‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 4)Chapitre 18 sur 59 · SUR LA PASSION · texte numérisé non relu

SUR LA PASSION

ie fois annoncée ^ sur la vérité de ses mirades ^ dont il avoit été témoin :; sur la vérité de son in-» nocence^ dont il étoit convaincu^ et enfin ^ sur la vérité de sa royauté ^ qu^il avoit auparavant reconnue. Jésus-Christ sur la croix condamne^ aujourd^ui le monde ^ rendant un grand témoignage à toutes ces vérités ^ à la vérité des Ëcritures^ en les accomplissant par sa mort; à la vérité de sa doctrine ^ en là confirmant par ijes souffrances ; à la vérité de ses miracles , en les renouvelant sur le Calvaire ; à la vérité de son innocence , en priant pour ses bourreaux ;; enfin ^ à la vérité de sa royauté , en établissant sa puis^ sance , et conquérant le monde par la croix. Et ç^est ainsi quHl n^étoit venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité : jEgo in hoc natus sum ^ et ad hoc veni , ut testimonium perhibeam veritati. ( Joan. i8. 3^. )

En premier lieu , à la vérité des Ecritures , en les accomplissant par sa mort. Oui ^ mes Frères ^ . la mort de Jésus-Christ devient aujourd'hui la grande preuve de la vérité des Ecritures : c'est elle seule ^ qui en justifie les prophéties ;j qui en .développe les prédictions ; qui en éclaircît les obscurités ;; qui en explique les figures : c'est la clef sacrée ^ qui ouvre les sept sceaux de ce livre fermé. Sans le dénouement de ce grand sacrifice^ les livres saints sont incompréhensibles; lest énèbre^ des prophéties deviennent impénétrables; le détail du cidte et des cérémonies de la loi parolt puéril; une nuit épaisse est répandue sur ce liyro

DE NÔTRE SEIGNETTR. l4^

érnn : maïs la mort de Jésus-Christ y répand ud nouveau jour à la faveur de ce mystère préordonaé avant tous les siècles^ on Voit clair dans toutes ses figures ^ on découvre Fesprit de toutes ses cérémonies ^ on entre dans le sens de toutes ses prophéties ^ on sent la vérité et la divinité de nos livres saints. C'est ici cet Agneau occis depuis Torigîne du mpnde^ cet Abel^ qui expire sous les coups d'une indigne jalousie ^ oet Isaàc^ obéissant jusqu'à la mort , ^t prêt à être immolé sur là montagne sainte:^ ce Joseph ^ livré par ses propres frères ^ et devenu le Sauveur de FEgypte ^ ce Job ^ rhomme de douleur , et méritant par sa j^atience et par ses afflictions ^ de rentrer en possession de ses biens et de sa gloire 5 ce David chassé de Jérusalem ^ montant sur la montagne couvert de honte et d'ignominie ^ accompagné deJ anathèmes et des dérisions de son peuple ^ qui l'outrage et qui Tinsulte^ ce Jonas enseveli durant Irois jours dans le sein de l'abîme ^ et ressuscité pour sauver Ninive. Enfin depuis le commence-^ ment des choses^ il semble que Dieu n^est attentif q[u'à préparer les hommes à ce mystère sanglant^ et en tracer de loin dans les livres saints ^ le^ •symboles et les figures. L'alliance de Sînaï ^ confirmée par le sang ^ nous annoùcoit que le sang de Jésus-Christ ratifîeroit l'alliance nôuveïïe , .que le Seigneur devoîl contracter avec les hommes* Ij^amertume des eatix de Mara ^ .adoucie par le l>ois mystérieux^ nous figùrpit la corruption 'des nations.) porifiée par le bois sacré de la craix« |Le

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serpent d^airain élevé , et devenu le remède des plaies du peuple ^ n''étoit que le symbole de Jésus-Christ élevé en croix ^ et devenu le remède de nos plaies et de nos souillures; Enfin ^ on trouve que jusqu^aux moindres circonstances de la mort de Jésus-Christ, tout est prédit dans les | livres saints , et dès le commencement annoncé aux hommes ^ le fiel dont il de voit être abreuvé ^ les crachats dont on le couvre ^ les clous , qui percent ses mains , et ses pieds sacrés 5 le sort ^ qui partage ses vétemens; la perfidie du disciple^ qui le livre , et qui déchoit de son apostolat ^ les deux malfaiteurs, au milieu desquels il expire ;} la lance qui ouvre son côté^ ses os, qui nç sont pas brisés^ la forte clameur qu'ail pousse vers son Père ^ de sorte que les prophéties ne paroissent plus qu^une histoire claire et anticipée des douleurs et des opprobres de la croix.

