitatîons , vient enfin se briser le fanlôine qui nous joue et que nous croyoï^s si solide. Mais éloignons pour un moment ces tristes idées ^ et cherchons dans Fliistoire de notre prélat^ des motifs solides d^'une consolation chrétienne^ Je diâ daàs son histoire ^ Messieurs ^ car n''at— tendez pas que j Vu sOrte pour remonter jusqu'à -celle de ses ancêtres. Â quoi bon entasser ici des 'noms antiques ^ réunir des titres pompeuiL ^ ras- •sembler des alliances augustes^ rapprocher une iongue suite de siècles passés^ et dans une cérémonie destinée à nous faire ouvrir les yeu^ âur le oéiEait des grandeurs présentes ^ donner une

manière de réalité à celles qui ne sont pltis ? Je le pourrois ^ et la gloire de Tillustre maison de \illeroy embelliroit ^ sans doutes-cet endroit de mon discours ^ mais je parle d^un ponjtife établi selon Tordre de M elcliisédech '^ et vous savez que les livres saints 5 où nous lisons Téloge de ce roi .de Salem , affectent de ne pas faire entrer danl^ les louanges dW prêtre du Très-Haut, la gloire des ancêtres , ni la vanité des généalogies.

La capitale de Tunivers , Rome fut le lieu que la providence cboisit pour donner à son peuple Messire Camille de Keuville, Il semble que cette grande ame , qui devoit un jour réunir dans sa personne, la science de régir les peuplés ^ et celle de les sanctifier , soutenir lé trône d^n^ main et Tautel de Tautre , dispenser' les mystères de Tétat et ceux de PEglise , ne pouVoît devoir &a^ naissance qu'à cette viUe si célèbre , où Tati— torité , de Tempire et du sacerdoce se trouve réunie dans la même personne.

AuSsi Téducalion , qui d^'ordinaîre dans les autres hommes, embellit où cultive un fonds encore brut ou ingrat, ne fit que développer les riicliesses du sien. On lui trouva de la maturité dans un âge où à peine est-il permis devoir de la raison^ et dans les amuseniens mêmes de son enfance, on découvrit presque les ébaucbes'de ses grandes qualités : semblable à ce grain évati-r gélique ( Matth, 1 3. 3 1 . Sa. ) qui , dans sa mystérieuse petitesse , laissoit entrevoir ces espérances d'accroissement qui de\oient Télever sur les pliiil

filÊ M, DE VILLE Rbr. 5î

haiites plantes ^ et doat les branches sacrées dévoient même un jour servir d^asile aux oiseaux âù deL

♦ Ail lieu que les méchans , dit le prophète ^ «e détournent de la droite voie dès le sein de leur mère ^ {Ps. 5^. 4« )^' rendit ses passions dociles k ' la raison ^ en un temps où les égaremens du coeur entrent^ pour ainsi (Ere, dans les bienséances de Tàge ; et comnlB ce pieux roi d^Israël ^ ( EccIL 47* 3, ) il se joua dans sa jeunesse avec les lions ^ ainsi qu^on se joue avec les agneaux les plus doux et les plus traitables^

- Daus les éloges qu'on entreprend ^ de ta pluparl des hommes extraordinaires^ on est obligé de tirer le rideau sur les premières années delèmme : on laisse dans un sage oubli un temps ou 3s se sent oubliés eux-mêmes : où ne leur donne m eû&ace ni jeunesse ^ on ne commence leur iustcnre^ que par où Ton peut commencer leur éloge : et Ton voit Torateur habile produire toutà-coup son héi^os sur le théâtre du monde , à pett près comme Dieu y produisit Adam^ je veux dire dans la perfection de lage et de la raison.

En effet^ qii*est-ce que la jeunesse des per-' ioimes d'un certain rang ? Cest une ssnson pé— rilKuse^ où le» passions ne sont pas encore géuééâ^ par les ^eoséances de la grandeur , et où elle» soot facilitées par son autorité ; c'est une coajoacture fatale , où le vice n'a riçn de difficile ni de honteux^ où le plaisir est autorisé par Tusage^ Fusage soutenu par des exemples qui tieniieat

54 ORAISOW f uvè^kÈ

lieu de loî^ les exemples facilités par là ptiissatice^ et la puissance mise en oemTe par les enàportemens de Fàge , par toute la vivaeilé du ' cceiir,» Seigneur^ à qui seul appartient' la force et la sagesse ^ votre grâce a-t-elle des attraits assea puissans^ votre conseil étemel des ressources assez heureuses ^ pour préserva: une ame au milieu de tant de périls ? Vous le pouvez ^ î^eigneur ^ mais qu il est rare que vous usiez de cette puissance !

-Tel fut le privUége de notre arckevêqtie- Mais sur quoiiirrêtai-je votre attention ? Il semf>le que jVi à louer des talens ordinaires^ et jehe naVperçois pas que ce qui ailleurs seroit un sujet important d^éloge ^ u''est ici qu''un amusement.

Exposons tout-à-coup ce grand homme à la tête de la province ^ veiUant aux intérêts et à la gloire du prince^ présidant à la fortune et au repos des peuples ij toujours occupé, et toujours au-dessus de ses occupations ^ se faisaat un vrai soulagement de son devoir , et se faisant un de-* voir du soulagement de son peuple^ si pénétrant^ quHl ne lui Êilloît pour décider , que le temps qu'il faut pour entendre^ si éclairé, que ses décisions paroissoiènt toujours dictées par la sages e même ^ sûr de l'avenir , attentif au présent , habile à pr^endre des mesures sur le passé ^ d'^un esprit vif, facile , insinuant;; d'un jugement vaste^ élevé, fécond^ d'un coeur droit, nolde, bienfaisant ^ toujours au^essus de ses dignités et de sa grandeur , toujours à portée de la misère et de

DE M. DE Vit LEROY. 55

' rînfbrtuhe^ ami sincère^ maître généreux , père comtniin.

