‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 4)Chapitre 3 sur 59 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

JLiEs principales sources de notre révolte contre la volonté de Dieu sont : premièrement^ une vaine raison ^ qui rappelle toujours les ouvres du Seigneur au jugement de ses propres lumières ^. qui veut approfondir ce qu^'elle devroit adorer y et qui condamne témérairement tout ce qu'acné ne peut comprendre.

Secondement^ un fonds d^amour— ptx)pre qui fait que nous ramenons tout à nous-mêmes ^ qucr nous nous regardons comme si nous étions seuls dans Funivers ^ et que tout fut fait pour nous ^ de sorte que tout ce qpi n'^entre pas dans le plan^ de nos vues et de nos passions nous révolte.

■ Troisièmement enfin ^ ime fausse vertu qui ^ sous prétexte de chercher Dieu^ ne. se cherche qu^ elle-même :; et substitue toujours les désirs, inutiles d''im bien que le Seigneur ne demande pas de nous ^ aux devoirs que sa volonté sainte nous impose. Or^ voilà ce que Pexemple de Marie nous apprend à sacrifier aujourd''hui aux ordres du ciel. )

Premièrement ^ une vaine raison : que de doutes ^ que de difficultés ^ dit saint Bernard ^ ne pouvoit-elle pas opposer à Tordre de Dieu ^ qu*

SUR LA fiOtJMISfilOK ^ etC. J

Tobligemt de venir se purifier dans le temple? que de raisonnemens spécieux ? rien d'^impur n^avoit souOlé son enfantement ;; elle étoit même devenue plus pure en devenant mère : qu'*étoit-iI besoin d^aller se purifier d''une souillure qu'^elle n''avoit pas contractée ^ et racheter par une vile offrande^ celui qui venoit ratheter tous les hommes de la servitude du démon et du péché? Cependant elle obéit ^ et sacrifiant ses lumières aux raisons étemelles et toujours justes de la sagesse divine ^ * elle nous apprend que c'^est au Seigneur à vouloir^ et à la créature à obéir et à se soumettre.

Cependant^ mes Frères^ nous voulons toujours iàire rendre compte à Dieu de sa conduite. Vaines créatures nous osons sans cesse appeler le Sei*^ gneur en ji^^ement avec nous :j lious voulons être sages contre Dieu même : et soit qu'ail s''agisse de ses voies générales siu- le salut de tous les hommes^ ou de ses desseins éternels sur nos destinées particulières ^ nous ne trouvons jamais qu'il ait raison ^ et nous opposons toujours nos foîbles raisonnemens anx abîmes profonds de sa sagesse et de sa raison éternelle.

Je dis ^ soit qu'il s^^agisse de ses voies générale» * sur le salut de tous les hommes. Eh ! qu'enten— donsr-GOUS tous les jours dans le monde que de& réflexions insensées sur les voies de Dieu ? on lui demande sans cesse raison de la sagesse iiicom--*. préhensible de ses conseils et des profondeurs. de sa providence : pourquoi il laisse taut d''infidplea 9ur la terre ? pourquoi tou3 les hommes ne sont

6 PtmifiCAWON DE Là VIEUSÉ.

pas sauvés ? pourquoi 3 a rendu le salut si dîlB— €ile? pourquoi il a fait les hommes si foîWes^ pourquoi il rCa pas parlé plus clairement sur la plupart des choses que nous devons croire ? pourquoi il pemacet tant d'^événemens si ftinestes à la foi et à la gloire de sou Eglise? que sais-oje? des questions étemelles , <>ù Von voit Thomme se jouerée Dieu.^ le vil esclave vouloir laû?e rendre c<Mnpte au maître souverain ^ le vase de boue demander a Touvrier souverain^ pourquoi il Ta £i^ «nsi? le v«r de terre raix^aot dans «oet^Kil^ eu ui» abime immense le répare de son Dieu ^ oser lever les yeux au ciel pour changer ce qni s^ passe ^. donner des conseils au Seigneur ^ fournir à sa sa-> gesse de aouvelles vues^ condamner Téconômiede la religion ^ s^en former uzl plan spécieux et plus plausible:; oser réformer ce grand ouvrage ^ qui est la fin de tous les desseins de Dieu ; et Iu£ substituer les chimères de son propre esprit , et un ouvrage de confusion et de ténèbres.

Et certes , mes Frères , si les princes eux-méme^ dans la conduite des affaires publiques^ etdans les ressorts infinis qui font mouvoir tout le corps des étaf s et des empires ^ ont des. secrets que nousne saurions approfondir ^ voulons-nous que Dieu^ dans ses voies éternelles sur le salut et les des^ tinées de tous les hommes n''en ait point pourses créatures P si le gouvernement d^un état seul demande Ses conseils cachés , et des mesures inconnues ^ qui souvent nous révoltent parce -qile* Àens n'en voyons fas ies raisons .et ks utilités»

STTit LA soTrtynssioN^ etc. 9

t^rètes ;; quoi ! nous voulons que le gouvernement de Funivers^ que la conduite universelle de tous les hommes et de tous les siècles ^ depuis la naissance du noLonde jusqu^à la fin ^ n''ait pas à notre égard certains secrets , et des obscurités dont les raisoûs^ étemelles échappent à nas foibles lumières? S'il j a des mystères dans le conseil des souverains , selon Texpression des livres saints ^ n^y en auroit-il point dans les conseils de Dieu? et s^il faut , dit FEcriture , respecter le secret des rois dans la conduite de leurs peuples ^ et ne pas fidrç de vaius raisonnemens sur des démarches dont nous ignorons toujours les motifs ^ le secret du RcH des rois dans la dispensation des choses humaines I, seroit— il moius respectable ; et serions— nous moins téméraires de mêler nos frivoles ré-* flexious à ses conseils éternels ^ dont les causes profondes sont toujoure cachées en lui seul ^ et dont nous ne connoissons jamais que ce qu'il veut bien nous en manifester lui— même ?

Adorons les secrets de Dieu ^ mes Frères : si ce que nous connoissons de ses œuvres nous paroit si divin et si admirable^ pourquoi ne pas conclure qnc ce que nous nW connoissons point , Test aussi? s'il est si sage lorsqu'il agit à découvert ^ pourquoi se démentîroit-il lorsquMl se cache? si la structure du monde que nous voyons est un ouvrage si plein d'harmonie ^ de sagesse et de lumière \ pourquoi l'économie de la religion, que nous ne saurions voir, et qui est le chef-d'œuvre 4e tous ses desseins ^ seroit-il un ouvrage de coa-^

lâ PVRIFlGATEOir DE LA TIERCE.

instractions ; que la cour^ où notre destinée nous attache ^ nous ofire tous les joiu^ elle-même de ciiLoi nous en désabuser et nous en déprendre ^ que ses dégoàts arment le cœur contre ses périls^ que ses amertumes détrompent de ses plaisirs ^ que ses inconstances et ses révolutions refroidissent sur ses espérances ; que le vide et Tennui de ses amusemens ^ nous rappelle comme de lui-même à une vie plus sérieuse et plus solide ^ que la perfidie et la fausseté de ses amitiés ^ nous fait chercher en Dieu seul un ami étemel et fidèle : en un mot^ que nous trouvons le remède dans le mal même :; et que la sagesse de Dieu a pourvu avec une dispensation si admirable au salut de tous les hommes^ que dans chaque état les périls Ont leurs compensations ^ et fournissent ^ pour ainsi dire ^ les sûretés ^ et que les mêmes objets qui font la plaie ^ ont pour nous des retours qui la guérissent. .

