‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 4)Chapitre 56 sur 59 · CABACTÈRES 0£ L^ESPRIT DE JÉS¥J^-CHRIST ^ ET DS · texte numérisé non relu

CABACTÈRES 0£ L^ESPRIT DE JÉS¥J^-CHRIST ^ ET DS

l'^ESPRIT du MONDE.

I" Caractère. Le premier cântctèré de FËsprk de Jésus-Christ ^ c'^est d'être un esprit de sépa-^ ration^ de céoaeillement et de prière. A peiné les apôtres en ont été remplis , qii^ils renoncent à tous les autres soins extérieurs ^ pour ne vaquei^ plus qu^à la prière et au nmiistère saint de sa parole ^ eux qui auparavant étoient si charnels et si dissipés^ etignoroient même comment il: falloit s^j prendre pour prier. Voilà le premier change** meut que FEspiît de Dîeu opère dans une ame : au lieu du plaisir qu'elle trouvoit auparavant à se répandre sur les objets extérieurs ^ la plus douce occupation d'une ame que l'Esprit 4c Dieu pousse €t remplit , c^est de se rappeler à elle-même ; parce que c'est au^iedaus d'elle qu'elle trouve son Dieu : aussi n'en sort-elle qu'à regret ^ et au xnilieu même du tumulte et des entretiens du siècle ^ elle se fait une solitude secrète dans soa cœur ^ ou elle s'entretient sans cesse avec lé Seigneur. Voilà pourquoi l'Apôtre appelle l'homme chrétien ^ l'homme spirituel et idtérieur i; et rhomme mondain et pécheur, l'homme extérieur^ pour nous apprendre que dès qu'une ame a reçu l'Esprit de Dieu ^ et qu'elle en est véritablement

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aùisiiée , toute sa yie est presque mfSb^ et itw térieure^ ses actions les plus communes deviemiênt saintes. par la foi sectète ^ui les purifie^ llSsprit- Saint r^le ses désirs ^ réforme ses jugemens , refiouveUe ses affeetions ^ spiritualité ses vues : fout Ce quVUe voit ^ elle ne le Toit plus quVvec les yeux de la foî^ le monde entier nVst j4us qu^un livre ôutert y où elle découvre sans cesse les tterveilles^ de Dieu ^ et Faveuglement prodigi^ust de presque tous lies hommes»

Ce n'^est pas que les objets des sens ne puissent quelquefois la surprendre et la séduire^ niais ce De sont4à que des surprises et des aliseû«e8 d^tin liioment. Avertie d^abord de son égarement par les reproches secrets de VEspit de Dieu qui habite en eUe ^ elle rentre aussitôt en elle— même ^ d^^où le moixde Fàvoit comme tirée. Voilà cet esprit de foi ^ de recueillement et de prière ^ qiâ nous rend témoignage que nous avons reçu TE^sprï de Dieu : aussi les justes^ dans les livres saints ^ sont ceux qui vivent de la foi ^ qui , étrangers et voyageurs sur la terre , et citoyens du siècle à venir , rapportent tout à cette patrie éternelle ^ vers laquelle ils marchent sans cesse^ et ne compétent pom: rien tout ce qui se passe.

C^est à nous maintenant à nous juger sur cette règle.. Trouvons^nous en nous-mêmes ce premier caractère de PEsprit de Dieu? Examinons te qui domine dans nos jugen^ns^ dans nos désirs^ dans nos affections ^ dans nos vues ^ dans nos projets , dans nos e$péra^ces ^ dans nos joies et dans nos

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fibagrins; Hélas ! notre vie est une vie toute ex-térieure , qui se passe toute hors de notre cœur , par conséquent loin de Dieu. "C^est Tesprit du inonde qui forme nos désirs ^ qui conduit nos afi^ Sections , qui règle nos jugemens , qui produit nos vues i^ qui anime toutes nos démarches. S^O arrive qu^en certaines occasions nous ayons quelques sentimens chrétiens j et des vues- conformer à celles de la foi ^ cène sont là que des étincelles de foi^ pour ainsi dire ^ qiH nous échappent; que des intervalles de grâce ^ qui hlnterrômpent que pour uu instant le: cours de nos dispositions noLon-^ daines ;; et ce qui domine dans la conduite^ ce qui fait le corps de toute notre vje^ ce qui est le principe de tous nos sentimens , c^est Tesprit du • Bidlide. Or , TEsprit de Dieu ne règne point oit règne Fesprit du monde : ncms- appartenons donc encore au monde et à son esprit :; et sous des* dehors religieux et réglés^ notre cœm' est encore mondain.

