‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 4)Chapitre 9 sur 59 · PURIFICATION DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

PURIFICATION DE LA VIERGE

«t Fusage : vous arrosez ^ et le Seigneur ne dénué pas raccroissement \ vous travaillez ^ et vous semez du veut : Dieu ne bénit pas un instrument qui i^^agit pas sous sa mainij et vous devenez coupable ^ et des dons que vous avez reçus ^ et des iniits que le Seigneur avoît attachés à Tusage saint que vous en deviez faire.

Enfin ^ généreuse ^ Marie ne se décoiirage pas. On lui annonce qu^un glaive de douleur percera son ame ^ que cet enfant qu'acné vient oflSnr, sera exposé comme un but aux traits de la contradiction et de la caloninie ^ on ne présente à son esprit que des images tristes et effrayantes^ on ne lui fait entrevoir de loin que des malheurs^ dont la pensée seule fait frémir sa tendresse : cepen— dant à des présages si funestes ^ elle offre une loi généreuse et soumise. Fille d^ Abraham ^ elle en imite la fidélité et le courage \ elle voit déjà la montagne sain(e ^ le bûcher fatal dressé ^ et le véritable Isaac prêt à être immolé ^ sans que son amour arrête le bras qui va frapper. E31e entre dans les dispositions divines de son Fils^ unissant sa soumission à la sienne i^ elle tire de lui toute sa force ;j et comme ils offrent la même hostie ^ ' ce n^est^ poiu* ainsi dire ^ que la même obéissance qui en consomme et en sanctifie Toblation*

Ojr, c'^est ici où Fexemple dç ISIarie est peu imité. La piété n''arrache pas toujours du cœur des parens les plus chrétiens ^ Tamour charnel et déçéglé des enfans \ et Ton n''offre pas toujours au Seigneur^ comme elle ^ ni ce qu^on a de meil-*

SUR LES DISFOSmOWS, clc^ J^

leur^ nî peut— être ce qu^'îl demande de nous* Si Toa démêle dans un enfant les premières espérances de ces talens qui font réussit dans le monde^ s''îl paroit plus propre que les autres à soutenir là gloire de son nom et Testîme ptiblique, on le sépare pour la terre ^ on le regarde comme consacré et destiné au siècle par sa naissance^ lo Seigneur nV plus de droit sur lui. En vain mille traits d'aune vocation sainte paroissent déjà sur sa personne^ en vain mille désirs de séparation et de retraite^ que la grâce opère déjà dans son .ame , laissent comprendre les desseins de Dieu :sur lui ^ en vain , comme Moïse ^ préférant Top-^ probre de Jésus-Christ aux richesses de TEgypte^ se dérobe— t— il peut-être même pour s'*enfuir au •désert: on résiste à Tordre de Dieu ^ on regarde les plus saints mouveraens de la grâce comme ■des légèretés de Tenfance^ on ne le croit pas •«ncore capable de se choisir une voie ^ et on lui offre celle du siècle : on ne veut pas le détourner •ouvertement d''un dessein louable;; mais sous protexte d'éprouver la vocation ^ on la fait perdre î x>n exige quHl connoisse le monde auparavant \ et on attend quHl Tait aimé : on veut laisser mûrir la raison , et on laisse flétrir Finnocenee et fortifier les passions : on se persuade qu'ail faut Fengaget 'dans des plaisirs qui éprouvent sa résolution ^ et on le met dans des occasions qui corrompent soà ame : et comme Noé^ mais avec des intention^ lien différentes, on envoie si souvent sur tmè terre iaoudée d'iaiçjultés , celle cHaste colombe.

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pour essayer si elle pourra s^'y arrêter^ qu'à la fin elle y reste , et ne revient plus dans le saint asUe où le Seigneur Tavoit appelée.

Ce n^'est pas que je prétende ici blâmer les précautions d'aune prudence chrétienne; mais je blâme les vains prétextes de la chair et du sang. Et en effet, lorsque vous trouvez les mêmes désirs de retraite dans ceux de vos enfans, qui par Tordre de leur naissance , ou par la médiocrité de leurs talens, se trouvent moins propres au monde , et à seconder la vanité de vos projets ^ êtes— vous si difficiles et si circonspects ? prenezvous tant de mesures , pour éprouver si cVst le bon esprit qui les pousse ? mettez-vous leur voca-^ tion à des épreuves si périlleuses? Ah ! loin de vous défier de leur âge et de leur enfance , vous en abusez : loin de leur représenter les inconvéniéns d^un choix téméraire , vous le leur inspôrez : loin de leur faire connoitre les plaisirs du monde , pour éprouver leur vocation , votre grande attention est de les en éloigner , et de leur en faire des peintures affreuses : au lieu de leur présenter avec neutralité le siècle et la retraite , vous les placez dans des situations où tout leur fait entendre ce que vous n''osez leur dire : vous faites de leur éducation une voie qui les conduit à vos fins^ sous prétexte de les éloigner des dangers, vous dérobez de bonne heure le monde à des yeux , devant lesquels vous craignez qu'ail ne paroisse Irop aimable : vous ne les traînez pas , comme des victimes infortunées, à Tautel^ mais peut-^tre

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TOUS leur rendez la retraite un asile souhaitable ^ par les sévérités et les traitemens injustes qu^ils ont à essuyer auprès de vous. Après cela vous venez nous dire que vous êtes heureux dans rétablissement de votre famille : vous êtes heureux ^ mais vos enfans le sont-ils? et pouvez— vous appeler un bonheur pour vous , leur infortune , et rinkumanité qui vous les a fait sacrifier à Tidole de votre ambition?

