‹ Œuvres complètes de Massillon, evèque de Clermont (volume 5)Chapitre 27 sur 184 · JUGIMIIBNT DE RU 1ER · texte numérisé non relu

JUGIMIIBNT DE RU 1ER

avoient regardé comme tel ^ et qui nous avoit feit placer au-dessus des autres hommes. Tant de désirs honteux et qui à peine étoient formés ^ qu# nous tâchions de nous les cacher à^ nous-mêmes ^ tant de projets ridicules de fortune et d^élévation ^ douces erreurs ^ où notre cœur séduit se livroit sans cesser taut de jalousies basses et secrète^ que nous nous dissimulions p^r fierté^ et qii^i cependant étoient le principe in viable de toute notre conduite ^ tant de dispositions criminelles , qui nous avoi^nt porté mille fois à souhaiter qu<B les plaisirs des sens pussent être o^ éternels ou impunis; tant de haines et d'anipiosités ^ qi|i nous avoient corrompu le cœur à notre insu ; tant d'intentions souillées et yicieuseis ^ sur lesrquelles nou3 étjons si )^a|3iles à nous flatter; taiit de projet^ de crimes auxquels Toccasion seu^^e avoit manqué, et que nousn''a\ions comptés pour rien , parce qu^ils n^étoieat pas sortis de notre cœur; en un mot cette vicissitude de passions qui s''étoient toujours succédées les unes aux autres au dedans de nous : yeilà ce qu^ou étalera i nos yejwx. On nous montrera nous-mêmes à nousmême^ : on nous fera rentrer dans notre cœur , où nous n^avions jamais habité : une lumière soudaine éclairera cet abime : ce mystère d'iniquité sera révélé; et nous verrons que ce que nous connoissions le moins de no^is , c^étoit nous- 4nêmes.

Le inonde est un grand théâtre ^ où chacun

jlresque joufe un personnage emprunté. Comme

lidus sommes pleins de passions ^ et que toutes les

passions ont toujours quelque <îhosc de bas et de

méprisable ^ toute notre attention est dVn cacher

h bassesse , et de nous donner pour ce que nous

ne sommes pas^ Piniquité est toujours trompeuse

et dissimulée. Ainsi toute votre \ie n'a voit été

c[u''une suite de dégùisemens ^et dWtifices^ vos*

amis mêmes les plus sincères et les plus familiers

rie vous connoîssoient qu'à demi : vous échappiez

à tout le monde :; vous changiez de caractère ^ de

seniîment^ d'inclination selon les conjonctures^

et le caractère de ceux à qui vous vouliez pkiire :

par-là vous vous étiez fait une réputation d'ba—

Weté et de sagesse^ et On n'y verra qu'une ame

vile^ sans droiture^ sans vérité^ et dont la plus

grande vertu avoit été de cacher son indignité et

Vous passiez pour ami fidèle ^ sincère ^ généreux : on verra que vous étiez lâche , perfide ^ intéressé^ sans foi ^ sans honneur^ sans probité^ sans conscience , sans caractère. Vous vous étiez donné pour une ame forte ^ et au-dessus des foi-« blesses vulgaires :; et vous allez exposer les bassesses les plus humiliantes ^ et des endroits dont l'ame la plus vile mourroit de boute. On vous re« gardoit dans le monde comme un homme intègre ^ et d'une prc^ité à l'épreuve dans l'administration

1^8 JUGEMENT DS^niriÊlt.

' de votre chai|[e;; cette réputation vous avoît peutêtre attiré de nouveaux honneurs et la confiance publique : vous abusiez cependant de la crédulité des hommes ^ ces dehors pompeux d'équité eachoient uneame inique et rampante ^ et des vues de fortune et d'^intérèt avoient mille fois trahi en secret votre fidélité et corrompu votre innocence. Yous paroissiez orné de sainteté et de justice : vous vous étiez toujours revêtu de la ressem— blânce des justes : on vous croyoit Faml de Dieu et Fobservateur fidèle de sa loi^ et cependant votre cœur n^étoit pas droit devant le Seigneur : vous couvriez sous le voile de la religion une conscience souillée ^ et des mystères d^ignominie : vous marchiez sur les choses saintes pour arriver plus sûrement à vos fins. Ah ! vous allez donc en ce jour de révélation détromper tout Funivers : ceux qui vous avoient vu sur la terre , surpris de votre nouvelle destinée , chercheront Thomme de bien danà le réprouvé : Fespérance de Fhypocrîte sera alors confondue : vous aviez joui injustement de Festime des hommes ^ vous serez connu ^ et Dieu sera, vengé.