Ici^ quVne piété craintive^ et peu instruite ^ ne désa-voue pas en secret les louanges que je lui donae. Je respecte vôtre pieuse délicatesse^ âmes zélées qui mVutendez» Je sais avec TApôtre ^ que tout pontife nVst choisi dVntre les hommes , que pour s^appliquer à té qui regarde le culte de Dieu; (^Hebi\ 5. i. ) quMl ne faut pas introduire ^ dans le repos sacré du sanctuaire ^ le tumulte des occupations séculières;; que ceux quî^ comme dit le prophète , vont placer leur bouché jusque dans le ciel ^ ne doivent plûis laisser ramperJeup langue sur la terre'^ et quViifin le monde entier h''est pas digne d^occuper des mains destinées à offrir des dons et des sacrifices. ( Ps'* 72. g^ ) Vérités ^saiûtes*^! vous ne fii'ètes pas étrangères^ et je ne viens ^as ici détruii'e ce qu'Hun emploi sacré m''obKge d'édifier tous les jours ailleurs.

Mais l'Eglise <est-elle donc si peu intéressée à la prospérité des princes^ à la sûreté des états* ^ à la tranquillité des. peuples y à FobservaAce des lois ^ qu'elle en regarde le soin comme un soin profane? : La royauté n'est-elie pas le soutien du sacerdoce ? et travailler à l'agrandissement d'un roi très - chrétien , n'est —ce pas préparer des triomphes à Jésus-Christ? Le pontife de la loi ^ souvent au sortir du tribunal^ d'où il venoit de prononcer sur la fortuné et sur les biens des enfans d'Israël , né montoit-il pas à l'autel ^ pour leur attirer des biçns invisibles et uue fortujae plus

5(5 OBAigiOTT FUNEBRE

durable ? Samuel n''étoît-il pas également rîo— terprète des droîts du roi et des volontés du Seigneur envers le peuple ? Saints évêques des premiers temps ^ ne Joufésiez — vous pas de cette double autorité ? et Tapplication à terminer lé» diSerends des fidèles ^ ne faîsoit-elle pas une portion considérable de votre charge pastorale ?

Pour€[uoi donc^ lorsque sous un prince qui fait entrer FEglise en commerce de ses^ victoires , et en partage avec elle le fruit ^ il se trouve certaines âmes 'en qm la providence a versé ces dons rares et excellens ^ nccessaîres potn* ménager les^ intérêts des rois et la conduite des royaumes : pourquoi , dis-jè ^ ne pourroienl-elles pas se par-f fager entre les soios du sacerdoce et ceux dé la royauté ? Or ^ Mesaeurs ^ ces dons rares et ex^ cellens ^ où parurent-ils jamais avec plus d^éclat f que dans le prélat dont nous pleurons la perte ?

Je ne vous dirai pas ici qvC'û avoit reçu du ciel un de ces génies heureux ^ qui trouvent dans leut propre fonds ^ ce que Fétude et rexpérience ne sauroient guère remplacer quand on ne Ta pas ^ qu^il étoit né instruit sur Tart périlleux de fouvemcr les peuples :; que de tous les mystères de la sagesse des hommes ^ il n^ignora que ceux qu^il n^eut pas voulu suivre^ et que comme cet habile conducteur du peuple juif ^ il sut dès sa jeunesse tçus les secrets de la science des Egyp— tiens. { ^ct. y. 22* ) Je n'^ajouterai pas que les affaires n*" eurent jamais rien d'obscur qu'il n'édairdt , ricu de douteux qu'il ne décidât 5 ricii

0É M. DE VlLLEROt, 8^

de difficile qu^il n^aplaolt^ rien de délicat qu^il ne ménageât^ rien de. périlleux cju^il ne franchit^ rien de pénible qu'ail ne dévorât ;j que les plus Tastes Fétoiént moins que i^on esprit ^ et que partagé entre mille soins ^ il fut toujours tout entier à chacun. Ce nVst pas là une imagination qui se joue^ et qui substitué à la véritable idée des choses ^ un fantôme de sa fa^ on :j il n''est personne ici qui d'abord n^aît reconnu que le portrait que je viens de, iaire ^ c'^est lui : cependant ce n'est pas à quoi je m'arrête» -

Persuadé que les talens les plus distingués sont inutiles ou dangereux , lorsque le devoir n'en règle pas Tusage ^ quel fut son attachement pour la personne du monarque ! Que ne puîs-je râp*peler ici ces temps fâcheux ^ où la nainorité du prince ^ Tambition des grands , les. intérêts des ministres , et je ne sais quelle fureur de révolte et de chàBgement qui saisit en certains siècles Tesprit des peuple^, firent éprouver tour à tour à la France toutes les calamités des dissensions domestiques ! Que ne puis-je rapprocher surtout

' ce moment fatal , où la capitale dU royàuniè à la tête de la révolte^ la Bourgogne et la Guienne déjà séduites^ le Dauphiné prêt à les suivre ^ et n^attendaut plus que Fexetnple de cette province ;; notre illustre défunt, sollicité de toutes parts , décida presque par sa fermeté., de la fortuue du

* monarque et de celle de la monarchie !

• Mais faut-il pour vous représenter le calme et la tranquillité dont là provlnoe fut redevable à

58 «1111509 FVffKtK£

ses soins ^ mêler dans une cérémonie înstîfaéé^ ]poùr honorer le paisible sommeil des justes.^ les images affreuses de la guerre et de la rébellion répandues partout ? Faut-il pour vous disposer tout le mérite de sa fidéKté , faire revivre le souvenir de tant de chutes déplorables ^ qui pen* ïèrent traîner après soi celles de tout Tétat ? Faut-îl pour le louer sur des espérances méprisées-^ siur des offres rejetées, insulter aux cendres de ceux qui le sollicitèrent de se déclarer contre son devoir, et faire dW éloge particulier, une invective publique? Ah ! que plutôt cette gloire descende avec lui dans le tombeau ! ( Ps^ ^8. i8. ) Je trouve bien dans les livres saints qu^oa doit proposer les vertus du juste mort , pour condamner les vices des pécheurs qui vivent ^ mais non pas pour flétrir la mémoire^ de ceux •qui né sont plus. ( Sap, 4- i6. )

Dans ces fatales révolutions , c'^est une conjoncture bien* délicate de se trouver pourvu de toutes les qualités qui rendent habile au gouvernement. Ou est tenté d'entrer , sans aveu , danft les affaires publiques : on aime encore mieux se rendre nécessaire à rassemblée des méchans ^ que d'être inutOë au parti des gens de bien. Sous prétexte de chercher à son mérite des moyens de paroître , on procure à son ambition des occasions de crime et de déslionneur :; et souvent on abandonne son devoir sans autre intérêt que celui de n^avoîr pu le remplir avec assea d'*éclat et de dignité. Des talens aussi vastçs que ceux

DE X. DE YitLEBOT. 69

de notre prélat^ ne dévoient guère se borner aux soins d^une province ^ mais voyant d''un œil. tranquille Pabondance et la gloire des injustes ^ soitir de leur iniquité même , il fut toujours content de sa fortune ^ parce que la cour le fut toujours de ses services.