O mon Dieu ! vous êtes un juge si patient et si miséricordieux de nos œuvres ^ et nous sommes les censeurs sévères «t éternels des vôtres ! nous vous appelons sans cesse eja jugement^ et vous siispendez le nôtre ! nous vous demândoiis tous les jours compte de vos desseins adorables ^ «t vous diSétez le compte terrible que nous avons à vous rendre de nos intentions et de nos démarches ! O mon Dieu! que deviendrait Fhomme^ si vous preniez à son égatd les mêmes dispositions qu^il à pour vous^ si vous vous faisiez un plaisir de lé trouver coupable ^ cotnme il semble s'^en faire vax

de

sum LA soiïMissioN, etc. ij

de vous condamner ^ et si vous examiniez ses fautes avec cet œil de sévérité avec lequel il examine vos merveilles ? Première source de notre révolte contre la volonté de Dieu^ une vaine

raison,

La seconde , c'est Famour excessif et déréglé de nous-mêmes 5 et c'est ici le second sacrifice de soumission à la volonté de Dieu, dont Marie nous donne aujourd'hui Texemple. En effet, à ne consulter que les sentimens humains , tout lui eût fourni des prétextes pour se soustraire à la volonté du Dieu de ses pères : les intérêts de sa mater^ nité divine 5 le prodige de son enfantement- la honte même de sa pauvreté , et de la médiocrité de son offrande : tout sembloit révolter son cœur contre la soumission qTie Dieu demandoit d'ellemais elle n'écoute point la voix du sang et de la chair , persuadée que le premier sacrifice que Dieu demande de nous , c'est le sacrifice de nous^ mêmes , et que ce qui nous coûte le plus à offrir est d'ordinaire la seule offrande qu'il exige. *

Et voilà , mes Frères , d'où vient en second lieu ce fonds de révolte , que la volonté de Dieu trouve toujours dans notre coeur. Comme nous rapportons tout à nous-mêmes , car c'est le vice des grands surtout:; que nous faisons servir tout ce qui nous environne à nous seuls , comme si tout étoit fait pour nous 5 que nous ne comptons tout ce qui se passe dans le monde que par rap^ port à nous : en un mot , que nous vivons comme a nous étions seuls dans l'univers, et que l'uni* Tome V^ Mystères^ a

jl4 PUAlriCATIOir DE tA VIERGÏ.

.vers entier ne fut fait que pour nous seulâ , noiis voudrions que Dieu ne fût occupé que de nous seuls ^ qu"*!! entrât dans le pkn de notre amourpropre:; qn^il n'^agît que pour nous seuls:; qu'ail rapportât tout à nous seuls ^ qull ne disposât des choses dlcî'bas ^ que par rapport à nous seuls ^ et qu'eau Heu d'être le modérateur de Tunivers ., et le Dieu de toutes les créatures , il ne fut que le Dieu de nos passions et de nos caprices. Ainsi ^ mes Frères^ nous^ qui malgré notre rang^ notre élévation ^ notre naissance ^ ne sommes qu'uB atome imperceptible au milieu de ce vaste univers ^ nous voudrions en f ire mouvoir toute la machine ,au gré de nos seuls désirs :; que tous les événe— .mens s'accommodassent à nos vues ^ que le soleil ne se levât et ne se couchât que pour nous seuls ^ enfin ^ nous voudrions être la fin de toutes les voies et de tous les desseins de Dieu y conune nous nous établissons nous-mêmes la fin unique de toutes nos voies et de tous nos projets sur la terre.

Et de là ^ premièrement^ Tafiliction ne nous trouve pas plus soumis à Dieu que la prospérité j et nous ne jugeons que par rapport à nous-mêmes ^ de tous les événemens qui nous environnent* Ainsi tout ce qui trouble un seul instant nos plai*< sirs y tout ce qui dérange Torgueil et Tambitioti de nos projets et de nos espérances ^ nous aigrît et nous révolte ^ le plus léger contre-temps nous accable : nous nous plaignons de Dieu ^ nous croyons qu'il a tort à notre égard et qu'il nous inaltraite : nous^ mes Frères, qui dans TéléYSH*

SUR IX souMissïOïi , etc. iS

lîoa et Taboadance où nous sommes nés ne souf-* froQs presque rien ^ uous ^ dont les peines légères sont compensées par tant d^ endroits capables de contenter Tamour-propre :; nous , qui ne connoisfiOQs pas ^ comme dit le prophète ^ les travaux et les amertumes qui affligent le reste des hommes ^ et dont les momens les plus tristes seroîent des momens de félicité pour mille malheureux. Âh ! tout ce que nous avons à craindre dans notre état ^ c^est que Dieu ne mêle pas assez d'amertume à tous, les plaisirs qui nous environnent 5 c''est qu^iï permette que nous soyons trop heureux sur la terre ^ c'est qu^il ne nous laisse jouir trop tranquillement de tous les avantages au milieu desquels nous sommes nés ^ et qu'il ne daigne pas nous vi-* Àter qudquefoîs par des afllictions dans sa grande miséricorde : il faut que Dieu soit bien irrité contré nous, lorsque tout &vorise nos passions^ que nos plaisirs ne trouvent point d^obstacles :j que tout rit à nos penchans ; et que les désirs seuls de notre ^mour-propre semblent décider de tout ce qui nous.regarde : qu'ail est terrible alors à notre égard ^ mes Frères ! il nous traite comme des victimes ^''on engraisse et qu'ion orne de fleurs^ parce qu'ion va bientôt les conduire sur le bûcher ^ et qu'ion les destine au sacrifice. .

. De là^ secondement^ comme nous nous ai-^ mons beaucoup nous-mêmes ^ et que nous ne mettons pœnt de bornes à nos désirs «^ nous ne sommes jamais contens de notre état ^ de notre «Jévationf de.nos j>lâces ; nous trouvons toujours

t6 PURIFICATION DE LA VIERGE.

qu^il manque quelque chose à ravidité de notr# amour-propre. Si nous n'avons pas tout ce que nous désirons ^ nous ne comptons pour rien tout ce que nous avons; nous nous épuisons en vues^ €n prétentions , en projets , en mesures ; nous ne saurions jouir paisiblement , chrétiennement , de ce que la providence nous offre : ce qui nous Inanque nous inquiète plus, que ce que nous pos«^ sédous ne réussit à nous satisfan*e; tant que nous voyons devant noua quelque chemin à faire , nous ne saurions nous en tenir à ce qui est déjà fait : Motre orgueil monte toujours^ ( Ps. 78. 23. ) comme dit le prophète : semblables à un pilote qui marche en haute mer , quand nous sommes arrivés tout le plus loin que nos yeux et nos espérances pouvoient s'étendre , nous décou-» vrons de ce nouveau point de vue , de nouveaux pays et des espaces inunenses qui raniment nos prétentions : plus nous nous élevons , plus nos vues s'étendent ; plus nous avançons , plus nous voyons de ohemin à faire : le terme de nos désirs^ quand nous y sommes arrivés, n'est plus que la voie qtd nous conduit à d'autres : notre état présent n'est jamais celui qui nous plaît : la destinée que Dieu nous fait , n'est jamais celle que nous nous faisons à nous-mêmes : nous sommes ingénieux à nous rendre malhemeux ; nous con- ^ jurons sans cesse contre notre propre f epos ; nous ne saurions vouloir ce que Dieu veut ; et pour nous dégoûter d''un bien que nous avons long-» temps désiré , il suffît enfin que la providence nous l'accorde.

SUR LA SOUMISSION, CtC» Ï7

De là , troisièmement , comme notre amourpropre s'est emparé de tout Tunivers^et que nous regardons tout ce que nous désirons comme notre partage ^ les places et les honneurs qui échap* peut à notre cupidité , et qui se répandent sut les autres, nous les regardons comme des biens qui nous appartenoient , et quVn nous ravît injustement. Tout ce qui brille au-dessus ou à côté de nous, nous éblouit et nous blesse : nous voyons avec des yeux d''envie Télévation de nos frères :j leur prospérité nous inquiète , leur fortune fait notre malheur , leurs succès forment un poison secret dans notre cœur , qui répand Tamertume sur toute notre vie. : les applaudissemens quMls reçoivent sont comme des opprobres qui nous humilient :; nous tournons contre nous tout ce qui Jeur est favorable : nous ne saurions vouloir ce que Dieu veut ^ et peu contens des malheurs qui nous regardejat , nous nous faisons encore uae in'fortune du bonheur de nos frères.