C^est ainsi que la mort de Jésus— Cluîst ccm— firme tout, comme dit T Apôtre, accomplit tout, justifie tout. C'est ainsi que ce mystère, qui révolte si fort la raison , et qui est la folie du Gentil, et le scandale du Juif, est pourtant lui-même la preuve de notre foi , la certitude de nos livres saints , et la confusion de Fincrédulité. C^est ainsi qu''il falloit que le Christ souffrît et mourut , afin que les Ecritures fussent acconiplies ^ que les peuples témoins de cet accomplissement, se soumissent à leur autorité ;; que ce livre divin se répandit dans toutes les nations, et quHl fût jusqu'à ta fin^des siècles, le garant de notre foi, le fou-->

DE NOTRE Sf:iGNEUR. l5l

• dément de nos espérances ^ la règle immuable de notre culte , le rocher mystérieux ^ où tous les efforts de Torgueil humain, et toute la violence des superstitions et des sectes, Tiennent se briser ^ et enfin le monument éternel des miséricordes du Seigneur sur les hommes. Que de grandeur dans la bassesse de nos mystères ! G^est ainsi , ô mon Dieu ! que vous avez toujours voulu confondre Forgueil de la raison , et vous jouer de la vaine sagesse des hommes , en cachant la sagesse et la sublimité de vos voies , sous des apparences viles et insensées , en nous conduisant à la vérité par Thumilité , et révoltant les foibles lumières dWe vaine raison , pour en éclaircir les ténèbres. Premier témoignage que Jésus-Christ rend aujourd'hui à la vérité des Ecritiu-es, en les accomplissant par sa mort.

D rend en second lieu , un témoignage à la vérité de sa doctrine, en la confirmant par ses opprobres et par ses soufirances. Il nous avoit appris que bienheureux ceux qui souffrent , et que là violence qu'ion se fait à soi-même étoit Tunique ressource du salut : toute sa doctrine sembloit se réduire à hmnilier Tesprit et à mortifier les sens. Or , nul philosophe jusqu'à lui n'avoit annoncé aux honmies qu'il fallût aller à la féUcité par les humiBations et par les souffrances : c'etoit là ce secret du royaume des cieux , jusque-là inconnu aux enfans du siècle. Il falloit donc que son exemple confirmât la nouveauté de ses préceptes^ qu'ail ne ressemblai fipint à ç^ fa,ttx sages qui Tavoient pré^

iSl StJK LA FlSSIOTf.

céàé^ lesquels^ en préchant pompenseineiitleixi^ pris de tout ^ jouissoient avec plaisir de tout ^ et que les humiliations et les douleurs de sa mort ^ devinssent le grand témoigna^ de la vérité de SSL doctrine*

Je dis les douleurs de sa mort:; et queHes dou-< leurs ! le fiel et Tabsinthe ^ dont on Tabreuve ^ Fine-. fection des eradiats ^ dont on couvre son visage adorable^ les coups de fouet ^ qui déchirent soa corps sacré ^ les soufflets barbares ^ qui le meur^ Irissent^ la couronne d'épines , qui le perce 5 ki pesanteur de la croix , qui Tacciable ^ les clous ^ qui Yj attachent ^ les efforts inhumains ^ (jui le <;rucifient. Quelles douleurs I son esprit affligé^ par rhorreur de nos crimes^ son coeur contristé^ par Pinutilité de ses souffrances^ son amour ac-^ •câblé , par Fingratitude de son peuple^ et par le« malheurs qui vont fondre sur cette nation si chérie. Voilà le grand modèle qu^on nous montre aujour* d^hui^ du haut de la montagne sainte^ et la réponse décisive k tous nos vains prétextes.

Car, mes Frères, que peut opposer notre îm— pénitence à ce grand exemple? Quoi? notre in— «ocenc0? une vie régulière, exempte de certain» €xcès , et qui semble nous dispenser de cette vie de larmes et de mortification , qui, ne parolt destinée qii^à punir les grands crimes ? Mais Jésus-^ Christ , saint, innocent, séparé des pécheurs , ne 4:emplit son ministère que par les souffrances^ iToj^e notre salut, que par la croix ^ ne devient tw>a)ine j que pour devenir Ihomme de douleois^

DIS VOTIVE SEIGNCUK. x53

ifie suffit-il pas d''être son disciple^ pour ne pou-* voir se, dispenser de marcher sur ses traces?