De ses services , Messieurs f ne donnons point ici dans les excès d'aune mauvaise éloquence ; parlons s^ns art^ nous ne risquons rien. Quelle suite glorieuse et constante de soins et de fatigues soutenues pendant plus de cinquante ans pour les intérêts de son prince! Vigilant^ rien n'^échap? poit à la force de son esprit: intrépide^ rien a^ébranloit la feimelé de son cœur : infatigable ^ rien ne pouvoit abattre la foiblesse de son corps. Combien de fois par des avis donnés à propos | â— t-^il ou corrigé des abus désespérés ^ ou pré^ Tenu des malheurs inévitable^ ^ ou prociu:é des hiens (ju'^on n^osoit se promettre ! Tandis que dans les autres provinces Thérésie attend des coups pour expirer ) et q^u'^il faut tailler ces pierres spirituelles pour les faire entrer dans Fédi^ .fîce sacré de TEglise ^ notre sage prélat emploie* t-il pour les ramener d^autre force que celle de ses raisons? et comme Salomon^ ne le voit-on pas bâtir un temple à la vérité^ sans employer le fer ^ ni sans donner un eoup de marteau f .Combien de fois ra-*t-<»n vu pendant les désordres 4e Tétat , respecté même des rebelles ^ aller à travers leurs armées ^ porter aux pieds du trône le tribut de sa çopstauce et de sa fidélité !

Vous le savez , Messieurs • injures de Faîr ^; iDCommodités des saisons , infirmités de Tâge , vivacité des douleurs^ danger des maux présens ^ crainte des maux à venir , ce prêtaient plus pour Itn des obstacles. Ecoutez^ âmes toutes livrées à vos sens ^ et pour qui ja seule absence, du, plaisir est un vrai supplice 5 du lit même de sa d^ouleur il en fit un nouveau tribunal , d''où oa le vît avec un esprit tranquille et serein ^ régler les besoins de la province et les intérêts de la ' cour. Et bien différent de ces dieux dont parle ïe prophète ^ qui avoient des yeux et ne voyoient pas^ des pieds et ne marçhoient pas ^ des mains et ne s^en servoient pas ^* ah ! il avoit per^u par ses longues et continuelles fatigues , Fusage des yeux ^ et il voyoit encore tout^ des pieds ^ etil vploit partout où Fappeloit.le service du prince^' -de§ mains ^ et il donnoit le branle et le mouve-^ ment à tout. Quelles étoîent là-dessus vos justes frayeurs et vos respectueuses remontrances ^ vous que dlieureux engagemens attachoient depuK long-temps à sa personne et à son service? Redites tout ce que votre amour pom* lui et pour la province vous faisoit alors dire de plus tendre «t dé plus touchant ^ tout ce que son zèle pour le prince lui faisoit répondre de plus ferme et de plus généreux.

Mais ne le vîmes— nous pas ces jours passés ^ au bruit d'aune émeute populaire ^ recueillir les restes précieux de son ame défaillante ^ ràma^èr^^ â je Tose dire^ les débris dW corps tout usé^

trouver

ȣ H. DE TILLEROT. 6*1

tronva* dans la vivacité de sou zèle de quoi ranimer ses forces mourantes^ sVrracher couune Moïse k la trauquillité de sa montague ^ et venir rétablir la paix parmi le peuple ^ en y rétablissant comme lui Fabondance? Oui^ Messieurs^ aux premières nouvelles du tumulte , les soins de la santé si chers à la vieillesse ^ ne Parrètent plus ; il part ^ il vole ^ il paroit ^ tout se cdUne : quel est cet homme à qui les vents et la mer font gloire d^obéir ? Mais où m^emporte tout-à-coup Tordre de ma matière ? Ah ! je touche presque au moment fatal qui nous Fenleva^ et en vous rappelant une actiop glorieuse^ je ne m^aperçoîs

ri que c^est la dernière de sa vie ^ et peut-être cause funeste de sa mort. Ne hâtons pas un »i triste spectacle*

La Fiance a vu sur la scène presque dans tous les siècles^ de, ces hommes capables^ nés pour ménager les intérêts des princes^ et faire iQouvoir les ressorts infinis d''un état : mais hélas ! souvent chargés 4e la haine comme des affaires publiques ^ on les a regardés pendant leur vie plutôt comme des instrumens de la colère du Seigneur ^ que comme des ministres de la pui$« lance du piince , et ils sont morts avec k tristt consolation d^avoîr eu assez de mérite pour déplaire à tout un royaume. C'est que le même zèle qui nous attache au prince ^ nous endurcit souvent envers le public : c'est que le même crédit qui nous rend nécessaires au reste des Iiommes , nous rend quelquefois le reste dei ^gmt F'IL Oeaisovs fuv. ^

62 bRAiSOW FUWÈBRé '

hommes méprisable. Mais j^en atteste ici là foi publique : reconnoîssez-*^ous là dedans le père commun que nous pleurons ? Nécessaire à tous ^ ^ne fut— il pas toujours à la portée de tous ? cette muraille funeste de séparation , qu'Hun usage peu chrétien met entre les grands et le peuple , ne Fa voit-il pas détruite ? Falloit-il , pour pénétrer jusqu'^à lui ^ acheter la faveur d'un domestique^ ou mériter par de longues et ennuyeuses assidtdtés ^ le moment favorable du maître ? le nom des pauvres u étoît-il pas honorable à ses yeux? ( Ps. 71. i4' ) ^* ^^ étoit-il de son cabinet comme du sanctuaire du temple de Jérusalem , où Ton ne pouvoit entrer qu^avec des ornemens pompeux et une parure magnifique ? portoit-il sur son front ces marques odieuses de puissance % qui semblent reprocher au reste des hommes leur misère ou leur dépendance? n'*Javoît-il pas réconcîKé la grandeur avec raffabilité? et enfin, en Tabordant , s'aperçut-on jamais qu'il eût de Tautorité ^ que lorsqu'il accorda des grâces ?