ir Caractèrb. Le second caractère de FEsprit de Dieu ^ e'^est quil est un esprit de renoncement et de pénitence ; et ce caractère est une suite nécessaire, du. renoncement^ et de la vie intérieure dont nous venons de parler. En effet j dès ,que TEsprit de Dieu nous rappelle à nousHDxèmes ^ il nous découvre bientôt que notre cœur ^ notre esprit^ notre imagîuation^ nos sens ^ notre corps^ en un mot , que tout est déréglé en nous ^, et révolté contre Fordre, la vérité et la justice. Or, iL est impossible qp ei]^- nou& découvrant ce déré^

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gUmeot murersel ^ il n opère en nous deux positicHis : la'première , de rétablir Tordre que le péché a troublé eH nous ; la seconde ^ de venger la justice de Dieu que ce désordre a outragé. . /• Disposition* Rétablir Tordre que le péché a troublé en nous. Caries lumières dont FEsprit de Dieu remplit un cœur ^ nesont pas des lumiàres stériles : il fait aimer les yétités qu^il enseigne» Ainsi une ame que FEsprit de Dieu a çenoayelée; hait en elle tout ce qu'elle y découvre d^opposé à la v^té et à la justice ^ et sWiinè d'^un saint xèle pour rapprocher ses afFectipns et ses penchans^ de Fordre et de la règle^^^-H est aisé de juger làdessus, si nous ayonM^çu FEsprit de Dieu ^ ou s» nous vivons encore de Tesprit du monde : car au lieu que Famé que FEsprit de Dieu possède^ met toute son attentioa à. rétablir dans son cœur paf des violences continuelles ^ Fordre que ^es pas* sions injustes j avoieut trcRd)lé ^ et qu^elle ne se pardonne rien ^ Fesprit du monde au contraire est un esprit de paresse* et d^mmortification ^ un e^rit d''indulgence }K)ur tous nos penchans déréglés^ d!^attention à les satâsfaîre^ d'^habileté à les justifier^ d^amour-^ropre qui les règle ^ et les retient sur les transgressions essentielles pour s^en épargner les remords ^ niais qui sur tout le reste s^y livre ^ et s^y laisse entraîner. Si donc nous ne faisons aucuiâe violence à nos penchans ^ s^il ne nous en «oàle rien pour nous combattre et pour nous vaincre ^. si nous ne soniTrons rien pour être ik Dieu ^, si la régularité de m)ivp vie lest peut-^tr*

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iriniplement la suite de DOtre tempérament ^ ou vhe bietiscance que 1 âge et le monde lui-même nous iûipbse^ etc/^ nous appartenons encore aa monde ^ et TÉsprit de Dieu n''est point en nous- //. Disposition. Venger la justice de Dieu que le désordre de nos passions a outragée ^ et c^est là le premier sentiment que l'Esprit de Dieu opère dans une ani^ renouvelée. Il la fait entrer dans les intérêts de la justice diyine contre elle--? même; il la pénètre de la craifife de ses jugemens^ 11 Tanime d'un saint zèle toutre une chair qui a servi à Finiquité. Pour connoUre donc si nous avons reçu TEsprît de Dieu^ U n'*y a qu'à rentrer dans notre cœur. Sentons-^ious ce ièle de péni-* tence^ que les larmes ^ que les gémis^emens^ que les violences^ ne sauroient satisfaire^ parce qu'il ne croit jamais lui-même avoir assez satisfait à la fustice de DieuP Hélas ! tous nos soins se bornent il flatter une chair que la justice divine ne regarfe plus que d'un œil d'indignation et de colère 5 loin d'entrer dans les intérêts de la justice de Dieu , nous plaidons sans cesse pour nous contre elle-même ; c'est donc un esprit de chair et dosang qui nous possède ^ et TËsprif de Dieu a'habite point en nous.