Mais de plus^ la honte de vos familles devient ainsi le partage du Seigneur : ainsi les vases de rebut ^ que vous n^avez pas trouvés dignes d^'être placés dans votre maison ^ vous les choisissez pouj: être les vases d^honneur du temple du Dieu vivant] ainsi ces pierres inutiles ^ que vous rejetez^ comme incapables d^entrer dans Tédifice profane de votre fortune ^ vous les réservez pour être les pierres de Fangle^ et les colonnes de la maison du Seigneur! Elh quoi ! mes Frères , Fart des arts , le gouvernement des ames^ demande-t-il moins detalens^ que les occupations frivoles et les inutilités de a terre ? Quoi ! Tinterprétation des mystères de la foi , la défense de la vérité et de la doctrine ^ rinstniction des peuples , la dispensation des grâces de TEglise ;; des devoirs si sublimes ^ ne doivent-ils donc être abandonnés qu'à des talens inutiles ^ et à des esprits vulgaires et médiocres ? Quoi ! ' la force , pour résister à Terreur:; la lumière et Félévation ^ pour la découvrir et la confondre^ le zèle , pour combattre le monde ^ avec ses âbus' et ses masdmés^ la sainteté^ pour le

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corriger :; là plénitude de TEsprit de Dîeu ^ pour le toucher^ Téloquence sainte , pour le convaincre^ Tintrépidité^ pour ne pas le ménager;; la grandeur -d^ame ^ pour être au— dessus de ses menaces et de ses promesses : sont— ce là des ministères vulr gaires et rampansP^et faut-il ^ pour des fonctions* ■si élevées^ être né moins heureusement , que pour les amusemens du monde ^ et les agitations |)uériles (piî en font les plus sérieuses occupations?

Mais vous exigez vous-mêmes de nous tant de <}ualités rares et sublimes : vous voulez que nos mœurs soient irrépréhensibles , et que nous brillions par la sainteté de notre vie ^ comme des ^astres , au milieu des ténèbres et de la corruption générale du monde : vous voulez que nous éclaircissions vos doutes ^ que nous redressions vos égar remens , que nous soutenions votre foiblesse ^ que nous consolions vos afflictions : vous voulez que nous soyons les dépositaires de la doctrine et de la vérité ^ les oracles de la terre , toujours prêts à rendre raison de notre foi , et à humilier toute hauteur qui s^élève contre la science de Dieu, Mais c^est vous-mêmes • mes Frères ^ qui nous Avez donnés à TEglise ^ c''«st de vos mains que le Seigneur nous a reçus. Et si vous ne présentez «û temple ^ que ce que vous avez de pire et de plus défectueux ^ commet y trouverez-vous ce qu'oïl y a de plus rare et de plus excellent sur la terre?

Vous faîtes après cela vous-mêmes ^ mes Frères^ ^ dérèglement ou de Ti^orance des personnes

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consacrées à Dieu^ le sujet le plus ordinaire et le plus agréable de vos dérisions et de vos cen« sures : mais n''est-ce pas Fouvrage de votre orgueil et de vos intérêts sordides ^ que vous trouvez si digne de risée ? ne spnt— ce pas les mains dé votre

' cupidité , (jui ont placé sur Tautel ces idoles mé-^ prisables que vous insultez ? S'il a''y avoit point dans FEglise de parens avares^ ambitieux^ injustes ^ y verroit-on beaucoup de ministres mondains^ scandaleux^ ignoransP si le Seigneur se cboisissoit lui— même ses victimes, seroient-elles si indignes de lui? et les asiles saints cacheroient-

* ils tant de dégoûts , de foiblesses et de murmures ! £h ! pleurez plutôt sur des désordres ^ dont vous êtes les seuls auteurs ^ et que la justice de Dieu vous imputera un jour ,: couvrez plutôt du voile du silence ^ des plaies que vous avez faites vousmêmes à FEglise : tournez contre vous-mêmes vos propres censures : que les scandales du sanctuaire vous rappellent uniquement Finjustice de vos destinations sur vos enfans : nos égaremens sont toujours , ou la peine , ou le fruit des vôtres. DVilleurs ^ que pourroit-il vous arriver de plus heureux ^ que de consacrer au Seigneur ce qu'il y a de plus heureusement né dans vos familles? de fournir à FEglise des ministres éclairés , des ouvriers puissans en oeuvre et en parole ^ qui ramènent les pécheurs ^ qui consolent les justes, qui fortifient les foibles , qui soient établis , comme aujourd'hui Jésus-Christ , pour le salut de plusieurs ^ pour être la gloire de leur peuple , ^