Quelle leçou pour vous , homme vain î qui ^à , peine échappé de parmi le peuple où vous avoîent laissé vos ancêtres ^ et dévenu par une dignité le défenseur de ses droits^ affectez de ne jamais détourner sur lui vos regards^ comme si vous craigniez de n'y retrouver le souvenir de votre première bassesse ! Ah ! le tombeau confondra vos cendres avec celles de ces âmes viles 5 et le Seigneur fera sécher la racine de votre 'orgueilleuse postérité^ et entera dessus une race ^{^ ^oonoitra la justice et fera la miséricorde.

bZ H. DE VILLERO?. 63

, ■ Combien de fois avions-uous admiré en lui c^ lumières vastes et sûres y qui trouvent toujours le point fatal des grands événemens^ et cette fadlilé populaire qui se délasse sur le détail des iàmilles ^ rallie des intérêts domestiques ^ et ne sait se refuser à des besoins obscurs ^ ni s'*y prêter avec ces airs dHnquiétude et de fierté ^ plus ac— caUaus que le refus même? Ses mains comme celles de la femme forte , après s'^être occupées à des fonctions éclatantes ^ ne savoient— elles pas se détourner sur les plus obscures ? Et si }"'osoifi Je dire dans un discours cbrétîen , ne nous rappeloît— il pas le souvenir de ces Romains tant vantés^ qui après avoir été à la tète des affaires publiques ^ et ménagé le destin de Rome , de retour cUe« eux ^ euveloj^s de toute leur gloire^ sa voient auprès d'un foyer simple et champêtre^ prononcer sur les démêlés de leurs cliens ^ et se renfermer dan^. les bornes de cette magistrature domestique ^ comme s'^ils eussent toujours ignoré les fonctions éclatantes de Tautre.

Le détail infini du commerce de cette grande ville ^ eut-il jamais rien de si bas ^ où on ne le vit descendre avec plaisir ^ y maintenant par son autorité^ la paix et la bonne foi qui en sont comme les nerfs? IN'^en régloit—ilpas souvent les vastes ressorts par la prudence de ses conseils ^ •et par Tétendue de ses lumières? Ce nouveau tribunal qui i:end cette ville comme Farbitre du commerce, de tout le royaume^ qui dans son établissement &it é £qA traversé ^ et.où) des pro«

'64 •KAISOW FUJfÈBRIt

vinces les plus éloignées , on vient atteiuire la décision de toutes les ailaires où nos citoyens sont intéressés^ n'^est-il pas un monument bien tendre et de son crédit auprès du prince , et de son amour pour le peuple ? Nous avions ^ à la Térité , . ses premiers soins 5 mais les avions-nous tout entiers? et par inapplication qu'il eut toujours à connoître et à régler les plus petits intérêts de la province , n'auroit-on pas dit qu'il étoit le magistrat particulier de chaque ville de son gouvernement? *

Ici ^ Messieurs ^ vous ajoutez à ce que je ne» dis pas^ vous suppléez à ce> que je ne dis que foiblement^ vous rappelées mille circonstances ^ ou que je passe ou que j'ignore. Chacun de vous se retraçant le souvenir dé quelque bienfait particulier ^ m'ofFre en secret de quoi grossir cet endroit dé son éloge. Ah ! que n'est-il permis à votre douleur et à votre reconnoissance de s'expliquer ici elles— mêmes! Vous diriez^ mais en termes mille fois plus touchans et plus énergiques que moi ^ qu'il avoit délivré le pauvre de la tyrannie du puissant ;; ( Ps. ^ i . 12.) que les magistrats subalternes ne lui étoient chère qu'autant qu'ils l'étoient eux— mêmes au public ^ que sa plus délicieuse félicité ^ étoit de contribuer de ses soins à la félicité publique^ qu'il étoit plus jaloux du rang qu'il avoit dans nos coeurs ^ que de celui qu'il te—" floit dans le royaume ^ qu'il ne connôissoit vos noms ^ vos familles ^ votre fortune ^ que par les services qu'il vous avoit rendus^ que plus d'une

DE M» DÉ VlliLEftOY. 6o

ibis dëposilaire des vœux et des iatérèts publics^ 'û. les ai^oit portés au pied du trône avec une respectueuse fermeté , et sans ces timides mena- ^emens ^ injurieux au prince dont ils exposent h gloire^ injustes envers le public dont ils sacrir ^ent les droife ^ exemple rare et digne lui seul d'un éloge entier ! en un mot , qu'il étoîtlepère, le soutien et le protecteur de la province ^ Tespérance ^ la. joie et les délices At votre ville. . Mais puis~je vous confondre ici , vous qu'il distingua toujours avec tant de bonté ^ noblesse illustre, et qu'il honora de sa plus étroite familiarité? Avec queJle confian<;e Tétâblissiez-vous arbitre de vos différends ! Que d'animosités étouffées dans leur naissance par sa sagesse ! que de que-' relies inx'étérées et si Souvent immortelles parmi les gentibliommes , nVt-il pas éteintes par son autorité ! que de prétentions injustes , que de droits douteux n'a-t-il pas éclaircis par sa pénétration i Mais quel ami plus sincère et plus généreux ? vous le savez , chapitre illustre de la plus noble Eglise de France. jLa grandeur , je le sais, ne manque guère d'adulateurs : mais les grands manquent souvent d'amis: comme ils n'aiment que leur fortune, ce n'est aussi que leur fortune que Ton aime en eux : l'amitié, cette tendre ressource de tous les chagrins de la vie , dît le Sage , ( EcciL 6. i6. ) ce doux lien de la société , cet unique plaisir du cœur , est nn lien gênant .^ un plaisir sans charme pour eux : aussi \^ comme âs^ne vivent que pour eux-4nêmes ,

66 ORAISON FfTKÈBRK

on ne les aîme que pour soi. Ici ^ étoît-ce la personne ou la dignité , qui lui attîroit vos hoaninages ? \ous fit-il attendre un service , quaad vous Tentes {demandé ? vous le fit-il demander ^ quand il Teut prévu? souffrit-îl vos justes remer^ cimens^ quand il Feut rendu? plaisir délicat cependant^ et qui. semble être la plus innocente récompense du bienfait.