' m* Caractère. Le dernier caractère de l'Esprit de Dieu ^ c'est d'être un esprit de force et de eourage. Comme c'est un esprit qui a vaincu Iok Baonde ^ et qui est plus fort que le monde ^ il né i^mnt pas le monde» Aussi dès que l'Esprit de DieUv esi desceudu siu* les ap6tres auparavaiilt

foibles et timides ., ils annonceot avec une s'ainte fierté devant les prêli^s et les decteurs , ce Jésuf dont ils n^osoient auparavant se déclarer les clis— ciples : ils se répandent dans tout Tunivers z^ et le monde entier pcvolté contre eux | ne fait qu'^aiigmenter leur fermeté et leiu: constance. Et telle est une ame pleine de TEsprit de Dieu : cet £spnt Félève au-dessus d'elle-même^ ilÛQiprime en elle ses caractères divins de liberté et d^indépendance j ri lui fait regarder les grandeurs et les puissance! de la terre comme un vain atome ^ indigne même de ses attentions. Aussi rien nVpproche de rélé* vation, de la fenneté^ de la noblesse dVne ame que FEsprilv de Dieu possède : comme elle ne tient plus au monde ^ elle ne le craint plus :; ses jugemenset ses décisions lui sont indiflférens i^dle He défère qWà la vérité '^ . elle u'^a point de cei timides complaisances , dDnt la piété soufire si fort. L'esprit du mendie au contraire est un esprit de souplesse et déménagement : comme Famourpropre en est le principe-^ il. ne eherclie la vérité^ qu''autant que la véj^ité lui peut plaire ^ il ne se fait honneur de la vertu , qjie dans les lieux où la vertu Fhonore. Si douc.Fesprit qui nous régit et qui nous gouverne ^ est ua esprit de tinûdité et de complaisance^ si nous craignons dJ'être à Dieu ^ si dans toutes les occasions ^ où il s''agit d« se déclarer pourlui^ nous mollissons^ nous nous ménageons 5 si dès qu'il est question, de déplaire pour ne pas manquer au devoir ^ nous croyons la transgression légitime 5^ si la gremièce chose que

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>tOTUi examinons dans les démarches que Dieu exige de nous ^ c^est si le monde y donnera son suffrage ^ si nous paroissons encore mondains ^ ipour ne pas perdre Festime du monde ^ si nous parlons son langage ^ si nous applaudissons à ses maximes^ si nous nous assujettissons à ses usages ^ ea vain nous nous flattons de ccHiserver dans le itceur un reste d^amour pour la vérité 5 en vain nous paroissons ne nous livrer au monde qu^à regret: détrompons-nous ^ ce n est pus FEIsprit de Dieu , c'est Tesprit du monde qui nous conduit et qui ïious possède.

LE JOUR DE L'ASSOMPTION DE LA SAIJNTE ViERGE.

.sua LES CONSOLATlOffS ET lA GLOIRE DE VJk HORT

BE LA SAINTE YIEl^GE*

JLJivision. /. Les consolations de la mort de Marie compensent les amertumes dont son ame sainte avoit toujours été affligée. II. La gloire de la mort dé Marié répare les humiliations qui ¥a\foient toujours acconèpagnée sur la terre. . " !'• Partie. A trois sortes d'am^umes qu^avoit éprouvées Marie répondent trois sortes de consolations : à une amertume de délaissement ^ une ^consolation de force et de courage ^ à une amertume de z^èle^ une consolation de paix et de

joie^ à une ameriiune de désir ^ une consolation de possession et de jouissance*

i"* Jésus-^lirist avoit semblé indifierent énTen Marie. Au temple il parolt blâmer son inquiétude^ et oublier cjtCîl a une mère sur la terre ^ à Cana il lui déclare qu''il n^a rien de commun ayec elle. Qu^on appelle betireuses les entrailles qui Tout porté, il annonce qu^il n^ a d'heureux que ceux qui entendent la parole de Dieu et la pratiquent :; qu'on lui dise que sa mère et se( frères Fattendent, il répond qu'il ne reconnolt pour sa mère et pour ses frères que ceux q^i font la Tolonté de Dîeu. Nous voyons partout Marie éprouvée par des délaissemens ^ eDe devoît nous apprendre que cette voie si pénible à h nature , est la voie ordinaire des âmes pures et parfaites , et que plus Dîéu veut se le& unir par une foi vive et fervente , plus il les prive des consolations humaines : mais il étoit juste que h présence visible de Jésus-Christ fût la première consolation de Marie à sa mort ; et qu'il se hàtàt d'autant plus de venir se montrer à elle , quTl àVoît paru presque toujours se refuser à ses.empressemens. ^

