O PURIFICATION DE LA VIERGE
moade ne manqueroît pas de donner du ridicule : on feroit certaines démarches qui restent à faire ^ pour ja^avoir plus rien à se reprocha ^ mais les inoonvéniens qu^on en craint paroissent plus dangereux ^ que le mal même qu^on est obligé de se permettre: on seroit moins sensible a une injure^ mais on est revêtu dVn caractère sacré ^ dont on •est obligé de venger Thoiuieur .: on souffriroit la calomnie saos se plaindre ;} mais Foeuvre de Dieu s^y trouve intéressée^ et si Ton ne démasque Timposteur ^ la crédulité publique sera séduite ^ et une entreprise de miséricorde renversée : on garde— roit contre cet écrivain les règles de la charité ^ et de la politesse même chrétienne^ mais le zèle de la vérité qu^on défend ne permet pas cette juste modération:; et contre Terreur^ û ufi faut pas simplement adoucir et changer sa voix ^ comme autrefois FApôtre en écrivant contre les abus d^une Eglise fidèle ^ mais sonner de la trompette^ comme les prêtres de la loi contre Jéricho. Ainsi ^ la religion elle-même sert souvent d''asile et d'^appiii à des passions injustes.
Mais laissons à Dieu ^ mes Frères ^ le soin de venger sa gloire :. défendons la vérité avec les armes de la charité : combattons Ferreur avec cet esprit -de douceur et de modestie ^ seul capable de ra-r mener ceux qui errent : découvrons le mal sans aigrir le malade ^ et n'^ajoutons pas au scandale des doctrines per>'erses^ celui des emportemens qui les combattent, ^^intéressons pas la gloire de Dieu à nos transgressions^ accomphssons la loi ^
StJR LES DISPOSITIONS^ CtC. ^I
qui est claire. Que les ineonvéaieiis douteux que mus croyons apercevoir de loia ^ ne nous retardent plus : c'^est TafFaire de celui (jui nous ordonne d^obéir ^ et puisque ces raisons ne Font pas encore obEgé de changer sa loi ^ elles ne doivent rien changer aussi à la fidélité de notre obéissance.
D ailleurs ^ vous qui paroissez si sensible aujc intérêts de la gloire de Dieu ^ et qui peut-être confondez ce sentiment de la foi avec une vivacité tout humaine sur votre gloire propre ^ savezvous où le Seigneur la trouve ^ sa gloire ? Vous croyez que Qu'est dans le succès d'aune œuvre d'éclat utile à la piété ^ dans la concision et dans le décri d'un enbemi de la vertu ;^ vous vous trompez : c''est souvent dans la patience d'^un juste persécuté ^ c'cèt dans le silence d'une ame fidèle que Ton calomnie : ces actes pénibles et secrets de la foi ont quelque chose de plus grand à ses yeux ^ et de plus digne de sa gloire ^ que les honneurs les plus pompeux rendus à la vertu ^ et peut-être que ceux des Israélites devenus fidèles et fervens d^ns la captivité ^ rhonoroient davantage le long des fleuves de Babylone ^ par les gémissemens secrets ^ par les deârs saints et ardens^ par les tristes cantiques qu'ils faisoient monter sans cesse vers le trône du Dieu de leurs pères ^ par la patience avec laquelle ils si^por^ toîent les rigueurs de leur servitude et le joug des incirconds^ que n'auroit pu faire la ruine entière des ennemis d'Israël , là gloire de Jérusalem rebâtie ^ et la magnificence de son templ«
^9 FURIFlCATIÛlf DS LA TIE1l«E.
et de ses sacrifices : ce nVst pas toujours en attirant des honneurs à la vertu ;j c''est le plus souvent ^ en exerçant le juste par des opprobres ^ que le Seigneur sait se glorifier lui-même.
Une autre instructioa que nous donne ici la docilité de Marie ^ c^est qu'*élevée au degré le plus sublime de la grâce ^ unie à Dieu par les dons les plus excellens de FEsprit-Saint , elle ne dédaigne pas une cérémonie vulgaire du culte:; elle n'^aifecte pas des voies plus sublimes ^ plus Spirituelles , et plus parfaites. Gu: cet écueil est à craindre pour la piété : souvent on croit avoir Une dévotion plus éclairée ^ et de meilleur goût ^ en laissant au peuple simple et grossier ^ ou aux âmes moins instruites ^ tout ce qui ne paroit établi que pour le culte extérieur ^ et les pratiques les plus communes de la religion ^ que la piété publique a autorisées ^ et dont la simplicité semble les destiner à la multitude ignorante : on néglige ces secours innocens ^ comme si une foi plus éclairée pouvoit s^en passer : on croit en donnant moins aux sens ^ et à la chair ^ qui ne sert de rien^ agir plus selon Fesprit qui est utile à tout : on se relâche sur mille usages saints et sensibles ^ qui répandoient au commencement de notre pé* nitence ^ une onction secrète dans nos coeurs ^ et fioutenoioit la fidélité de notre piété naissante : on se persuade qu^il y a une voie plus excellente;; et cependant^ depuis qvLoa est infidèle à ces usages ^ on est tombé dans le relàdiement et la «écheresse ^ on ne sent plus ces consolations saintes^,
qui
SUR XES DISPOSITIONS ^ etc. 7 3
qui étoîent la récompense et le soutien de la vertu ;; en négligeant ces œuvres si peu utiles , on a peu à peu négligé les plus essentielles^ et Ton est devenu tout charnel , depuis qu'on nV plus voulu se conduire que selon Fesprît.