Mais d^ailleurs^ notre innocence? Grand Dieu ! TOUS nous connoissez : vous ay ez compté nos pas dès le sein de nos mères : vous avez suivi les routes les plus secrètes de nos passions : vous avez prévu nos chutes ^ avant même que nous fussions tombés : nos premières mœur^ et nos dernières voies, tout est également présent à vos yeux : Tu cognoi^isti omnia novissima et antiqua : ( Ps. i38. 5. ) et vous savez , grand Dieu ! quelle vie nous offrirons un jour à votre justice , quand le voile sera tiré ^ et que ce fantôme de vertu qui nous abuse, tombera et s^évanouira devant la lumière et Téclat terrible de vos jugemens et de votre justice.

Quoi encore? notre rang , et Télévation où là providence nous a fait naître? Mais Jésus-Christ, le successeur de tant de rois , le roi immortel des siècles , a-t-il cherché dans la grandeur de ses titres, des raisons qui le dispensassent de la croix et de la violence? Au contraire , il veut souffrir avec toutes les marques de sa grandeur , son sceptre , sa pourpre , sa couronne ^ comme pour nous ap* prendre que la pénitence est encore plus néccs-* saire aux grands qu^au peuple , parce qu'ils ont plus de crimes à pleurer , plus dépassions à vaincre , plus de scandales à réparer , plus de voluptés à expier ^ que les marques mêmes de leur grandeur ne sont que les sources et les instrumens de leurs souffrances ^ et que le privilège de leur état n'est pas de jouir de plus de plaisirs, mais dVn avoir plus à.^acrifier que le commun des fidèles.

l54 <t7R l'A PAflSIOltr.

.. Quoi eneore? k foiblesse de la 6ahté ^ et U délicatesse du tempérament? Mais le corps dé Jésus-Christ, formé par FEsprit-Samt , et le plus sensible à la douleur qui eût jamais paru sur k .terre , est mei^tri et brisé pour nous. Maïs d^aîlleurs, quelle ^st cette foiMessede tempérament^ <jui a tant de force pour soutenir la fatigue des passions , et pour courir dans les voies de 1 irâ- ^juilé^j et qui n'est foible et sans courage, que lorsqu'il faut aller à Dieu, et faire un seul pa« dans les voies de la justice ?

Quoi donc? k bonté de Dieu, qui n'^est pas un maître si cruel , et qui nous aime trop , pouJr exiger que nous nous rendions malheureux pouV lui plaire ? mais nous aîme-t-il plus qu'ail n^a aimé son Fils unique , et dans lequel seul nous sommes dignes de son amour? Et cependant , quelcalioe lui a-t-il ordonné déboire ? par quelles tribulations ra-t-il fait passer? Si le juste est traité avec tant de rigueur , réserverart-il toute son indulgence . pour les coupables ?

Quoi enfin ? les rigueurs et les difBcultés de là pénitence? Mais, mes Frères, comparons la violence que la religion nous impose , aux souffrances de Jésus-Christ ^ et soutenons , si nous pouvons y ce parallèle. Hélas ! nos violences consistent plutôt à nous priver de quelque plaisir , qvCk soufiSir q[uelques peines; à retranclier quelques supeiv fluités , qu^'à nous imposer des privations douloureuses:; à ne pas tout accorder aux sens, qu'à les luortifiei^ : et encore ces privations légères , par

DE NOTKE SKIGlftlTR. 1 55

combien tf endroits sont-elles adoubies? la gran« de'ur qui noi3S environne ^ Tabondance qui nous SHÎt, Télévation qui nous flatte, la magnificence* qui nous éblouit^ tous les avantages au milieu des» qaeh nous sommes nés. Quesouffronsr-nous, mes Frères? et si nous ne souffrons pas, que pouvons* nous prétendre aux promesses qui ne sont faites qu'à ceux qui souffirent? Second témoignage que Jésus-Christ, sur la croix, rend à la vérité de sa doctrine, en la confirmant par ses humiliations et par ses souffmnces.