8l PUBÏFICATION DE LA VIERGE.

lumière des nations ^ la consolation de PEglise « le soutien de leurs frères? et quand même le Seigneur vous demanderoit^ comme autrefois à Abraham ^ et aujourd''Iiui à Marie , le seul héritief des promesses ^ le seul successeur de vos titres et de votre nom ^ ne seroit-ce pas une grâce nouvelle dont il vous favoriseroit? Le monde Fauroit infecté;; et le Seigneur le mettra à couvert dans le secret de son tabernacle : vous eussiez été peut-r être le père infortuné d'aune postérité maudite^ et vous aurez la consolation d'y voir un élu ^ que Jésus— Christ vous rendra dans le ciel : peut— êb'e même consacré au Seigneur ^ et revêtu d''un caractère de dignité dans TEglise , recevra-t-il vos derniers soupirs sur la terre ^ sera-t-il Tange tu— télaire de votre mort ^ vous fortifîera-t— il dans cette dernière heure par les paroles de la foi , et les derniers remèdes des mourans : peut-être bais=serez— vous sous sa main sacrée^ devenue Finstrument de votre réconciliation^ votre tête déjà défaillante ^ et comme le vieillard Jacob mourant ^ assisté de son fils Joseph élevé en dignité dans FEgypte , vous aurez la consolation ^ comjue lui ^ d''adorer le bâton de sa puissance pastorale ^ et 1% marque sacrée de son autorité : jàdorayitjasti-^ gium virgœ ejus, (Hebr, 1 1 • 21.) Eh l que vous sert dWoir sur la terre des successeurs de votre nom ^ lorsqu'une fois vous dormirez dans la poussière du tombeau ? Il n'y a pour nous ^ dit saint Âmbroise , de véritable postérité ^ que celle qui nous suivra dans le ciel : ceux de notre race ^

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qiie la justice de Dieu aura séparés de ses saints j et attachés aut flammes étemelles ^ seront pour noiis comme s'*ilsn^a voient jamais étendit FEsprit de Dieu : IVati sunt qucisi non nati^ (Eccli. 44* 9 .) et nous ne devons compter parmi nos neveux ^ que ceux qui nous seront unis dans la sainte Jérusalem , par les liens immortels de la charité : lUa enim vera posteritas ^ quœ non in terris ^ sed in cœlo est. (S. Amb. de Interp. c. 3.) ^ Voilà les consolations temporelles dont Dieu récompenseroit ici-bas même votre sacrifice : au lieu que ces vocations ménagées de loin ^ insî^ nuées ^ inspirées ^ commandées :; ces sacrifices forcés de la cupidité , portent d'^ordînaire ^ ici— bas même ^ la calamité ^t la désolation dans les fa—, milles ^ en éteignent le nom ^ font sécher la racine , d^une orgueilleuse postérité ^ voient périr la gloire et la descendance des maisons dans les débauches dVn emporté , auqùc« on avoit sacrifié tous ses firères, et sont une source de chagrins amers ^ et, de concisions éclatantes : on voit ces enfans ^ que la chair et le sang avoient placés sur Fautel^^ déshonorer leur ministère , devenir Fopprobre de TEglise^ que sais-je? tomber quelquefois -dslns, Tabîme , secouer le joug et perdre la foi ^ aprè^^ avoir perdu la pudeur et Tinnocence. Et si les intérêts de FEglîse et de votre salut ^ sont trop foibles pour vous inspirer de Fhorreur d'^im abus nsi déplorable et si barbare^ du moins que vos propres intérêts , et le soin de votre gloire et de çeU^ de votre aom^ vous ^rètçat^ et sous ua

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prince surtout si religieux sur le choix des sujets qu'ail place dans le sanctuaire ;; si peu touché du nom^ des titres^ de la naissance^ des services rendus à Fétat ^ et de tous les autres genres de mérite ^ si celui de la doctrine ^ des talens et de la piété ne les assortit^ et qui est si attentifs ne pas donner à FËglise des ministres (juVlle rejette ^ et qui ne se sont pas donnés eux-mêmes.

Telles sont les instructions que la foi découvre dans ce mystère : consacrons— nous donc aujour^ d'^hui au Seigneur avec Jésus— Christ ^ mais con-^ sacrons-nous sans réserve^ ces offirandes défec— tueuses ^ ces conversions imparfaites ^ forment quelquefois un état plus dangereux que le crime même. Répondons avec fidélité , comme Marie , aux desseins de Dieu sur nolis ^ soutenons-nous ^ comme elle ^ dans la voie où la grâce nous a fait entrer^ ne traversons jamais par des cupidités injustes ^ cachées sous des prétextes saints ^ les. vues de la providence sur nos destinées : vivons sous la main de Dieu:; et joignons au sacrifice de notre cœur ^ cette fidélité qui le renouvelle sans cesse ^ qui Tétend à tout ce que Dieu demande de nous ^ et qui conserve jusqu'à la fin le trésor de la justice ^ pour en trouver la consonomatioa dans le ciel. Ainsi soit-il.

SERjrÔX

SERMON

POUR

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