Mais après vous avoir montre la confusion publique dont sera couvert le pécheur^ que ne puisje vous exposer ici quelle sera la gloire et la consolation du véritable juste ^ lorsqu^on étalera aux ^eux de Funivers les secrets de sa conscience et tout le mystère de son. cœur ^ de ce cceur dont

toute

tente la lieauté ^ cachée aux yeux-des hommes , A^étoit coanue que de Dieu seul ^ de ce cœur | où il avoit toujours cru voir des taches et des sowilares ^ et dont son huHiilîté -lai afvoit dérobé t&ute la sakkteté et rionecenoe ^ de ce cœur , où Pieu seul avoit toujours fait sa demeure^ «tqu^il lyoit pris plaisir dorner et d^nrichir de ses dons «t de ses grâces ! que de nouvelles merveilles va offirir aux.yènx des spectateurs ^e^nc^«aire diviu, jusque-Ji si impénétrable^ lorsque le voile en stra Iké ! que de ferveas désirs ! que dé victoires «eçfètes! que de sacrïfiœs «héroïques^ xpxe de pnèces pures i que de teïidres gémissemens ! que de trao^rts amoureux ! que de foi ! qtie de çcaadeurl que de magnanimité J que d^élévation au-dessus de tous ces vains objets qui 'forment tovLs les désirs et toutes les espérances des hommes ! On verra alors que rien n^étoit plus gfand ^t plus digne dVdmirntion dans .le monde qu^un vé*ritable juste ^ quecesamést][u''onrégardoit comme inutiles ^ fa^^tê qu'elles rétoienl -à nos passions y et dont on méprisoit taut la vie obscure et retinée. On verra que oe qui se passoit dans le cœur (IV^^ ^^^^ fidèle avoit plus d** éclat et de grandeur que tous ces grsoids événemens qui se pas-^ sent sur la térre^ «léritoit seid d^êlre éci^it dans les livres éternels^ et ofFroit aux yeux de Dieu un spectacle plus digne des anges et des hommes^ que les victoires et les conquêtes qui remplissent ici-bas la vanité des liistoîres^ auxquelles on élève desinonumens pompeux pour en éterniser le £^it' Tome XIL Morceaux csoisu*

Sa j€<;ement derkieb*

wenir ^ «t qui ne seront pliis regardées alors qm «comme d^ agitations puériles ^ ou le fruit de Torgueil et des passions humaines» Premier dé*âordre réparé daas ce grand jour : le vice dérobé ici— bas à la honte pubHcpie ^ et la vertu aux éloges ((ju^'elle mérite.

On verca le Fils de THomme ^ parcourant des yeux ^ du haut des airs^ les peuples et les nations confondus et assemblés à ses pieds ^ relisant dans ce spectade Thistoire de Funivers ^ c^est-à— dire des passions ou des vertus des honuned : on le verra rassembler ses élus des quatre vents ^ les choisir de toute langue^ de tout état^ dé toute nation : réunir les enfans d'^Israèl dispersés dans Tunivers ^ exposer Thistoire secrète d'^un peuple saint et nouveau^ produire sur la scène des héros 4e la foi ) jusque-là inconnus au monde ^ ne plus distinguer les sièdes par les victoires des conquérans-^ par rétablissement ou la décadence des empires ^ par la politesse ou la barbarie des temps ^ par les grands hommes qui ont paru dans chaque âge ;; mais par les divers triomphes de la grâce ^ par les victoires cachées des justes sur leurs pas* sions , par rétablissement de son règne dans un coeuf ^ par la fermeté héroïque d'^un fidèle per- ' sécuté. Yons le verrez changer la face des choses^ créer un nouveau ciel et une nouvelle terre ^ et réduire cette variété infinie de peuples, dé titres^

âe cùtïdhioas^ de digaité»^ à ua peuple saint et oa peuple réprouvé.