De là enfin , comme nous croyons seuls avoi^ Ja sagesse en partage , tout ce qui ne s'ajuste pas à nos vues et à nos lumières, dans Farrangement des çl^oses 4'ici-has , trouve auprès de nous si xondamnatioB et $a censure. IMous voudrions que ^es places et l^s dignités fussent dispensées à notre gré ^ que nos vues et nos consdils réglassent la fortune, publique :; que les faveurs ne tombassent que sur: ceux à qui notve suffirage les avoit déjà destinées^ que les événemens publics ne fussent l^aduits; que. par liS3 mesures que nous aur^oiu

t^ PURIFICATION DE LA VIERGJE^

nous-mêmes choisies. ISous blâmons ti^usles ]Owc$ le choix de nos maîtres ^ nous ne trouvons personne digne des places qu'ail occupe^ nous ne respectons pas assez Tordre de Dieu dans Tordre, extérieur de ce monde visible , ni sa volonté sainte dans la volonté ou le caprice même des souverains^ qui n'ont en main la puissance et Tautorité ^ que pour être les premiers ministres de sa providence : nous ne saurions vouloir ce que Dieu veut ^ nous trouvons de rinjustice^deFliumeur ^ de Timprudence ^ dans la dispensation des places et des faveurs : il se peut faire que les kommes aient tort, et fassent des choix injustes^ mais Dieu, a toujours raison , et il se sert de leurs méprises j| pour accomplir les desseins éternels de sa providence sur les peuples et sur les empires.

Que le monde est grand , mes Frères ! qu^il est magnifique ! que le gouvernement des états et des empires offre à nos yeux d^ordre , de sagesse ^ de magnificence, quand nous y voyons \m Dieu invisible , souverain modérateur de l'univers , qui dispose de tout depuis une extrémité jusqu^à Pautre avec poids, avec nombre^ avec mesure ^ sans Tordre duquel un cheveu même ne tombe pas de nos têtes ^ par la volonté de qui tout se fait^ qui voit les événemens les plus éloignés dans leurs causes ^ qui renferme dan^ sa volonté les causes de tous les événemens ;j qui donne au monde des priaces et des souverains ^ selon ses desseins de justice ou de miséricorde sur les peuples^ qui donne la paix ^ ou qui perxaet

sm LA soxnnssioN^ elc. ' i^

les guerres ^ selon les vues de sa sagesse sur se» élus et sur son Eglise; qui donne aux rois des ministres sages ou corrompus ^ des Amans ou des Mardochées ^ ou pour punir les péchés des peuples ^ ou pour exercer la foi de ses serviteurs ; qui dis* pense les bons ou les méchans succès ^ selon qu^ib deyiennent plus utiles à la consommation de son ouvrage :; qui règle le cours des passions humaines ^ et qui par des ménagemens inexplicables ^ fait servir aux desseins de sa miséricorde la malice même des honunes !

Que le monde ^ mes Frères^ considéré dansce point de vue^ etavecTouvrier souverain qui le conduit ^ est plein d'ordre , d'harmonie et de ' magnificence ! que c'est un spectacle digne de la foi ! Mais si vous en séparez Dieu; mais si vous ' le regardez tout seul ; si vous n'y voyez plus que les passions humaines ^ qui semblent mettre tout en mouvement; si vous n'y voyez plus la volonté étemelle du Seigneur , qui en est le ressort invi-? sible ^ et qui donne le mouvement à tout ; ah ! ce n'est plus qu'un cahos , un théâtre de confusion et de trouble ; où nul n'est à sa place ; où l'impie jouit de la récompense de la vertu ; où le juste a souvent, pour partage^ l'abjection et les peines du vice; où les passions sonfles seules lois consul-^ tées ; où les honunes ne sont liés entre eux ^ que par les intérêts mêmes qui les divisent; où le hasard semble décider des plus grands événemens; où les bons succès sont rarement la preuve et la récompense de la bonne cause; où l'ambition et

la témérité s'élèvent aux premières places , qtxû le mérite craint^ ou qu'ion refuse au mérite ij enfin^ où Ton ne voit point d'*ordre ^ parce qu'ion n^'y voit que Tirrégularité des mouvemens ^ sans en com— , prendre le secret et Fusage.

Voilà le monde séparé de Dieu :; et voilà comme nous le regardons : nous n'*y voyons pas une sagesse souveraine qui se joue\, pour ainsi dire , dans Funivers , en renversant les étals et les empires ^ et en élevant d''autres sur leurs ruines ^ en changeant sans cesse les noms et les fortunes des hommes ^ et laissant les choses d''ici— bas dans une inconstance et une révcJution éternelle, pour nous apprendre à nous attacher à lui seul , qui ne passe point , et qui seul est toujours le même.

Il est vrai que souvent nous résistons à Dieu , sous prétexte de le chercher. Dernière source de notre révolte contre la volonté de Dieu^ une fausse vertu ^ et dernier écueil que Texemple dé Marie nous apprend à éviter.

En effet, si elle n'eût consulté que son zèle pour la gloire de son Fils , les intérêts de sa naissance divine , et les obstacles que sa purification sembloit mettre au fruit de son ministère, €i| confirmant l'incrédulité de son peuple , et le faisant passer pour le simple Fils de Marie et de Joseph ^ si elle n'^eût consulté que ces frayeuris nées de sa ^été même , Marie devoit , ce semble, f e soustraire à la loi conunune ^ et ne pas venir dans le temple donner à son Fils un caractère àù mouillure et de péché ^ qui le confondoit a.vec let

StJK LA SOUMISSION^ eiCé âï

iotrês enfans de Juda. Mais elle se défie dW zèle qui n'*est pas dans Tordre de Dieu : elle ne veut le salut des hommes ^ et la gloire de son Fils ^ qu'hantant que Dieu le veut lui-même ^ et rien ne lui parolt sûr ^ même dans la vertu ^ que de se conformer à sa volonté sainte.

Oui , mes Frères ^ rien n''est bon pour nous que ce que Dieu veut : toute piété qui n'a pas pour fondement une conformité continuelle~à sa volonté sainte ^ est une fausse vertu ^ est bien moins un culte de Dieu , quWe recherche secrète et dangereuse. de nous— mêmes. C'est par-là cependant que la piété manque presque toujours : nous ne voulons jamais aller à Dieu par les voies que sa main même nous a frayées; et nous faisons con— nster la vertu ^ non à vouloir ce que Dieu veut ^ mais à nous suivre et nous écouter nous-mêmes.

Premièrement ^ les devoirs de notre état ne nous plaisent jamais : nous leur substituons tou— îours des œuvres arbitraires que Dieu ne demande pas de nous. Est-on engagé dans le lien sacré du mariage ? on prieroit avec goût ; on courroit avec plaisir à toutes les œuvres' de miséricorde; on passeroit les jours entiers ^ sans s^eunuyer ^ dans la retraite et à des lectures saintes; on aimeroit à soulager les malheureux : mais ce qui déplaît^ mais ce qu''on n'^aime pas ^ c'^est la soumission ^ la complaisance ^ la douceur mutuelle ; cette défé-->^ reoce qui unit les cœtu*s ^ et si recommandée par FApôtre aux feihmes chrétiennes; cette coudes^ cendanca qui rapproche les hiuneurs., et qui lifi*:

321 PtrRiriCATlÔN DE LA VÎËKGft.

les esprits:) cette patience qui désarme la férocité^ et qui se concilie Festiine et la tendresse^ ces soins et ces attentions domestiques^ qui établissent Tordre dans les familles , conservent la paix , pré-iviennent les déréglemens et le scandale des dis-^ sensions ^ et font que Dieu habite au^milieu d'una race fidèle : on aime tout ce que Dieu ne demande pas de nous ^ ce qu''il veut on ne Taime point ^ et souvent la piété de la femme fidèle ^ qui devroît être la source de la paix, de la douceur, de li| consolation d\ine maison sainte , et ramener I9 mari infidèle , Téloigne et Taigrit , faute d'^égardi^ et de complaisance^, àevient la source des anti-r pathies et des. divisions , et fait craindre la vertu ^ dont la paix est le fruit , comme si elle étoît le signal infaillible des aigreurs et des ^troubles daiisk les familles.

