‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 132 sur 184 · VRAIE GLOIRE · texte numérisé non relu

VRAIE GLOIRE

Quel bonheur , Sire , pour un siècle, pour un empire, pour les peuples, lorsque Dieu leur donne dans sa miséricorde des princes favorables ï la piété ! Par eux croissent et s^animent les talens utiles à FEglise : pair eu3i se forment et sont protégés des ouvriers fidèles destinés à répandre la science du salut ^ à arracher les scandales du

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royaume de Jésos-Christ , et à raniiner la foi par des ouvrages pleins de Tesprit qui les a dictés : par eux s^élèvent au milieu de nous des maisons saintes, des établissemens pieux, où Finnocence est préservée , où le vice sauvé du naufrage trouve - un port heureux : par eux enfin nos neveux trouveront encore ces ressources publiques de salut , monumens heureux qui perpétuent la piété dans les empires , qui assurent aux princes la reconnoissauce des âges à venir, qiû mettent la postérité dans leurs intérêts , et qui les rendent les héros de toiis les siècles.

Non, Sire, la gloire des monumens que For-* gueil ou Tadulation ont élevés, sera ou ensevelie dans Toubli par le temps ^ ou effacée par lesceor* sures et les jugemeiis plus équitables de la postérité : les races futures disputeront à la plupart des souverains les titres et les honneurs que leur siècle leur aura déférés ^ mais la gloire des secours pU' blics accordés à la piété, et qui subsisteront après eux , ne leur sera pas disputée ^ et quelque grand qu'hait été le roi que nous pleurons encore, de tous les monumens élevés si justement pour im— mortaliser la glaire de son règne, les deux édifices pieux et augustes où la valeur d^un côté ^ et la noblesse du sexe de Tautre , trouveront jusqu^à la fin des resspmxes sures et publiques, sont. les titres qui lui répondent le plus, des éloges et des actions de grâces de la postérité.

VBAtJB GLOIHE* SoQ

La gloire des princes et des grands a trois écuesls k craindre sur la terre : la malignité de Fenyie ^ ou les inconstances de la fortune qui Tôbscurdssent^ les passions qui la déshonorent^ enfin ^ la

- mort même qui Fensevelit ^ et qui change en

ceosures les yaines adulations qui Ta voient exaltée»

lia religion seule les met à couvert de ces

écneils inévitables y et où toute la gloire humaine

e vient d'ordinaire échouer : elle les élève au-dessu» 4es événemens et de Tenvie ; elle leur assujettit

' leurs passions^ enfin ^ elle leur assure ^ après l^ir mort^ la. gloire que la malignité leur avoit peut-

. être refusée «pendant leur vie. Cest ce qui fait aujourd'hui le triomphe de Jésus-Christ ^ et c'est

• ce modèle glorieux que nous proposons aux grands de la terre.

Si la piété des grands est glorieuse à la religion j cVst la religion toute seule qui fait la gloire véritable des grands» De tous leurs titres^ le plus ' honorable c'est la vertu : un prince^ maître de ' ses passions ^ apprenant sur lui-même à commander aux autres ; ne voulant goûter de l'autorité que les soins et les peines que le devoir y attache ^ plus touché de ses fautes que des vaines louanges qui les lui déguisent en vertus ;; regardant comme Tunique privilège de son rang l'exemple qu'il est obligé de donner aux peuples^ n'ayant point d'autre frein ni d^autre règle que ses désirs, et ùàsâai pourti^nt à tous ses désirs un firein de la

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règle même ^ voyant autour de lui tous les hommes prêts à servir à ses passions^ et ne se croyant fait lui-même que pour servir à leurs besoins^ pouvant abuser de tout ^ et se refusant même ce qu'il auroit eu droit de se permettre ^ en un mot ^ entouré de tous les attraits du vice^ et ne leur montrant jamais que la vertu : un prince de ce carac* tère est le plus grand spectacle que la foi puisse donner à la terre : une seule de ses journées compte plus d^actions glorieuses que la longue carrière d'un conquérant^ Fun a été le héros d^un jour, Fautre Test de toute la vie.

Le bonheur ou la témérité ont pu faire des héros ^ mais la vertu toute seule peut former de grands hommes : il en coûte bien moins de remporter des victoires que de se vaincre soimême : il est bien plus aisé de conquérir des provinces et de dompter des peuples^ que de dompter une passion : la morale même des païens en est convenue. Du moins les combats où préside la fermeté^ la grandeur du courage^ la science militaire^ sont de ces actions rares que Ton peut compter aisément dans le cours d'une longue vie^ et quand il ne faut être grand que certains mamens , la nature ramasse toutes ses forces , et Torgueil , pour un peu de temps , peut suppléer à la vertu. Mais les combats de la foi sont des combats de tous les jours : on a affaire à des en-* nemis qui renaissent de leur propre défaite : $i

VXATK OLOimiE, 3ii-

Toas vous lassez un iostaut^ vous périssez : la victoire même a ses dangers^ Torgueil , loin de vous aider ^ devient le plus dangereux ennemi que vous ayez à combattre : tout ce qui vous eavîronne fournit des armes contre vous ^ votre cœur lui-même vous dresse des embûches^ il faut sans cesse recommencer le combat. En un mot ^ on peut être quelquefois plus fort ou plus beu-< reux que ses ennemis '^ mais quMl est grand d^être toujours plus fort que soi-même ! petit carême»

Qu'est-ce qui peut rendre un ouvrage glorieux à celui qui rentreprend? Est-ce la durée et Fimmortalité qu'il promet dans la mémoire de& hônunes ? ah ! tous les monumens de Forgueil périront avec le monde qui les a élevés : tout ce que nous faisons pour la terre aura la même des* tinée qu'elle : les victoires et les conquêtes , les entreprises les plus éclatantes^ et toute l'histoire des pécheurs, qui embellit le siècle présent, sera effacée du souvenir des hommes : les œuvres du juste toutes seules seront inotmortelles, écrites à jamais dans le livre de vie, et survivront à la ruine entière de l'univers. Es,t-ce la récompense qu^on nous y propose P mais tout ce qui ne peut nous rendre heureux , ne peut aussi nous récompenser ^ et on n'en a pas d'autre id que Dieu même. Est-ce la dignité des occupations auxquelles on vous eùgage? mais les soins de la terre les plus honcH*. râbles sont des jeux auxqueknotpe.erreu«a donné , àm noms sérieux ; ici tout est grand : on m'aim»

3ia FAxr«s«-«Loi«B4 '

que r Auteur de sod être; x>a n'adore que le Soa- veraia de Tunîvers ;' on ne sert qu'un Maître toutpuissant; on ne désire que des bieqs éternels; on ne fait des projets que pour lé ciel ; on ne traTaille que pour une couronne immortelle;

Qu'y a-t-il donc de plus glorieux sur la terre ^ et déplus digne de l'homme^ que les soins de Tétamité ? Les prospérités sont d'honoi^ables inquié* tudes ; les emplois éclatans ^ un esclavage illustre; la. réputation est souvent une erreur publique ; les titres et les dignités sont rarement le fruit de la. vertu, et ne servent tout au plus qu'à orner nos tombeaux et embdlir nos cendres ; les grands talens , si la foi n'en réglé l'usage, sont de grandes tentations; les vastes connoissances , un vent qui enfle et qui corrompt , si la foi n^en corrige le venin; tout cela n'est grand que par l'usage qu'on en peut faire pour le salut ; la vertu toute setde est estimable pour elle-tixéme. cakémc , in.

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