Mais peut-être n^étoit-ce là qu^une vertu dô. parade : peut-être qu^'officieux aux yeiix du public ^ il se dédommagea de cette contrainte dans le secret de son domestique. Répondez pour moi , maison désolée de ce grand homme ^ je ré-«veille ici votre douleur^ je m^en aperçois. Fut-il jamais de toaître plus tendre et plus généreux ? Ne suiBsoit-il pas d'*avoir eu Flionneur d'être à lui , pour n'avoir plus besoin d'êtr^ à personne ? Sûr de votre attachement^ ne veilloit-il pas avec plus de soin sun votre fortuné, que sur votre fidélité ? Etoit-il de ces hommes vains et bizarres^ qui croient fai»e grâce de permettre qu^on soit au nombre de leurs esclaves , et qui veulent que les services mêmes qu'on leur rend, tiennent lieu de récompense ? Enfin , exigea-t-il vos hommages comme un tyran, ou s'il mérita votre tendresse comme un vrai père ?

Que ne puis-je ici de ses actions passer à ses principes ! Jamais ame ne fit de plus grandes choses par de plus grands motifs : on auroit dit que tout ce qu'il faisoit de louable , perdoit son prix du moment qu'il étoît loué : c'étoit dégradc^r

1>E M. DE YILLEROY. 6f

le mérite de ses actions^ que de Fen faire îiper— cevoîr 5 et en Pabordant pour le rendre attentif à DOS bonnes qualités ^ il falloit presque oublier les «iennes.

Sacrés dispensateurs de la parole évangélique ^ combien de fois en vous ouvrant la bouche pour annoncer toute vérité ^ vous la ferma-t-il sur celles qui le regardoient ?

Et nous-mêmes aujourd'^huî ^ ne sommes-nous pas obbgés de trahir par cet éloge public ^ nonseulement ses plus chers sentimens ^ mais encore ces dernières intentions des mouraus qui sont comme d'^autres restes précieux auxquels il n''est pas permis de toucher ^ et qu^une espèce de religion civile a rendus presque aussi sacrées potir les hommes ^ que les cendres mêmes et les dépouiller de leurs tombeaux ? Mais il falloit ^ ame généreuse et modeste , que vous eussiez la gloire de refuser les louanges ^ et qu^une juste reconnoissance eût la liberté de vous les donner.

Ah ! si après la dissolution de ce corps terrestre, TOUS pouvez encore être sensible à la gloire de la terre , ame bienfaisante et généreuse ! jetez sur ces citoyens affligés quelques-uns de ces regards que vous fixiez autrefois si utilement sur eux^ et venez recueillir sur les larmes quMls mêlent à vos cendres ^ sur les tristes regrets dont / ils honorent vos obsèques , la plus douce récompense de vos fatigues , et le plus sincère tribut-de leur reconnoissa^lCP= Venez voir le plus grand roi du monde , non ylus vous donnant des marques

68 ORAISON FDNÈBR»

honorables d^estîme et de confiance^ et vous re* eevant avec tant de distinction au milieu dc^s grands de sa cour , mais ne pouvant vous refuser des marques de douleur au ipilieu des joies et des acclamations de ses victoires , et paroîssant tout occupé de votre perte, tandis que TEurope ne Test que de ses conquêtes.

Il faudroit ici finir son éloge : les regrets de Louis-le-Grand laisseftt-ils quelque chose à dire ? II faudroit même ne pas vous faire souvenir de cette glorieuse lettre que toute la France a vue, si digne de passer dans nos annales , et d^être conservée à la postérité , où Ton voit cette maia royale occupée à laisser à nos neveux un éloge digne du grand Camille et de toute son illustre maison. Je ne puis qu'^afTolblir une circonstance si honorable à sa mémoiri^ : ce que j^en pourrois dire , ne diroit pas ce que j Vu pense : les paroles des rois ont je ne sais quoi d^énergîque qu''uii discom-s entier ne peut remplacer. Louis-le-Grand y fait des vœux pour la durée des jours dç notre prélat. Il senible que comnie autrefois le vieillard Jacob , aux approches de la mort , sentît revenir ses forces en voyant le bâton de commandement entre les mains de Joseph 5 ( ffeèr*. 1 1 . !X i . ) de même notre glorieux vieillard devoit rappeler les siennes , en voyant son illustre neveu honoré du bâton de maréchal de France. Ce grand prince Ty exhorte de venir se montrer encore une fois à $a cour , et Tassure que personne ^ sans exception^ ne /jr verra ay^cplus de plaisir que lui» Réginez^

DE to. »E TILLE ROT. 69

-priace^ «eul digne d'être servi , puisque seul vous savez si bien honorer ceux qui vous servent- .C^est tout ce que je puis dire.

Mais puis-je ne pas ajouter que ce grand prince s'y félicite lui-même d'avoir rendu justice au mérite de notre illustre gouverneur ? Ce seul mot ne vous rappelle-t-il pas sa grandeur d'ame , cette élévation d'esprit , ces manières dignes encore d'une plus haute fortune ^ et mille actions glorieuses que nul de vous n^gnore , et que la paix)le de paix , dont je suis le ministre ^ me défend de redire ici ? Puis-je ne pas ajouter qu'il y honore d'un glorieux souvenir et d'une étemelle reconnoissançe I) la mémoire de ce sage et vaillant maréchal^ qui jeta dans son ame royale^ les premières semences de valeur et de sagesse , et qui le premier sut éhaucher Louis-le-GrandyP Quelle gloii-e pour cette célèbre maison !

. L'opprobre de Jésus-Christ a eu cependant plus de charmes pour votre cœur , que toute cette pompe de TJE^ypte (i), illustre fille qui m'écoutez. Auâsi en vous entretenant de la gloire de votre famille , je n'ai pas voulu affoiblîr votre foi, mais aider votre reconnoissance , et vous exposer plutôt les périls dont la grâce vous a délivrée , que vous faire estimer de faux biens et de vains honnem^s , que vous avez si généreusement méprisés.

Passons à notre dernière partie. Je vous ai montré comment ses talens le rendirent néces-*

(1) M9dam« dç Villeroy « carmélite.

^O OUAISOKFtNÈBRE

saire ap prince et utile au peuple : montrons qu^U fut fidèle à Jésus-Christ et utile à TEglise par ses vertus chrétiennes et épiscopales.