Secondement , si Dieu nous laisse dans un état d^infirmité habituelle, nous nous en prenons k cet état , de notre tiédeur , et de nos infidélités dans le service de Dieu : nous nous figurons quVvec une santé mieux établie , nous remplirions mill^ pratiques de piété auxquelles nous nous trouvons inhabiles : nous ne saurions comprendre que se soumettre à Dieu , et faire un usage saint de Tétat où il nous laisse , c^est prier , c''est se mortifier , c''est opérer des œuvres de miséricorde 5 qu^en ce point tout est renfermé:; que le SeigneuF sait mieux ce qui nous convient que nous-mêmies ^ que ce n^'est pas à nous à nous choisir notre voie^ ii que ne vouloir que ce que Dieu veut, c'est

SUR LA SOUMISSION ^ CtC. * aï

loute la perfection de la foi , et toute là sûreté du fidèle.

Troisièmement, nous souffrons impatiemment ïios propres imperfections : nous nous sommes à charge à nous-mêmes : les infidélités où nous nous surprenons tous les jours , nous jettent dans des inquiétudes d''amour-propre , et nous dé^joûtent de la vertu : nous voudrions n''avoir rien à nous reprocher ^ vivre contens de nous-mêmes ;; nous applaudir en secret de notre vertu ^ et jouir du témoignage flatteur de notre conscience : nos &utes nous inquiètent , et nous ralentissent dans les voies de Dieu , parce qu'elles troublent cette paix tout humaine ^ qu'elles humilient cet orgueil secret qui chercheroit au dedans de nous une vaine complaisance : nous ne saurions regarder nos fautes dans Tordre de Dieu , et en tirer Tutt •lité que sa sagesse se propose. Dieu veut que nous opérions notre salut avec Crainte et tremblement^ et nous voudrions Topérer avec une sécurité entière : Dieu veut nous conduire par la foi^ et nous voudrions aller à lui par la lumière : Dieu veut que nous vivions toujours incertains si nous sommes dignes d'amour ou de haine ^ et après quelques foibles démarches de pénitence et de piété ^ nous voudrions être assurés qu'il s^'est rendu à nous : Dieu veut que nous vivions dans ime dépendance continuelle de lui ^ et nous voudrions pouvoir trouver un appui de chair au dedans de nous : Dieu veut que nous laissions notre sort «ntre ses mains ^ et nous voudrions le teuir daus les

?6 PtJRiriCATlON DE LA VIBBCB.

que de considérer sans cesse la volonté de Die« sur eux. Ils sont sans doute haïssables en eux-mêmes ^ dès^ qu'ails sont pécheurs ^ mai$ dans Tordre de Dieu ^ ils sont toujours dignes de notre amour et de notre respect : ils servent à ^on ouvrage ^ Os sont peut-être destinés pour y entrer un jour : nous devons donc voir leurs passions ^vec douleur ^ mais a^ec patience ^ les reprendre s^ils nous sont soumis ^ mais les souQ'rir avec charité ;; souhaiter leur conversion avec ardeur y mais Tattendre sans inquiétude ^ et ne pas faire con— sister notre vertu dans Téloignement des pécheurs^ mais dans le désir sincère de leur pénitence. . Telles sont Jes trois sources de notre révolte contre la volonté ^e Dieu , et les trois sacrifices dont Marie nous donne aujourd'hui l'exemple : mais après vous avoir marqué les obstacles qui s'opposent en nous à notre soumission à Dieu, il faut vous exposer les avantages et les consolations qiu nous facilitent la soumission à sa volcmté sainte.

SECONDE PARTIE-

Trois sources fécondes de chagrins forment tous les malheurs et toutes les inquiétudes de la vie Jium^ne: les vaines prévoyances sur ravenjur:; les agitations infinies sur le présent^ et les regrets ii^utiies sur le pajssé. L'avenir iious inquiète par ses craintes et par ses espérances ; le présent nous .agite par ses embarras et par ses coatre-temps : ^ufin, te passé même nous tpurmwte^. en ren-

SUB LA SOUMISSION^ etC. 2^

iant comme présens ^ par un fâcheux souvenir ^ des maus: que le temps devroit avoir fait oublier. Voilà ce qui rend tous les honames qui ne vivent pas de la foi ^ et dans la dépendance de Dieu ^ malheureux sur la terre.

Or ^ la soumission seule à la volonté de Dieu ^ nous fait attendre Favenir sans inquiétude ^ nous fait voir le présent avec tranquillité ^ rappeller le passé avec fruit ^ et dans toutes ces situations ^ nous fait trouver en Dieu et dans une conformité coatinuelle à ses ordres^ la paix et la consolation^ que le pécheiu* ne sauroit jamais^ trouver dans ses passions et dans lui-même.

Je dis premièrement^ que cette soumission nous fait attendre^ comme aujourd'hui à Marie ^ Favenir sans inquiétude. Car ^ mes Frères , quelles alarmes la prédiction du vieillard Siméon sur la destinée future de son Fils , ne devoit-ellè pas jeter dans son ame sainte P On lui annonce qu'un ' glaive de douleur percera ses entrailles maternelles^ que cet enfant sera exposé^ comme un' but ^ aux traits des méchans et à la contradiction de son peuple:^ et qu'il est établi pour la perte y amune pour le salut de plusieurs : quelle foule de craintes, d'inquiétudes, de défiances, dévoient alors troubler la paix de son cœur! Cependant elle jette , conune le prophète , toutes ses pensées et toutes ses frayeui^ dans le sein de Dieu : elle ne voit Favenir que dans l'ordre sage et immuable de ses volontés étemelles : elle adore par avance ' les desseins du Père céleste sur cet enfant : eU«

s'y soumet^ sans vpuloir les approfondir. et les connoltre^ et s''en remettant à Dieu seul de tout .oe qui la regarde^ sa tranquillité est parfaite^ parce que sa soumission est entière.

Oui , mes Frères ^ les inquiétudes sur Favenir forment le poison le plus amer de Ja \ie humaine :^ et les hommes ne sont malheureux ^ que parce qu''ils ne savent pas se renfermer dans le moment présent. Qs hâtent leurs peines et leurs soucis; ils vont cherchei: dans Tavenir de quoi se rendre malheureux ^ comme si le présent ne suffîsoit pas à leurs inquiétudes : ils se forment des chimères pour se faire peur à çux-mémes ^ comme s'^ils n^avoient pas assez de chagrins réels : ils se tourinentent sans cesse sur le lendemain ^ conune si à chaque jour ne suffîsoit pas sa malice : ils n'^ont plus de luimières que les autres , que pour se former plus dlnquiétudes : ils ne voient plus loin que pour voir plus tôt leurs malheurs : ils ne sont plus sages que pour être plus inquiets et plus timides : ils ne sont plus prévoyans que pour être de pire condition ^ et moins tranquilles que les imprudens et les insensés. A ces traits ^ vous vous reconnoissez , mes Frères; car qu^est-ce que la vie de la cour? qu'une agitation éternelle sur Favenir ^ qu'une révolution fatigante de craintes ^ de précautions^ d'espérances? De craintes ^ tous les évéuemens nous of&ent presque de nouvelles terreurs : Félévàtion d*un concurrent nous fait craindre notre disgrâce : la faveur d'un ennemi nous montre de loin notre perte combine assurée i

SVR LA sonBnKstON ^ etc. ^9

un air moins gracieux du maître nous fait déjà • entrevoir notre oubli et notre ruine. De précau^ tions ^ nous prenons sans cesse des mesures ^ ou pour obtenir des grâces qui ne viendront jamais ^ ou pour prévenir des dégoûts et des chagrins qui viendront. Enfin , d'espérances 5 un avenir pompeux nous flatte toujours;; mais pour j parvenir ^ il faut sacrifier le repos et toutes les douceurs du présent : la félicité n^est jamais que dans ridée ^ qui se la promet ^ les assujettissemens et les peines sont dans le cœur y qui les sent «t qui les dévore.

