ÉDUCATION DE SAINT LOUIS
Ijes instructions et les exempleis d*uhé mère sainte tournèrent ses premiers peâchans à la vertu : au milieu des soins d^une régence difficile ^ la reinô Blanche nVn connut pas de plur important que Téducationdu jeune roi. Persuadée quVn formant les mœurs du souverain ^ elle formoit ^ pour ainsi dire , les moeurs publiques , et que le bonheur de la monarchie et oit attaché au caractère de celui que Dieu avoit destiné à la gouverner^ elle ri^on^ bha rien pour jeter dans son ame ces premières semences de magnanimité et de vertu ^ qui produisirent dans la suite des fruits si saints et si écla* tans. Peu contente d'avoir assemblé auprès de lui tout ce que la France avoit de plus pieux et ^ de plus habile^ elle-même voulut avoir la principale part à ce grand ouvrage. Mêlant sans cefise
ÉDUCATION DE SAINT LOUIS. SsQ
]es leçons de la foi à celles de la royauté ^ taaiôt foimant le chrétien , tautôt iastruisant le priace , elle lui apprit à ne jamais séparer ces deux de^ voirs ^ et à regarder comme opposé aux véritables intérêts de sa gloire et de sa couronne , tout ce qui seroit contraire à la loi de Dieu.
Des attentions si religieuses trouvèrent des censeurs dans le monde (car il faut sVtendre à ses censures ^ quand on ne veut pas suivre ses exemples ). On publia que la jeunesse, des rois devoit avoir de plus nobles amusemens^ que des pratiques journalières de piété :; que sous prétexte de préserver son innocence ^ on amoUissoit son courage^ qu'ail falloit laisser plus de carrière à des penchans^ qui dans la suite , ne trouvant plus de irehi dans l'autorité souveraine , iroiecrt d'autant plus loin qu^on auroit plus voulu les contraindre;; «t qu'enfin une vertu si rigoureuse et ri exacte pou voit former de bons .solitaires^ mais qu^elle 'n'avoit jamais fcMrmé de grands prinees.
Le langage du monde Jie change point ^ mes Frères ^ vous Je voyez : ainsi justifie-t-on tous les jours les abus des éduoationsprofapes. Ce n^est ^as quW ne recommande à ceux qui y^président^ d'imprimer de lionne heure-aiix-onfmis qu!on leur confie^ les maximes de la vertu et de la sagesse.^ mais ce sont les seules iii)|>res.<;ions qu'on craint toujours qui ne soient poussées trop loin. L'amour ^e la ^oire , ie'dcsir de juir^enir^ 1^4* de plaire ., ^sont les jJus sérieuses et les plus imporlaute» levons qui cultivent la jeunesse de <;eux que leur
S3o PIÉTÉ DE SAIXT LOVIS.
naissance destine à de grandes places ;; on sàmt à voir briller dans cet âge tendre les premières lueurs de toutes ces dangereuses passions : les ébauches naissantes des grands \ices ^ on les appelle de grandes espérances. On regarde les inclinations heureuses et tran<{uilles d'un naturel tourné à la vertu comme des présages moins favorables :; on craint taut d'une enfance moins docile aux leçons de la vanité ^ on y réveille par mille artifices les passions que la nature même sembloit avoir assoupies ; et souvent Dieu permet tjue ces impressions étrangères prévalent, et que eeux pour qui on avoit craint un excès de sagesse et de veitu, de^ieiment trop licencieux poiir le monde même»
La mère pieuse de Louis n'écouta les censures du monde sur l'éducation du jeune roi , que pour se félicita: de les avoir méritées : on est sûr d'être dans la bonne voie , dès qu'on a choisi celle que le monde eondamne. Aussi , instruit de bonne heure dans la foi et dans la piété , Louis porfa sur le tr^ne ^ outre l'innocenee du premier âge , la grâce de 1 onction sainte qui venoit de le marquer du caractère auguste de la royauté , et rétablir successeur du grand Clovis.
PANÉeYB. DE s. LOITIS.