‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 133 sur 184 · FAUSSE GLOIRE · texte numérisé non relu

FAUSSE GLOIRE

JLes hommes n'admirent d'ordinaire que les grands événemens : la vie des princes leur parott vide et obscufe \' et ne lés frappe plus dès qu'ils n'y trouvent pas de ces actions d^édat , qui embellissent les b»i$toires , et auxquelles souvent ils n'ont prêté que leur nom. Il nous faut du spectacle pour attirer nos regards. Rendons notre nom immortd^ disoient ces enfans de Noé, en

laissant

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laissant à dos neveux un monument étemel de notre vanité. Ce sont presque toujours les passions qui inunortalisent les hommes dans 1-esprit des autres hommes : les vices éclatans passent à la postérité ^ une vertu toujours renfermée dans . les bornes de son état, est à peine connue de son siècle. Un prince qui a toujours préféré le devoir à Fédat., paroH n^avoir point vécu : il ne fournit rien à la vanité des éloges , dès qu^il n''a pas eu de ces desseins ambitieux qui troublent la paix des états ^ qui renverseat Tordre des successions et de la nature; qui portent partout la misère, Thorreur , la confusion , et qui ne mènent à la gloire que par le crime. Il est beau de remporter • des victoiriss, et de conquérir des provinces; et sans doute que les occasions seules en manquèrent à Monseigneur. Mais qu^il est grand, dit saint Ambroise, de n^'avoir jamais été que ce qu^'on devoit être !

Non e^ mes . Frères , la façon de penser de la plupart des hommes est là-dessus digne d'^étonnement : il semble que nous n^aurons plus rien à dire , dès que nous n^aurôns plus à louer que des vertus utiles au bonheur des peuples, et à la tranquillité des empires; et qu'ail nous faut pour le sutcès de ces discours, ou des crimes éclatans àpallier, ou des talens peraideux au genre humain à honorer de pompeux éloges. Hommes frivoles !• vous méritez d'avoir de tels maîtres^ dès que vous êtes capables de les, admirer,

ORAISON FURÈB. DU DAUPHIir, MonCBAUX CBOISIS. ^

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£a effet ^ la gloire qui dmt finir avec nous est toujours fausse. Elle étok donnée à nos titres plus qu'^à nos vertus : c^étoît un fiiux éclat qui environnoit nos places^ mais qui ne sortoit pas de nous-mêmes. Nous étions sans cesse entourés d'^admirateurs ^ et vides au dedans des qualités qu'ion admire : cette gloire étoit le Irait de Terreur et de Fadulation ^ et il n^est pas étomiant de la voir finir avec elles. Telle est la gloire de la plupart des princes et des grands. On honore leurs cendres encore fumantes* d^'nn reste d'éloge ^ on ajoute encore cette vaine décoration à celle de leur pompe funèbre. Mais tout s^édips^ et s^évavanouit le lendemain : on a honte des louanges {paa leur a données^ c^est un langage suranné et insipide qu^on n^oseroit plus parler : on en voit presque rougir les monumens publics où eUes sont encore écrites ^ et où elles ne semblent subsister que pour rappeler publiquement un souvenir qui les désavoue Ainsi les adulations ne survivent jamais à leurs héros ^ et les éloges mercenaires, IcÀÀ d^mmortaliser la gloire des princes , n'^immortalisent que la bassesse, Hntérèt et la lâcheté de ceux qui ont été capables de les donner.

Il j a long-temps que les honunes , toujours • vains, font leur idole de la gloire : ils la perdent la plupart en la cherchant, et croient Tavoir trouvée quand on donne à leur vanité les louanges qui ne sont dues qu''à la vertu»

FAVSSE GLOIKE. ^1$

U n^est point de prince ni de grand ^ malgré la bassesse et le dérèglement de ses mœurs et de se» pencbans ^ à qui de vaines adulations ne pro-mettent la gloire et Timmortalité ^ et qui i;ie compte sur les suffrages de la postérité ^ où son nom même ne passera peut-être pas^ et où da moins il ne sera connu que par s^ yices. Il est vrai qiie le monde, qui avoit élevé ces idoles de boue ^ les renverse lui-même le lendemain , et qn il se venge à loisir dans les âges suivans , par la liberté de ses censures ^ de la ccmtrainte et de Tin justice de ses éloges.

Il n^attend pas même si tard : les applaudisse— mens publics qu^on donne à la plupart des grands pendant leur vie sont presque toujours k rin$tant démeutis par les jugemens et le^ discours secret&; leurs louanges ne font <}ue réveiller Tidée de leurs défauts :; et à peine sorties de la bouçbe mii^aie de celui qui les publie, elles vont, s'il ^a'eRt permis de parler ainsi , ^i:pirer dans son cœur qui les désavoue.