SECONDE PARTIE

JL est glorieux , je Ta voue, à un ponlife sacré ^ dWoîr été, ce semble ^ formé des mains du Trèsr Haut, pour ménager les intérêts des rpis et la fortune des royaumes : c^'est sans doute un endroit éclatant , et Ton peut en faire honneur à sa mémoire. Mais SI en honorant le prince , il n^a paè craint le Seigneur ^ ( i . Petr . 2 . 1 7 . ) si en veillant sur les membres de r.état, il a eu les^yeux fermés sur les membres de Jésus-Christ : en vain aurat-il amassé à grands frais une fragile gloire devant les hommes ^ il n^en a point de solide devant Dieu : Habet glori'^m , sed non opud Deum.

f Rom. 4* 2. ) Que Thomme nous considèrç , aisoit autrefois saint Paul, comme les ministres de Jésus-Chiist et comme les dispensateurs des mystères de Dieu, (i . Cor. 4- i .) Or , Messieurs , , comment dispenser fidèlement des mystères terribles , si Tori ne connoît toute leur grandeur et toute sa misère ? et quelle foi vive et pleine ne faut-il pas pour cela ? Comment les dispenser saintement , si ces lumières divines ne sont pas la règle constante de nos moeurs ? quelle pureté! De plus, pour être associé au ministère de Jésus- Christ , il faut être ingénieux à découvrir les be^ soins des fidèles ^ quelle vigilance ! Toujours il iaut être prêt à les soulager ^ quelle charité ! '

B^M. DEYILLEROT. ^I

En effet , qu'est-ce que Thonneur de répîs— coj^at , si Ton s''eh tient à ce que la chair et le sang nous révèlent là-dessu» , et si Ton en juge par la corruption et le relâchement de ces derniers temps ? C'est un poste éminent qu'il est permis de souhaiter , auquel il est glorieux d'atteindre i, et dont il est doux de jouir : c^est un titre pom« peux , mais vide :j qui retient tous les honneurs du sacerdoce^ et qui en distribue aux autres les fatigues conmie des faveurç : c'est une autorité tranquille , qui ^ a l'ombre du faste qui l'environne ij décide du travail de ceux qui portent le poids du jour et de la chaleur. Mais si l'on con-^. suite le Père des lumières , et si nous remontons à ces siècles de ferveur et de pureté , c'éloit un poids redoutable et saint, qu'on ne desiroit jamais sans témérité , dont on ne pouvoit se charger soi-même sans profanation^ sous lequel on devoît gémir avec crainte et tremblement : c'étoit une servitude pénible ^ qui ^ nous établissant sur tous ^ nous reudoit redevables à tous^ un ministèire d'amour et d'humilité , qui établissoit le pasteur dépositaire des miséricordes du Seigneur ^ et des misères du peuple. Siècles si honorables à la foi , sainte antiquité si connue en nos jours et si peu imitée , temps heureux , où êtes-vous ?

Je ne vous dirai pas ^ Messieurs ^ que notre grand archevêque^ à l'exemple de Jésus-Christ^ ne s'étoit pas lui-même établi pontife ^ ( Hebr^ 5. 5. ) que les désirs dq. prince prévinrent ses désirs^ et que l'honneur du sacerdoce lui fut

^4 ORAiSON FUNÈ» RE-

piirificàt les consciences ^ tontôt étendnes stir des têtes sacrées^ verser jusque dans les arues des caractères augustes etr iiieliaçables de puissance^ et les marquer du sceau du Seigneur^ tantôt trempées dans le saug de PÂgneau ^ pamii le bruit sacré des cantiques et la fumée des ehcen^ semeqs ^ préseater avec solennité au Dieu sa int jie sacrifice redoutable ^ tantôt lancer siu* des pécheurs rebelles des foudres dont lui-même de»^ \'Foit être frappé^ tantôt offrir à des pécheur» humiliés^ des trésors dont il est lui-même indigner de voir une bouche impure , tantôt offrir pendant les mystères terribles ^ le baiser saint à des mi-i nistres purs et irrépréhensibles ^ tantôt pronopcer ks paroles mystiqueis ^ et créer sur les autels lé pain Sj|Cré qui nourrit les anges , le yin déUcieux qui produit les vierges :; tantôt sanctifier les temples de Sion, et y faire descendre la gloire du Seigneur par d'augustes dédicaces ^~ tantôt y consacrer à Jésusr-Chçist de3 vierges innocentes ^ tantôt y raconter ses justices et les merveille» 4e son alliance.

Aussi avec quel honneur et avec quelle sainteté pogséda^t-il toujours le vase de son corps ^ pour parler avec FApôtre? ( i. Thess, 4- 4- ) 3N Vvpit-il pâs , ce semble , atteint ce point de pudicité sacerdotale , compte l'appelle un Père , ( &..IvQn. f^jrisU ad Tid, ) qui fait que la vertu \à plus pénible à la nature , nous devient là plus naturelle^ et qui accoutume, pour ainsi dire, Ji; çf^y^ k êtr*? in\nJnér?ble de son propre, fopd^?

DE a. Dï VtLLÈÎxOfé ^5

Le vît-oti jamais^ je ne dis pas avilir la majesté du sacerdoce jusqu'à Tindignité et aux foiblesscs d'*UQe passion , mais Tabaisset jusqil^à Tinutilit^ et aux amusemens des conversations ? Et ce n''étoit point îd un de ces mérites que donne la vieillesse:; une de ces i:égularités tardives^ qui sont les assortimcns de Tàge plutôt que les omemens du cœur ;; qui parent les débris du corps au lieu de réparer ceux de Tame ^ où il entre plus de bienséance que de grâce ^ et qui n^ont pi-c^que de la vertu ,que la seule impuissance d'êtap encore vices» Il ne fit que recueillir dans Iw^er ce qu''il avoit semé pendant les jours de Tété : ses passions no parurent éteintes sur la fin , qnè parce qu^il en avoit amorti les ardeurs naissantes i; et dans une carrière de plus de quatre--vingts ans ^ on ne s'est jamais aperçu que son cœur fut sensible^ que par rhorreur quMl eut pour le vice.