2*^ Le zèle de Marie hii causoit une seconde sorte d'amertume. Elle voyoit avec douleur l'inutilité des instructions et des miracles, de. Jésus- Christ , les pièges que lui tendoient ses 'ennemis^) la défection de ses disciples mêmes , l'endurcis^ sèment des Juifs ^ leur réprobation et leur perte ^ il fkUoit qu^elle apprit au^ âmes justes à s'occupa

aux pîeds des autels des maux et dés besoins de TEglise ^ et à solliciter les grâces du ciel pour leurs fr^es pécheurs et impënitens : mais ce zèle de douleur qui avoit rempli le cours de la vie de Marie ^ devoit se changer à sa mort en une consolation de paix et d^allégresse. Elle voit à découvert les raisons de la sagesse divine sur les événemens qui avoient centriste sa ten— , dresse, Futilité des opprobres de son Fils, les avantages de la haine même des Juifs envers lui| les Gentils appelés , les rois convertis , les philosophes désabusés , la religion triomphante. C'est ainsi qu^au lit de la mort une ame juste voit que tout avoit son utilité dans les voies par où Dieu Va conduite ^ que les disgrâces , les afflictions , les contradictions , les perfidies , etc. , tout étoit pour elle entre les mains du Seigneur des moyens de sanctification: alors au contraire ceux qui nont travaillé que pour le monde , reconnoissent que leur vie n**a été quVne enfance continuelle , et sô repentent , mais trop tard, d'avoir si mal placé leurs «ûius. et leurs peines.

3*" La dernière amertume de Marie avoit été une amertume de désir. Séparée de Jésus- Christ , Tunique objet de son amour ^ tous ses yœux, toutes ses pensées, tout son cœur fut dans le ciel : sans. cesse elle se plaignoit de la durée de son pèlerinage^ elle mouroit tous les jours d'amour et de tristesse. Nous ne sentons pas jusqu'où alloit l'excès deses peines , nous que jEniJJeJijens attachent eucore à la terre^ nos dégoûts

de la vie sont des dégoûts de nos passions ^ des recherches de nous-mêmes ^ Un dépit de ne pouvoir trouver dans le monde aucun objet capable de satisfaire notre cœur. Parmi les âmes mêmes consacrées à Dieu ^ il en est peu qui sentent la tristesse de cet exil ^ on sent la durée de sa croix et la tristesse de la vertu;; les grandes sources des larmes des saints n'^entrent pour rien dans noire piété. Mais Famé pure de Marie sentoit toute ia désolation quMnspire un amour violent lorsqu^'il est déparé de ce qu^'il aime ^ ai»si sa mort n'^est que le terme de ses soupirs ^ la consolation de sa tendresse^ son cœur va se réunir à Tobjet de soa amour ^ elle va voir dans sa chair son Sauveur^ qui en étoit le chaste fruit. Qui pourroit exprimer les transports du- cœur de Marie à la vue de son Fils glorieux ! ce sont des secrets que le langage des hommes ne peut faire comprendre : ce qui nous regarde , c'est que la mort ne sépare le juste que de ce qu''il n''avoit jamais aimé ^ et ^le dès lors il meurt ^ pour ain^ dire ^ bien moins que le pécheur^ qui mourant à mille objets auxquels il étoit attaché^ souffre mille morts dans une seule.

ir Partie. A trois sortes d^abeissemens remarquables dans la vie de Marie succède aujômrd^hiii mie triple gloire : à un abaissement de privation , une gloire d^élévation eit d^excellenoe:; à un abaisr sèment de dépendance ^ une gloire dm puissance et d^autorité ^ à un abaissement de confusion et de mépris ^ une gloire de vénération et d^hoi»mage. 1*