Qu'est-ce qu'Hun souverain né avec une valeur bouillante , et dont les éclairs brillent déjà de toutes parts dès ses plus jeunes ans , si la crainte de Dieji ne le conduit et ne le modère? un astre nouveau et malfaisant qui n'^ànnotice que des calamités à la terre. Plus il Croîtra dans cette science funeste , plus les misères publiques croîtront avec lui : ses entreprises les plus téméraires a''ofli*iroat

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quWe fi[>ible digue krimpétuosité de sa course : il croira effacer par Téclat de ses victoires leur témérité ou leur injustice : Fespérance du succès sera le seul titre qui justifiera Féquîté de ses armes : tout ce qui lui paroîlra glorieux deviendra légitime : il regardera les momeus d^uu repos sage et majestueux comme une oisiveté honteuse et des momens qu^on dérobe à sa gloire : ses voisins deviendixjnt ses ennemis dès qu^ils pourront deyenir sa conquête : ses peuples eux-mêmes fourniront de leurs larmes et die leur sang la triste matière de ses triomplies 5 il épuisera et renversera ses propres étals pour en conquérir de nouveaux ; il armera contre lui les peuples et les nations ^ il troublera la paix de Tunivers^ ilse rendra célèbre en faisant des millions de malheureux. Quel fléau ' pour le genre humain ! et s^il y a un peuple sur la terre capable de lui donner des éloges^ il n'^y «a qu'à lui souhaiter un tel maître.

Repassez sur tous les grands taléns qui rendent les hommes illustres 3 s''ils sont donnés aux impies ^ c''est toujours pour le malheur de leur nation et de leur siècle.. Les vastes connoissances empoisonnées par Forgueil, ont enfanté ces che& et ces docteurs célèbres de mensonge qui y dans tous las âges^ ont levé réténdard du schisme et de Terreur^ et formé dans le sein knême du christianisme ^ les sectes qui le déchirent.

Ces beaux esprits si vantés , et qui , par des talens heureux ont rapproché ïeUr siècle du goût et de la politesse des anciens 5 dès que leur cœur

TkX3SSU GtOlRfi. ijy,

sVst corrompu . ils n^ont laissé au motiâe que dcs^ ouvrages lascifs et pe^raïQÎeux , où le poison^ pré^paré par des mains habiles^ infecte tous les jours ^ les mœurs publiques^^ et où les siècles qui noi^» suivront viendront encore puiser la licence et la corruption du nôtre.

Tourues^vous d^un autre côté. Comment ont paru sur la terre ces génies supérieurs , mais ambitieux et inquiets^ nés pour faire mouvoir les^ ressc^ts d^ états et des empires^ et ébranler Tunivers entier? Les peuples et les rois sont devenus le jouet de leur ambition et de leurs intrigues : les tiissensions civiles et les malheurs domestique» ont été les théâtres lugubres où ont brillé leurs grand» talene*.

Un seul bomnte obscur^ avec ces avantages énûoens de la uature^ mais sans conscience et sans probité, a pu s'élever les sièdes passés sur les. débris de sa patrie^ changer la face entière d'une nation voisine et belliqueuse , si jalouse de ses lois et de sa liberté ^ se faire rendre des hom* mages quQ ses citoyens- disputent m^me à leurft Fois^ renverser le trône, et donner à Tunivers le spectacle d'un souverain dont la courontre ne peut mettre la tête sacrée à couvert de Tarrèt inouï qui le condamna à la perdre.^

Ksprits vastes , mais inquiets-et turbulens-, capabh». de tout soutenir, hors le repos ^ qui tournent sans cesse auiourdu pivot même qui les fixe et qui les attache^ et qui, semblables à Samsou, sans éire animés de son esprit, aiment encore

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mieux ébranler Fédifice et être- écrasés sous ses ruines que de ne pas s'^agiter et (aire usage de leurs talens et de leur force. Malheur au siècle qui produit de ces hommes rares et merveilleux!

et chaque nation a eu la-dessus ses leçons et ses exemples domestiques.

Mais enfin ^ si ce nest «pas un malheur pour Içur siècle^ c^est du moins tm malheur pour euxmêmes. Semblables à un navire sans gouvernail que des vents favorables poussent à pldnes voiles^ plus notre course est rapide , plus le naufrage est inévitable : rien n^est si dangereux pour soi que les grands talens dont la foi ne règle pas Tusage^ les vaines louaiiges qu^ittirent ces qualités brillantes corrompent le cœur; et plus' on étoit né avec de grandes, qualités ^ plus la corruption est profonde et désespérée. Dieu abandonne Torgueil à lui-même : ces hommes si vantés expient sou^ vent ^ dans là honte d^une chute éclatante ^ Tinjustice des applaudissemens publics; leurs vices déshonorent leurs talens. Ces vastes génies ^ nés poiu: soutenir Tétat , ne sont plus . dit Job , que de foibles roseaux qui ne peuvent se soutenir euxmêmes. On a vu. plus d'un» fois les pierres même les plus brillantes du sanctuaire s''avilir et se traîner indignement dans la boue; et les plus grands talens sont souvent livrés aux plus grandes foiblesses. petit gaIiéme.

OLOîBE HUMAI NX. 3r^

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