Mais une ame soumise à Dieu n^'éprouve point ces troubles ^ ces frayeurs ^ ces soucis qui agitent les enfans du siècle : eUe sait que Favenir est arrêté dans l'es conseils étemels de la providence^ que nos inquiétudes et nos soucis ^ ne pouvant dianger la couleur même dVn seul de nos che-^ veux ^ ne changeront pas ^ à plus forte raison ^ Tordre de ses volontés immuables ^ quW ne risque rien en se confiant à lui sur tout ce qui doit arriver;; qu''il est même consolant de sj^voir qu'Onu. Dieu daigne se mêler de ce qui nous regarde 5 enoHre plus consolant de lire dans les livres saints y qu'ail nous ordonne de nous en remettre à lui seul^ et qu^enfin ^ il se chargé de- Tavenir ^ et ne nous eoimnaiide cpiè de sanctifier par la foi Fusage à\h présent.

Ce n^est pis que la religion autorise la pAresse ou Fimprudence ; et que' pour être soumis à DîeU sur Favenir^ il faille teUen^nt s^en rapporter ht

3o PURIFICATION DE LA TIIERGE^

lui^ qu^on abandonne tout soin, et qu^èn méprise^ toute prévoyance. Lé fidèle, se confie en Dieu ^ i^is^il ne le.tente pas : il travaille comme si tout 4épendoit de lui ;j il e^jt tranquille sur révéne— ment, parce que tout dépend de Dieu : il sait que la raison <|oit fournir, les précautions et les mesures :) mais il sait encore mieux que la foi en stttend le succès de Dieu seul : iLest prudent dans \d choix des moyens ^ mais il est simple et soumis dans Tattente des événemens : en un mot, la prudence est commune au fidèle et au mondain^ la paix et. la tranquillité n''est que pour le fidèle» Et quand je dis , commune, mes Frères, c^'^est le nom seul de prudepce qui leur est commun : car d^ailleurs , quelle difiercnce entre les carac-* tères d^une prudence chrétienne et souBiise à Dieu, et les caractères d^une prudence tout hu^* jps^a^e 1 c'^est Tapôtre samt Jacques qui nxfv^ lea marque.

Premièrement , la prudence du fidèle , dit cet apètre, est chaste et innocente : Primumqmdem pudica .- (Ep- Jac. 3. 17*) il ne conno4t de mesures lé^times, que celles que la conscience per^ met^ et que la religion approuve : le crime ne hil 80rt pas de voie pour^ arriver à ses fiiis^ et toute prudence incompafîEle avec le salut lui parott )a dermère des folies^ Celle du pécheur , au con-» traire , est corrompue et criminelle ^ il trahit sa coaisoienc^ pour arriver k ses fins : il ne compte pour rien les aimes , ou les démarches obliques ^ qui lui répoudent du succès : il cherche à réussir

stjR LA SOUMISSION^ etc» 3ï

aux dépens même de son ame :) et tout ce qui peut lui être utile ^ lui pacoît bientôt innocent.

Secondement , la prudence du fidèle est tran-

(juille et 'amie de la paix : Deîndè qvidem paci^

fica : ses mesures sont toujours paisibles ^ parce

qu*" elles sont toujours soumises à la volonté Me

Dieu : il ne souhaite le succès qu'hantant que Dieu

même le souhaite ^ et dans les précautions qu^il

prend ^ il cherche plutôt à obéir à Dieu qui les

demande de lui^ qu'^à se satisfaire lui-même»

Celle du pécheur ^ au contraire , est toujours agi*

tée ^ parce qu^elle n^'est jamais soumise : il attache

son bonheur ^ non à Tordre de Dieu ^ mais au

succès de ses mesures : il attend la paix de Févé'*-

nçment ^ et non de sa soumis^on ;j et sa prudence

est elle-même la source de ses chagrins et de s^

inquiétudes.

Trosièmement ^ la prudence du fidèle est mo-* deste : Modesta : il sHnterdit les projets ambitieux : il n^a que des vues conformes à son état : il sait mettre des bornes à ses désirs : il pense moins à s^élever, qu^à se rendre utile ^ et sft modération est le trésor dVù il tire la source de la . paix et la sûreté de son innocence* Cellf do l^écheur est insatiable : il. prend toujours de nour^ Telles mesures^ parce qu^il forme toujours de nouveaux projets : sa cupidité ne connoU p<ûnt de bornes : tout ce qui le flatte lui convient : le$ postes, les plus périlleux n'ont rien qui Teffraie ; les périls qui Félèvent cessent d*être des périls 5 le mauvais succès de ses mesures est Funiqu^

3l PUAIF1GATI0N DE LA VIERGE.

danger qu^il craint:; et S ne compte pour rien d^exposer son salut , pourvu qu^il assure sa fbr-« tune.

Quatrièmement^ la prudence du fidèle est humble et docile : Suadibïlis : il se défie toujours de ses propres lumières : il compte plus siur le secours du ciel ^ que sur toutes les mesures de la prudence humaine :; et en ne négligeant rien ^ îl attend tout de Dieu seul. Celle du pécheur^ au contraire^ est pleine d'orgueil : il ne compte que sur- Fhabileté de ses mesures : il se confie en sa propre sagesse : il nVttend le succès que de ses soins ^ et agit tout seul , comme s^il n^ avoît point de Dieu qui se mêlât des choses humaines.

Cinquièmement ^ la prudence du fidèle n^est point soupçonneuse : Non judicans r îl ne chercher point sa sûreté dans la défiance continuelle d^ ses frères: il croit difficilement le mal^ et aime encore mieux tomber dans leurs pièges ^ que juger témérairement leurs intentions et lem's pensées. La prudence du pécheur ne trouve sa sûreté que dans ses soupçons et dans ses défiances : comme son cœur est corrompu^ to^it lui parolt corniptiou et duplicité dans les autres: il regarde tous les hommes comme ses ennemis: îl soupçonne le mal où il ne le voit pas : il se persuade que pour juger sûrement , îl faut toujours juger mal de ses frères ^ et toute sa prudence se réduit à supposer dans tous les hommes ^ tout ce dont il est capable hiî-même.

&xièmement , la pnidence du fidèle n^'esl

svK LA sotiMissioi^ ^ ete. 33^

ponit dissimulée: sine simulatione : il ne met point son habileté dans ses artifices: comme il ne yeut tromper personne^ il n'^a que faire de se déguiser^ et toute son adresse est dans sa candeur et dans sa sincérité. Celle du pécheur au contraire^ n'^est qu''une duplicité éternelle: ses lèvres démentent toujours son cœur : son visage est toujours la contradiction de ses sentimens : il croit être plus habile à mesure qu''il est plus * faux : toute sa vie u''est qu'Hun fonds de bassesse et de mauvaise foi :j et sa prudence est toujours pénible ^ parce qu'^elle Toblige toujours à se contrefaire.

Enfin ^ la prudence du fidèle est pleine de miséricorde et des fruits des bonnes oeuvres : Plena misericordid ^ etfructihus bonis: il joint aux moyens humains^ les pratiques de la vertu et les secours de la prière : il assure le succès de ses mesures ^ par Tabondance de ses largesses et par les mérites de la misé^ricorde :; et trouve dans les devoirs de la religion^ les principales ressources et le seul appui de sa fortune. Le pécheur ^ au contraire ^ regarde la piété comme un obstacle a son élévation : il fuit les maximes de la religion comme inconmiodes à sa fortune \ et s^il a recours quelquefois aux apparences de la vertu ^ c^est pour en abuser^ et y trouver un chemin plus sûr de parvenir à ce qu'ail désire*

Aussi 5 continue TApAtre de qui j^ai tiré tous ces caractères ^ la prudence du fidèle est une* semence et une source continuelle de paix dans

34 PUIJÏPICATION DE LA VIEÏÎGK.-

8on cœur: Fructus autem justitiœ in pace semi-^ natiir^Jacientibus pacern,(JËA^, Jac. 3. i8.)]Nlaîs la prudence du siècle qui ne vient point du ciel ^ mais de la corruption du pécheur et du fonda de ses passions ^ est une révolution éternelle de craintes^ de désirs, de chagrins^ et comme elle est Touvrage de ses passions , elle ne sauroit être plus tranquille que ses passions mêmes.* Non est ista sapientia desursîan descendens à Pâtrelundnum , sed terrena ^ animalis ^ diàboUca.

