DE LA SAINTE A-^IERGE
SECONDE PARTIE
JT LUS le Seigneur veut élever une ame à un degré -f sublime de grâce ^ de lumière et de dignité ^ plus îl rabaisse et Pavilît aux yeux des hommes ^ et comme s''il étoit jaloux que ses serviteurs bril— lassent d^un autre éclat que du sien ^ il est ^ ce semble ^ attentif à les dépouiller de cette grandeur qiie le monde donne ^ pour les rendre plus dignes . de cette grandeur véritable , qm est le fruit tout seul de la justice et de la sainteté.
Xics abaissemens de Marie sur la terre sont une 4 preuve de cette vérité. Comme les desseins de . Dieu sur elle lui préparoîeat la plus haute élévation où la simple créature puisse atteindre ^ les voies par où elle y est conduite , sont des voies d^humiliation et d^obscurilé.^Or ^ je remarque trois " . sortes d^abaissemens dans la vie dé la sainte Vierge^ .un abaissement de privations ^ un abaissement de dépendance^ et un abaissement de confusion et .de mépris: et je dis que son assomption dans le ciel ^ lui rend aujourd'hui une triple gloire , px^oportîonnée aux abaissemens de sa vie mortelle j une gloire d''élévation et d'^excellence ^ une gloire de puissance et d'^autorité, une gloire de vénération et d'*hommage. Continuez à m'honorer de votr« attention.
Plus on considère la vie de la sainte Vierge sur la terre ^ plus on y découvre une suite non interrompue des privations tristes et humiliantes: WomêK* MxsxiRMS* »2
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première sorte d^abaissement. Auctnie créature n^avoit >usque — là reçu dû del des titres plus augustes et plus sublimes que cette sainte fille de Juda. Elle étoit née du sang de David ^ lé pri^i^ lége de sa grâce avoit prévenu même celui de sa nai3sance:; elle étoit Vierge danà sa fécondité^ enfin Fauguste qualité de Mère de Dieu rehaus-. soit en elle tous les autres titres qu^elle tenoit de la naissance et de la grâce: et cependant aucun de ces titres pompeux u''a paru en elle ^ tandis qu^eOe .a vécu sur la terre. Sa naissance fut toiqours obscurcie par la médiocrité de sa fortune : rexceUencede sa g. ace fut toujours cachée sous une vie simple et commune :/rélévation de sa dignité ^ et le titre auguste de Mère de Dieu fut comme démeuii par la ressemblance de Fhomme que son Fils avoit prise ^ i la Judée la regarda simplement comme la mère de Jésus de Nazareth ^ rien ne la distingue des autres mères de Juda. Elle laisse les hommes dans Fignorance des grandes choses que le Seigneur avoit opérées en elle: elle ne s^empresse pas de les détromper ^ et de découvrir les merveilles de Dieu :/ elle souffire la privation de tout ce qu elle a de grand ^ c^est-à-dire ^ de la plus grande gloire qui puisse être communiquée k une pure créature : elle porte ce dépouillement avec joie : ! il ne lui échappe rien ^ pas un mot ^ pas une démarche qui puisse trahir le secret de soft humilité^ et ravie de vivre dans cette privation^ elle souhaite seulement que la gloire de son Fils soit connue ^ et son royaume établi sur 1« teire.
