‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 4)Chapitre 35 sur 59 · L^ASSOMPTION · texte numérisé non relu

L^ASSOMPTION

sa vie mortelle , avoit été ua abaisisement de m^ pris et de confusion. Soupçonnée par Josepli^ elle avoit porté dans le silence toute la honte dVn soupçon si humîliant'et si triste. Elle adoroit en secret les ordres du Seigneur sur elle ^ et sans découvrir à Joseph le mystère ineffable qui venoit de s'^opérer dans son sein ^ elle laissoit à la sagesse du Très-Haut le soin de manifester l'innocence de sa servante. Elle unissoit cette humiliation à celle que le Verbe fait chair conunençoit à éprouver dans ses chastes entrailles : elle se soumettoit ^ comme lui ^ à porter quelque temps la ressemblance du péché, à faire un sacrifice de son innocence aux ordres inconnus et adorables de la sagesse divine , et à se réjouir même par avance de futilité que Dieu sauroit bien retirer pour Faccomplisse— pient de ses desseins étemels , de son humiliation .et de son opprobre.

Telle étoit la disposition de Marie ^ et voilà pourquoi sa mort est suivie d\me gloire de vénération et d'hommage : dernier caractère. Tous les peuples et toutes les nations ont entendu parler des merveilles de Dieu en elle : partout où la gloire de Jésus-Christ a trouvé des adorateurs, la sienne a trouvé des honneurs et des hommages. A peine eut— elle disparu de la terre , que les hommes apostoliques lui adressèrent des vœux : ces siècles heureux et si honorables à la foi, furent les premiers dépositaires du respect des fidèles envers Marie ^ et il falloit bien que FEglise encore naissante , rendit déjà des houQ^urs solennels à

cette

DE-iA Sainte vrEROE. 9^5

«elle Reine du ciel, puisqu'ij s'^eva dèslore,. parmi les fidèles, des hommes igûoFans et supers-' titieux , qui , frappés de reoâaenee de sa gloire et, de sa dignité , changèrent la piété m s«peretiti<m et en idolâtrie ^ lui offrirez des saciifices , et lui rendirent des hoHnaars gui ne 6<^ dus qu'à l'Etemel. Aina à mesure que la foi se ré^ndit, le culte de Marie s'établit gur la terre : à mesure que TEglise, favorisée par les Ces»» ^ TÎt Téclat et la magnificence accompagner Ja sainteté de ses mystères^ les hommages rendus k fiîarie de- • . Tinrent plus pompeux et plus solennels. En vain parurent alors des esprits inquiet» et superhe^ quÎOTèrent lin dîsp«ter l'àï^^uste quaKtéde M^ de Dieu. Leurs Masphéœes ne servirent qn^i réveiller la piété des fidèles : de toutes pârb s'élevèrent des autels et dès temples magnifiques, cou- Sffcres sous sa protection et sous son nom, à la gloire de son Filsi la reHgion des peuples opposa «tes monumens publics élevés à Vboantw de Marie , aux secrètes entreprises de ses ennemis • des conciles s'asseiid*èrent pour lai conserver ses d^c^ts augustes, et laissera la postérité dans leur» déc,su,ns, 1^ tîlres véoér^Iès de leur respect, etde celui dèleurspères envers Marie: etJ^rreur fîomme a -arrive Ion joBft. ne réussit qu% étaHî^ •yec pins d*^àt1a vérité. ' ^ ^^

Q««dis^, »e»Frèt*s?-.lestfflesefleseid«ires se çnrent sous sa |ffotectibn -puissante ; de saLt« ^^^emMéés à «>« m»., et dévUes à son

ï6Ç L^A&SOMPTIOir

puhlics cessèrent par les vœux et les hommages qu'ion lui adressa : nos villes et nos provinces ^ firappées de la main de Itieu^ virent tomber par son entremise ^ le glaive qui les chàtioit ^ et un de nos rois ^ dont la mémoire nous sera toujours chère , parce qu'ail fut un roi juste et clément , fit pour immortaliser le souvenir d^un bienfait si signalé , un hommage public à cette Reine des cieux ^ de tout v son royaume quVUe venoit de conserver et de délivrer de la plaie ^ qui sembloit annoncer sa désolation et sa ruine.