La di^^posîtiafbde rmaîvers aîn» ordomiée^ tou9 les peuples de k terre aîusi séparés*;; chacun im-'^ mobile à la place qui lui sera tombée eu partage^ la surprise^ la terreur^ le dé8eqK)iF^ 1» coafiisioar peinte sur le VKage des uus : suc celui des autresla joie^ la sérénité^ la confiance^ les yeux des» juste» levés en haut vers le Fils de rHomme^. à'oÈk 3s attendeot leur délivrance ^ ceux des imites fixés d^uue inamëre affreuse sisr la terre ^ et perçant presque, les^ aUmes de leur» regards^ comme pour y marquer déjà la place qui leur est destinée : leRoi* de gloire^ dit fEvaugile ^ placé aui milieu des deux peuples , s^avancera ^ et se tournant du côté de ceux qui seront à sa droite ,, avec uu air plein de douceur et de majesté^ et seul capable de les consoler de toutes leurs peines pas^ sées , il leur dira : f^enez^ les bénis de mon Père ^ posséder le royoume qui vous a été préparé dès le commencement des siècles. I^e* pécheurs vous avoient toujours regardé comme le rebut et la portion la plus inutile du mondç^ qu'ails appren-nent aujourd'hui que le monde lui-même ne subsistoit que pour vous ^ que tout étoit fait pour vous ^ et cffMe UmÊt tt ûnî dès que votre nombre a itfeMBpii. Sortez enfin d'une terre où vous aviez toujou]:& été étrangers et voyageurs 5, suivez-moi dans les voies immortelles de ma gloire et de ma^

5x JtïABMElfT DERNIRir% •

Célicité j comme vous m^a\iez saivi dans eeltes db- DQ^ humiliations et de mes souiFrances. Vos tra*- ▼apx n'out djuraqulun instant^ lo bonheur dont vous alle^ jouir ne finira plus.

Puis se touruant à la gauche^ la Tengeance et la fureur dans les yeux ^ lançant çà et là des iMgards ten^tbles ^ comme des foudres vengeurs ,. sur cette foule de coupables;; d^une voix^^ dit un. prophète ^ qui entr^ouvrira. les entrailles àt tabime pour les y engloutiF^ il dira ^ non comme sur la croix ^ Père, pardonnez-leur, parce qu*ik ne savent ce qu^ils font : mais , Retirez- vous, maudits, dans le feu éternel qui est préparera Satan et à ses' anges : vous étiez les élus d» laonde', vous êtes maudits de mon Père : vos. plaisirs ont été rapides et passagers, vos peines seront éternelles. Les justes alprs s'élevant dans les air& avec le Fils de THomme, commenceront ^i chanter ce cantique céleste : Vous êtes riche en. miséricordes, Seigneur, et vous ave» couronné vos dons, en récompensant nos mérites. Alors les. impies maudiront Fauteur de leur être et le jour fatal qui< présida à leur naissance; ou plutôt, ils critréitont en fureur contre eux-mêmes, comme les auteurs de leurs malheurs et de leur perte. Les abimes s'^ouvriront^ les cieux s^aba&seront': les réprouvés, dit TEvangile , iront dans le sup-^ plice éternel , et les justes dans la vie étemelle. Voilà un partage qui ne changera plus.

PHILOSOPHES AWCÏENr.- 5^"

On nous annonce qu'ail parottra encofé'a là findes siècles, au milieu des airs, envitonné de puissaoce et de majesté, accompagné dé tous les esprits célestes : toutes les nations assemblées et tremblantes , attendront à ses pieds la décision de leur destinée éternelle : il prononcera en souverain leur arrêt décisif. Les Abraham , les Moïse , les David, lesElie, les Jean-Baptiste, tout ce que les siècles ont eu de plus grand et de plus merveilleux, sera soumis à son jugement et à soû empire^ il sera seul élevé* au— dessus de toute puissance, de toute domination, et de tout ce qu'on appelle grand'dans le ciel et sur la terre ^ il ilè?era SOU' trône au-dessus des nuées. à côté du Tréfr*Haut^ il ne paroltra pas seulement le maître de la vie et de la mort, mais le roi immortel des siècles , le prince fie Tétemité, le chef d^uu peuple ^ut , Farbitre de toute créature.

AVENT

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