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•C^est ainsi que par des privations continuelles ^ 4. la sagesse de Dieu préparoit cette ame céleste à la; ;gloire où elle est en ce jour élevée. Tout son soin avoit été de se cacher aux yeux des honunes ^ et de se confondre avec les autres mères d^Israël ^. et il semble que Fattention unique de Dieu est de la glorifier au jour de sa mort ^ et de la distinguer par un privilège singulier ^ et qui de voit vendre témoignage dans tous les siècles à son auguste qualité de Mère de Dieu. Son corps pur ^t sacré ^ comme celui de son Fils ^ ne voit pas la corruption : la vertu du Père la délivre d^'entre les morts : les cieux s^ouvrent pour la recevoir ^ conune Jésus-Christ ^ triomphante et glorieuse : elle sort du tombeau environnée de lumière ) pour aller prendre possession de sa gloire à la droite de son Fils ^ avec la même char qu^elle lui. avoit fournie pour ouviîr le ciel à tous les honunes: elle est placée au— dessus de toutes les principautés et de toutes les puissances. C^est cette Arche d^Israël ^ dit le saint Evêque de Genève ^ qui ap^'ès avoir été quelque temps ficus des tentes dans le désert ^jc^est-^-dire^ dans im état obscur et peu digne d^elle ^] est enfin intix>duite avec pompe et avec édat par le véri'*' table David dans la Jérusalem, céleste. --
U semble en effet que Jésus<Christ n''auroitpas -^^ ressuscité tout entier ^ et qu'aune partie de sa chair adorable auroit été assujettie en sa sainte Mère à la corruption ^ si Marie n'^eùt participé au privi— lége de sa résurrection glorieuse* £toit-il coor-
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venable qu'on laissât sous Tempire de la mort^ la mère de celui qui étoit la résurrection et la ' vie ? Eteit — il juste qu^une chair ^ de laquelle avoit été formée la victime qui venoit d^ouvrir le ciel aux hommes , n'^y fôt pas d'abord ellemême introduite? qu'un corps qu'elle avoit préservé par une grâce singulière des souillures inévitables aux enfans d'Adam^ participât à leur ' malédiction ^ et devint la proie des vers et de la pourriture ? qu'un corps ^ qui avoit été sur la terre le sanctuaire vivant du Verbe fait chair ^ ne '' fût pas d'abord reçu lui-même dans le sanctuaire ' éternel ? Et c'est pour honorer cette mort et cette résurrection nirraculëuse , et satisfaire à la piété' des fidèles^ que l'Eglise" a depuis long— temps institué la; fête qui nous assemble. Voilà le prix que la magnificence de Dieu réservoît aux priva- tions humiliantes de la vie de Marie. C'est en souffrant avec joie que les hommes aient ignoré jusqu'à sa mort tout ce que la grâce avoit opéré en elle de grand ^ que le Seigneur le fait éclater par un privilège, qu'une tradition sainte a rendu vénérable à toute l'Eglise , et que la piété de nos pères a fait passer jusqu'à nous ^' comme le gage immortel de leur zèle et de leur respect pour Marie.
Pour nous , mes Frères , loin de souffrir avec joie les privations qtii nous humilient, et qui* laissent ignorer aux hommes ce que nous sommes^ hélas ! tout notre soin est de nous montrer : tout^ notre vie est une étude de vanité , qui i;ious
monlre toujours par les endroits par où nous croyons nous distinguer et plaire. {Lors même que' ti^ucliés de Dieu ^ et revenus de nos égaremens j nous avons pris le parti d^une vie chrétienne , nous youlons que le monde conserve encore le souvenir 4es talens malheureux et des vains avantages que i^ous avons sacrifiés en rompant avec lui. Nous sommes flattés qu^ou fasse encore valoir par-là tous les jours notre sacrifice^ qvCon nous fasse honneur de ce que nous avons jugé nous-mêmes digne de mépris. Nous nous en élevons même eu secret au-dessus des autres ^ comme si nous avions plus donné à Dieu ^ comme si ^ plus nous paroissiens nés pour le monde et pour les plaisirs ^ plus il n'^avoit pas fallu que la grâce ^ qui. nous en a dégoûté^ fut forte et abondante^ comme si les miséricordes du Seigneur sur nous pouvoient devenir le titre de notre ingratitude^ et nous faire oublier nos misères. Ainsi ce qui a été roccasiou, de nos chutes et de nos malheurs ^ devient sou-* vent dans la piété même le motif de notre vanité déplorable: ce. qui devr<Ht nous rendre plus mé-* prisables à nos jeux , ne sert souvent qu''à non» inspirer du mépris pour nos frères. Aiqsi noua \ouloas participer eu même temps à la gloire dot jpaonde et à la gloire de la vertu : nous voulons qu'ion loue en nous et les merveilles de la grâce y et les talens de la vanité ^ et loin de cacher^ comme IVIarie^ aux yeux deshommes ce que nous sommes^ nous voulons même qu^ils voieut encove en nous ce que nous sommes fâchés dVvoii: été. ..