* D rend en troisième lieu , sur la croix , témoî-» gnage à la vérité de ses miracles , en les renouve-^ lant. Mais ce n'est pas tant en ouvrant les tom** beaux ^ en brisant les rochers, en obscurcissant le soleil , en couvrant toute la terre de ténèbres ^ qu'il confirme aujourd'hui sa puissance , et qu'il rend témoignage à la vérité de tous ses miracles : c'est en convertissant un scélérat , qui expire à ses côtés : c'est en changeant le cœur du centènier même , qui préside à son supplice, et le forçant de confesser tout haut sa puissance et sa divinité : c'est en touchant les spectateurs de sa mort, et les obligeant dé s'en retourner, frap-» pant leur poitrine , et répandant des larmes de componction et de pénitence : Et re^^ertebantur percutientes pectora sua, (Luc. 23. ^S, ) Voilà le grand miracle de la mort de Jésus-Christ^ la conversion des grands pécheurs : et remarquez en effet, dans le caractère des pécheurs quHl con-» vertit sur la croix , la grandeur de sa puissance dans sa foiblesse.

iS6 sitr Là PASsioir

Le premier est un scélérat quî expire ^ lequel jusque-là avoit vécu sans Dieu dans ce monde ^ et n'^avoit point apporté d'autre disposition à la mort ^ que les hoiireurs de la vie la plus cri-^ minelle. Cependant cet heureux- pécheur , dans ce dernier moment où la conversion est presque toujours désespérée ^ où les marques de repentir qu'on donne ^ on les donne plutôt à la punition qu'on craint i, qu'aux crimes qu'on déteste^ où le pécheur est effrayé , mais où le cœur n'est presque jamais changé : dans ce dernier moment où Dieu jusque— là méprisé, méprise à son tour, et se retire ^ où la mesure est comblée , où les grâces de repentir sont d'ordinaire refusées : dans co dernier moment où le pécheur est déjà jugé, et où la surprise de sa mort est d'ordinaire la juste punition de Timpénitence , et du désordre de toute sa vie : dans ce dernier moment , cet heu-» reux pécheur trouve la grâce et le salut. La première aspersion du sang de Jésus-Christ , qui coule de la croix , purifie en un instant toutes les souillures de sa vie : il reconnolt la gloire et la divinité de son Libérateur , tout chargé d'opprobres qu'il le voit : après une vie toute de crimes, il reçoit en mourant de la bouche même de Jésus-Christ, l'assurance du pardon ^ et le dernier moment où il expire, devient le prix de sou salut étemeL

Voilà , mes Frères , le grand miracle de la mort de Jésus-Christ^ la conversion d'un pécheur mourant : et cependant il n'est point de pécheur ^

qui

^i M se promette le même prodige en ee dernier momeat. On croiroît être ioseiué d'atteiidr« que le soleil s^éclipsàt encore^ qu'ion vit encore les tombeaux »'ouvrir ^ les morts ressusciter y le voile du temple se déchira ^ que tous les miracles qui s'*opâ*à:ent alors ^ se renouvelassent encore : quelle folie donc de se promettre le miracle de la conversion opéré sur un pécheur mourant; prodige plus grand et plus merveilleux que tous les autres miracles qui se passent sur le Calvaire ! Il falloit que ce grand sacrifice , prédit dans tous les siècles et si nécessaire au genre humain^ fui marqué par des circonstances imiques ^ et jusquelà inouïes ^ que tout j fut singulier; que tout j xendjlt témoignage , par sa nouveauté , à la gloire et à la divinité du Fils de THoiome. Mais Jésus- Chjrist mort une fois ^ il ne meurt plus , dît TApôtre^ les rochers ne se brisent plus ^ les morts ne ressuscitent* plus y toute la terre ne se cou\Te plus de ténèbres , le voile du temple ne se déchire plus y les pécheurs mouraus ne se convertissent plus ; et les conversions au lit .de la mort ^ n'*out -que cet exemiple et ce prodige pour elles.