(Ibid. ^. i5.)

La seconde source des inquiétudes humaines^ sont les événemens présens , et ce qui se passe tous les jours à nos yeux. Rien n'*arrive presque jamais selon nos désirs : ce que nous aimons nous échappe; ce que nous souhaitons nous fuit 5 ce que nous craignons nous arrive : nous nç sommes jamais heureux de tous points : si la fortune nous rit , la santé nous abandonne ; si nous jouissons de la santé , la fortune nous manque : si la faveur du maître nous élève , Tenvie du courtisan nous flétrit et nous dégrade ; si Fénvie nous épargne , et que nous puissions compter sur les suffrages publics , le maitre nous néglige : enfin , dans quelque situation que nous soyons ^ il manque toujours quelque chose à notre bonheur : et ce qu'ail y a de .triste pour Thomme ^ c^est qu^un seul chagrin Femporte pour lui sur mille plaisirs^ et que ce qui lui manque, quelque léger quil puisse être, çmpoiâonne toujours tout ce qu^il possède.

SUR lj^ souMissroif, elQ^ 35

Bïaî$ une ame fidèle trouve , comme aujourdniui Marie , dans une soumission entière aux ordres de Dieu , une ressource toujours prête aux embarras de sa situation présente : tout étoit incompréhensible dans les desseins de Dieu sur elle : là bassesse de son Fils , et la grandeur future qu^on lui annoncée ^ le glaive qui doit percer son cc6ur| et touteâ les nations qui doivent pourtant Pap— peler heureuse^ Fabjection qui Tenvironne, et les grands événemens qui Fattendent : mais la Tolonté de Dieu est le seul dénouement de ses doutes , et la grande consolation de ses peines. Oui , mes Frères , ce qui rend la soumission à la volonté de Dieu si consolante dans les situations les plus difficiles où il nous place ^ c''est premièrement^ que c'est la volonté d'un Dieu toat-puissant à qui tout est aisé ^ maître dçs événe* jnens ^ qui^ d'un seul regard^ peut finir nos peines ^ auprès de qui tout trouve des ressources : qui n'a qu'à dire^ et tout est fait. Ah ! les hommes ^axq[aels nous nous livrons ^ ne sauroient nous tirer des embarras et des périls où ils nous en— gagent : on Voit tous les jours les amateurs du monde tomber avec leurs protecteurs^ et avee ces appuis de chair et de sang^ en qui ils mettpient une vaine confiance : semblables^ dit le prophète^ à ceux qui vont chercher un foible soutien contre la muraille de boue déjà penchée et pcèie k tomber , ils sont tôt ou tard écrasés , et enseveli^ sous ses ruines : Tamquàm pctrieti inclinato ^ et macerÙB depulsœ. ( Ps. 6 1 • 4* ) Q est mille situa*

36 PURIFKUTIOW DE LA TIEKGE.

lions OÙ les hommes ^ avec toute leur puissance ^ ne peuvent rien pour^ nous : ik ne saui oient du moins nous faire à nous-mêmes une félicité plus entière que ceUe dont ils jouissent;; et comme ils ne sont jamais qvCk demi heureux^ nous ne devons pa$ nous attendre qu^ rendent notre condition meilleure que la leur ^ ni quMIs fassent pour nous ce qu^ils ne peuvent pour eux-mêmes.

Mais la grande consolation d^une ame soumise a Dieu, c^est de se pouvoir dire à elle-même: Dieu est assez puissant pour me soutenir : je ne risque rien à le laisser faire ^ il a des ressources pour tous mes besoins : ce qui paroit désespéré aux hommes , est facile à sa puissance : il veut qu^on espère contre Fespérance même;; et plus les secours humains paroissent inutiles , plus il vient à notre secours , pour nous accoutumer à attendre tout de lui , et à ne pas mettre notre confiance dans les hommes.

Secondement , c''est à la volonté dW Dieu sage que nous nous soumettons^ qui a ses raisons étemelles dans les événemens qti''il nous ménage^ qui voit les différentes utilités des situations où Û nous place :; qui ne Êiit rien au hasard , et qui connolt les événemens avant même de prendre des mesures. Hélas ! nous pouvons nous inquiéter sur les situations que nous nous ménageons à nous— mêmes , parce que nous ne nous connoissons pas assez pour décider sur ce qui nous convient^ et que d'^ordinaire dans nos choix , nous consultons plus les intérêts de nos passions que ceux

de

sjm LA SOUMISSION ^ etc.. 3y

de Botre anxe : mais oe qui console Famé fidèle soumise à Dieu ^ c^est la sagesse de celui eu qui elle met sa coufiaQce. Dieu a ses raisons ^ se dit sans cesse Tame fidèle , da^s lés situations où il me place 5 et quoiquVUps me soient inconnues ^ elles uen sp^t pas moins justes et adorables: j^ pe dois pas mesurer ses vues incompréhensibles sur mes lumières foibles et bornées : je ne yois pas où peu\ent me çQuduire les voies par où il lue mène ^ mais puisque c^est sa mai|i qui le? a fi-ayées , il n'^y a qu^à marcher sans rieu craindre : il mèue souvent à la terre de proniesse ^ par les (ârcuits pénibles et arides du désert ^ et nous cache .presque toujours ses voies , pour nous laisser tout le mérite de la soumission et de la confiance.

Enfin ^ non-r seulepaent pai'çe que ç^est à la yolonté i'vLa Dieu puissant et sage , .que nous nous soumettons;; mais encore d'un Dieu bon ^ tendre et miséricordieux^ qui nous aime^ qui ne veut que uotre salut. Les hopunes cherchent souvent à noiis nuire ^ en faisant semblant dp nous favoriser: nous ne leur sommes chers qu'^au-^ tant que. nous leur sommes utiles;; et ils veulent plutôt nous faire servir à leur bonl^eur ^ qne upu9 rendre heureux nous— mêmes.

Mais Dieu n a que notre salut en vue : tout C0 qu"il veut par rapport à nous ^ il ne le veut qu^ .pour nous : nos intérêts étemels seuls règlent sen démarches à notre égard : s'il nous frappe , o'e^t .pour nous sauver;; s''il nous épargne^ c'est encore pour nous sauver ? s'fl npus bmniUe ^ il ne a?

38 PtJRIFICATIOIV DE LA VÎEUGE.

propose que notre salut :j s'il nous élève ^ c*csl notre salut encore qui le fait agir : enfin ^ en quelque situation qu'ail nous place ^ c^esf toujours un père qui nous conduit^ un ami qui nous gouverne, un protecteur qui nous soutient, un guide qui nous précède et qui nous montre les voies. Hélas , mes Frères ! nous nous croyons si fort en sûreté , quand nos intérêts et notre fortune sont entre les mains d**im ami fidèle depuis long-temps éprouvé , et sur lequel nous comptons comme sur nous— mêmes : nous ne daignons pas même nous informer des raisons qu'il a dans les partis qu**il prend par rapport à nous : tout ce qu'ail fait ^ nous Tapprouvons , nous y souscrivons , nous lé tiouvons bon pour nous* Et voilà la consolation d^une ame fidèle qui a mis son sort entre les mains de Dieu : elle n'^examine pas les raisons que sa bonté paternelle a pu avoir dans les situations qu''elle lui ménage : il lui suffit de savoir que c''est un Dieu qui n'*a que des vues de bonté et de miséricorde pour sa créature ^ im père qui nà se propose que le salut de son enfant^ fin ami tendre et fidèle , et qui nV rien tant à cœur que les intérêts de ce qu^il aime. Quelle situation ^ mes Frères ! en est-il ici-bas même de plus désirable pour la créature ? et quand la religion n''auroit que ce seul avantage , le parti du justû et du fidèle ne seroit-il pas le plus heureux et le plus sensé que Thomme pût choisir sur la terre? Enfin , les regrets sur le passé fornient la der-» 'llière source des inquiétudes huiuaîaes ; nous u^

suK tk souMissioi^ ^ etc. ^9

Tappelons les évéaemens fâcheux de notre vie ^ quWec des retours amers qui en empoisonnent le souvenir : nos pertes passées nous tourmentent, encore par les réflexions inutiles sur les mesures qui auroient pu nous les épargner : nous nous reprochons sans cesse d'avoir été nous— mêmes les auteurs de notre infortune : nous nous redisons éternellement qu'aune telle précaution prise nous eut épargné bien des larmes et des chagrins: nous ajoutons à nos mallieurs de les attribuer à nos imprudences : nous nous représentons après coup^ les moyens de les éviter très-faciles^ comme pour sentir plus vivement le désagrément d'y être. tombés ^ et loin d y voir la sagesse et^ la voloaté de Dieu, qui ont tout conduit, et qui , seules , devroîent nous faire oublier nos peines , nous n'y Yoyoas que nos méprises , qui augmentent nos regrets , et qui rendent nos peines éternelles.

