JALOUSIE
jL)e Fambition naissent les jalousies dévorantes , et cette passion si basse et si lâche est pourtant le vice et le malheur des grands. Jaloux de la repu-* tation d^autrui , la gloire qui ne leur appartient pas est pour eux une tache qui les flétrit et qui les déshonore : jaloux des grâces qui tombent à côté d'eux , il semble qu^on leur arrache celles qui se répandentsur les autres : jaloux de la faveur , on est digne de leur haine él de leur mépris , dès qu^on Test de Tamitié et de la confiance du maître : jaloux même des succès glorieux à Tétat , la joie publique est souvent pour eux un chagrin secret et domestique ;; les victoires remportées par leurs rivaux sur les ennemis leur sont plus amères qu^'à nos ennenûs mêmes ;j leur maison , comme eelle d^Aman , est une maison de deuil et de tristesse, tandis que Mardochée triomphe et reçoit au milieu de la capitale les aoclamations publiques ; et peu contens d'être insensibles à la gloire des événemens , ils cherchent à se consoler en s^effi>rçaQt de les obscurcir par la malignité des ré-"
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flexions et des censures : enfin ^ cette injuste passion tourne tout en amertume^ et on trouve le secret de n^être }amais heureux^ soit par ses propres maux , soit par les biens qui arrivent aux autres •.....•
Tous les traits les plus odieux semblent se réunir dans un cœur où domine cette passion injuste. Cependant c''est le vice et comme la contagion universelle des cours, et souvent la première source de la décadence des empires : il nVst point de ba;$sesse que cette passion ou 11e consacre ou ne justifie : elle éteint même les sentimens les plus nobles de Féducation et de la naissance ^ et, dès que ce poison a gagné lé cœur , on trouve des âmes de boue où la nature avoit ^ d abord placé des âmes gnntd6& et bien nées.
De quoi tfest pas capable un cœur que la jalousie noircit et envenime ! Non-seulement on applaudit à Timposture , mais on ne craint pas de s''en rendre coupable soi-même. Ges pontifes, témoins des prodiges et de la sainteté de Jésus— Christ, ne pouvant ignorer qu'ail est Fils de David et descendu des rois de Juda ^ ayant ouï de sa propre bouche quHl falloit rendre à Dieu ce qui est à Dieu , et à César ce qui est à César ^ le font pourtant passer pour, un séditieux , et un cnnenii de -César , et qui veut en usurper la sou- , verame puissance ^ un impie qui veut renverser
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la loi et le temple de ses pères ^ enfin pour uir bomme de néant ^ né dans la boue et dans la pliis iHile populace.
Cette passion amère e^t comme une frénésie qui change tQus les objets à nos yeux : rien ne nous paroit plus sous sa forme naturelle. David a beau remporter des victoires sur les Philistins et assurer la couronne à son maître 4 aux yeux de Said ce nW plus qu^un ambitieux qui veut monter lui-même sur le trône. En vain Jérémie justifie la vérité de ses prédictions par les événemens et par la sainteté de sa vie ; les prêtres y jaloux de sa réputation^ publient que c''est un imposteur et un traître qui annonce les malheurs 0t la ruine entière de Jérusalem ^ plus pour décourager ses citoyens et favoriser Fennemi ^ que poiu: prévenir la- destruction entière de sa patrie. . Tout, s^empoisonne entre les mains de cette, funeste passion : la piété la plus avérée n^est plus qu^une hypocrisie mieux conduite ^ la valeur la fLus éclatante ^ une pure ostentation , ou un bonheur qui tient lieu de mérite^ la réputation la mieux établie, ime erreur publique où il entre [dus de prévention que de vérité ^ les talens les plus utiles à Fétat , une ambition démesurée qui ne cache qu^un grand fonds de médiocrité et d^iu" suffisance;; le zèle pour la patrie, un art de se faire valoir et de se rendre nécessaire ^ les succès mêmes les plus glorieux , im assemblage de cir'constances heureuses qu'on doit à la bizarrerie du hasard plus qn'^à la sagesse des mesures :^ la nais-
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s&iace la plus illustre ^ un grand nom sur lequel On est tenté , et qu'on ne tient pas de ses ancêtres. Enfin la langue du jaloux flétrit tout ce qu'elle touche ; et ce langage si honteux est pourtant le langage commun des cours : c'est lui qui lie les, sociétés et les commerces : chacun se cache la plaie secrète de son cœur 5 et chacun se la com— ilnunique : on a honte du nom du vice^ et l'on se fait honneur du vice même. petit garéikus.