JETAT DE LA FRAKCE SOUS LOUIS XIV
Xja monarchie nVvoit pas encore vu des jours  brillans : elle s'éioit relevée autrefois de ses mal-* heurs : elle a pensé périr et s^écrouler sous le poids de sa propre gloire.
La tjerre toute seule ne semhloît pas même sa(^ fire k nos triomphes. La mer encore gémissoit fious le nombre et sous k grandeur énorme de uos navires. Kos flottes^ qui sui&soient À péioe aous les derniers r^nes pour mettre nos cÀtes à couvert de l'insulte des pirates,, portoient partout au loin la terreur et la victoire. Les ennemis attaqués jusqtie dans leurs ports avcîent prti céder à Tétendard de k France l'empire des deux mers. La Sicile.^ k Manche^ 1ns îles du Kouveau-Monde^ avoient vu leurs ondes rougiel par les défaites les plus sanglantes. Et TAfriquc 0lème , encore fière d^'avoir vu autrefois «;houer «tir ses o6tes^ k valeur de saint Louis: et toute la puissance de .Charles-Qiiint ^ ne tcouvant plus d asile sous ses r^n parts foudroyé» ^ avok été okt ligëe de venir s'humilier ^ «t d'ea chevcker ua «ux .pieds du :tnonje àa Loui& . . . i
Koué
sous Locis xit; 34^
Nous nous} élevions de tant de prosjpérités , «t nous ne savions pas que Forgueil des empires est toujours le premier signal de leur décadence.
Telle fut la grandeur de Louis dans la guerre. Jamais la France n^avoit mis sur pied des armées si formidables : jamais Tart militaire, c'^est-à-dire , Fart funeste d''apprendre aux hommes "à s^ exterminer les uns les autres , n^avoit été poussé si loin : jamais tant de généraux fameux; et pour ne parler que de ces premiers temps, un Coudé ^ dont le premier coup d^œil décidoît toujours de la victoire :; un Turenne , qui, plus tardif en apparence, n^en étoit que pkis sûr du succès;; un Gréqui, plus grand le jour de sa défaite que dans les jours de ses triomphes; un Luxembourg, qui sembloit se jouer de la victoire ; et tant d'^autres venus depuis , que nos annales mettront un jour parmi les Guesclins et les Dunois de notre siècle. Mais hélas! triste souvenir de nos victoires, que nous rappelez-vous ? Monumens superbes élevés au milieu de nos places publiques, pour en immortaliser la mémoire , que rappellerez- vous à nos neveux, lorsqu'ils vous demanderont, comme autrefois les Israélites , ce que signifient vos masses pompeuses et énormes ? Vous leur rappellerez un siècle entier d'horreur et de carnage : Félite de la noblesse françoîse précipitée dans le tombeau ; tant de maisons ancienne»
éteintes; tant de mèires- point consolées, qui pleurent encore sur leurs enfans ; nos eampagnes désertes , et au lieu des trésors qu'elles renferment Tome Xil. AfoacEAux cboiuSk 3o
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dans leur sein ^ n^offrant plus que des ronces an petit nonai>re des laboureurs forcés de les négliger \ nos villes désolées ^ nos peuples épuisés ^ les arts à la fin sans émulation ^ le commerce languissant : vous leur rappellerez nos pertes ^ plutôt que nos conquêtes : vous leur rappellerez tant de lieux saints profanés ^ tant de dissolutions capables d^attirer la colère du ciel sur les plus justes entreprises ^ le feu ^ le sang ^ le blasphème ^ FalxH mination , et toutes les horreurs qu^enfante la guerre : vous leur rappellerez nos crimes ^ plutôt que nos victoires.