Le second pécheur , dont Jésus-Christ sur k croix y Qfèce la conversion , est m\ pécheur incrédule ; un centenîer gentS^ , qui jusque - là li'avoit r^ardé Jésu&-Christ* quVvec dérision , et sa doctrine comme ime imposture. Cependant rincréduKlé, qui ferme le cœur à toutes le« grâces ^ qui rend inutiles tous les secours de la .religion, et change en poison les remèdes mêmes, Toniê V* MrsTÈBEs. 14

l58 SUR LA PASSION

Tîncréclulilé devient aujourd'^hui le triomphe de Jésus-Christ mourant. Ce centenier est frappé des merveilles de sa mort : ce n'*est pas en demandant des miracles ^ comme quelques-uns des spectateurs ^ qu"*!! arrive à la connoissance de h vérité :; c''est en considérant Jésus-Christ ^ Sa puissance dans ses opprobres ., sa douceur envers ses ennemis ^ sa patience et sa majesté dans les tourmens ^ son amour pour les hommes ^ Tinnoccnce de ses mœurs , là sainteté et la divinité d« ses.maximes : voilà le grand miracle qui le touche. Il comprend que Timposture n'auroit pas eu recours à un moyen si triste et si rebutant , pour séduire les hommes; quelle auroit flatté, ou leurs passions , pu leur orgueil; qu^elle leur auroit proposé ^ comme les autres philosophes ^ une doctrine agréable aux sens, ou flatteuse à Tesprit et à la .curiosité : mais qu''il n^y avoit que le Fils de Dieu^ qui put se faire des disciples par l'a croix ; attirer les honames , en ne leur proposant que des persécutions et des souffrances; en leur interdisant tous les plaisirs, et n« leur promettant ici-bas point d''autre récompense de leur attachement à sa doctrine , que les larmes , les croix et les violences : mais qu^il n''y avoit que le maître des coeurs qui pût prétendre dVttirer tous les hommes par une loi sévère et hmniliante, qui les alloit tous révolter , et venir établir 4m nouveau qulte , par les voies les plus propres à le renverser et à réteindre : Ferè Filius Dei erat iste, (Matth. 27. 54. )

t>lï NOTRE SEIGNEUR. iSq

Enfin ^, la troisième sorte de pécheurs, que Jësus-Christ convertit sur la croix, est une troupe . inutile de spectateurs (jue la seule curiosité avoit attirés sur le Calvaire. Libres des passions qui animoient les scribes et les pharisiens, et n**opposant point dVutre obstacle à k grâce , qu une indifférence coupable pour le salut , presque toujours plus difficile à siuTnonter , que les passion? les plus criminelles^ touchés du spectacle des souffîrances du Sauveur, et des grâces abondantes gui coulent avec son sang , ils sentent^tout d^ua coup leur cœur changé et brisé d'aune sainte componction : Et reuertebantjir percutientes pectora sua, ( Luc. â3. 48. )

L"*oserai-je dire, mes Frères ? Dans le caractère de ces trois sortes de pécheurs , ne retrouvons-» nous pas Fimage de ceux qui viennent assister au récit et au spectacle des souffrances du Sauveur ? Des pécheurs scandaleux , et chargés de crimes , comme les deux scélérats qu'ion attache à la croix à côté de Jésu^^Christ , qui ne viennent aujour-» d^hui sur le Calvaire , et à ce saint spectacle renouvelé dans nos temples, que comme à un supplice^ qui regardent ces saints jours, ces jours heureux que TEglise consacre aux mystères douloureux de Jésus— Christ , et où la liberté des plaisirs publics est suspendue, comme un joug odieux quVne vaîne religion leur impose^ qui en murmurent , et en comptent tous les momeus, comme s^ils étoient sur la croix eux-mêmes : des pécheurs incrédules ^ et qui n'^assistent , Qoiiuue

iGo SURLAPASSION

le centciiîer ^ à ce spectacle de religion ^ <juf pour satisfaire aux devoirs dVne charge , pour remplir les bîenséauceâ de leur rang , pour ne pas manquer à tout ce que tout le monde kd-mème exige dVux^ mais qui en secret^ regardent la eroix comme une felie^ et insultent peut>-étre aux soufiSrances de Jésu^-Oirist ^ et à la piété et au deuil public des fidèles r enfin ^ des pécheà» mondains et oiseux ^ que ta seule curiosité ailird au récit de la mort du Sauveur^ qui n'^y apportent ni foi^ ni componction^ ni désir d^tine Tie plti^ iainte^ qui suivent la multitude ^ et né viennent sur le Calvaire, que comme spectarteors , cpé parce que la foule j court , et que te mondé hii-roêtoe les y entraioe.

