LECTURE DES LIVRES SAINTS
Xja science de saint Bernard ne consista pas dans un amas de connoissances vaines qu'ion acquiert par un dur travail^ et qu'ion débite sans fruit et sans onction. U ne chercha pas à éblouir les esprits par de nouvelles découvertes ^ ni àr se faire honueur de certains approfondissemens qui flattent par leur singularité^ mais à réformer les cœurs , et à rétablir la foi de ses pères , sur la ruine des nouveautés profanes : enfin il ne fut pas de ceux qui regardent les sciences comme un trafic honteux , et qui foat de ces dons destinés à maintenir le culte du Seigneur et Thonneur de ses sacrifices ) Foccasion de leur gaiii et le prétexte de leur avarice.
Les livres saints furent sa plus chère étude \
LECTURE DES LIVRES SxtNTS, ^ ^l
rien ne lui paroîssoit plus digne de la grandeur de Tesprit humain que Fliisloire des merveilles de Dieu dans les livres de Moïse , les beautés de sa loi , les divins transports de ses prophètes , et Fonction des autres écrivains inspirés. Aussi il avoit dévoré avec tant d^ardeur ce volume sacré ^ et i avok si bien changé en sa propre substance \ qu\l ne sait plus parler que ce langage dans ses écrits : les expressions de FEcriture y sont semées a pleines mains ^ elles paroissent son style naturel. Saints et pieux monumehs de son amour pour les Ecritures , fruits précieux de ses lumières et de sa piété , vous êtes encore entre nos mains ^ et c^est assez pour son éloge.
Mais la lecture d^ divines Ecritures , qui faîsoft autrefois les plus chères délices des premiers fidèles^ cède aujourd'hui parmi les chrétiens à des ouvrages de mensonge et de péché, pernicieux à Fesprit qulls remplissent de mille imagés profaues , et funestes au cœui: , où ils jettent des semences de crime , qui toujours dans leur temps produisent des fruits de mort. Hélas ! rie portous-nous pas déjà dans notre fonds des dispositions assez favorables à Fiuiquité, sans y en ajouter d''étrangères ? Ce levain de corruption qui croît avec notre cœur, ne suffit-il pas pour exercer notre innocence , sans aider sa malignité ? et faut-il le secours de Fart à des passions sur lesquelles nous ne naissons que trop instruits ?