Un si long cours de prospérités inouïes ^ qîû devpit un jour nous coùit^ si cher ^ éleva bientôt le royaume h un point de gloire et de magnificence où les siècles passés ne Tavoieùt pas eiuDore vu. La France devint comme le spectacle j^mpeux de toute TEurope. Que de maisons royales s'élevèrent ^ demeure supierbe de Louis ^ où toutes les merveilles de FAsie et de lltalie nassainblées se^nbloient venir rendre hommagd à sa griindeur ! Paris ^ comme Rome triomphante ^ s'embellis^oit des dépouilles des nations. La cour ^ à Texemj^e 4^ souverain , plus brillante et plv^ magnifique que jamais , se piqua dWaper T®*" clat des fcours étrangères. La ville ,, Finritatrice éternelle de la cour , ep copia le faste. Les pïo* vinces à ^''envi marchèrent de loin sur les trace* de la V^9* L^ simplicité des anciennes nuoeurs
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changea : il ne resta^ plus de vestiges dé la mo-^ destie de nos pères ^ qâe dans leurs vieux et res^ pe^ables portraits ^ qui ^ en ornant les murs de no^alais ^ nous en reprochoient tout bas la ma* gnificence. Le luxe ^ toujours le précurseur de Tindigence^ «m corrompant les mœurs ^ tarit la çource de nos biens : la misère même ^ qu^il avoit enfantée ^ ne put le modérer : la perpétuelle in-> constance des omemens fut un des attributs de la nation : la bizarrerie devint un goût : nos voisins mêmes ^ à qui notre faste nous rendoit si odieux ^ ne laissèrent pas d'en venir chercher chez nous le modèle ; et après les avoir épuisés par nos victoires ^ nous sûmes encore les corrompre par nos exemples.
Cependant chaque jour embellissoit le régné de Louis. La navigation^ plus florissante qUe souà tous les règnes précédons^ étendit notre commerce, dans toutes les parties du monde connu. Des hommes habiles furent envoyés vers les côtes les plus éloignées de Fun et de Tautre hémisphère^ pour prendre des points fixes et en perfectionner les connoissances. Un édifice célèbre (i) s'*éleva hors de nos murs ^ où en observant le cours des astres et toute la magnificence des cieux^ on marque au pilote des routes certaines sur la vaste étendue de FOcéan;; et on apprend au philosophe à s^humilier sous la niajesté immense de Tauteor de Funivers. Nos flottes, aidées de ces secours, BOUS apportoient tous les ans , comme celles de
(i) L^Observatoire.
35a ÉTAT DE LA TtiAVCt
Salomon* les richesses du !Nouyeiiu<Monde. Hélas ! £es nations insulaires et simples nous envoyoient leur or et leur argent ^ et nous leur portions ogut être en échange , au lieu de ia Jfbi , nos dér^cS mens et nos \ices.
Le commerce .^ si étendu M dehors ^ fut faâ- ' lité au dedans par des ouvrages dignes de la graur jdeur des Komains. Dès rivières^ malgré les terres et les colines qui les séparoîent, virent réunir leurs eaux ^ et porter aux pieds des murs de la capitale le tribut et les richesses diverses de chaque province. ]Les deux mers ^ qui leutonrent et qui enrichissent ce vaste royaumç^ se donnèrent^ pour ainsi dire^ la main^ et un cansd miraculeux^ par la hardiesse et les travaux in* compréhensibles, de Fentreprîse , rapprocha ce que la nature avôit séparé par des espaces im*mens^.
U étoit réservé à Louis d'^achever ce que les siècles précédens de la monarchie n'^aurbient même osé souhaiter : c^étoit le règne des prodiges : nos pères ne les avoient pas même imaginés ^ et nos neveux n^en verront jamais de semblables^ mais plus heureux que nous ^ ils verront peut-être le règne de la paix, de la frugalité et de Fînnocence. Qu^ils n'^arrivent jamais au comble frivole de notre gloire, plutôt que de Tacheter au prix des vices et des malheurs où elle nous a préci-' pités l
, Il est vrai que les soins de Louis , pour augmenter Féclat et le bon ordre du royaume , d^