* Renouvelez doue Mijourd^liuî à leur égard , 6 tnon Sauveur ! les miracles du Calvaire : le mo ment où vOtts expires , est le moment des grace$ «t des miséiicordes. Il sort de votre côté ouvert , des sources de bénédictions capables de purifier les âmes k$ plus souillées et lés plus rebelles» Tout est favorable aux pécheurs aux pieds de Votre croix : vos mains étendues pour les recevoir; votre coeur ouvert et prêt à leur pardonner^ 1» éoîf extrême que vous avez de leur salut 5 la ibrte clameur que vous poussez pour eux vers le trône de votre Père. Cest aujourd'hui , ô mon Dieu ! le jour de vos miséricordes. Du haut de ce bois sacré , jetez encore quelques-uns de ces regards ptiissans sur les pécheurs qui vous environnent 5 et consacrez la mémoire de ce grand

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jour par quelques-unes de ces conversions éclatantes ^<[ui fassent sentir la vertu de votre sang ^ et la perpétuité de votre sacrifice ! Troisième témoignage que Jésus— Christ ^ sur la croix, rcod à la vérité de ses miracles, en les renouvelant. Il rend en quatrième lieu', témoignage à la vérité de son innocence et de sa sainteté , en priant pour ses ennemis. En effet , mes Frères , le caractère le moins équivoque de la sainteté , c"'est d^aimer ceux qui nous outragent , de prier .pour le salut de ceux qui veulent nou5 perdre , et de combler de biens ceux qui nous chargent de malédictions et d'*opprobres. Or, voilà le grand témoignage que Jésus-Christ rend aujourd^hxà à son innocence : il mçurt pour ceux qui le crucifient ^ il meurt en demandant grâce à son Père pour ses ennemis. Il ne méprise pas leur fureur et leurs outrages^ c^eùt été souffrh* en philosophe : il ne leur reproche pas ses bienfaits et leur ingratitude ^ c''eût été souffrir en homme foible : il ne les menace pas de sa puissance ;; c''eût été souffrir en homme vain : il ne se console pas par Fespérance de leur punition^ c^eut été souffrir en homme piqué et sensible : il ne se plaint pas même de Fexcès de leur barbarie ^ c''eût été souffrir en homme vulgaire. Il prie pour eux ; il n^est occupé que de leur salut : il semble oublier dans ce dernier moment , ses disciples les plus fidèles ^ il ne demande rien pour eux à son Père : il ne pense qu^à ses ennemis ;; il ne prie ,

il n^ parle que pour eux ^ il ne demande que

lB% SïfK LA PASSION

pour eux des giaces à 6ou Père^ 6t c^e^t'souflTrir en Ho&une-Diâra : ils le HiAuxÛsseut ^ et il les bénit : ils demaDdént sa mort , et il demande leur grâce : ils venlent prendre sur eux et sur leurs enfmis le crime de son sang répandu^ et il ne veut pas qu'on le leur impute.

Père ! pttrdonnez4eiit ^ dit-il , parce qu^ih ne éOi^nt ea {fusils jfbnt^ (Luc. aï. 34-)* Souvenezvous ^ 6 mon Pèrel que le sang de cette nouvelle alliance^ qu'ils répandent aujourdlim^ les met au nomlnre de vos enfans^ que par le prix du sa* 4nrifice que je vous offre ^ mes bourreaux deviens tieat mes cohéritiers et mes frères^ que vous n'êtes plus un juge armé pour les perdre ^ mais un Père toujours prêt à les sauver;; et qu'en m^attachant à la croix ^ ib se sont élevé un asile , qui doit les mettne à couvert de vos foudres et de vos vcnjgeances : Pater , dimilte iïïis. Ne regarder pâs les mains qui m'ont percé: ne regardez que le sang qui coule de mes plaies ^ pour apaiser votre justice, et effacer le crime de ceux qui m'immolent : Pater ^ dimilte illis. Ils ignorent encore que c'est vous qui m'ave« envoyé : pardonnez à des aveugles qui croient rendre gfoire à votre nom , en me mettant à mott. Ik ne savent pas que ce sang qu'ils répandent , va sanctifier tout l'univers 5 que cette victime qu% immolent, est -le prix du salut de tous les hommes;- que cette croix, où ils m'ont attaché, vn devenir la vie et la résurrection de ceux qui doitnentdaDS les ombres de la mort , le remède des mau^iL du genre hu-