. L^Angleterre elle-même ^ avant qu''un schisme infortuné en eut fait un royaume de trouble et dWreur^ se distingua par sa piété envers Marie : ses rois la regardèrent comme la protectrice de leurs états : ses {dus saints évêques furent les défenseurs les plus ^élés de son culte;; c^'est un dépôt 5açré qu'ils avoient reçu de ces lionmies apostoliques^ qui sous les ordres du grand pontife saint Grégoire ^ vinrent établir dans cette ile célèbre ^ la foi.de Jésus-Christ sur les ruines de Fidolatrie. , La science qui distingua bientôt cette Eglise florissante^ loin 4e refroidir son zèle envers Marie ^ le rendit plus fervent et plus solennel ^ sa piété augmenta avec ses lumières : Torgueil et les paslâons seules ont détruit ce quWe foi humble et« âdairée avoit d^abord édifié* Le Seigneur a retiré spn EIsprit du milieu de cette Eglise infidèle : 3 Ta livrée à un esprit de mensonge et de révolte: mais ses chatimens ne sont jamais sans miséricorde.

n » vWu la pmûr ô U m veut pus rc^donncir

DE LA SAINTE VIERGE. tkÇj

€t la perdre : il s'est encore réservé au milieu d'elle un petit noiâbre d'^Israélitês fidèles ^ que la contagion générale n'a pas infectés ^ e^ qui li'ont pas fléchi le genou devant Baal : cette sainte se^ meni^e que la bonté de Dieu laisse encore au miHeU des villes rebelles^ fructifiera en son temps ^ et les empêchera d'éprouver le même sort que So^ . dôme et que Gomorrhe« Et encore tous les jours une grande Reine ^ plus illustre par les couronnes qu'elle a sacrifiées à la constance de sa foi ^ que par la naissance et les grandes qualités qui les avoient mises sur sa tête ^ trouve ici aux pieds de Marie ^ la plus douce consolation de ses peines^ lui offre sans cesse un royaume que l'hérésie à îafecté ^ des sujets que l'esprit de rébellion , toujours inséparable de l'hérésie^ a fascinés^ avance aux pieds des autels ^ les momens de la miséricorde :; et contribue plus à la conversion de ses peuples et au rétablissement de la royauté in-* dignement violée, par les soupirs fei^vens qu'elle ne cesse de répandre dans le secret du sanctuaire^ que toutes les puissances de la terre ne sauroient y contribuer par la sagesse de leurs conseils et par la force de leurs armes.

Voilà , mes Frères , le comble de gloire où les humiliations passagères ont conduit Marie ^ et telle est presque toujours la destinée des justes ^ qui ont éprouvé des revers et des humiliations su^ la. terre. Chaque siècle en fournit des exemples^ •t encore sous nos yeux un roi détrôné (i) ^

(i) Jacques II, roi d'Angleterre.

is68 h* ASSÙKVTIOV

exposé pendant sa vie à la cei^ure d^^ rnsetiiés^ hù qui avait vu sa ibi taxée de foibles^ ^ saa zèle d'^imprudence ^ et ses malheurs imputés à Jui ^eul ^ reprend après ^ mprt le droit qu'ail avoit «sur Testime et sur la vénération publique ^ et 6^attire ^es hommage xmYbs foi& plus édatans que ceux qui avoienjt 'environné son trôo^*

Pour Tusurpateur qtii s'est élevé |)ar des voiéft injustes , qui a dépotiUlé lIoBOcéiit et chassé rhériticr légitime pour se mettre k 3a place ^ ejt se raVétir de sa dé^uille^ hélas ! sa gloire serfi ensevelie avec lui daos le tombeau : sa mort dé^ veloppera la honte de sa vie. C'est alors que 1» digue qu'o{^)osoient aux discom^ publics ses succèfi et sa puissance ^ étant 6tée ^ on se vengera sur s^ inémîoire des /fausses louanges qu'on avolt été contraint de donner à sa personne r c'^est alors que tous les grands moti& de crainte et d'e^pé-rancp n'étant plus ^ on tirera le voile qui couvroit les circonstances les plus hontçuses de sa vie ^ on découvrira le motif secret de des entreprises glorieuses^ que Tadulation avoit tant exaltées^ et on en exposera. Tii^digniti et la bassesse. On regardera de près ces vertus héroïqïtes ^ que Ton ne fconnoissoit'qué sur la bonne foi des éloges publics^ et on n'y trouvera que les droits les plus sacrée de la nature et de la société ^ foulés aux pieds : on le dépouill^a dors de cette gloire barbare e% injuste dont il avok joui : on lui rendra l'infamie et la mauvaise foi de ses attentats, qu'ont avait bien voulu se cacher à soi-^méme. Loia de l'égaler

