‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 125 sur 184 · ORIGINE ET ESSENCE DE LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

ORIGINE ET ESSENCE DE LA ROYAUTÉ

OtRE , un grand ^ un prince n''est pas né pour lui' seul ^ il se doit à ses sujets : les peuples ^ en Télevant , lui ont confié la puissance et rautorité , et se sont réservé en échange, ses ^oinis^ son temps, sa vi** gilance : ce n'est pas une idole quils ont voulu se faire pour Tadorer ^ c'est un surveilla&i qujlilsi

Bg6 ORieiWE et essence BE la BOTAUTi«

oat mis à leitr tète pour les protéger et pour leâ défendre : ce Qu'est pas de ces diviaités inutiles qui ont des yeux et ne voient point ^ une langue et ne parlent point ^ des mains et n^agissent point : ce sont de ces dieux qui les précèdent ^ comme parle TEcriture ^ pourjes conduire et les défendre : ee sont les peuples qui ^ par Tordre de Dieu ^ les ont &its tout ce qu'ils sont :; c'est à eux à n'être ce qu'ils sont que pour les peuples. Oui ^ Sire ^ C^est le choix de la nation qui mit d'abord le sceptre entre les mains de vos ancêtres ^ c'est elle qui les éleva sm* le bouclier militaires , et les proclama souverains : le royaume devint ensuite Théritage de leurs successeurs.; mais ils le durent ori« ginairement au consentement libre des sujets: leur naissance seule les mit ensuite en possession du trône ;; mais ce furent les suffrages publics qui attachèrent d'abord ce droit et cette prérogative à leur naissance : en un mot ^ comme la première source de leur autorité vient de nous ^ les rois n'*en doivent faire usage que pour nous. Les flatteurs^ Sire, vous rediront sans cesse que vous êtes le maître , et que vous n'êtes comptable à personne de vos actions. Il est vrai que personne n'est en droit de vous en demander compte ; mais Vou^ vous le devez à vous-même , et si je l'ose dire , vous le devez à la France qui vous attend , et à toute l'Europe qui vous regarde : vous êtes le maître de vos sujets ;; mais vous n'en aurez que le titre , si vous u'en avez pas les vertus * tout vous est permis ; mais cette licence est Té-

eHTGlNC ET ESSÏNCB DE LA TIOTAUTÉ. i^y^

eueîl de rautorité , loîa d «n être le privilège : vous pouvez négliger les soins de la royauté ^ mais comme ces rois fainéans^ si déshonorés dans nos. histoires ^ vous n^aurez plus qu^un vain nom de roi , dès que vous n'en remplirez pas les fonctions arugustes.

Le trône où vous êtes assis a autour de lui encore plus de remparts qui le défendent contra la volupté, que d'attraits qui Ty engagent. Si tout dresse des pièges à la jeunesse des rois, tout leur tend les mains aussi pour leur aider à les éviter. Donnez-vous à vos peuples a qui vous vous devez 5 le poison de la volupté ne trouvera guère de momens pour infecter votre cœur^ elle n'halite et ne ^e plaît qu'avec l'oisiveté et l'indolence : que les soins de la royaulé en deviennent pour vous les plus cliers plaisirs. Ce n'est pas ré-» gner de ne vivre que pour soi-même :[ les rois ne sont que les conducteurs des peuples : ils ont , à la vérité , ce nom et ce droit par la naissance ^ mais ils ne le méritent que par les soins et l'application. Aussi les règnes oisife forment un vide obscur dans nos annales : elles n'ont pas daigné même compter les années de la vie des rois fai— néans :; il semble que n^ayaut pas régné eux— mêmes , ils n'ont pas vécu. C'est un chaos qu'on a de la peine à éclafrèir encore aujourdliui :; loin de décorer nos histoires , ils ne font que les obscurcir et les embarrasser ^ et ils sont plus connus

agS ORIGINE ET BSSEHCE BE Là KOTAUrf.

par lesjçrands hommes qui ont vécu sous leu»

règne . que par eux-mêmes.

Ce n'est pas le souverain , c est la loi , Sire , qui doit régner sur les peuples. Vous n''en êtes que le miui&tre et" le premier dépositaire.. C'est elle qui doit régler Fusage de Tautorité :; et c'est par elle que rautorlté n'est plus un joug pour les sujets, mais une règle qui les conduit, un secours qui les protège, une \igilanca paternelle qui ne s'assure leur soumission que parce qu'elle s'asstire leur tendresse. Les hommes croient être libres quand ils ne sont gouvernés que par les lois : leur soumission fait alors tout leur bon* heur , parce qu'elle fait toute leur tr anquillité et toute leur confiance : les passions , les volontés injustes , les désirs excessif et ambitieux que les princes mêlent a l'usage de l'autorité , loin de l'étendre , l'afibiblissent : ils deviennent moins puissans dès qu'ils veulent l'être plus que les lois^ ils perdent en croyant gagner. Tout ce qui rend Fautorité injuste et odieuse, l'énervé et la diminue : la source de leur puissance est dans le cœur de leurs sujets^ et quelque absoW qu'ils paroissent , on peut dire qu'ils perdent leilr véritable pouvoir dès qu'ils perdent l'amour de ceux qui les servent. >£tit gabéme.

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