DE NOTRE SEIONEUK. 'l!î3

main;; qu'^elle va répandre dans toute la terre ^ k connoîstance de votre nom^ et vous former parmi tous les peuples ^ des adorateurs en esprit et en vérité. Père saint ! mais voqs ^ qui voyez les grands avantages que le monde va retirer de ma croix ^ se leur împutei pas une faute si heureuse^ et pardoonez^leur le ctime de ma mort ^ en &veur ^€5 biens inestimables qui vont en revenir à la terre : Non enùn sciunt quidfaciunt^ Ib ne savent pas qu^cn me faisant mourir ^ ils vont me rendre •à moi-onème la gloire de Timmortalité ^ qu^ea t^çant mon nom de la terre àe% viv'^ans ^ ik vont l'élever au— dessus des principautés et des puissances ^ quVn me rejetant , ils vont me faire connoitre de tous les peuples;; qu''en refusant de me /aire reconnoltre pour roi ^ ils vont m^établir prince du siècle à venir ^ juge de toutes les tribus , seigneur de toutes choses^ et m^assurer toute puissance dans le ciel et sur la terre. Père saint ! mab vous^ qui avez attaché k gloire que vous m avez promise ^ à mes opprobres et à mes souf-frances ^ pardonnez à des aveugles qui servent ^ sans le savoir ^ à Texâltation dp mon nom ^ et à Fagraudissement de mon royaume : N&n enim sciunt quidfaciunt. Ils ne savent pas que le crime de ma mort va combler la mesure de leurs pères ^ que vont venir des jours sur eux^ où Ton appel-^ lera heureuses celles qui n^ont point enfanté ^ où Jérusalem va devenir une afireuse solitude^ où son autel sera détruit ^ son temple abandonné ^ et devenu une triste masure \ ses citoyens errans et fo^

l64 SUR LA FASSIOIT

gitifs^ et votre héritage qu'ails ont souillé du sany innocent ^ livré à une malédiction éternelle. Père juste ! mais vous qui leur préparez ces jours de visite et de colère , contentez-vous de ces calamités temporelles dont vous allez les a£GUger : sauvez les restes d'Israël^ épargnez les branches d^une racine sainte^ sauvez un peuple que vous avez choisi^ ne perdez pas pour toujours mes frères selon le sang ^ les os de mes os^ et la chair de ma chair : ne retirez pas votre salut de Juda ^ d''où le salut est sorti : épargnez les enfans deà saints : rassemblez enfin un jour les dispersions d^Israël : réunissez-leâ dans les derniers temps au <tronc dont ils se sont séparés : rappelez-les dans Fenceinte de la véritable Jérusalem, afin qu"*!! n'y ait plus qu''un bercail et qtfun pasteur , et qulls vous ofirent avec toutes les nations « non des boucs et des taureaux , mais le renouvellement et les signes mystiques du grand sacrifice, que j''ofire aujourd'^hui à votre gloire. Quatrième témoignage que Jésus-Christ , sur la croix , rend à la vérité de son innocence , en priant pour ses ennemis.

Enfin, il rend, en dernier lieu, témoignage k la vérité de sa royauté , eh conquérant le monde par la croix. Le monde luiavoit disputé la réalité et Féclat de sa royauté : il ne Favoit traité de roi que par dérision : toutes les marques de sa royauté avoient été de nouveaux opprobres ^ le sceptre ^ un vil roseau;j la pourpre , une robe d''îgnominîe ^ la douronnC) une couronne de douleur ^ le trône^

DE K0TR2 SSlOFTKtH. t6i

uii bois ixiftni^ ^ et le lit de êe& o^yprobres et de ftes soufiSraDces. Mais aojoard^hui ces marquer faoDt^ised d'tine myauté si humiliante ^ devien-^ uent les sigiim glorieux de da puissance et de son eaipîre. Ce foible roseau^ qui lui sert de sceptre^ va renverser tous les SEutels profanes^ abattre toates ks idoles^ con&mdfé toutes les sectes^ anéantir tous les empires ., ifrapper les géans de la t^re^ et détruire toute science qui »^élèTe contre la scîenoe de Dieu» Cotte couronne ^ qui le couTt^ de douleur et de confusion^ va orner les tête» des Césars plus pompeusement que les lauriers et les diadèmes les plus superbes ^ et un nn du pre^ tnier trône du monde ^ et du sang le plus auguste de rumvcsrs ^ ira exposer, sa vie et sa liberté ^ pour en rapportereu triomphe ^ les débris précieux dans sa patrie ^ plus glorieux dVvoir enridii son royaume de ce saint et précieux trésor^ que s^il Avoit oonquit un empire* Ce tréue d^ignominie | où il est attacbé , sera bientôt un trône de gloire, ttux pieds duquel les princes et les souveraii^ Rendront courber kurs t^tes superbes^ un trône de puissance et d'autorité^^ sur lequel il jugera toutes les nations de la terre i^ un trône de grâce et de miséricorde ^ aux peds duquel tous les peUr pies trouveront la vie et le salut :^ un trône de science et de docteine ^ sur lequel il instruîm jusqu^'à la fin tous les hommes ^ et leur apprendra les vérités de la vie étemelle ;; enfin , un trône de sagesse et de conseil , d'où ce nouveau Salomon gouveraera tous les peines dans la justice ^ dajuk