i"* On voit dans la vie de Marie une suite non interrompue de privations tristes et liumi«liantes. Elle étoit née du sang de David ^ le privilège de sa grsbce avoit prévenu celui de sa naissance :j elle étoit vierge dans sa fécondité^ enfin elle étoit Mère, de Dieu : aucun de ces titres a^a paru en elle tandis qu**elle a vécu sur IsL terre ^ ils ont tous été où obscurcis^ ou ignorés ^ ou même déuLentis en apparence : elle porte avec joie ce dépouillement^ et il ne lui échappe rien qui puisse trahir le secret de son Jiumilité^ Tout son soin avoit été de se confondre avec les autr^es mères d^Israël ;j aujoiu*d''hui toute Tattention de Dieu est de la distinguer par un privilège singulier^ Sa chair nMprouve point la corruption:) elle mont^ au ciel triomphante et glorieuse ^ pour s^ asseoir à côté de son Fils au-dessus de toutes les principautés et de toutes les puissances : voilà le juste prix que Dieu réservoîjt aux privations humiliantes de la yie de Marie* Hélas! nous n^imitons poiat son humilité persévérante : nous nous montrons par tous les endroits propres à nous distinguer : lors nième que revenus de nos égaremens ^ nous avons pris le parti d'une vie chrétienne ^ non* voulons •que le monde conserve le souvenir de nos talens et de nos. avantages 5 nous sommes flattés qu^il fasse valoir par-là notre sacrifice^ et nous aimonn à voir louer en nous avec les merveilles de la grâce ^ les talens de la vanité jusque dans les cloîtres : on reprend d^uue main un vain étalage STome V. MrsTèfiE$% è^

qu'on avoit semblé sacrifier de Fautre ^ et ou veut retrouver dans le séjour de Thumilité, les distinctions qu'on a voit méprisées dans le inonde. 2° Marie pendant sa vie mortelle avoit toujours chéri la dépendance : somnise aux volontés de* Joseph ^ attachée aux ordres et à la destinée de son Fils ^ confiée au disciple bien-aimé ^ et le regardant comme Tarbilre de sa conduite ^ pa-roissant à la suite des disciples après la mort de Jésus-Christ comme une autre des femmes ûr* dèles ^ n'^affectant aucune prééminence ^ aucune autorité :; se comportant comme une simple fîllai de FEglise , elle qui en étoît la protectrice et la mère. Aujourd''hui elle reprend dans le del la puissance qu'acné n''àvoit pas voulu exercer sur la terre, elle est établie sous Jésus-Christ la médiatrice des fidèles , la distributrice des grâces^ il veut que^ nous nous adressions à elle pour tout obtenir de lui. Ce n^est pas qu^il suffise de lui rendre quelques hommages pour assurer son salut: le salut est le prix de Fobservance seule de la loi de Dieu. Marie regarde comme ennemis de son Fils ceux qui aiment le monde , qui se livrent aux désirs de la chair , quî tran&« gressent ses volontés saintes ^ qui nont point gravé dans le cœur Tamour de ce divin Fils et de sa vérité. Marie ne peut être contraire " à Jésus-Christ : sa pm'ssance ne peut renverser Tceuvre de l'Evangile : elle est la ressource de de nos nécessités ^ mais elle n^est pas la protectrice de nos passions : elle n'^aime dans ses serviteuis

''des SERMONS. îg^

que les vertus qui la reudîrent elle-mêriie agréatle aux yeux de Dieu.

3** Le dernier abaissement de Marie avoit été un abaissement de mépris et de confusion. Elle avoit porté dans le silence la honte du soupçon de Joseph : elle s^étoit soumise comme Jésus-Christ à porter quelque temps la ressemblance du péché ^ et à faire un sacrifice de son innocence aux ordres inconnus et adorables de la sagesse ^vine. Voilà pourquoi sa mort est suivie d^une gloire de vénération et d^hommage^ Les homme^ apostoliques lui adressèrent des vœux : son culte s'^établit à mesure que la foi se répandit sur la terre. Eu vain Terreur lui disputa Pauguste qua- Kté de Mère de Dieuj; des conciles s^assemblèrent pourjaisser à la postérité dans leurs ^décisions les titres de leur respect envers Marie. Les villes, -et les empires se mirent sous sa protection ^ nos rprovinces frappées de la main de Dieu ^ virent tomber par son entremise le glaive qui les châ-^ tioit:^ et un de nos rois fit^ pour immortaliser ce bienfait ^ un hommage public de tout soa royaume à cette Reine des Cieux qui venoit de le conserver. Que la mort du pécheur est différente de celle de Marie ! elle lui ravit tout ^ elle le dépouille de tout : seul aux prises avec çlle ^ il tend en vain les mains aux créatures qui lui échappent ^ tout ce qu'il avoit cru réel et solide , s'évanouit ;j tout ce qu'il avoit cru frivole et chimérique^ se montre et se réah'se ij son malheur lui donne de nouvelles lumières ^ mais

4o6 ANALYSES

ne lui donnft pas un nouveau cœur^ il mevat détrompé ^ sans mourir changé*

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