Or, c'^est encore ici que la soumission de Marie est pour nous un modèle : elle ne voit que Dieu sevl dans tous les événemens de sa vie passée , dans Tambassade de Fange , dans le prodige de son «niantement , dans la foi des pasteurs , dans Tadoration des mages : elle compare , dit TE vangile , et conserve dans son cœur toutes ces mer— . veilles , et toute la conduite passée de Dieu sur elle : Tattente et le langage prophétique de la veuve Anne et du juste Siméon , lui rappellent . tout ee qiie le Seigneur a. fait jusqu'^ici de grand pour elle et pour cet enfant : Conferens in corde suq: (Luc. 2. 19.) elle n'y voit riien d'humain^

4o PURïFICiTIOPT DE LA YIEftGlî.

tout y est de Dieu ^ et né pouvant doutei* que la maîn du Très-Haut seule ne Tait jusqu''icî conduite , elle n'*a pas de peine à se persuader que c'^est lui-même qui la conduit au temple . et à se isoumettre au sacrifice et à rhumiliation qû'*il demande d''elle.

Voilà ^ mes Frères ^ la grande science de la foi : le passé devroit être pour nous une instruction continuelle , où nous devrions étudier les mena— gemens et les volontés adorables du Seigneur ^ sur les destinées des hommes : nous devrions rappeler sans cesse tout ce qui s^est passé à nos yeux , à la cour surtout ^ où nous vivons , et qui est comme le théâtre des révolutions humaines 5 tant de changemens soudains ^ des morts si terribles ^ et si peu attendues 5 des accidens si fu-* ocstes ^ les prospérités ou les malheurs de Fétat 5 Télévation ou la décadence de ceux qui occupoient les premières places : que sais-je? tant de variation dans la faveur , dans les fortunes ^ dans le crédit ^ dans la chute ou Fagrandissement des famiHes : nous ne devrions ^ dis- je ^ le rappeler que pour y voir la sagesse de Dieu ^ qui se joue sans cesse des passions humaines ^ et qui élève ou renverse €fh un instant , pour nous faire sentir la fi'agilîté de tout ce qui passe , et nous apprendre que toute la sagesise humaine ne sauroit nous sauver du moindre contre— temps , et qu''il n^'y a point de conseil contre les conseils de Dieu.

Cependant le souvenir du passé , loin de nous instruire^ noua séduit^ et ne fait que réveiller en

StTR LA SOUMISSION ^ etc. ^S

TiiOQS des- passioas injustes : nous rappelons la décadence de ceux que nous avions vus à la tête de tout et les arbitres de la fortune publique ^ et ce souvenir , loin de nous désabuser de tout ce que nous avons vu fondre et s''éclipser en un instant ^ et nous apprendre que les prospérités temporelles ne sont rien , si Tusage chrétien qu'on en fait ne les rendimmorteUes^ réveille plus notre ambition^ par les obstacles qu'avoit toujours mis à notre fortune leur grande autorité ^ qu^il n'instruit notre foi par rinconstance qui , en un clin d'œil , Fa renversée. Enfin ^ nous ne voyons Dieu nulle part^ tout passe ^ tout disparott, tout s'éeroule à nos yeux : un nouveau monde s'élève insensiblement sur les débris de celui que nous avons vu •en y entrant.: une nouvelle cour reparolt à la place de celle que nos premières années ont vue j de nouveaux personnages sont montés sur le théâtre : de nouvelles scènes occupent tous les Jours l'univers : nous nous trouvons presque seuls et étrangers au • milieu du monde ^ parmi de« hommes que nous avons vus naître^ séparés de <^ux avec qui nous avions d'abord yécu.^ toult nous échappe ^ tout iuit ^ tout ^ouit rapidement 'Se précipiter 'dans le néant ^ et au milieu de sces révolutions étemelles^ où Dieu seul^ qui ne passe point ^ paroit si grand ^ où Dieu seul ^ qui chan— . géant sans cesse la face de l'univers.^ demeure toujours le même ^ pàrolt si digne de nos hem-^ «nages .^ nous ne le voyons pas z sous ine jx&vs «élevons jamais ja^rqnà lui^ wus teopns «eneoxde

aux débris dW monde qui sVst déjà à demi éeroYilé' entre nos mains : nous rappelons même par Fima*^ gination ce qui nous en est échappé : nous donnons' de la réalité à ce qui n'^est plus : nos premières années souillent encore notre cœur par des souvenirs lascifs et injustes : nous faisons sans cesse revivre nos jours passés , en ce qu'*rls ont eu de criminel : il semble que la \ie est trop courte j)Our offenser Dieu : nous revivons sans cesse par des images qui renouvellent nos iniquités passées; c^est-i— dire ^ nous vivons doublement pour le crime , n'^ayant jamais vécu un instant pour la vertu. Ainsi le passé nous souille ou nous séduit ^ loin de nous détromper et de nous instruire : nous n^y voyons que les révolutions hunhainesc tious ne remontons pas plus haut ^ et nous vivons comme si le hasard conduisoit Funivers^ et qu*il il'*y eût point d^'autre raison de ce qui arrive que Tévénement lui-même.

Ah^ mes Frères! les patriarches^ dont la vî« ëtoit si longue sur la terre ^ nWoient point dWtre occupation ^ que de méditer ^ dans les grands év^ memens qui avoïent rempli leur longue carrière i^ les merveilles du Seigneur^ et Fordre de ses va* lontés adorables. Ds repassoient sur les différentes voies par où sa sagesse les avoît conduits : ils y tidmiroîent les ménagemens ineffables de sa pro^ vidence : c'*étoit-là le livre où ils étudioient sans cesse les grandeurs de Dieu ^ et ses miséricordes «nvers les créatures : c'^étoît la plus douce consolation de lenx pélerini^e. Ib ^'oyoient Dieu

StTK LA SÔtmiSSÏO]^ , è!c. 4^

partout: Tinvisible étoit comme vîsîble pour eux dans tous les accîdens divers et merveilleux qui âvoiettt partagé leur vîe : ils ne voyoient que IKeU dans r-univers 5 et ne comptoîent pour rien tes hommes ^ dont sa sagesse se ser^oit pour accomplir ses desseins adorables.

Et voilà , mes Frères , la grande science que nous apprennent nos divines Ecritures. Dans les •autres Ûstoires que les hommes nous ont laissées y on n'*y voit agir que les hommes ; ce sont les tiomines qui remportent des victoires, qui prennent des villes , qui subjuguent des empires , qui détrônent les souverains , qui s^élèvent eux-mêmes ^à la suprême puissance : Dieu n'y parolt nulles part^ les hommes en sont les seuls acteurs. Mais dans Thistoire des livres saints ^ c''est Dieu seul qm fait tout 5 Dieu seul qui fait régner les rois , iqui les place sur le trône ^ ou qui les en dégrade 5 Dieu seul qui combat les ennemis^ qui renverse les villes , qui dispose des états et des empires ^ qui donne la paix^ ou qui suscite les guerres: Dieu seul parolt dans cette histoire divine ;j il en '^t ^ si je Tose dire ^ le seul héitos ^ les rois et les €Oifqticrans n y paroissent que cofnme les ministres de ses volontés saintes ; enfin ces livres ^divins tirait le voile de la providence. Dieu^ qui «e cache dans les autres événemens rapportés dans nos histoires, parolt à découvert dans ceux-ci; et c'est dans ce livre seul , que PEsprit de Dieu a laissé à la terre, qnenous devons apprendre h lire les lûstinres que les hommes nous ont laissées j à

44 MTRÏFICàTION de tk YIERGK.

suppléer par la foi ce que Fesprit humain a otms^ et à ue regarder les différentes révolutions qui ont agité Tunivers^ que comme Thistoire des desseins et des volontés du Seigneur sur les hommes.