Ainsi ^ mes Frères, tout aide à la véritable piété ^ tout réveille sa foi , tout perfectionne son amour, tout console son espérance ;j rien n'^est imparfait pour elle , que les œuvres qui manquent de ferveur ^ et les pratiques les plus simples lui paroissent aussi élevées devant Dieu que les plus pures contemplations des séraphins , dès quelles çn ont Tamour et le zèle. La perfection de la vertu ne consiste pas dans la sublimité des devoirs que Ton remplit , mais dans la grandeur de la foi, qui peut accompagner les œuvres les plus vulgaires. Souvent on ne se croit plus avancé , que parce qu on vaque à des fonctions plus relevées , à des lectures plus spirituelles , à des méthodes plus parfaites: mais si vous portez à ces méthodes sublimes les défauts des foibles et des imparfaits , vous êtes , comme les apôtres , monté sur le Thabor , pour y contempler la gloire du Seigneur^ mais vous y conservez encore, comme eux , un goût de chair et de sang , et pensez encore à vous bâtir sur la terre un taber— . nacle , et une cité permanente.
En second lieu, humble, Marie ne s'^élèvepas. Car , mes Frères , qui peut douter qu'elle n'eût été éclairée d'en haut sur toute la suite du mi-« nistère de son Fils , elle qui en avoit développé
^4 PeRinCATION DÉ LA YIERG^B.
les menTÎlles d^une manièi-e si sublime dans sort divin cantique ^ et que Félévation de ses lumière», ne répondît à celle de sa grâce et de sa dignité ? Cependant , elle veut biein recevoir les avis du juste Sîméon^ elle ne dédaigne pas d'hêtre instruite par le saint vieillard sur les suites de sa destinée et de celle de son Fils : elle paroît apprendre ce qu'aune pléniludie dV'Sprit et de grâce lui avoit déjà appris : elle ne s^empresse pas de raconter à son tour les grandes choses que le Seigneur avoit opérées en elle ^ et tout ce que Fange lui avoit révélé dans sa retraite de Nazareth : et comme si le cantique du vieillard Siméon lui eût découvert sur cet enfant des mystères qu^elIe eiit jusque-là ignorés ^ elle écoutoit. ses paroles ^ dit TEvangile^ avec une admiration de respect et de surprise : Erat pater ejus et mater mirantes ^ smer his quœ dicebantur de iUo. (Luc. a. 33. ) Or , rien de plus rare , même dans la piété , que cette sage et modeste retenue ^ qui va à cacher ses propres dons , et à manifester ceux, des autres. Souvent enflé de quelques foihles. lumières , qu'on croit avoir puisées dans des lectures plus recherdiées , on veut tout instruire sans connoissance, tout régler sans vocation, tout entreprendre sans talent 5 tout décider sans au-tonte. A peine trouvc-t-on de guide assez éclairé pour se conduire : tout parott au-dessous de ce qu on croit être soi-même : il faut des Pauls de»^ cendus du ciel \ encore ne parlent-ils pas assez la sagesse^ des parfaits : la siçipUcité , Tonctioç y h
SUR LES DISPOSITIONS-, etcJ* ^5
dénitude de FEsprit de Diea^ ne parolssent plus que des talens destinés à sauver les âmes vulgaires : on veut pour soi un certain goût 5 des lumières rares, des dons éclatauSi, et quelque chose de plus que la science des saints :; et la vanité parolt jusque dans le choix quVn fait de celui de qui ou veut apprendre Fhumilité chrétienne.
Souvent encore on conserve dans un ministère Saint , comme ces fidèles de Corinthe ^ un esprit ^émulation pour les dons extérieurs. Tout ce qui brille plus que nous , nous blesse : tout ce qui nous efface ou nous obscurcit ^ nous trouvé inexorables : que Jésus— Clirist en soit plus glo-i rifié, si nous le sommes moins nous-mêmes, nous devenons les censeurs de Toeuvre de Dieu dans les dons de nos Frères : nous n^avons de zélé que pour les ministères éclatans ^ nous laissons âux autres les plus utiles auxpeuples ^ nous fuyons^ en travaillant à Fédifice du Seigneur , ces soins obscurs et pénibles , qui ne font que préparer les Toies en secret ^ et qui laissent aux autres la gloire publique du succès , et tout Fhonneur de Fou— ^ge : peu semblables à David, qui se contenta «avoir amassé avec des soins incroyables tous '^ naatériaux du temple , et laissa à son fils Sa— lomon la gloire immortelle de Favoîr élevé , et ^t l'honneur de cet ouvrage célèbre. Cependant , tout est à craindre lorsque Forgueil et la yaine complaisance se mêlent avec les talens et les dons extérieurs de FEsprit-Saînt : cVst une bouille qui les infecte ^ et qui en anéantit le fi:uil;