Qui ne sait cependant quelles sont la— dessus les complaisances et les adoucissemens de FusageP Hélas ! celte foiblesse a presque perdu son nom et sa honte parmi nous : c'est une lèpre qui n'éloigne plus même du sanctuaire. Des yeux chrétiens s'accoutument enfin à voir sans horreur un feu profane s'élever du même autel où repose le feu sacré ^ et le même cœur qui vient de soupirer en secret devant Tidole , présenter publiquement au Dieu saint les soupirs et les supplications de toute l'assemblée des fidèles.

Saintes et pieuses ordonnances^ où il pourvoit avec tant de soiu à la pudear des min^tres de

^6 lIRlTiSOIf FUNÈBRE

Jésus-Christ;; où il renouvelle les plus auçien&es lob de TËglise sur Page des personnes d^uu autre sexe dont ils peuvent recevoir des secours ^ de peur que les jnèmes soins qvt'oa prend pour la vie de leurs corps ne soient des soins meurtriers pour leurs âmes : vous êtes les fruits précieux de FamoTir qu'îl eut pour cette vertu sacerdo!ale«

Âh ! si les livrer saints ne me défendoieut de révéler la honte de ceux qui montent à Fautel , je vous le représenterois ici par la sévérité salutaire des peines canoniques ^ foudroyant les ministres scandaleux ^ et mettant des vases d'^honneur à la place de ces vases de honte et d^ignominie ^ là ^ par des remontrances paternelles , tendant la main à ceux que la seule infirmité de la chair avoit précipités dans Tabime^ et arrachant des larmes de douleur des lùémes yeux à qui la pasrsion en avoit peut— être arraché ^Ue fois de criminelles ;; souvent enfin découvrant par de pieux artifices de charité ^ la puanteur de ces sépulcres blanchis ^ dont les crimes ne reposent ^ ce semble^ qu^à Tombre de la vertu ^ et faisant répandre une odeur de vie k Ceux qui nVvoient répandu jusque-là quWe odem\ funeste de

moit.

Sages et zélés coopérateurs de son épiscopat ^ interrompez; ici les louanges que je lui donne ^ si elles sont excessives r mais plutôt ajoutez ^ que Famour qn'}! eut pour cette vertu fut plus fort que la mort^ qu**!! s'étendit jusqu^aux soins de sa sépulture^ cpe malgré Fexemple du Sauyeur^ U

ne voulut pas <pie les* femmes de Jéru<;alem" rien^ dlssètit les derniers devoirs à sou corps:; et qu'il fiit jalons de la pudeur dans un temps même où Ton ne pcfut plus en avoir le mérite.

Mais suffit-il à un évéque d^avoir été attentif k soi-même? ne faut-il pas pour accomplir toute justice^ qu'il ait encore veillé sur le troupeau de Jésus-Christ? ( ^ct. 20. 28. )

Or , rappelez ^ Messieurs , le triste état où se ti'ouvoit ce vaste diocèse^ cette Eglise si vénérable qui va prendre sa source Jusque dans les temps apostoliques :; qui la première de nos Gaules, reçut de FOrieftt les richesses de TEvangile^ qui vit arriver et recueillir avec allégresse les Photin et les Irénée^ ces hommes divins teints encore du sang de Jésus-Christ fi^aîchement épanché, et çriavec la foi aUoieut répandre partout des esprits de souffrance et de martyre : cette Eglise , qui formée par l^urs travaux , fortifiée par leur doc— trine ij nnérit^ enfin d^'être illustrée de tout leur 8ang^ et qui, encoi'e aujourd'hui , pour avoir été la première éclairée des lumières de la fw , en a les premiers honneurs dans le royaume : rappelez^ dis-je, le triste état où elle se trouvoit , quand notre illustre archevêque fut appelé à sa con-* dnite.

Hélas 1 tout Féclat de cette fille de Sion étoft obscurci ^ ( ZRre/j. i., 6. ) ses prophètes , ou û'avoient plus de visions , ou n^en avoîent que de fcusses ^ ( Ibid: 2. i4«^ ) ^®s solennités et ses Sabbats u^étoieat presque plus que des dissolutiaj.)

^& ORAISON FUNËB&&

superstîtîeuses ^ ( Thren* 2. 6. ) les pierres Ai sanctuaire se trainoieat iodigaernent dans les places publiques 5 ( Ibid. 4« î* 4* ) ^ langue de ceux qui dévoient distribuei* le lail dé la doctrine^ s'^étoit attachée à leur palais ^ Tor et Targont et oient presque les seuls canaux par où Teau des sacremeus couloit jusqu^à upus ^ et Lyon ^ cette cité sainte ^ que la dignité de son troue met à la. tête de tant de provinces , gémîssoit dans une manière de triste veuvage ^ et étokt presque, devenue la tributaire de Garizim : Princeps pro-^ vineiarum faeta est sub tributo, ( Ibid* i. i. )

Parlons sans figiure. Le prêtre admis sans précautîoia aux fonctions du sacerdoce ^ s^en acquittoit avec indignité : le fidèle pendant sa vie dans un oubli profond de nos mystères et de la loi de Dieu ^ mouroit tranquillement sur la bonne fei de Fignorance et des déréglexnens du ministre r et rhérésie, qui, comme Tarmée des Assyriens^ n^attaque Jérusalem qu^à la faveur des ténèbres ^ profitoit de cellesr-ci pour renverser ses murs , et ^euir lui enlever de vrais adorateurs jusque dan» renccinte du sanctuaire.

Depuis long-temps même cette Eglise nWo% pas y\x ses ^tqntifesiaUer , comme des nuées saintes^ ^répandre des rosées salutaires sur les diverses contrées de sa di^pendance : les vieillards , qui ^ ji^dis au fond- de leurs caiopagnes, avoient eu la coQSaUfion de les voir , le racont oient à leurs^ neveux com^me une. aventure jsingulière ^ et si IVu veut me passer ce mot^ rapparition et k-

DB M. DC TILLEROT. J^

course annuelle de ces astres saints ^ étoit devenue un phénomène presque aussi rare et aussi sur-^ prenant qiie les comètes.

A Dieu ne plaise cependant que je vientie ici flétrir leur mémoire pour honorer celle du prélat* que nous pleurons ! Je respecte trop les cendre& sacrées de ces grands hommes : je sais qu^ils ont eu le malheur de \ivre en dea temps fâcheux y que ces désordres é^toîent plutôt les vices de leuc siècle , que de leur personne :j et que s''ils n^ont pas mieux fait ^ c^est qu'il n^étoit guère alors permis de mieux faire.