Telles sont les instructions que trouve une ame fidèle dans le souvenir du passé. Aussi une des plus grandes consolations des sainte dans le ciel ^ isera de voir à découvert Tordre admirable des volontés du Seigneur dans tous. les ^vénemens de leur vie passée : Ténigme sera alors dévoilée ^ ils verront conunent tout ici-bas se rapportoit à leur tsalut^ avec quelle bonté et quelle sagesse adorable^ Dieu faisoit tout servir à la sanctification des sieus^ -c^est— à-dire., tout ce qui se passoit sur la terre ^ toute rhistoire de leur siècle ^ la piété ou le dérèglement des princes^ le gain ou la perte des batailles :; le bonheur ou Tinfortune publique : ils verront comment tout cela , par des rapports se^ •crets et merveilleux , qui leur seront alors clairement connus , devoit contribuer à la consomma— tion des élus;; et conmient , jusqu^à leurs chutes mêmes , tout devoit être utile à. leur salut.

Au contraire ,, la surprise la plus désespérante des pécheurs, sera de voir., que dans le temps même qu'ails croyoient vivre sans joug et sans Dieu dans ce monde , ils étoient entre les mains •de sa sagesse, qui se servoit de lem^ égaremens mêmes pour Taccomplissement de ses desseinséternels ;; qu'yen croyant vivre pour eux seuls , ils iTétoient entre les mains de Dieu que des instnuoens utiles à la satisfaction des Justes j qu^ainsi

àtm LA sotnAîSsîON , etc. 4^

léors actions les plus éclatantes étoîent utQcs aux dptôeins de Dieu ^ mais inutiles à eux-mêmes ^ que les grands spectacles qxi'*îls ont donnés à FunÎTers ^ et qui flattoient si fort leur vanité , n^a— soient aucun rapport avec eux ^ qu^ils n'ont vécu que pour les* élus :; et qu'ils sont les seuls à n'avoir aucune part à tous les grands événemens dont lisent été les principaux acteurs , et qui rendront leur nom célèbre dans les histoires '^' en un mot ^ qn'ils ont fait beaucoup de bruit dans l'univers ;j mais que c'étoit Dieu qui se glorifioit par eux ^ et qu'ils n'ont rien fait pour eux-mêmes: sem-' blables au tonnerre qui donne un grand spectacle a la terre , et fait sentir aux hommes la grandeur et la puissance de Dieu:; mais qui n'est lui-même: qu'un vain son ^ et ne laisse après lui que l'infection de la matière dont il ^toit le seul ouvrage.

Et c'est cette réflexion , mes Frères ^ qui de* vroît rappeler tous les hommes à une soumission continuelle aux volontés du Seigneur : car enfin ,• qu'ils se soumettent ou non à sa volonté sainte ^■ fl est certain qu'ils agissent toujours sous la main ^e Dîeu^ qu'ils ne font que ce que permet le souverain dispensateur:; qu'ils ne viennent à bout^ de leurs desseins ^ qu'autant que le trouve à propos sa sagesse adorable^ qu'ils ne peuvent se soustraire aux ordres de sa puissance;; et qu'en se révoltant' contre lui , ils ne changent pas les événemens ^ ils ne font que multiplier leurs crimes.

Voilà les avantages que trouve le fidèle dans mtr soumission aux ordres de Dieu. Non ^ mes-

46 PrKIFiCATION DE LA tIERGB.

Frères ^ tournez-vous de tous les côtes ; il n^ ^ ' dans toute la vie humsdne que ce point fixe ^ que cette consolation solide ^ se soumettre à Dieu ^ ne vouloir que ce que Dieu veut : c^est-là le grand secret de la piété chrétienne ^ le plus précieux avantage de la foi ^ et la grande science du fidèle* Hors de là , mes Frères, qu^est-ce que la vie humaine, qu'aune mer furieuse et agitée , où nous sommes sans cesse à la merci des flots, et où chaque instant change notre situation, et nous donne de nouvelles alarmes? Que sont les hommes eux-mèmies , que les tristes jouets de leurs passions insensées , et de la vicissitude éternelle des évé— nemens? Liés par la corruption de leur cœur à toutes les choses présentes , ils sont avec elles dans un mouvement perpétuel :; semblables à ces figures que la roue rapide entraine , ils n ont jamais de consistance assurée : cliaque moment est pour eux une situation nouvelle ^ ils flottent au gré de Tinconstance des choses humaities ^ voulant sans cesse se fixer dans les créatures , et sans cesse, obligés de s''en déprendre ;j croyant toujours avoir trouvé le lieu de leur repos , et sans cesse forcés de recommencer leur course ^ lassés de leurs agitations , et cependant toujours emportés par le tourbillon ^ ils n^ont rien qui les fixe , qui les console , qui les paie de leur peines , x|ui leur adoucisse le chagrin des événemens 5 ni le monde qui le cause , ni lem* conscience qui le rend plus amer, ' ni Tordre de Dieu contre lequel ils se révoltent. Us boivent jusqu'à la lie toute Famertume de ieur

SÛR LA SOUMISSION ^ etc« i^

calice : ils ont beau le verser d^un vase dans un autre vase'^ dit le prophète^ se consoler dTune passion par une passion nouvelle ^ d'aune perte par un nouvel attachement^ dWe disgrâce par de nouvelles espérances : Famertume les suit partout : ils changent de situation^ mais ils ne changent pas de suppUce : Et inclina\fit ex hoc in hàcj verumtamen fœx ejus non est exinanita. ( Ps.

Grand Dieu ! Pourquoi mon ame ne vous serdit^

elle donc pas sownise ? Nonnè Deo subjecta erit

anima meaP ( Ps. 6i. 2. ) Etes— vous donc un

maître si cruel ^ quVn risque de laisser sa destinée

entre vos mains? que puis^je craindre^ grand.

Dieu ! en me reposant sur vous seul de tout ce

qui me regarde? ah ! tandis que j^ai voulu être

moi-même Farbitre de ma destinée ^ je me suis

confondu dans mes propres projets;; les événemens

n^ont jamais répondu à mes souhaits et à mes me*

sures ^ je n ai réussi qu^àme former tous les jours

à moi— même de nouveaux embarras et de nou-*

veaux chagrins : en voulant chercher des sûretés 1

je me creusoisdes précipices : ce que je regardois

comme mon appui ^ se toumoit ensuite contre

moi-même : vous vous plaisiez ^ grand Dieu ! à

renverser Fédifice à mesure que je Félevois : vous

vouliez m^apprendre qu'yen vain la main de Fhomme

édifie la maison ^ et que si votre main adorable ne

la soutient et ne Félève ^ il ne se prépare que de

tristes ruines ! qu''il est bien plus sûr , 6 mon Dieu !

de vous laisser faire tout seul ^ qu de n^agir qu«

it

•4S l>imiFICATION DE LA YIBIV^E*

SOUS VOS ordres ! que d^inquiéhides je me setois épargnées ^ si J^avois été fidèle à ce devoir ! ma destinée auroit <çté semblable ^ mais mes chagrins p eussent pas été les mêmes ^ et j'^aurois trouvé dans ma soumission à votre volonté sainte ^ la paix que je n''ai jamais pu trouver dans le monde ^ ni dans mon propre cœur ;j et ensuite la récompense que vous promettez à ceux qui n ont souhaité sur la terre , que Faccomplissemeut de vos voloujés étemelles* Ain&î ^t-U.

iBCOFD

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