FAUSSETÉ DES GRANDEURS HUMAINES
CiE ne sont ni le$ riches possessions , ni les grandes dignités qui soutiennent lés maisons : elles s^écroiilent la plupart sous le poids même de leur prospérité , et la grandeur qui environne celles que nous voyons , ne s^est formée que des débris de ces races antiques dont Téclat ne subsiste plus que dans nos histoires : aussi elles rendront bientôt à leur tour à des noms nouveaux , les dépouilles qu''elles avoienl^recueillies de la décadence des noms illustres qui les avoient précédées^ et jusqu''à la fin vous ferez sentir ^ ô mon Dieu ^ dans la révolution perpétuelle des noms et des foftttaes^ rinstabiHté et le néant des choses hu^ maânes. En vain^ ô mon Dieu ^ lès hommes travaillent à élever îd-bas un édifice de grandeur et
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de puissance :; si vous n^ mettez vous-même la' main ^ ce n'*e$t plus qu'Hun édiiice de boue^ %^^ loin de passer à nos descendans ^ souvent ne sun^ pas même au premier qui Fa élevé : et combien de f(ûs ^ grand Dieu ^ avon^-nous vu réiévation d^une famille, et tout Fattirail pompeux de sa fortune , tomber et finir avec celui qui en avoit été le premier artisan ? Ce sont les passions qur font d''ordinaire les grandes fortunes;; et ce sont les passions qui les renversent : votre crainte seule , grand Dieu , peut devenir une source de bénédictions durables dans une race fidèle : vom en êtes Tappui , et les contradictions raffermissent : vous faites une alliance sainte avec elle ^ et en rendant tous les efforts de ses ennemis , et tons les artifices de ses envieux inutiles , vous voïkles manifester à ^ous les hommes que Tinnocence et la justice soutiennent les maisons , et que dès que le crime et Tin justice y entrent , il y entre avec, eux un ver secret qui ea pique peu à peu les fondemens , et qi|i leur prépare tôt ou tard de tristes ruines, varafebases.
Hélas ! Messieurs , que sont les hommes sur la terre ? des personnuges de théâtre. Tout y roule sur le faux 5 ce nW partout qae représentation:) et tout ce qu'on y voit de plus pom-» peux et de mieux établi n est l'affaire que d^une scène. Qui ne le dit tous les jours dans lesiéde ? Une fatale révolution ^ une rapidité que rien n'^arrête , entraîne tout dans les .abimes de l'é^
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temîté ^ les siècles , les générations , les empires ^ tout va se perdre dans ce gouffre ^ tout y entre ^ et rien n^en sort. Nos ancêtres nous en ont frayé le chemin , et nous allons le frayer dans un moment à ceux qui viennent après nous. Ainsi les âges se renouvellent^ ainsi la .figure du monde change sans cesse ^ ainsi les morts et les vivans se succèdent et se remplacent continuellement. Rien ne demeure ^ tout s^use ^ tout s''éteint. Dieu seul est toujours* le même ^ et ses années ne finissent point. Le torrent- des âges et des siècles coule devant ses yeux ^ et il voit avec un air de vengeance et de fureur de foihles mortels ^ dans le temps même gu^ils sont entraînés par le cours fatal ^ Tinsulter en passant ^ profiter de ce seul moment pour déshonorer son ncnn^ et tomber au sortir de là cintre les mains éternelles de sa colère et de sa justice.
Elh ! faisons après cela des projets de fortune et d^élévation : nourrissons notre cœur de mille espérances flatteuses : prenons à grands frais d<es mesures infinies pour nous ménager im instant de bonheur ^ et ne faisons jamais une seule démarche pour atteindre à une félicité qui ne finit point. G^est une fureur dont on ne croiroit pas Thomme capable ^ si Texpérience de tous les jours iCy étoit.
BÉSrÉD. DES U&AP* DU 1l£<;^» Dfi CiLTINAT.