i0tf 9tfii Là PASsieir.

la paix et dans Fabondânce. La puissance et le tègne dea rois de la terre finissent avec eux : le règne de Jésus-Christ ne commence à éclater que par sa mort^ et ses o])probres sont la première source de ses grandeurs et de sa gloire. Père saint ! votre Fils et véritable Joseph , que nous pleurons^ vit donc encore : la malice de ses frères , qui Font livré , nV donc servi qu'a faire éclater sa grandeur et sa puissance : il est sorti du puits fatal où Teûvîe Tavoit enseveli ; et tous les peuples de TEgypte ^ et Funivers entier reconnoit sa domination et son pouvoir suprême : Filiùs tuus viuit^ et ipse dominatur in omni terra .^Egypti (Gen. 45.26.)

Mais , mes Frères , tout reconnoit aujourd'hui la souveraineté de Jésus— Christ : sa croix triom-» phe du ciel et de Feiifcr ; de Taveuglemeut des Juifs ^ etderîncréddlîté dés gentils, de la barbarie deis bourreaux ^ de rendurcissement même d'un pécheur mourant. Toute la nature le confesse ^ toutes les créatures, le reconnoissent ^ et nous, lui 'fermerions tout seuls notre coçur^ et nou5.nou3 obstinerions tout seuls ^ dire : Nous ne voulons pas que celui-ci règne sur nous : Nolianus hune regnare super nos? (Luc. 19. i4«) Les morts entendent aujourd'hui sa voix ^ et sortent de \és$ tombeaux ^ et nous demeurerions encore ensevelis dans l'abîme de nos dissolutions ^ quoique sa voix puissante nous crie aujourd'hui au fond de nos coeurs ^ du haut de sa croix : Levea-vous , ô vous ! qui dormez d'un sotmaeil de mort \ sortez de la

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profondeur de tos crimes et de tos ténèbres ^ et ce Jésus que vous voyez crucifié pour vous , vous ren4ra la vie et la lumière que vous avez perdue ï Surge^ qui dormis ^ et exurge à mortuis ^ et illuminabit te Christus. (Ephes. 5. ï40^^^^^ thers se brisant ^ et nos cœurs plus insensible ne sauroient s^amoUir? le voile du temple se déchire ^ et le voile impénétrable ^ qui est sur notre conscience ^ sur ce sanctuaire d'iniquité ^ et qui nous empêche depuis 4i long-temps d^en mani^ fester au prêtre les souillures secrètes | ne pent ^''ouvrir et se déchirer 5 et nous tenons encore cachés au dedans de nous ces mystères dVbomînation^ qui font de notre cœur le t^oiple de* démons^ Tasile des esprits immondes, et un théâtre affreux de remords , de concision et de trouble? Ne sortîrôns-nous pas enfin de ce 3foyaume de ténèbres, où nous vivons, pour entrer 4aas un royaume de lumière? ne nous lasserons^ nous pas enfin d^<avoir été jusques id les esclavet misérables dVn monde, qui n\ point de droit sur nous ^ qui n^'est pas digne de nous , qui ne peut rien faire pour nous? et refuserons-nous de p^ren* <Jre Jésus-Christ qui vient de mourir pour nous^ pour notre roi et notre seigneur véritable? O mon Sauveur ! quelles ressourcess peut-il rester à vos miséricordes infinies pour les pécheurs , si tout ce que vous faites aujourd'*hui pour eux n'^excite pas leur amour , leur componction et leur reconnois^ sauce :; et s^ils s^obstinent encore à périr , malgré la voie que vous leur ouvrez aujourd''hui par votre iapg j pour arriver à la vie étcspAelle? Ainsi soit-il.

SERMON

SUK

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