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a58 l'assomption
Ottî ^ mes Frères , rien de plus rare que de vouloir sincèrement que les honimes oublient ce qui peut nous faire honneur dans leur esprit. Nous regardons cet oubli comme une injure:
nous voudrions que tout le monde lût sur notre front^ pour ainsi dire ^ nos tatens^ nos vertus , notre ^w ^ rang^ et notre naissance^ et /jusque dans ces asiles saints , où Ton a mis! au pied de Tautel lés dépouilles du monde et de toute sa gloire ^ on reprend souvent d*'une main tout ce vain étalage, qu'on a voit semblé sacrifier de Fautre. On étale encore, /sous Tobscurité du voile saint ^ le faux éclat du monde et de la naissance : on remonté encore sur une vaine boue , qu'ion a voit foulée aux pieds: /on veut retrouver dans le lieu de Thiimilité, les distinctions qu^on avoit méprisées dans le monde ^ et dans le sanctuaire même de. FEpoux, on se fait valoir par d'autres titres , que par le titre sublime de son épouse.
Maïs s'^il est rare de porter avec foi cet abaissement de privation , dont Marie nous donné Fexemple , il Test encore plus de soutenir avec courage rabaissement de dépendance' où elle vécut toujours. Toujours soumise sur la terre, et dans tous les états de sa vie mortelle , elle avoit toujours respecté cette Voie de dépendance, comme celle par où la grâce vouloit la conduire:' tantôt vivant dans une soumission entière aux* volontés de Joseph:; tantôt attachée aux ordres et à la destinée de son Fils:; tantôt confiée arf disciple bien-aimé, et le regardant comme le
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maître de ses actions et l'^arbitre de sa conduite f tantôt enfin paroissant à la suite des disciples ^ après la mort de Jésus — Christ , comme une' des autres femmes fidèles ;; ne paroissant entrer en rienij ne s'^attribuant rien ^| ne voi]dant pas partager avec les apôtre^ le gouvernement de FEglise naissante ^ se soumettant à leurs lois et à leur autorité :(/n^afrectant aucune prééminence dans cette sainte assemblée :^ tout s'*y passant sans qu'ail soit fait aucune mention d^^elle ^ sans qu^^elle affectât aucune autorité :; et se comportant comme , une simple fille de FEglise , elle qui en éloit la protectrice et la mère. Oui ^ Marie comblée de tous les dons et de toutes les lumières^ revêtue de la dignité la plus éminente à laquelle une pure créature ait jamais pu prétendre :; le plus ferme appui sur la terre depuis la mort de son Fils^ de FEglise naissante ^ eu laisse tout le soin aux apôtres ^ et ne se réserve que la gloire de se soumettre la première à leurs décisions. Quelle leçon pour réprimer Forgueil et Fînquîétude des fidèles ^ qui ^ sans participer à Féminence de ses dons et de sq^'lulnières^ ne peuvent imiter sa soumission et sa dépendance !
Pour nous , mes Frères, ce tfest pas la son— ^ mission à FEglise qui nous coûte : cette soumission ne blesse , ni notre, orgueil , ni nos penclians , lii notre ambition , ni notre fortune. Ce qui nous blesse , c^est de dépendre de ceux que nous croyons fort au^èssous de nous , c"*est de porter le poids d^uue autorité qui paroit mal^ placée»
^So Vassomptioit
lions adoucissons même les dépeadances les plus inévitables de notre état ^ par le mépris secret de ceux de qui nous dépendons : nous nous yen-* geons de leur élévation par no$ censures : notre orgueil ^ forcé de leur obéir ^ se console en les méprisant : leurs ordres nous rendent ingénieux à découvrir leurs défauts ^ et il est rare que nos supérieurs et nos maîtres ^ aient sur notre cœur la même autorité qu'ails ont sur notre personne. Aussi le second caractère de la gloire ^ à laquelle Marie est aujourd'hui élevée ^ opposé à ce caractère de dépendance qu'elle avoit tant aimé, est une gloire d'autorité et d'empire. Elle, reprend aujourd'hui dans le ciel , à la droite de son Fils^ cette puissance qu^elle n'avoit pas voulu exercer sur la terre: elle rentre dans tous ses droits: elle est établie sous Jésus-Christ , la médiatrice des fidèles, le canal des grâces, Fespérance et le soutieii de l'Eglise, l'asile des pécheurs ^ la protectrice des justes , la ressource des .peuples et des empires , la reine du ciel et de la terres Oui , mes Frères , la puissance de Marie n'^a point d'autres bornes, que celles de l'amour de> son Fils pour elle. Jl partage ^ pour ainsi dire , avec elle son autorité : 3 la rend la, distributrice de ses grâces: il veut que nous nous adressions à eUe , si nous voulons tout obtenir de lui^ et rien n'est plus éloigné de Fesprit de la foi , que de croire honorer la puissance de Jésus-Christ, en 4imiuuant celle de sa sainte Mère. C'est lui que 119US honorons en ell^^ ce s<mt ses dons que noui
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exaltons ^ en exaltant les dons ineffables de Marie : c''est sa puissance que nous réclamons , en réclamant celle de sa sainte Mère:} et elle ^ et nous ^ nous ne sommes ce que nous sommes ^ que par lui ^ et notre confiance en elle ne prend sa source ^ que dans les merveilles que Jésus— Christ veut bien opérer par elle.