bfc tÀ SAINTE YIBROË^ 269

aux héros ^ on Tappellera un fils dénaturé^ Un dô ces hommes ^ dont parle saint Paiil ^ sans culte , sans affection et sans principe : sa fausse gloire u^'aura dm*é qu^un instant i; et son opprobre ne finira qu'avec les siècles : la dernière postérité ne le connoitra que par ses crimes^ que par la piété fihale foulée au^ pieds à la face des rois et des nations ^ qui ont eu la lâcheté d^applaudir à son usiu-pation ^ enfin , par Tattenlat qui lui a fait détrôner un père et un roi juste , pour se mettrô^ à sa place. Les histoires ^ fidèles dépositaires de la vérité^ conserveront jusqu^à la fin son nom avec sa honte ij et le rang où. il s^est élevé aux dépens des lois de Thonneur et de la probité ^ en le faisant entrer sur la scène de Tunivers ^ ne servira qu^à immortaliser son ambition et son ignominie sur la terre.

Quelle instruction pourrois-je vous laisser à vous ^ 'mes Frères , en finissant cet éloge de la mort et de Fexaltation de Marie , sinon de Topposer encore à la mort du pécheur ? Oui ^ mes Frères ^ la mort finit toute la gloire de Thomme qui a oublié Dieu pendant sa «vie : eDe lui ravît tout^ elle le dépouille de tout^ elle Fanéantit dans tout ce qu'il étoit de grand aux yeux des hommes ^ elle le laisse seul sans force ^ sans appui^ sans-ressource , entre les mains d'un Dieu terrÔïlé, Ce nombre d'amis ^ de flatteurs ^ d'esclaves , de sujets^ au miheu desquels il se croyoît immortd, ne peuvent plus rjen pour lui r semblables à ceux qui voient périr de loin un honnue au niilieu dés

fioU j lis peuvent tout an plus ^ accorder de^ lannes à son iDaU^teor^, ou faire des yœux mutiles^ pour 84 délivrance... Ainsi seul aijx prises ayec 1^ mort , il tend ep vafe les mains k toutes les créatures <]tti lui échappent. Le passé ne hû parolt plus* fffx'ua instant fugitif, gui il a fut que bcillar et lliaparoHre^ ravenir ^st wn abîme immense ^^ oà il oe voit m fin , ni issite^ et çmà il Ya se perdre et j^^engldxtîrtpour tûuj<»£QS^ iu^ertaii^desa destinée- JLe monde quil crojmt éteniel , ix^bs% plus qu'hua lantôme qui se dissipe^ réternité q«''il r^ardoit icûmm0 mie chimère^ est un objet aiTreus: qu'ail «i ^Qus les jeux , et qu'ail touebe déjà de ses mains. Tout ce qu'ail aToH cru réel et solide;, s^évanouitr laût ce jqui lui ayoit paru frivole et chkuériqae ^ se montre et se réalise ^ et son malheur lui donner de nouvelles lumières ^ mais ne lui donne pas de nouveaux ,peudians , et u^ nouveau cœur : îi ipejirt détrompé sans mourir changé;^ il meuet désespéré, et ne meurt pas pénitent*

Mais Tame |uste , ah I elle voit alors le monde et Tétemité, 4es mêmes yei^ qu'elle les avoît 40U}Ottn5 vus i rien ne change , rien ne fiait pour elle dans ce dernier m^joient^ quéses humiliatioQS et ses soufiranees.. Aix^ai Vibre de tous les attacherluens du monde et de la vanité , pleine de bonnas oeuvres ^ soutenue de la foi des promesses , mms» pour le cîel, elle ferme les yeux sans regret i tous les t^ins c^jets qu'^elle u avoit jamais vup qu'avec peine ^ elle s'envole dam le seki de Dieu^^ d'où elle ét9it sortie ^ et oà elle avoît touj^ouci

DE LA SAIIÎTE TIERCE. ^Jf

liabîté par ses desîrs :; et rentre avec paix et avec confiance dans la bieuhenreuse éfenûté. Aiosi «oit— il»

SERMON

POUR

Page 1