Telles étoient l^s ruines de la maison du Seigneur ^ quand nous y vîmes entrer notre nouveau pontife. Quelles furent alors nos acclamations et nos tendres réjouissances ! Temples majestueux^ où Fonction sainte fut répandue sur son chef sacré ^ vous vîtes pendant les joyeuses solennités de cette auguste cérémouic , nos mains en foule le-*^ vées au ciel ^ porter le doux parfum de nos prières ^ et de notre reconnoissance^ jusqu^'aux pieds du trône de TAgneau^ le remercier d^avoir donné pour évéque à cette ville ^ celui que le prince lui avoit déjà donné pour gouverneur ^ et le prier de faire revivre leç jours et les bénédictions de Fé— piscopat d^Am}>iK>ise ^ puisqu^il en faismt revivre Fhistoire et presque toutes les circonstances.

En cet endroit ^ Messieurs ^ je me sens comme . transporté dans ce premier âge de son ministère : f y vois ce A'^asle diocèse ^ comme un cahos informe et ténébreux ^ se développer peu à peu : cliacpe

So OT\AISON FTTNÈBBK

jour offre à mes yenx de nouveaux specfaclear- • Ici s'élèvent successivement des maisons de retraite^ des sources publîqtiesde Tesprit ecclésiastique , des écoles de sacerdoce et d\ipost.olnt ^ de pieux séminaires si néeessaîres alors et si rares. dans le royaume , ou loin du commerce du siècle , et sous les yeux de directeurs graves et consommés^ on sauve dé bonne heure Finnocence des clers de la contagion du monde :; où Ton purifie des cœurs^ qui doivent un jour offrir à Dieu les ^ôeux des hommes ^ et où dans les semences de doctrine et de vérité qu''on jette dans une seule ame^ on voit croître Fespoir consolant de la conquête de mille autres.

Là ^ par les soins d'un ministre savant et infatigable ^ les pasteurs assemblés confèrent ensemble sur ce qui regarde le royaume du ciel ^ se communiquent leurs doutes et leurs lumières , puisent dans les plus pures règles des mœurs , de quoi régler sûrement les consciences ^ opposent la loi de Dieu aux interprétations des hommes ^ apprennent à fuir également , et ce zèle amer et intraitable ^ qui ^ sans nul égard ^ achève de briser un roseau déjà cassé ^ et d''éteîndre voie lampe encore fumante ^ et qui par les di|filcultés extrêmes ^ dont îl investit rofeerVance de la loi, fournit presque aux pécheurs de nouvelles raisons pour la violer ^ et cette molle complaisance , qui ^ en voulant aplanir les voies du Seigneur, creuse des précipice» aux fidèles.

Ici&'établissent d'utiles retraites , où les pasteurs

BS M. DB YILLEKOT. 8r

accourus de toutes parts ^ réparent dans le silence^dans la prière ^ les dissipations inévitables dans leur ministère. Là ^ sortis de ce nouveau cénacle^ }^en vois des troupes sacrées qui vont faire dans nos cbamps des courses apostoliques ^ et qui re^ nouvelleut leh prodiges comme les travaux des premiers disciples. En cet endroit^ on jette les fondemens d^un édifice sacré ^ où les pauvres sont évangélisés ^ où les petits trouvent le pain qui nourrit Tame ^ qu ils avoient demandé jusque-là aussi inutilement que celui qui nourrit le corps* Dansun autre^ de nouvelles communautés de Tun et de Fautre sexe^ attirent de nouvelles bénédictions*

Mais je ne m''aperçois pas que c''est ici une. histoire plutôt qu un éloge. Vous représenterai— je notre pontife infatigable ^ présidant à tant de« pieux établissemens ? Tantôt il parcourt ce vaste ' diocèse ^ et montre enfin un évèque aux peuples de la campagne ^ tantôt ^ de son palais épiscopal j il fait mouvoir les ressorts infinis qui pourvoient aux besoins spirituels de cette grande ville ^ tantôt jaloux des droits vénérables de son siège ^ on le^' voit résolu de ne point monter à une des premières dignités de Fétat , plutôt que de dégrader, son £glise du rang et de la dignité de première Eglise de France.

Vous le représenterai'^je ^ tantôt soutenant les fatigues des plus nombreuses ordinations!' Hélas ! nous le vîmes il y a peu de temps ^ malgré la caducité de son âge et la vivacité des maux y recueillir ce qui liu restoit de forces ^ pour donaer

§2 ORAISON FUNÊBRK

encore à TEgUse des ministres ^ et lui laisser m pour ainsi dire , des enfans de sa douleur : tantôt enfin à la tête d''une assemblée de prêtres prudens, selon Tavis du sage ^ prendre avec eux de saintes mesures pour étendre le royaume de Jésus-Christ^ demander leur avis avec bonté ^ Fécouter avec estime ^ le suivre avec religion ^ soutenir par son autorité ce qu''on y délibère par sa sagesse. Ouï , Messieurs . Tesprit le plus élevé de son siècle , le plus vaste , le plus droit , le plus riche de son fonds , ne peut se rassurer sur ses propres lumières ^ et ne eroit pas que dans un ministère où les fautes sont irréparables ^ les précautions puissent être excessives.

Sacrés ministres de Jésus—Chiist ^ qui formiez cette sage et savante assemblée ^ puisse le pasteur que la providence destine à la conduite de cette fllustre Eglise^ avoir la même déférence pour vos salutaires avis ! puissent vos anciennes et saintes fetigues vous en attirer de nouvelles !

Ah ! sHl ne falloit pas ici me renfermer dans les bornes d'un discours ordinaire ^ je vous mettrois comme sous Toeil ce que je n''ai montré qu'yen éloignement : les clercs attentifs à leur lîiînistère, les peuples instruits par leur doctrine ^ secourus par leur zèle ^ édifiés par leur exemple ^ tout ce grand diocèse , où régnoient avec tant de. licence y les abus et 1rs déréglemens de ces derniers siècles ^ renouvelé et rapproché pi*esque de la discipline des premiers temps.

' Père des miséricordes et Dieu de .toute conso^

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