Ce n'est pas , mes Frères ^ qu'ail suffise de se' 4 mettre sous la protection de Marie ^ et de lui rendre quelques hommages ^ pour assurer son sa-' lut : le salut éternel est le prix de Tobserv^nce seule de la loi de Dieu. Quiconque aime le monde , quiconque se livre aux désirs de la chair ^ quiconque ne rompt point ses passions criminelles , il a beau se déclarer serviteur de Marie , elle ne lé connoit pas : elle le regarde comme Tennemi de son Fils : elle déteste la confiance qu*'îl met en elle, comme injurieuse à la religion, et surtout à la gloire de Jésus-Christ. (Elle aide de son entremise les pé— "" chëurs qui veulent revenir de leurs égaremens ;} mais elle sollicite elle-même la punition de ceux qui se font de son entremise une sécurité et ime raison pour y persévérer.
Et certes, mes Frères, si Jésus— Christ lui— +miême né reconnoît pour sa mère et pour ses frères^ que ceux qui font la volonté du Père céleste 5 Marie reconnoîtroit-eUe pour ses enfans , les transgresseurs de cette sainte volonté, et les ennemis dfe la doctrine et de la croix de son Fils? Si Jésus-Christ y malgré les acclamations popidaires
des femmes de Juda ^ ne fait pas consister le bonr heur de Marie dans Thonneur qu^elle a eu de le porter dans son chaste sein ^ mais dans sa fidé- Uté à écouta la parole de vie^ et en observer les saintes maximes ^ nous nous^croirions heureux^ nous^ en portant sur notre corps des marques consacrées au culte de Marie ^ sans ayoir Famour de Jésus-Christ et de sa vérité ^ gravé dans notre coeurP|Marie ne seroit donc plus que la protectrice des passions que son Fils condanme? sa puissance jrenverseroit donc Toeuvre de FEvangile ^ et ou- Vriroit aux honunes une autre voie de salut ^ que celle que Jésus-^Christ lui-même leur a frayée P Quelle illusion^ mes Frères^ de prendre dans l.e respect que TEgUse nous inspire envers Marie, le motif de notre sécurité dans le crime j et de se persuader qu^il suf&t de se confier en s» protection ^ pour obtenir après une vie toute de çrin^es et de passions, la grâce du repentir et du pardon à la mort ! Eh ! quoi , mes Frères , liQtre confiance en Jésus^Christ lui-même , qui est Fauteur de la vie et du salut, seroit vaine, sji nous ne vivicHis pas conune ses disciples :; et notre confiance en Marie seroit plus puissante, quoique nous marchions dans les voie du monde et des passions ? Tous ceux qui diront à Jésu&-< Christ lui-même , Seigneur , Seigneiu: , n'^entrerpnlt pas pour cela dans, le royaume des cieux^ et tous ceux qui diroient à Marie , notre Reine , notre refuge, notre espérance, seroient admis daqs, U gloirç que Jésus4^brist a a promise qu^aux